‹ La Dent de Six AnsChapitre 6 sur 26 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

S1 le cadre d'un historique n’est que le rapide exposé des travaux de nos devanciers, nous n'aurions pas à tracer un long tableau des documents légués par les anciens sur la première grosse molaire et les accidents de son éruption. Le laconisme de ce chapitre prouvera combien les longs sentiers du travail se trouvent souvent écourtés.

Dans l’ancienne littérature médicale, c’est l'œuvre des traités classiques d'autrefois où l'anatomie, la physiologie et la pathologie se coudoient pêle-mêle. Les recherches en sont plus difficiles, ces éléments étant d'ailleurs disséminés çà et là, très incomplets et fort peu nombreux.

Ces omissions de la part de vieux auteurs s'expliquent par l'état peu avancé des sciences médicales, de là ces notions incomplètes et erronées touchant la dent de six ans et la date de son éruption (4 ans 1/2, 5 ans, 6 ans, 7 ans et même 8 ans). |

Les auteurs des quatre derniers siècles la mentionnent à peine, ne lui accordant guère d'attention et décrivent exceptionnellement la contemporanéité des accidents provoqués ou entretenus par son évolution. On ne s’en étonnera pas, si on considère qu'avant Cuvier (1805) la plupart des anatomistes, et non des moindres, avaient mal déterminé le nombre des dents de lait et comprenaient dans la pre-

mière dentition la première grosse molaire, soit vingtquatre dents au lieu de vingt. L'incertitude et la confusion sur ce fait ont donné jour à de graves méprises et l'on comprend dès lors l'oubli ou l'obscurité dans lequel est restée cette dent dont la physiologie et la pathologie passaient nécessairement inaperçues et ignorées.

Qu'on en juge par les extraits suivants :

Bell (1): « Dans l’enfance il y a 24 dents qui subsistent jusqu’à l'âge de 6 ans 1/2 à 7 ans. »

- Bertin (2) croit que Là deuxième molaire de lait doit être un jour la première grosse molaire et que la première molaire de lait doit être remplacée par deux petites molaires.

Bichat (3): «A l’âge de 4 ans ou 4 ans 1/2 et quelquefois de 5 à 6 ans, toujours à une époque assez variable, se manifestent en bas, puis en haut, deux autres molaires qui complètent le nombre de 24 dents, formant la première dentition; toutes, en effel, tombent et sontremplacées par de nouvelles.

Le mécanisme de l'ouverture des gencives n’est pas plus connu que le principe des accidents terribles qui se manifestent quelquefois alors.

» Remarquez cependant que la dde dent, celle qui a percé à quatre ans, n'est point renouvelée >».

À titre de curiosité, nous n'avons pas hésité à présenter une pièce de vers, véritable description médicale. Cela semblera sans doute, à première vue, risqué et quelque peu audacieux.

(1) Bell, Cours complet de Chirurgie. Paris, 1796. (2) Bertin, Traité d'anatomie, Paris, 1730.

(3) Bichat, Anatomie descriplive, 1798.

AÉRES 1Re

C'est notre premier document historique, il représente

à lui seul l'antiquité. Nous lui avons accordé une certaine valeur à raison de son époque el de son caractère de précision et d'originalité. Sa saveur poétique et médicale ajoute au charme dé son origine un peu mystérieuse. On l'attribue à Martial.

EPITAPHIUM CANACES

Æolidon Canace jacet hoc f{umulata sepulchro, Ultima cut parvæ septima venit hyems.

Ah scelus! Ah fâcinus ! Properas quid flere viator ? Non licet hic vitæ de brevitate queri.

Tristius est letho lethi genus : horrida vultus Abstulit, el tenero sedit in ore lues :

Ipsaque crudeles ederunt oscula morbi,

Nec data sunt nigris tota labella rogis.

Sitam præcipiti fuerant ventura volatu, Debuerant ali fata ventre viä.

Sed mors vocis iter properavit cludere blandee ; Ne posset duras flectere linqua Deas.

EPITAPHE DE CANACÉ

« Ci-gît dans ce tombeau Canacé, de la famille des Eolides ; enfant, elle n'avait encore compté que sept hivers. O malheur ! à barbarie ! Passant, qu'avez-vous tant à pleurer ? Il ne s'agit pas de s’attrister ici de ce qu'elle a peu vécu Son genre de mort fut plus affligeant que la mort même. Sa bouche a été le siège d'une horrible maladie, son tendre visage en a été la proie, et sa petite bouche n’a point échappé à ses cruels ravages. Aussi le noir bûcher n'a-til point reçu ses petites lèvres tout entières. Ah ! puisque le malheur devait venir d'un pas aussi précipité, il eût dû au moins se choisir une autre voie , mais la mort a voulu se presser de fermer le passage d'une voix caressante, pour que la langue ne pût fléchir les Parques inhumaines. »

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