‹ La dent et l'évolution: De la place de l'homme dans la natureChapitre 24 sur 43 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

De la denture des Mammifères

L'etude des dents des Mammifères présente un très grand intérêt pour l’étude de l’évolution de la lignée et j’établissement de la phylogenie des Mammifères.

-Nous n'avons pas en vue ici d'étudier dans le détail le système dentaire des différents groupes d'animaux appartenant à la classe des Mammiferes. Nous nous contenterons de jeter un regard d'ensemble sur la denture des Mammifères, de mentionner les théories qui ont essayé d’expliquer et de relier l’un à l’autre les différents types de structure rencontrés, ce qui nous permettra de mieux comprendre ce Jui se passe tout au haut de la lignée, de mieux comprendre la structure de l’appareil dentaire de /’ Æomme.

Les dents des Mammifères :

1° Nombre de dents. — Typiquement, chez ies Kutheria, on compte quarante-quatre dents. On rencontre, chez les Mammifères, une réduction ou une multiplication de ce nombre. Toute réduction ou toute multiplication du nombre, sont précédées d’une régression de la différenciation des dents.

a) Kéduction. — Chez l’Ornithorhynque (Prototheria-Monotremata-Ornithorhynclius anatina) le jeune présente des dents; quand l’animal a acquis le tiers de sa taille, les dents usées disparaissent jusqu'aux racines. Done, ici, 1l y a disparition secondaire des dents puison’elles existent chez l’embryon et le jeune;

Chez l’Lchidné (Prototheria-Monotrsmata-Echidna aculeatus), animal myrmécophile et myrmécophage, il n’y a de dents ni chez l’adulte, ni chez le jeune. Donc, ici, 1l y a disparition primitive des dents, puisqu'elles n'existent même pas à l’état d’ébauches chez l’embryon;

Chez le Pangolin (Eutheria-Edentés-Pholidota-Manis [Asie] Pholidotus [Afrique]) et le ourmilier (Eutheria-Edentés-Xenarthra-Aniconodonta-Myrmecophagidæ-Myrmecophagus) il y a disparition secondaire des dents, comme chez les Wysticètes ou Cétacés spécialisés (Exemple : la Baleine) où il n’y a pas de

dent chez l’adulte, alors que l’embryon présente des ébauches dentaires.

b) Multiplication. — La multiplication du nombre de dents se rencontre chez les formes où la différenciation des dents est régressée.

Chez le Tatou (Eutheria - Edentés - Xenarthra - Hicanodonta - Dasypodidae) la denture présente des caractères variables suivant les genres. Tous les genres ont des dents.

Dans ie g. Dasypus, il y à 7 à 9 dents par hémi-mâchoire;

Dans le g. Priodontes, il y a 20 à 25 dents par hémi-mâchoire, d’où, au total, de 80 à 100 dents.

Notons que chez les Eutheria, si le nombre de dents dépasse quarante-quatre, c’est un phénomène anormal, il s’agit d’une anomalie. Or, chez le Tatou, la multiplication s’accompagne d’une homodontie secondaire et les dents sont dépourvues d’émail. Seul, le g Dasypus présente une denture lactéale et une denture définitive ; dans tous les autres genres, il n’y a qu’une seule denture. :

Chez les Odontocètes ou Cétacés à dents, on observe deux évolutions opposées qui ne sont autres que deux aspects d’un même phénomène régressif :

a) Régression de l'appareil dentaire uvec disparition des dents. — Chez le Cachalot (Physeter), il n’y à plus de dents à la mâchoire supérieure, mais il y a 40 dents à la raâchoire inférieure ;

Chez Grampus : seulement de 6 à 14 dents à la mâchoire inférieure ;

Chez Ciphius : chez l’adulte, il n’y a plus que 2 dents énormes à la mâchoire inférieure.

ë) Multiplication du nombre de dents. — Comme nous l’avons dit plus haut, la multiplication du nombre de dents est un phénomène régressif.

Chez le Dauphin, on compte plus de 200 dents. Ces dents sont toutes semblables et pointues rappelant celles des Poissons. Les dents servent à happer la proie. L’homodontie est liée au régime ichtyophage ;

Chez le Marsouin, on observe le même phénomène;

Chez le VNarval mâle, du g. Monodon, l’une des dents prend un développement considérable, constituant une sorte de lance de deux mètres environs de longueur, ce qui entraîne aes modifications du squelette de la tête. C’est un phénomène d’hypertélie.

2° Nombre de dentitions. — Chez les vertébrés primitifs, comme les Poissons, les dents se remplacent au fur et à riesure de leur usure et les dentitions qui se succèdent au cours de la vie sont très nombreuses. On dit qu’il y a polyphyodontie, l'animal étant un polyphyodonte. Les Mammifères ont été, à l’origine, des polyphyodontes. Or, chez les + Théromorphes les plus évolués, le uombre de dentitions se réduit et l’on aboutit à un type à deux

dentitions successives : c’est la diphyodontie. Et les Théromorphes sont des Reptiles fossiles dont le développement couvre le Permo-trias, qui nous conduisent aux Mammifères par l’intermédiaire des + Zctidosauriens.

La diphyodontie est la règle chez les Mammifères actuels. On distingue, en effet, chez eux : une denture de lait ou denture lactéale, une denture définitive. Mais si l’on observe dans le détail la lame dentaire d’embryons de quelques formes de Mam mifères, on est amené à admettre la succession possible de quatre dentures :

— une denture prélactéale,

— une denture lactéale,

— une denture permanente où définitive,

— une denture post-permanente ou post-définitive.

La denture prélactéale et la denture post-permanente ne sont jamais constituées que de vestiges le plus souvent discutables. Cependant ADLOFF à décrit les restes d’une denture prélactéale chez l’ Homme, en particulier. ANTHONY R. a décrit chez un Eléphant un vestige très probable de denture post-permanente. BLANDIN cite une observation personnelle de denture post-définitive chez l'Homme, GEHLER a observé une canine qui se serait renouvelée trois fois chez l'Homme également. Ce qui apparaît le plus clairement dans les cas de denture post-définitive qui sont rapportés par les auteurs, c’est que la plupart de ceux dont l’authenticité ne saurait être contestée, ont trait à des dentures très incomplètes, au renouvellement isolé d’une ou de deux dents : aussi, HUNTER y voyait-il une anomalie du développement.

Ainsi, en tenant compte de ces quatre dentures, ce serait un stade de polyphyodontie, mais les dentures prélactéale et postdéfinitive sont une rareté.

L'évolution que l’on suit chez les Vertébrés de la polyphyodonte à la diphyodontie, peut aller plus loin et l’on peut aboutir à des Mammifères monophyodontes, à une seule dentition.

Déjà, chez les Diphyodontes, les molaires appartiennent à un type Mmonophyodontique. C’est ainsi que chez l’Æomme, il y a trois molaires par hémi-mâchoire :

la dent de six ans ou première molaire, la dent de douze ans ou seconde molaire, la dent de dix-huit ans ou dent de sagesse.

Ces trois dents sont d’emblée définitives et on tend à admettre qu’elles appartiennent à la même série dentaire que la denture lactéale.

Pour ce qui est de la monophyodontie, on en distingue deux types :

a) La vraie monophyodontie : il n’y a qu’une seule dentition qui correspond à la denture lactéale.

Elle se rencontre : a) chez les Odontocètes ou Cétacés primitifs, à dents.

Exemples : le Marsouin, le Dauphtin, le Narval, le Cachalot.

B) chez le Lapin. Le phylum des Rongeurs auquel appartient le Lapin présente du point de vue de la dentition entre autres particularités, un caractère qui nous retiendra :

à la mandibule on ne compte qu’une seule paire d’incisives.

De par le chiffre des incisives à la mâchoire supérieure, on divise le phylum des Zongeurs en deux lignées :

—- les Duplicidentés (Lapin), — les Simplicidentés (Ecureuil, Loir, Rat).

Les Duplicidentés qui sont les plus primitifs, présentent deux incisives par hémi-mâchoire.

Lcs Simplicidentés n’ont qu'une incisive par hémi-mâchoire.

Ces deux incisives sont de taille différente chez les Duplicidentés et représentent la seconde et la troisième paires d’incisives.

Chez l’embryon d’un Lapin, vers la région inédiane, il y a un rudiment de dent de lait correspondant à la nremière ineisive : [!, mais son ébauche ne tarde pas à disparaître au cours du développement. Quant à ia seconde incisive, I2, elle n’est jamais précédée par une dent de lait, par contre, il y a une dent de lait pour la troisième insicive, 15, qui est beaucoup plus petite que I? (Fig. 30). Les molaires des Rongeurs sont monophyodontiques.

rt < F'g 30 £— 1E Lan nc : e ae A PT / u ab pes contre de Lapin - (Slimalique )-

è) chez les Marsupiaux (Theria-Metatheria-Marsupiala).

La denture correspond à la denture lactéale des autres Mammifères, à l'exception de la dernière prémolaire : pm?, qui a une dent de remplacement appartenant à la denture définitive. Ici, la denture définitive a presque complètement avorté.

C’est un caractère secondaire (Fig. 31).

.Canine ces.

Fig 31. — Denture du Kanguroo.

b) la fausse monophyodontie : 11 y a deux dentures : une denture lactéale et une denture définitive, mais la denture lactéale est rudimentaire, abortive, immédiatement remplacée par une denture définitive.

Exemples : la Musaraigne (Insectivores (s. 1) - Insectivores (s: 8.) - Soricidæ) les Cheiroptères (Insectivores - Cheiroptères) le Cobaye (Rongeurs - Simplicidentés - Hystricoidea - Caviidæ) les Pinnipèdes (Carnivores - Pinnipèdes)

3° Accroissement des dents On distingue chez les Mammifères, deux cas

— cas le plus fréquent : les racines des dents, d’abord largement ouvertes, se ferment et la croissance de la dent s’arrète ce sont les dents brachyodontes ;

— cas le plus rare : les racines ne se ferment pas, les dents s’accroissent en conservant un diamètre semblable pendant toute la vie ou une grande partie de la vie.

Si la dent s'accroît continûment, elle s’use sur sa face occlusale et elle n’a jamais une croissance exagérée, croissance qui s'obtient si l’on supprime la dent antagoniste : ce sont les dents hypsélodontes.

Exemples : Incisives des Rongeurs.

Molaires de beaucoup d’Herbivores.

49 Différenciation des dents :

En se plaçant à un point de vue fonctionnel très général, on peut dans la denture de tout Mammifère PR adulte (abstraction faite des formes à dents simples et isodontes, comme les Cétacés et de nombreux Edeatés (Xénarthres) où Prier. tie semble être secondaire) constater qu’il existe plusieurs sortes

de dents. En allant de l’avant vers l’arrière, on distingue, pour chaque hémi-mâchoire :

1) Des dents courtes et aplaties dans le sens antéro-postérieur, à bord libre tranchant, disposition essentiellement en rapport avec la préhension et la rétention de la nourriture : dents préhensives ;

2) Une dent généralement plus volumineuse que les précédentes, conique, longue et pointue, indiquant par sa forme une fonction de lacération : dent lacératrice;

3) Des dents grosses, courtes et larges de couronne (au moins dans tous les cas où elles n’ont pas subi de modification secondaire) dont les fonctions sont masticatrices : dents masticatrices.

Chez l’Ours, par exemple, cette différenciation est extrêmement nette (Voir fig. 32).

Fig. 32. — Ursus arctos L.; denture : d’avant en arrière : en hlanc : dents préhensives, incisives; pointillé : dents lacératrices, canines; hachuré : dents masticatrices, prémolaires et molaires. (d’après FRIANT).

On a donné à ces divers types fonctionnels de dents des noms particuliers rappelant leur fonction originelle : les dents préhensives sont les 2ncisives,; les dents lacératrices sont les canines; les dents masticatrices sont les prémolaires et les molaires.

Naturellement, les dents préhensives et lacératrices sont situées dans la partie libre de la cavité buccale, les dents masticatrices sont, au contraire, dans la partie de la cavité buccale fermée par la paroi de la joue.

FRIANT rejette d’une nomenclature d'anatomie systématique les dénominations d’incisives, canines, prémolaires et molaires tout aussi fonctionnelles que celles de dents préhensives, lacératrices et masticatrices.

Pour définir une dent sans tenir compte du point de vue fonctionnel, on doit considérer seulement la place qu’elle occupe par rapport aux autres parties afatomiques,

R. ANTHONY et M. FRIanT définissent, ainsi, les diverses dents

mammaliennes : ,

Incisives (1) : les supérieures, au nombre de 1, 2 ou 3 par hémi-mâchoire, suivant les espèces, se définissent par le fait qu’elles dépendent de l’inter-maxillaire où prémaxillaire, toutes les autres dents supérieures étant implantées sur Le marillaire supérieur. — Les incisives inférieures, au nombre de 1, 2 ou 3, suivant les espèces, sont les dents qui s’articulent avec les incisives supérieures.

Canines (C) : la canine supérieure est la première dent située sur le maxillaire supérieur immédiatement après la suture intermaxillo-maxillaire, souvent presqu2 au contact de cette der-

nière et, quelquefois même, empiétant légèrement sur elle. — La canine inférieure est la dent qui passe immédiatement en avant de la supérieure quand les mâchoires sont rapprochées. — Les

canines sont toujours uniques.

Prémolaires (P) et Molaires (M) : elle peuvent être appelées dans leur ensemble : dents jugales (FRIANT), traduction littérale du terme Cheek-teeth des auteurs Anglo-Saxons. Les incisives et les canines seront les dents labiales (front-teeth).

Ces définitions ne tiennent aucun compte de la forme ni de la fonction qui ia commande, maïs seulement de la place occupée et il doit en être ainsi. La forme des dents n’a rien, en effet, de caractéristique : souvent, par exemowle, c’est une dent placée sur l’intermaxillaire (incisive) ou une dent jugale très antérieure (prémolaire) qui prend la forme acuminée caractéristique de la canine des Carnivores : Exemples : le C'holæpus (Edenté); l’Oreodon (Ongulé fossile du Miocène). Parfois, au contraire, la canine prend l’aspect d’une incisive : Ex. : les Auminants (Cervicornes et Cavicornes) ; le Zémur,; plusieurs 7nsectivores.

Il était important de pouvoir parvenir à définir chaque dent prise en particulier, en tenant compte seulement de son caractère le plus fondamental, celui dont on constate l’existence dans l’ensemble des Mammifères et indépendamment de la forme qu’elle peut présenter dans les divers groupes, quelle que soit, d’ailleurs, la signification que l’on donne à cette forme.

Comme nous l’avons mentionné, l’homodontie, caractère primitif acquis secondairement chez les Mammifères, est exceptionnelle chez eux. La règle est l’hétérodontie. L’hétérodontie était déjà réalisée chez les + T'héromorphes où l’on peut différencier des incisives, des canines et des molaires.

A l’origine, les dents devaient former une série continue, caractère primitif. Chez les Mammifères on peut observer une série discontinue avec apparition de diastèmes : c’est un caractère secondaire. Ex. : la barre du Cheval.

L'Homme présente le type primitif avec série continue,

Orientation de la dent

Pour orienter une dent, on peut se conformer aux usages de l’anatomie humaine et employer les termes suivants

Face (ou extrémité) coronaire (ou triturante, lorsqu'il s’agit de dents jugales), ou occlusale (ou bord ancisif pour les dents antérieures).

Face (ou extrémité )radicale.

Face proximale, mésiale (ou antérieure, quand il s’agit d’une dent jugale).

Face distale (ou postérieure, quand il s’agit d’une dent jugale).

Face vestibulaire, on externe, ou labiale, ou jugale.

Face linguale, ou interne (ou palatine, pour la mâchoire supérieure).

5° Formules dentaires

La dentition d’un Mammifère s'exprime, ordinairement, par une formule dentaire qui ne tient compte que des dents portées par l’hémi-mâchoire. On fait une formule fractionnaire

Au numérateur, on porte la succession des chiffres respectifs aux différentes dents de l’hémi-maxillaire supérieur ;

Au dénominateur, on porte la succession des chiffres respectifs aux différentes dents de l’hémi-mandibule ;

Au signe d'égalité qui est, ici, un non-sens mathématique, on fait suivre le nombre total de dents.

Exemple :

SA ARTS ———— -= 44, (Formule-type, mammalienne).

Bei len Me)

Hémi-mâchoire sup. : 8 incis.; 1 can.; 4 prémol. ; 3 mol.

na)

Hémi-mâchoire inf. : 3 incis.; 1 can.; 4 prémol.; 3 mol.

44 représente le nombre total de dents.

6° L'rolution du nombre de dents :

Chez le type le plus primitif des + l'héromorphes, (Reptiles fossiles de la lignée théropsidienne qui nous conduit aux Mammifères comme nous l’avons déjà mentionné) lumattheria bol, on compte cent dents semblables. C’est le type primitif, à un pôle de l’évolution, exceptionnel.

Chez l’immense majorité des + 7'héromorphes, le nombre de dents se réduit, les dents se différencient.

— G. Alopecodon : 14 incisives à la mâchoire supérieure. ] 6 canines à la mâchoire supérieure.

6 canines à la mâchoire inférieure.

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