‹ La dent et l'évolution: De la place de l'homme dans la natureChapitre 35 sur 43 · Chapitre | : Des Hominidés · texte numérisé non relu

Chapitre | : Des Hominidés

Les Hominidés représentent le bourgeon terminal de l’évolution organique. Il est difficile de leur attribuer une place dans la classification zoologique. Du point de vue zoologique strict, les Hominidés constituent une famille de Primates; d’un point de vue plus général, si en dehors des données zoologiques on fait intervenir des données psychologiques, le développement particulier du psychisme humain fait de l’Homme vin règne à part en Systématique.

Il n’y a pas lieu, ici, d’insister sur la genèse des caractères si particuliers aux Hominidés, caractères qui se groupent sous trois chefs différents :

— caractères liés à la station bipède, — caractères fœtalisés,

— développement d’une extrême lenteur, qui permet un accroissement remarquable des zones d’association du cortex et en particulier de l’aire frontale, avec acquisition d’un langage articulé.

Comme nous l’avons mentionné dans le Livre I%, si nous considérons l’évolution organique dans son ensemble, nous remarquons qu'elle tend vers un développement plus considérable du système nerveux et un affinement du psychisme, en se servant d’un phénomène de rajeunissement évolutif.

On ne connaît rien de précis sur l’origine de la lignée des Hominidés. On a tendance à en reculer l’ère d’apparition que l’on fait remonter à la fin de l’Oligocène, mais il ne s’agit là que d’une pure hypothèse car on manque de documents fossiles.

Seule la Paléontologie peut nous éclairer sur la vraie place de l'Homme dans la nature et on peut dire que c’est l’histoire paléontologique de l'Homme qui peut le mieux nous préciser la signification de l’évolution et de la vie.

L'histoire des Anthropomorphes nous apprend qu’ils prennent naissance à l’Eocène et acquièrent leur épanouissement au Miocène, ne laissant à l’heure actuelle que des formes reliques.

Une histoire analogue se rapporte aux Hominidés avec un certain décalage. Dès le début du Quaternaire, il y a une floraison d’'IHominidés très différents les uns des autres, en divers points du globe; leur épanouissement correspond’ au déclin des Anthropomorphes; en langage historique on dit que les Hominidés relaient les Anthropomorphes.

L'évolution humaine s’est poursuivie pendant l’ère quaternaire, du moins celle que nous connaissons à l’heure actuelle, et 1l nous paraît nécessaire de préciser cette notion géologique d’ère quaternaire.

Le Quaternaire se divise en Diluviur (Déluge) ou Pléistocène (le plus récent) qui correspond au Paléolithique, expression d’archéologie préhistorique, et en Alluvium (Alluvions) ou Æolocène (complètement récent) qui correspond au Véolhithique et aux temps présents. Alors que l’Holocène représente une durée de dix à quinze mille ans environ à nos jours, le Pléistocene représente une durée de cinq cent mille à un million d’années environ.

Le Pléistocène correspond à la période glaciaire qui cmprend clle-même plusieurs époques

— glaciation de Gunz,

— interglaciaire,

— glaciation de Mindel, — interglaciaire,

— glaciation de Riss, :

— interglaciaire,

— glaciation de Wurm,

— postglaciaire.

Certains auteurs n’y voient qu’une seule glaciation.

Le Paléolithique également reconnaît plusieurs périodes — à l’origine, un stade prodromique, de transition : c’est le stade Fréchelléen ou Eolithique; — puis, cycle chélléo-moustérien avec quelquefois transition acheuléenne ; — ensuite, Paléolithique récent avec les époques Aurignacien, Solutréen, Maydalénien, qui ont été désignées d’après les noms des stations de découvertes les plus caractéristiques Station d'Aurignac (Haute-Garonne), » de Solutré (Saône-et-Loire), » de la Madeleine (Dordogne);

— enfin, un stade de transition avec le Néolithique stade Azilien où Mésolithique.

L’interglaciaire Ress-Wurm et la glaciation de Wurm correspondent grosso modo au Moustérien; le Postglaciaire correspond au Palénlithique récent, au Mésolithique, au Néolithique et aux temps protohistoriques et historiques.

La formation de l’Æomine est la réponse donnée par l’évolution biologique aux changements climatiques qui se sont réalisés sur le globe. Z’Homme est le produit de l’époque glaciaire.

L'évolution des Æ/ominidés ne s’est pas réalisée en tous les points du globe, mais en des centres bien délimités de notre planète. On distingue quatre centres d’hominidisation

Europe - Asie occidentale - Afrique du Nord (c’est l’Europe anthropologique),

Asie orientale (Chine),

Iles de la Sonde (Java),

Afrique méridionale et orientale (c’est l'Afrique anthropologique).

Le peuplement des autres régions du globe est récent. C’est ainsi qu’au Hésolithique, V Australie est occupée par les premiers navigateurs et que les conditions climatiques ont Lermis la colonisation de l’ Amérique par le détroit de Bering. l’Australie et l'Amérique sont colonisées par Zomo sapiens.

C’est dans les quatre giands centres mentionnés que se sont développées les lignées hominidiennes. Il est possible qu’il y ait eu des évolutions parallèles dans chacune de ces régions évolutions parallèles et indépendantes qui auraient donné naissance aux races actuelles. Mais il ne faut voir là qu’une hypothèse qui n’exclut nullement Je fait qu’il y ait eu divers croisements entre les éléments des centres différents.

L'évolution des Hominidés pendant l'ère quaternaire s’est accomplie suivant trois strates évolutives différentes

1) Le stade Anthropien : ce sont les ?réhominiens.

Aujourd’hui nous connaïssons six types fossiles représenta- (MES Pithecanthropus erectus (E. DüBois, Java, 1891). Sinanthropus pekinensis (D. BLaëk, Chine du Nord, 1927). Africanthropus njarassensis (KORL-LaRsex, Afrique orientale, 1935).

Pithecanthropus robustus (VON KœNIGsWwaL», Java, 1939). Meganthropus (von KœNIGswaALD, Java, 1941).

Gigantanthropus (VON KæN1GSswaLp, Chine du Sud, 1934-39).

Ces différents fossiles appartiennent au /léistocène inférieur qui correspond à l’Zolithique du point de vue archéologique.

2) Le stade Hominien : ce sont les N'éanderthaliens.

Ils constituent le g. Palæanthropus qui appartient au Pléistocène moyen qui correspond au cycle chélléo-moustérien du point de vue archéologique.

83) Le stade Humain : c'est Homo sapiens, qui constitue le g. Neanthropus appartenant au ?léistocène supérieur et à l’i10locène qui correspondent du point de vue archéologique au Paléolithique récent, au Mésolithique et au Néolithique.

La famille des Zominidæ, qui appartient à l’ordre des Primates, comprend :

1° Le pré-genre des Anthropiens ou Préhominiens ; 2° Le genre des Jominiens avec :

les pré-espèces des Æominiens (sensu stricto), l’espèce Homo sapiens.

Nous allons faire une étude aussi simple que possible de cette famille après avoir jeté un regard d’ensemble sur l’évolution

des Æomainidés en fonction de leur répartition géographique, dans le tableau synoptique suivant :

Europe Afrique Aie anthro- anthro- Dental Insulinde pologique pologique £ Races R. europoide|R. négroïde| KR. mongo- R. austraactuelles loiïde loïde

Homo sapiens recens

Stade Cro-Magnon Homo Homme de | Homme de

Humain Chancelade capensis Choukoutien Wadjak

Honoi Predmost, Proto- (Promongo- (Protopiens fossilis etc. boschimans) loïde) australiens) (Pléistocène)

supérieur)

Stade P. neander-| P. rhode- P. samar- | P. soloensis

Hominien thalensis siensis kandensis

Palaean-

thropus (Pléistocène

moyen)

Stade Maueran- African- Sinan- Pithecan- Anthropien thropus thropus thropus thropus Piihecdne heidel- [njarassensis| pekinensis erectus

thropus bergensis È Gigantan- Pithecan-

; ù thropus thropus (Pléistocène robustus inférieur) Megan-

thropus

1. Le stade Anthropien. — C’est le stade de /’Homme-Singe. Il est représenté par le g. Pithecanthropus, Hominidé fossile du Pléistocène inférieur.

Il ne s’agit pas d’un genre au sens zoologique du terme; en fait il s’agit d'êtres de l’humanité la plus primitive, qui ne méritent pas encore le nom d'Hominiens ni d'Hommes (sensu stricto).

a) Les pièces fossiles. — Nous n’avons pas en vue, ici, de faire l’historique des différentes trouvailles, historique connu de tout le monde. Bien souvent, que ce soit sur le terrain ou dans une pharmacie chinoise parmi les « os du dragon » à action mystérieuse, la première découverte fut une dent de type chimpanzoïde ou humanoïde. Au début du xix° siècle c'était CUVIER, le père de la Paléontologie, imbu du principe des corrélations, qui, à partir d’une dent, se permettait de préjuger du reste, et étonnait ses contemporains par la sûreté de ses diagnostics. Récemment c’est l'Américain D. BLACK, qui dirigeait les fouilles de Cou-Kou-Tien, et actuellement son élève et successeur F. WEIDENREICH, qui renouvellent les exploits de l’éminent paléontologiste français.

Commwent pourrons-nous affirmer, en présence d’un être fossile donné, que nous avons affaire à un type humain ?

C’est qu'avec les Hominidés apparaît une particularité absolument nouvelle qui permet de les définir, la fabrication et l'usage de l’instrument artificiel.

Jusqu'ici, dans les couches contenant les restes de Pithécanthropes, il n’a été trouvé aucun outil, aucun foyer cinéritique impliquant l’usage du feu. Or, dans la station de Chou-Kou-Tien, près de l’ékin, découverte par ANDERSON en 1921, existent des fosses pleines de détritus, d’os calcinés, restes de repas de cannibales. On y trouve des objets en os préparés avec les débris alimentaires — coupes de crânes d’Antilopes — des instruments lithiques — racloirs, grattoirs simples — qui ne sont pas tous des éolithes, mais dont certains représentent un outil intentionnel.

Ces traces incontestables d’une activité humaine qui, à Chou- Kou-Tien, sont associées aux ossements du Sinanthrope, il semble qu’on les ait retrouvées dans les dépôts quaternaires du Sud de la Chine, dans les terres jaunes des grottes du Yunnan et du Kouang-Si, dans les régions même que semble avoir habitées Gigantanthropus. Tout le problème est de savoir si le Sinanthrope ou le Gigantanthrope en ont été véritablement les auteurs, ou s’ils ont été la proie des auteurs de ces instruments. On voit l’importance de la solution apportée à ce problème. D’après elle, on fait du Sinanthrope comme du Gigantanthrope soit un Homme, soit un Singe.

Si la majorité des paléontologistes font du Sinanthrope un Homme, quelques savants, et en particulier le regretté anthropologiste français Marcellin BOULE, impressionnés jar les caractères pithécoïdes du Sinanthrope, pensent que l’auteur de cette

industrie lithique et du feu, était non pas le Sinanthrope, mais un Ilomme véritable qui er faisait sa proie. [1 n’y a rien d'étonnant à ce qu’un tel Homme n’ait pas laissé de traces dans le gisement de C'hou-Kou-Tien, car, ainsi que le soulignait l’éminent anthropologiste français, on peut établir un parallèle entre ce qui a dû se passer en Chine et ce qui s’est passé « en Europe occidentale, où grottes et cavernes à fort remplissage sont si nombreuses et si riches en produits de l’industrie humaine paléolithique, la proportion des gisements ayant fourni les crânes ou les squelettes des fabricants de cette industrie, est infime ».

Doit-on, malgré l'attrait du schème simplificateur, passer outre l’opinion si nuancée, si mesurée, si proprement française et si autorisée de Marcellin BOULE, et voir dans le Sinanthrope et les Pithécanthropes des Hommes véritables?

b) Caractéristiques de l’élape anthropienne. — Elles vont nous permettre de faire la diagnose d’un crâne du stade anthropien.

Le ‘crâne est surbaissé et caractérisé par l’absence de front; la calotte crânienne est comprimée verticalement et la région oceipitale est allongée « en chignon ». La capacité crânienne est faible : 900 à 1000 ce. Les arcades sourcilières sont énormes et saillantes en torus supra-orbitaire. Il y a un prognathisme très accentué de tout le massif facial; la mandibule est lourde, massive, dépourvue de menton et fuyante en arrière dans sa partie antérieure. Les dents ont beaucoup de caractères simiens : la canine est plus forte que chez l'Homme actuel et dépasse le niveau des autres dents; elle présente un sillon vertical antérieur et postérieur (REMANE). Les molaires grossissent d’avant en arrière — il y a un V molaire à ouverture distale — comme chez les Anthropomorphes, et la dent de sagesse atteint même parfois une longueur mésio-distale de 0,0145. Mais, corime parmi d’autres la mandibule de Mauer nous le révèle, ces caractères dentaires n’ont rien d’absolu : il y a des Singes à dents humanoïdes (les Australopithèques et certains cas isolés chez les Anthropomorphes actuels) et des Hommes à dents pithécoides. Il faut savoir aussi que dans une même forme, les caractères n’évoluent pas tous à la même vitesse, et 1l semble que la denture ait évolué plus rapidement que le crâne.

Le trou occipital n’a pas une position centrale À la face inférieure du crâne, mais il est légèrement postérieur, et la tête devait être inclinée en avant. La taille est petite : 1 m. 50 en moyenne: la station est bipède, mais le corps devait être incliné en avant; le fémur est incurvé, à concavité postérieure.

Mais les découvertes et les révélations de ces dernières années vont nous conduire à modifier ce schéma par trop simple des caractères.

Pithecanthropus robustus (VON KoNtssWwarp, Java - 1939), Aeganthropus (Von KoniGswaLp, Java - 1941) et Gigantanthropus (von KoniGswazn, Chine du Sud - 1934-39) représentent trois formes à caractères plus primitifs que le Sinanthrope de Chou- Kou-Tien et le Pithécanthrope de Trinil.

Ces trois types de découverte récente se caractérisent essentiellement par une tendance au gigantisme qui va s’accroissant du Pithécanthrope robuste au Méganthrope et de celui-ci au Gigantanthrope.

De plus, on remarque chez Pithecanthropus robustus la présence sur la voûte du crâne d’une sorte de bourrelet longitudinal formant carène tout du long de la ligne médiane. Ce bourrelet rappelle, dans une certaine mesure la crête que l’on rencontre à cet endroit sur les crânes des Singes anthropoïdes. C’est une disposition très primitive et essentiellement simienne. À peinr ébauchée sur les autres Pithécanthropes et sur les Sinanthropes, elle atteint ici un degré manifeste. La mâchoire supérieure étonne par ses très grandes dimensions, supérieures à celles des Hommes actuels, bien que le crâne soit beaucoup moins volumineux que celui de l'Homme moderne. Sa partie antérieure, au-dessous du nez, est fortement prognathe, oblique en avant et non verticale comme chez l'Homme actuel : c’est unc proéminence en museau à profil concave en haut, qui rappelle celui de certains Singes. Chez tous les Hommes, actuels et fossiles et même chez le Sinanthrope, le bord libre des dents est au même niveau, ou presque; mais chez les grands Singes en particulier, les canines font une saillie forte et dépassent le plan des autres dents. Or, c’est cette disposition que l’on retrouve à la mâchoire supérieure de Pithecanthropus robustus, avec un dépassement canin faible mais apparent. Il s’y ajoute un caractère important : la présence, en avant de cette canine d’un diastème qui permet à la canine inférieure de se loger, dans l’occlusion, entre la canine et l’incisive correspondante supérieures. L’Homme et le Sinanthrope ne présentent pas de diastème qui n’aurait aucune raison d’être chez eux. Comme chez le Pithécanthrope robuste les dimensions de ce diastème (plus de 0,005) sont comparables à celles des Singes anthropoïdes, il est permis de penser que les canines inférieures devaient être particulièrement volumineuses.

Ce caractere est très important, unique dans la famille des Hominidæ; il montre que la mâchoire du nouveau fossile était beaucoup plus simienne que toutes celles déjà connues.

La mâchoire inférieure de Meganthropus a une taille qui dépasse de beaucoup non seulement celle des mâchoires de tous les Hommes actuels et fossiles connus, mais encore celle des mâchoires de la grande majorité des Anthropoïdes, à l’exception de quelques gros Gorilles mâles. Les dents dépassent largement celles du Sinanthrope. (Fig. 72.) On retrouve l’absence de menton et la forme fuyante en arrière de la partie antérieure de la mandibule.

Sur Gigantanthropus, WBIDENREICH pratiqua des mensurations qui mettent nettement en relief la taille considérable de cet être. Le volume de ses dents est, près de six fois supérieur à celui des dents de l'Homme et près du double de celui des dents du Gorille, le plus grand des Anthropoïdes actuels. Il dépasse de beaucoup le volume des dents du Sinanthrope et du Pithécanthrope. En ce qui concerne le Méganthrope, les dents du bas que seules on

Fig je 2 Coupes Lanovers)s La fautes du nm ruvéde à Gavers Le micloires duforieures au Mégintlrepe (a), d'un 4 chgone de Mélinsre (ls Mélonésions mt &s sus aies La pre volanminsux de Bus Lo lommes ace ) (Gb), 24 d'un Europèm slot AC Granchur nature .

possède, le situent entre le Pithécanthrope et le Gorille.

(Fig. 73)

: «2 As 216mmE A62mmE 4122 pm?

Fig. 79 4 Dent; PUS de GigantopiKèque Gt), Goutte (2), Fronblrope (3), ot Hnmme actuel Ch) , vus fr Lun face Tuluiante et far cate. Grandeur molunolle. - Une dusnacines de ls dent du Gipontopfleque.

était casse .

Bien que le développement des dents ne soit pas nécessairement parallèle à celui du corps, WeIDENREICH s’est autorisé, en partant du volume des dents, à préjuger des dimensions générales de ces êtres : c’est ainsi que le Méganthrope aurait atteint la taille

() Des nécessités typographiques ont amené le photograveur à réduire les dimensions des dessins que je lui avais confiés. Seules, ici, sont conservées les proportions entre les différents éléments représentés.

d’un fort Gorille, animal qui peut peser jusqu’à 250 kilo, et le Gigantanthrope devait dépasser de beaucoup celui-ci.

c) Vue d'ensemble sur les Anthropiens. — De par l’anatomie, un rien nous sépare d’un Chimpanzé ou d’un Gorille. Ce qui permet de placer les Préhominiens dans la même strate évolutive, c’est qu'ils tirent leur similitude du fait qu’ils ressemblent tous à un Singe. Nous sommes à l’origine au stade de l’Homme- Singe. Mais les Préhominiens de la base du Quaternaire, loin de présenter un type homogène, comprenaient un certain nombre de formes nettement distinctes : il y a une multiplicité de représentants du type Anthropien, et cette multiplicité nous la retrouverons aux strates ultérieures.

C’est ainsi que quatre formes au moins, très nettement distinctes, ont vécu dans la seule zone qui va de Pékin à Java. Cette multiplicité s’observe déjà chez les grands Singes anthropoides du Miocène et du Pliocène. En Europe, en Asie et en Afrique, on assiste chez eux à une extraordinaire floraisor d’espèces nouvelles qui forment un buisson dont certaines branches évoluent vers les types Gorilla et Pan, d’autres vers les types Æylobates et Simia, d’autres vers l’Æomme. La majorité de ces branches n’a pas dépassé le Tertiaire. Trois se sont poursuivies jusqu'aux Anthropoïdes actuels. De celles qui tendaient vers l'Humanité, la plupart se sont éteintes; certaines, comme les Australopithèques d'Afrique du Sud, Primates d'aspect Chimpanzoïde, à denture humanoïde, qui avaient peut-être une attitude bipède, devaient être sur le point de franchir le seuil qui sépare le Singe de l'Homme, passage que s'appelle /’ omainisation.

Quelque part sur notre planète, que les documents localisent dans le Sud-Est de l’Asie, une de ç2s branches a continué sa marche en avant et a donné l'Homme. Fait capital dans le monde biologique, {’Hominisation est le résultat d’une gestation longue et persévérante qui a nécessité toute l’édification du règne animal pour pouvoir se réaliser.

Mais cette même branche a poussé de nombreux rameaux dont la plupart n’ont pas abouti. C’est parmi ces derniers, éteints sans descendance, qu’il nous est permis de penser que l’on peut ranger les formes géantes de Préhominiens découvertes par VON KænicswaLp, formes que la Paléontologie générale nous a appris à considérer comme des types spécialisés de fin de série.

La géologie n’a pas daté stratigraphiquement de façon sensiblement différente les divers types de Préhominiens, et Pithecanthropus erectus, Sinanthropus, Pithecanthropus robustus, Meganthropus et Gigantanthropus paraissent sensiblement contemporains. Aussi, nous paraît-il difficile de suivre WEIDENREICH lorsqu’il pense que les trois dernières formes sont, de par leurs caractères primitifs, à la base des formes déjà connues, et conclut que le Gigantanthrope est l’ancêtre du Sinanthrope, qu’il est aussi l’ancêtre du Méganthrope qui, à son tour aurait donné le

Pithécanthrope robuste et, par l'intermédiaire de “e dernier, le Pithécanthrope de Trinil.

D'abord une forme à caractères plus primitifs n’est pas obligatoirement une forme ancestrale. La Zoologie, dans les groupes animaux, et la Botanique, dans les groupes végétaux, nous apprennent que des formes à caractères très archaïques peuvent coexister avec des formes à caractères très évolués, et cela à l’intérieur d’une même espece.

Ensuite pour un paléontologiste, il sera particulièrement difficile d'admettre que {Homme dérive de formes géantes, car il à accoutumé à placer ces formes en fin de série et non en tête.

Regardons autour de nous, ne voyons-nous pas des races très primitives comme les Autraliens et les Aïnos, coexister avec des races très évoluées comme les Européens et les Mongols?

Le Gigantanthrope, le Méganthrope et le Pithécanthrope robuste ne semblent pas être nos ancêtres; ce sont plutôt des cousins géants, mauvais géniteurs et voués à la mort parce que trop grands. « Comme la plupart des Anthropoïdes fossiles jusqu'ici découverts, comme la grande majorité des Hommes de Néanderthal, ce sont les cadavres restés sur la 1oute le long de laquelle, lentement et péniblement, s’est différenciée l’Humanité » (H. V. VaLLors).

2. Le stade protohominien. — On reconnaît l’existence d’un prodrome de l’étape hominienne, prodrome qui a des raisons de chronologie géologique et que l’on place dans l’interglaciaire Mindel-Riss. Il faut savoir que les phases glaciaires n’excluent pas la présence de l'Homme, car le globe n’était pas entièrement couvert de glaces et inhabitable.

WEINERT retient pour ce stade de l'Humanité, la région du Danube et du Neckar. Il aurait pour fossile caractéristique le crâne de Steinheim. D’âge probablement acheuléen, il présente une juxtaposition curieuse de caractères anthropiens, hominiens et modernes dont le faible prognathisme facial, la région occipitale arrondie, la présence de fosses canines. C’est un progrès sur J’Anthropien vers l’ Homme.

3. Le stade Hominien. — C’est le stade du Néanderthalien, Hominien fossile du g. Palæanthropus, appartenant au Pléistocène moyen qui correspond culturellement au Moustérien : c’est le niveau du silex en « coups de poing » et du début de la pierre taillée.

Nous sommes à l’époque chaude du dernier interglaciaire Riss- Wurn.

a) Les pièces fossiles. — À l’heure actuelle on connaît une centaine de squelettes. Ce type s’est très largement répandu en Europe, en Asie et en Afrique. Seul, dans l’ancien Monde l’extrême Nord est écarté parce qu’il à #té gelé en permanence.

L'Australie, pas plus que l'Amérique, n'étaient encore découvertes par les Hominidés,

La calotte du fossile de Dusseldorf (1856) demeure le modèle d’une voûte hominienne : c’est Æomo primigenius de SCHWALBE. Mais l’Hominien le plus pur qu’on possède est le sujet de Za C'hapelle-aux-Saints, magistralement étudié par Marcellin Bouxe.

Palæunthropus neanderthalensis par rapport à Æomo sapiens ne représente pas une race, mais une strate évolutive différente qui le précède.

b) Caractéristiques de l’étape hominienne. — Les caractères du g. lalæanthropus sont les mêmes que ceux de Pithecanthropus, mais atténués.

Le crâne est surbaissé, le front fuyant, les arcades soureilières proéminentes, mais ces caractères sont moins prononcés que chez le Pithécanthrope.

Il y a une dolichocéphalie moins accentuée que dans le stade précédent. Les apophyses mastoïdes sont réduites. La capacité crânienne varie de 1400 à 1500 cc., ce qui est notablement plus considérable que la capacité crânienne du Pitliécanthrope (900- 1000 cc.) Le nez est court et large; il y à un prognathisme supérieur. La face est d’une plus grande variabilité que la partie crânienne:; la courbe médiane de la voûte présente un tracé si uniforme qu’elle peut être désignée comme spécifiquement néanderthaloïde. En jetant un regard d’ensemble sur l’évolution du crâne du Pithécanthrope jusqu’à l'Homme actuel, cn remarque que Le crâne évolue Deaucoup plus rapidement en longueur qu’en hauteur. C’est ainsi que chez le Pitnécanthrope, la hauteur ne dépasse guère la moitié de la longueur (irdice de 50 % en moyenne); puis la proportion se déplace lentement, de telle façon qu’un indice de 75 % est faible dans l’humanité moderne et que celui de 90 % peut être atteint; le Néanderthalien occupe une position intermédiaire avec un indice de 60 % «n moyenne.

La denture, implantée dans une grande arcade, de forme soit primitive en U, soit plus récente en parabole, comporte de grandes dents, solides et saines qui, dans l’ensemble, sont tout à fait humaines, ne révélant quelques particularités primitives que dans les denticules (ou cuspides) des molaires. Les canines sont de grandeur humaine.

De même que la boîte crânienne, la mandibule est caractéristique, car elle doit s'adapter à la longueur de la face et à la grandeur de l’arcade dentaire. Il en résulte une pièce lourde et massive, avec absence de menton, mais la partie «ntérieure n’est pas fuyante en arrière comme chez le Pithécanthrope, elle est ici droite. Il y a de fortes variations dans la forme des branches montantes. En général basses, larges et formant presque un angle droit avec le corps de la mandibule, elles présentent aussi toutes les autres formes humaines, avec des branches hautes et étroites, séparées par une incision profonde entre l’apophyse coronoïde et le condyle articulaire. Certairies pièces ne permettraient pas le diagnostic de « Néanderthalien » si la région mentonnière faisait défaut,

a ÉD

À la base du crâne, le trou occipital est encore situé légèrement en arrière, ce qui entraîne une légère inclinaison de la tête en avant; inclinaison antérieure que l’on retrouve au riveau de la colonne vertébrale et qui, avec la forme arquée des fémurs à concavité postérieure, témoignent de l’attitude caractéristique des premiers Hominidés dont la taille ne dépassait guère 1 m. 55 en moyenne.

Tout ce qui appartient à l’appareil locomoteur montre, chez le Néanderthalien, une conformation humaine nette et ne rappelle qu’à un faible degré les Anthropoïdes. C’est pourquoi il est permis d'admettre que Le developpement de ces parties du corps vers la forme « humaine » s’est accompli de façon relativement rapide, tandis que la tête et le crâne étaient plus aptes à conserver le souvenir de formes anciennes.

c) Vue d'ensemble sur les Hominiens. — Les Hominiens, comme les Préhominiens, ne présentent pas un type homogène. Il y a eu une multiplicité de représentants du genre Palæanthropus. En divers points de l’Ancien Monde, on assiste à un essor d’espèces nouvelles en buisson dont l’immense majorité des branches se dessècheront sans fructifier. Une de ces branches, en Palestine, a évolué vers le type Zumain. Les trouvailles de miss GarroD et Mc Cow, faites dans l’Acheuléo-Moustérien de Palestine, au Mont Carmel, dans la grotte de Magharet-es-Skhüll, en 1931-32, offrent un mélange de caractères d’Hominien et d’ Homme actuel.

Le squelette le mieux conservé à une stature de 1 m. 79. La tête, volumineuse, atteint une capacité de 1513 ec. ontrairement aux Néanderthaliens, la voûte crânienne est élevée, les orbites sont basses et l’apophyse mastoïde bien développée. l:a mandibule est pourvue d’un menton et l’occipital a une forme arrondie. Et cependant, le même Homme a des arcades soureilières proéminentes et une voûte palatine particulièrement large. Les squelettes recueillis en 1934 et 1936 par R. NEUVILLE, près de Nazareth, offrent sensiblement les mêmes caractères inorphologiques que ceux du Mont Carmel. Un crâne a pu être entièrement reconstitué. Sa capacité est d'environ 1560 cc. ; les arcades sour- “cilières sont encore en visière, comme chez l’Hominien, mais la voûte est élevée et la région occipitale semblable à celle de l'Homme actuel. Si la face présente quelques caractères néanderthaliens, dont le prognathisme et l’élargissement de la base du nez, les orbites sont basses comme chez l’ Homme de Cro- Magnon.

C’est, au stade Hominien, la réédition de ce qui se passait dans la fosse de Chou-Kou-Tien, au stade Préhominien. Les Acheuléo-Moustériens de Palestine nous mettent done en présence d’un groupe morphologiquement intermédiaire entre Palæanthropus neanderthalensis et Homo sapiens. L'existence de chaînons aussi rapprochés entre ces deux types d'Hominidés ne permet plus de douter de la réalité d’une chaîne généalogique,

4. Le stade humain. — $i l’on à pu établir des transitions, pour certains caractères, entre l’Hominien et l'Homme de la période glaciaire, cela n'implique pas que l’on possède des groupes entiers de Postnéanderthaliens et l’on ne peut pas parler d'étape postnéanderthalienne proprement dite. Tout ce que l’on a trouvé jusqu'ici permet cette seule constatation : on a affaire à l'Homme, Æomo sapiens.

Le developpement ne s’est pas produit de façon uniforme sur toute la Terre : cet anachronisme de l’évolution est un fait manifeste; certains groupes sont restés retardataires, tandis que d’autres ont continué à progresser et il est également évident que des cultures supérieures se sont heurtées à d’autres plus primitives et en ont provoqué la ruine. Il en est ainsi aujourd’hui et rien ne nous permet de penser qu’il en ait été différemment à la fin du Moustérien.

Les caractères postnéanderthaloïdes consistent en une forte accentuation de la région glabellaire et, en Europe centrale, on a pensé que les crânes de la station de Predmost, en Moravie, pourraient servir d'exemple de stade de passage.

Le stade humain est représenté par la forme idéale Neanthropus, appartenant au Pléistocène supérieur qui correspond au Paléolithique récent du point de vue archéologique : c’est l’âge de la pierre taillée puis de l’os sculpté et gravé.

Nous sommes à la seconde moitié de la glaciation wurmienne. Les Hommes de l’Aurignacien, du Solutréen et du Magdalénien répondent au type /omo sapiens fossilis où A. $s. diluvialis (Weixerr). Le type caractéristique qui réapparaît chez tous les Hommes de la seconde partie de la glaciation wurmienne, se manifeste dans la forme crânienne de Cro-Magnon (Dordogne). Il est possible de parler d’une étape ou d’un niveau cromagnien, comme l’on à parlé d’une étape ou d’un niveau néanderthalien.

Tous les Hommes appartiennent à la même espèce : Æomo sapiens. La fécondité du métissage et la fécondité indéfinie des métis sont contraires à une division en espèces. Mais au Paléolithique récent on est autorisé à parler d’une subdivision raciale sans que les relations entre les races et le cadre géographique correspondent nécessairement à l’état de fait actuel. Bien qu’il faille considérer les A{/ongoloïdes comme une forme « froide » et les Négroïdes comme une forme « chaude », le lieu d’origine de ces races ne se cantonne pas nécessairement sur le continent qui est leur patrie actuelle.

L'humanisation, c’est-à-dire l’évolution de l’Hominien vers l'Humain, a vu son premier essor en Palestine et s’est achevée en Europe occidentale où Sapiens a supplanté le Néanderthalien voué à l'extinction. Il n’est pas douteux qu’Æ/omo sapiens fossilis d'Europe ne soit l’ancêtre de l’Européen moderne.

Pièces fossiles et caractéristiques. — I1 y a deux types fossiles représentatifs d'AJomo sapiens fossilis : le crâne de Cro-Wagnon de niveau magdalénien, grand, lourd, à orbites très basses, à angles droits, très larges et dirigées obliquement en bas et en

dehors, avec une ouverture nasale étroite, et le fossile de C'ombe- C'apeile de niveau aurignacien, délicat, à tête allongée. Sans tenir compte du niveau aurignacien pius ancien cue le niveau magdalénien, on a voulu voir dans le Combe-Capelle un type plus primitif que le Cro-Magnon en considérant vrincipalement le fait que le dernier est pourvu d’un menton saillant, signe majeur d'évolution, alors que le premier possède un #”enton sans proéminence. Mais il semble que l’on doive voir: dons ce caractère un trait individuel de Combe-Capelle st non une caractéristique du niveau aurignacien.

Les deux types aurignacien et cromagnien se rencontrent constamment l’un à cêté de l’autre, avec une prédominance cromagnienne nette, aussi le type cromagnien doit-il être considéré comme le meilleur représentant d'Horno sapiens fossilis.

Le sujet de lC’hancelade de stature courte et d’allure lourde comme un Néanderthalien présente des orbites beaucoup plus élevées que celles des Cromagniens. On en faisait un ascendant particulier du type nordique, un Eskimo primitif, tandis que le Cromagnien conduisait au type dalique.

H. V. VazLois à. établi que Chancelade ne saurait être différencié des Cromagniens.

Curieux sont les squelettes de Grimaldi; ils sont de type Négroïide et nous placent devant trois alternatives : ce sont ou des variations qui se sont produites sans parenté avec des Nègres (VERNEAU), ou le résultat d’un métissage avec des Nègres, ou bien ils révèlent la première apparition de caractères nègres (ce qui paraît peu probable).

Si nous voulons établir une diagnose simple, nous pouvons résumer ainsi les principaux caractères de WVeanthropus : le front s'élève, les arcades sourcilières s’estompent sauf dans les races primitives d'Australie; la région occipitale s’arrondit; on assiste à une tendance vers la brachycrânie (1), le cerveau tendant à une forme globuleuse ; la capacité crânienne augmente et dépasse 1500 cc.; le prognathisme facial à disparu; un menton apparaît à la mandibule; la canine se réduit et se met au même niveau que les autres dents.

Le trou occipital est au milieu de la base du crâne et la station est verticale; la taille s'agrandit.

5. Le Mésolithique. — C'est l’époque d'Homo sapiens recens ou Aomo sapiens alluvialis (WæiNerT), l'Homme actuel.

(1) La différenciation des crânes est basée sur l'indice céphalique qui est le rapport en % de la largeur à la longueur du crâne

crâne étroit dit long : dolichocrânie; indice 70-74; crâne moyen : mésaticrânie ; » 75-79; crâne large dit court : brachycrânie ; > 80-84.

La tête vivante est, proportionnellement, un peu plus large que le crâne, et les chiffres des trois classes doivent être majorés d’une unité. Ainsi, sur le vivant, la dolichocéphalie a un indice qui varie de”71 à 75, etc...

Nous sommes au début de l’Holocène, début marqué par une époque de transition, le Postglaciaire, où les effets de la glaciation se font encore sentir. Ce passage remonte à dix mille ou quinze mille ans environ; or le Pléistocène est estimé à plus d’un demi-million d'années, ce qui est encore peu de chose par rapport au Tertiaire dont la longue durée fut nécessaire au développement des Mammifères supérieurs et des Primates. On voit combien est relativement court le temps dont l'Humanité a disposé pour la subdivision en races et pour la vie de l'Homme proprement dit, Æomo sapiens recens.

Culturellement, c'est le polissage de la pierre qui apparaîtra à la fin du Mésolithique; on trouve des haches dans le Mésolithique du Nord; c’est la conquête du Chien comme animal domestique; on note les débuts de la céramique et du tissage.

La caractéristique anthropologique du nouveau type est la très grande marge de variation qu’il présente, dès le Mésolithique, et le fait anthropologique important pour l’Eurcpe est l’apparition des premières têtes larges ou race « alpine », parce qu’elles ont été trouvées sur le versant «eptentrional des Alpes. Le type humain à tête large va s'étendre entre les races dolichocéphales du Nord (races nordique et dalique) et du Sud (race méditerranéenne). Le type alpin ne s'oppose pas nettement au fype cromagnien généralisé, car toutes les transitions existent entre les deux types et rien ne prouve l’arrivée du type alpin de l'Est, de l’Asie.

Dans la sépulture d’Ofnet, station d’un Mésolithique précoce, on rencontre parmi les trente-trois crânes trouvés, des dolichocéphales, des mésaticéphales et des brachycéphales — les indices céphaliques variant de 70 jusqu’à plus de 90 —. La grotte d’Ofnet révèle les Hommes de l’époque tels qu’ils étaient et témoigne nettement de la marge de variation de leurs cränes.

La désignation de « race alpine » est historiquement justifiée par le fait qu’on peut constater sa présence dans la région alpine et préalpine jusqu’au centre de la France et en Bretagne. D’autre part, le Mésolithique du Nord révèle des crânes à caractères cromagniformes nets associés à des brachycéphales. C’est ainsi que les crânes de Furfooz, en Belgique, le crâne de Grenelle (Paris), de La Truchère, présentent une réunion de caractères cromagnoïdes et alpins.

On arrive à la conclusion que la caractéristique de l’humanité, dès l’aurore de l’époque récente, est une grande marge de variation, ou, précisément, l’absence d’une caractéristique déterminée. Le crâne, aussi bien que le squelette, fournissent des combinaisons variées de caractères : c’est ainsi que la réunion sur un même individu d’un gros crâne cromagniforme et d’une petite stature, se rencontre un peu partout.

En Afrique du Nord, le type de base est le type cromagnoïde, conservé encore assez pur chez les Berbères. Le diagnostic de négroïdisme dans le Mésolithique nord-africain, est difficile à poser, car un caractère nègre très prononcé, tel que l’aplatissement

de la racine du nez et le passage insensible au front, sans épaississement glabellaire, est tout à fait exceptionnel. Ce que l’on trouve, c’est une racine du nez enfoncée, un nez élancé et le front cromagniforme. Le prognathisme, caractère négroïde du maxillaire, n’est pas limité aux Nègres; le crâne du vieillard de Cro- Magnon présente lui-même une certaine obliquité du maxillaire, telle que bien des Nègres ne l’ont pas plus accentuée. Et si l’on est amené à admettre un élément nègre réel, on n’en est guère plus avancé, car l’existence du Nègre, à cette époque, n’est plus douteuse pour l’Afrique anthropologique.

C’est ainsi que le squelette d’Asselar, trouvé en 1927 dans le Sahara et que l’on peut situer indifféremment dans le Paléolithique supérieur ou dans le Néolithique, peut être considéré comme un Cromagnoïde ou comme un Négroïde; or, le Sahara comme lieu de la découverte, oblige à considérer les ressemblances avec le type négroïde comme un véritable apparentement. M. Boue et H. V. VaLLois établissent des rapports avec des races de l'Afrique du Sud, en particulier les Aottentots et les Boschimans. Ainsi, d’après ces deux savants, les populations actuellement sud-africaines, auraient eu jadis des représentants au nord de la grande forêt tropicale. WEINERT pense qu’Asselar doit être relié aux crânes de la même époque de l’Asie occidentale.

La station de Benri-Segoual, sur le golfe de Bougie, à fourni un butin très important; ia monographie qu’ARAMBOURG - BOULE - VaLLoIs - VERNEAU lui ont consacrée, a plutôt wénéralisé, pour cette station, le nom d’Afalou. L’impression générale qui se dégage des quelque cinquante crânes retirés est de nouveau l’évocation du type de Cro-Magnon, avec des caractères négroïdes parsemés dans la série.

En Palestine, il s’agit en particulier des fouilles opérées par Miss D. Garrop à C'houkbah et au Mont Carmel, ainsi que de celles de R. Neuvize à Ærq-el-Ahmar près Bethléem. La question d’un métissage nègre peut se poser : c’est un Nègre qui, comme celui de l’Afrique orientale d'aujourd'hui, n’est pas le Nègre pur mais a subi des influences kamitiques. H. V. VaLLors, qui a décrit le crâne d’Erq-el-Ahmar, ajoute que les pièces de la même époque mésolithique, qui ressemblent le plus à ces crânes de Palestine, sont les dolichocéphales de Wugem en Portugal. — On peut en conclure que les traits les plus marquants chez les uns et les autres sont les traits méditerranéens cromagnoïdes.

On ne trouve pas de vrais Nègres dans l’Europe anthropologique. Par contre, des caracteres négroïdes atténués se constatent partout et en permanence depuis l’époque des Grèmaldiens.

Des caractères qui sont généraux et typiques pour la race nègre, se rencontrent aussi, sporadiquement dans d'autres races et donnent l'impression d’un type négriforme. Le principal de ces caractères est le prognathisme du maxillaire.

Quand des caractères de cet ordre se trouvent dans les domaines voisins de l’aire nègre — en Afrique du Nord et en Asie occidentale — il est vraisemblable d'admettre la possibilité qu’ils soient

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