DANS UN TRIPTYQUE DE QUENTIN METSYS
M. Reiffenberg, dans ses Mémoires de /’ Académie de Bruxelles (1820), assure que les cornettes ou bonnets de dentelle étaient en usage dès le XIVe siècle dans les Pays-Bas. L’historien des ducs de Bourgogne, M. de Barante, nous apprend, d’autre part, que Charles le Téméraire perdit ses dentelles à la bataille de Granson (1476) ; il ne cite pas son auteur.
11 existe une série de gravures, d’après Martin de Vos (1581), représentant les occupations des sept âges de la vie ; dans la troisième, consacrée à l’âge mur, on voit une jeune fille assise, un carreau sur les genoux, et faisant de la dentelle aux fuseaux.
La magnifique collection de dentelles du Musée Gruuthuuse contient quelques pièces intéressantes et très anciennes de passements aux fuseaux d’origine flamande. Citons une pièce en lacis et toile brodée entourée de passements aux fuseaux et remontant à la fin de l’époque des ducs de Bourgogne (1476-1506) (1); un rectangle de lacis à deux tons, mentionné plus haut, de la fin du XVe siècle, et entouré d’un passement aux fuseaux (2) ; une nappe en lacis et toile brodée, entourée de passements aux fuseaux (1500-1550; (5); plusieurs volants en guipure de Flandre; un col avec parement (1500-1550) en dentelle de Bruges (4), etc.
Quoi qu’il en soit, nous savons aujourd’hui qu’à la fin du XVe siècle, l’art de faire la dentelle faisait partie de l’éducation des femmes dans les Pays-Bas et que déjà Charles-Quint ordonnait qu’il serait enseigné dans les écoles et les couvents.
d’un tableau de Quentin Metsys à l’église Saint-Gomniaire de Lierre, comme renfermant une dentellière qui travaille au carreau. Il existe dans cette église un tableau d’un peintre inconnu de la lin du XVe siècle, probablement l’auteur de Y Histoire de Marie- Madeleine, mais aucune dentellière n’y figure, contrairement aux assertions de ces auteurs.
(1) Catal. du Musée Gruuthuuse , à Bruges, p. 11, n° 3.
(2) Ibid., y. 13,n°5.
(3) Ibid., p. 13, n° 6.
(4) Ibid., p. 23, 27 et 29.
LES INDOSTRIES A DOMICILE E> BKLGIQIK.
Les provinces belges «les Pays-Ibis devinrent, au Inuit île peu de temps, un centre des plus actifs poui la fabrication el le commerce delà dentelle. Les ouvrières flamandes surtout n’avaient pas leurs pareilles pour la dentelle aux Ihaeaux. La matière première, on la trouvail sui place; c’était presque toujours le lin le plu- tin. bi»*n qu’on i ii aussi de la dentelle avec des fils <1 «U el d'argent I I dessins, qui ressemblaient d'abonl ;m\ rinceaux gothiques en honneui i Venise, se séparèrent assez vite dc> types italiens et tirent a la flore locale de judicieux emprunts. Ces perfectionnements donnèrent aux Flandres la juste réputation d’étre le centre principal du travail aux fuseaux.
La dentelle aux fuseaux >e répandit bientôt d;ms presque tous les pays étrangers avec laquelle la Flandre était en relation. En Italie, Milan et Gènes furent les deux villes où cette fabrication s'établit le plus largement, tandis que Venise resta plus spécialement attachée aux travaux à l'aiguille 2 .
En Saxe, c’est une dame Barbara Etterlein, loin me «le Christophe Uttmann, grand propriétaire de mines habitant !»• château de Sainte-Ânnaberg, qui introduisit la dentelle aux fuseaux, pour venir en aide aux femmes des mineurs de la contrée. Quelques auteurs, entrant res William Felkin, dans son ouvrage déjà cité, attribuent à Barbara I ttmann l'invention de la dentelle aux fuseaux; ils se basent sui l’inscription sui-
(1) Un livre de facture d'un négociant en dentelles de (.and, tenu de 1643 a 1655, mentionne de nombreuses commandes de dentelles d’or et d'argent. (Bibliothèque de l’Université de Garni.)
(2) Le fait que Venise s’est occupée presque exclusivement de dentelle a l'aiguille et a relégué au second plan le travail aux fuseaux semble une preuve nouvelle que cette dernière fabrication n'eut pas pour l*erceau la cité des agîmes.
vante, que porte sa tombe, dans le cimetière de Saint e-Annaberg : « Ici repose Barbara Uttmann, décédée le 14 janvier 1575, qui, en inventant la dentelle en l’année 1561, devint la bienfaitrice de la région montagneuse du Hartz. » Il paraîtrait que Barbara Uttmann aurait elle-même appris l’art de la dentelle d’une ouvrière protestante, d’origine brabançonne, qui quitta son pays pendant le gouvernement du duc d’Albe. La châtelaine d’Ànnaberg enseigna la dentelle à ses compatriotes, fit venir de nouvelles ouvrières flamandes à Sainte- Annaberg et donna à la dentelle un tel développement, que, peu d’années après, la Saxe comptait 30,000 dentellières.
L’Espagne, qui recherchait les effets de relief et de clinquant, s’adonna surtout à la fabrication des riches dentelles d’or et d’argent ainsi qu’aux dentelles de soie noire. Ce pays, ainsi que ses colonies les plus éloignées, était encore, il y acenl ans, un des grands débouchés de la dentelle belge.
Dès le milieu du XVIe siècle, nos dentelles s’introduisaient en Angleterre. En 1546, Henry VIII faisait venir des dentelles de Florence « pour sa très chère femme » (la sixième et dernière, Catherine Parr) et il se trouvait dans cet envoi, entre autres « gentillesses », des mouchoirs de Hollande frangés d’or de Venise, de soie rouge et de soie blanche et des mouchoirs frangés « d’ouvrage de Flandre ». D’autre part, des réfugiés protestants, flamands et brabançons, importèrent à Honiton la fabrication du point de Bruxelles.
En France, la dentelle s’établit en Auvergne vers la fin du XVIe siècle : Aurillac se fît une spécialité des dentelles d’or et d’argent; le Puy-en-Velay s’attacha plutôt aux dentelles de fil et aux guipures de soie, mais déjà avant cette époque les dentelles flamandes et brabançonnes faisaient fureur à la cour de France, parmi les nobles et dans le haut clergé.
La dentelle avait été fabriquée au début presque exclusivement par les couvents et les grandes dames. On cite plusieurs reines habiles dans les travaux à l’aiguille, entre autres Cathe-
LRS INDUSTRIES A DOMICILE EN BELGIQUE
rine (le Médicis et la reine Berthe au grand pied, toutes deux expertes au point coupé. Catherine d'Aragon passait ses journées à travailler à l’aiguille et Marie Stuart trompait les longueurs de son emprisonnement en faisant de la dentelle.
11 est impossible de préciser la date à laquelle la dentelle se transforma en industrie populaire. .Nous croyons que de nombreuses ouvrières s’y adonnaient, en Flandre et en Brabant, dès la première moitié du XVIe siècle; et il faut bien le supposer, car le luxe de la dentelle était déjà considérable en 1530-1540. Pendant la seconde moitié de ce siècle, l’industrie ne fit que s’étendre. En 1582, les dentellières figurent en corps à l’entrée du duc d’Anjou dans la cité de Lille, alors ville flamande. Elles portent un costume particulier: « Un pardessus de callemandc rayée et un bonniquet de toile line plissé à petits canons; une médaille d’argent pendue au cou par un petit liseré noir complétait ce costume I », qui s’est conservé à Lille jusqu’au milieu du XIXe siècle.
Le seul document de cette époque que nous ayons trouvé dans les archives du pays — une ordonnance du Magistrat de Gand en date du 21 mars 1500 — contient, au sujet de l’importance de l’industrie dentellière dans cette ville, un renseignement curieux. L’ordonnance est prise en exécution d’un placard de Philippe II, du 5 décembre 1589. On \ voit que Philippe II, au contraire de ce qu’avait fait son père, « charge tous les magistrats et officiers de la ville de Gand d’exercer bonne surveillance sur les abus commis en matière de salaire et louage (d’ouvrage) par les domestiques mâles et les servantes, abus résultant de ceci, que beaucoup de jeunes filles capables de servir les bonnes gens s'adonnent à faire des choses de point ou très peu de valeur ou profit pour la commune, telles que des bagatelles ( minuteijten ) de travail aux
(1) Vov. Derode, Histoire de Lille, Paris, 18t8. L'auteur ajoute qu'il a vu ce costume trente ans auparavant .
fuseaux ( spellewerk , littéralement : travail aux épingles) et d’autres encore ». En exécution de ce placard, le Magistrat de Gand « défend formellement que personne, qui que ce soit, continue à faire encore aucun travail aux fuseaux ou à en faire fabriquer, excepté les petites filles habitant chez leurs parents et ne dépassant pas les douze ans. Il est, de plus, ordonné à toutes les petites filles et jeunes filles habitant leur propre maison quelles remettent, dans les huit jours, à l’hôtel de ville, leurs noms et prénoms, l’endroit de leur habitation, la nature du travail manuel ei du métier qui les fait vivre, afin qu’il soit décidé là-dessus selon qu’il convient; Tout cela sous peine d’amende de trois florins carolus, à supporter par celles qui seraient en faute de comparaître au jour fixé (1) ».
Cette ordonnance interdisant aux jeunes filles de faire de la dentelle pour que les bonnes gens ne manquent pas de servantes et ne doivent pas les payer trop cher, donne matière à d’étranges réflexions sur la façon dont les administrations de cette époque comprenaient les intérêts et « le profit de la commune » ! Pour qu’on en vînt à de pareilles mesures, il fallait qu’à ce moment la population féminine de Gand s’occupât avec ardeur de la dentelle aux fuseaux.
Très heureusement, l’ordonnance n’eut point pour effet la ruine de l’industrie dentellière à Gand. Ceci eût été désastreux, car aucune industrie, au témoignage des historiens, ne contribua plus que la fabrication des dentelles à la prospérité et à la splendeur des villes flamandes. Tandis qu’au milieu des guerres civiles et politiques, plusieurs de nos industries fuyaient le sol national et s’établissaient à l’étranger, l’industrie dentellière seule se sentit assez forte pour résister au courant de l’émigration et pour se maintenir obstinément dans le pays. Nulle part elle ne fit d’aussi rapides progrès qu’en Belgique, et elle a contribué à sauver les Flandres d’une ruine
(1) Archives de la Ville de Gand. Hôtel de Ville. Registre G. G. f° 123, v.
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complète, nonobstant les coups sensibles qui furent portés à l'exportation de ce produit vers la France et l’Angleterre, ses principaux débouchés.
Les édits interdisant le port des dentelles se succédèrent en France depuis 1547 jusqu’en 1GG1), pour aboutir à la fondation de la Manufacture royale de dentelles, par Colbert (1).
Le port de la dentelle constituait anciennement un privilège tacitement reconnu à la noblesse, qui cherchait à maintenir la différence des castes par la réglementation du costume. Or, la dentelle, fort recherchée d’abord par les seigneurs et les dames, devint bientôt un objet de convoitise pour les riches bourgeois et pour leurs femmes. De là, plaintes de la noblesse, qui voyait dans cet empiètement sur un de ses privilèges une insulte et une tentative d’émancipation. En 1547, première année de son règne, Henri 11, cédant aux instances des seigneurs, interdit l'usage de la dentelle en France. Mais l'influence de sa femme et de ses fils maintinrent à la cour les fraises ornées de lacis et de point coupé qu’on avait portées jusqu'alors, et en 1574, à l'occasion du passage à Venise de Henri III, on déclara qu’il serait permis aux dames invitées de porter tous vêtements, ornements et joyaux quelconques, « même visés dans les ordonnances » .
Vers 157G, les fraises ornées de dentelle avaient atteint à la cour de France des dimensions telles, que ceux qui les portaient pouvaient à peine tourner la tète. L’effet en était si ridicule que le chroniqueur d’Henri III, Pierre de l'Estoile, prétend qu’on eût dit «le chef de saint Jean-Baptiste dans un plat ». Les édits sur le luxe se succèdent. De 1549 à 1585 on n'en compte pas moins de dix. Mais les édits étaient pris en vain; la cour donnait le mauvais exemple. En 1577, aux États de Blois, Henri III portait sur ses habits quatre mille aunes de dentelles d’or fin. Son successeur, Henri IV, édicta de nou-
(1) Voy., à ce sujet, Mrs Bury Palliser, op. cil., pp. 112 et suiv.
velles ordonnances contre les « clinquants et dorures » et lui au moins joignit l’exemple à l’édit. Sully, bien résolu à seconder le roi, se riait de ceux « qui portaient leurs moulins et leurs bois de haute futaie sur le dos ». — « Il est nécessaire, disait-il. de nous débarrasser des marchandises de nos voisins, qui inondent le pays » ; et il défendit, sous peine d’un châtiment corporel, tout trafic avec les marchands flamands. A l’avènement de Louis XIII, le luxe reprend avec une intensité nouvelle. Les points de Flandre sont extrêmement demandés en France. Les manchettes des dames, leurs cols, leurs coiffures, leurs tabliers, sont ornés de dentelles. Les hommes en portent à leurs cols rabattus, sur leurs manchettes à revers et jusque dans l’embouchure de leurs bottes. Marie de Médicis, la reine mère, publie en 1613, un « Règlement pour les superfluités des habits », défendant toute dentelle et broderie. De nouveaux édits, en 1620, 1623, 1625, défendent de porter « clinquants, collets, fraises, manchettes et autre linge; passements, point coupez et dentelles, comme aussi des broderies et découpures sur quintin ou autre toile ». Une ordonnance de 1656 défend à nouveau les points coupés, etc., faits en France, comme ceux venant de l’étranger, « sous peine de bannissement pour cinq ans, de la confiscation et d’une amende de 6,000 livres ». Un code spécial est édicté contre l’usage de la dentelle, le Code Micliaud. Mais ces interdictions ne font qu’exciter l’hilarité du peuple et on ne parvient pas à les faire observer (1). Louis X1IÏ meurt et, sous la régence d’Anne d’Autriche, les édits somptuaires se succèdent. Cependant, la régente elle-même continue detre passionnée pour le beau linge et les belles dentelles. En 1653, on voit Mazarin, pendant qu’il fait le siège d’une ville, entretenir une grave correspondance avec Colbert, son secrétaire, relative à l’achat
(1) En 1692, Saint-Mars mourait, laissant plus de trois cents parures de cols et manchettes garnies de dentelles.
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de points de Flandre, de Venise et de Gènes. Il croit « convenable de mettre trente ou quarante mille livres à ces achats*, ajoutant qu’en les Taisant en temps opportun, on obtiendra des prix avantageux.
En 1660, Mazarin fit paraître un nouvel édit, d’une grande sévérité, qui causa beaucoup d émoi, car il Tut promulgué la veille du mariage de Louis XIV, alors que chacun, pour Téter la jeune épouse du roi, s’apprêtait à étaler sur soi tout ce qu’il avait de galons, de guipures et de lines dentelles.
Cet édit provoqua de la part de Molière une approbation ironique, qu’il mit dans la bouche de Sganarelle ( Ecole des maris) :
Oh ! trois et quatre fois béni soit ect édit.
Par qui des vêtements le luxe est interdit !
Les peines des maris ne seront plus si grandes,
Et les femmes auront un freina leurs demandes.
Oh ! que je sais au roi bon gré de ces décris,
Et que, pour le repos de ces mémos maris,
Je voudrais bien qu’on fit de la coquetterie Comme de la guipure et de la broderie.
En réponse à ledit, un groupe de belles dames, qui se réunissaient à l’hôtel de Rambouillet, tirent paraître une satire en vers, intitulée : La révolte des passements , très intéressante au point de vue technique, parce quelle énumère toutes les dentelles connues à ce moment. On y voit, en conséquence de l’édit somptuaire contre le luxe du costumes,
« Mesdames les Broderies,
» Les Poincts, Dentelles, Passements,
» Qui, par une vaine despence,
» Ruinoient aujourd’hui la France, »
se réunir et se concerter sur les mesures à prendre pour leur commune défense ( 1 ) .
(1) Cette pièce de vers a été publiée en appendice dans l'ouvrage déjà cité de la Comtesse de Brazzà Savorgnan.
Ces multiples édits étaient sans prise sur la dentelle fabriquée en Belgique et en Italie. Seule la dentelle française, d’Auvergne et de Normandie, plus grossière et moins demandée, était frappée, et les habitants de ces contrées s'en plaignaient amèrement.
C'est alors que Louis XIV, prenant conseil de son intelligent ministre Colbert, brisa avec la politique vexatoire de ses prédécesseurs et entreprit d’importer en France la belle industrie qui faisait la richesse de ses voisins, afin que, si les fortunes s’épuisaient dans l'acquisition de ces objets de luxe, l’argent au moins ne sortît pas du royaume. En 1665, Colbert choisit une dame Gilbert, native d’Alençon et déjà familiarisée avec la manière de faire le point de Venise, et l’établit dans son château de Lonray, avec trente dentellières, qu’il avait fait venir à grands frais de Venise. Au bout de quelque temps, Mme Gilbert arriva à Paris avec les premiers spécimens de son travail. Le roi les vit, en fut enchanté, témoigna le désir que désormais personne ne parût à la cour avec d'autres dentelles et leur donna le nom de point de France.
Le 5 août 1665, Colbert accorda un privilège exclusif pour dix années et une gratification de 56,000 livres à une compagnie, dont les bureaux et magasins furent installés à Paris et qui avait pour objet « de faire toutes sortes d'ouvrages de fil, aussi bien à l’aiguille qu'aux fuseaux ».
En même temps, des manufactures furent créées en province, de préférence dans les centres où se fabriquaient déjà des dentelles. et, d’après Voltaire, deux cents ouvrières flamandes furent adjointes aux vénitiennes établies près d'Alençon. La faveur du souverain fit la fortune de l'entreprise. Le point de France fut prescrit par l’étiquette de la cour : tous ceux qui faisaient partie de la maison du roi, tous ceux qui étaient reçus à Versailles ne purent porter, les femmes comme les hommes, que les dentelles de la Manufacture royale.
Le ce point de France» eut bientôt fait de supplanter le point
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deYenise.II s’inspira tout dalnird de ce «l**rni#*r et visa a limiter le plus exactement possible, puis il traii'lorma. -*u> l'in- Ibicuee Ira i irai n»* . * *t 'iih'titua aux revaux ^ ii\ t*l on** fin du point vénitien une ornementation plus |M»ndoréc. plus précise, des développements bien «*< j • 1 1 1 1 1 n » - .» dmit»* ••! .• gauche, autour d’un motil rentrai d’un '\ 1 1 1 1 m * 1 1 " 1 1 1 • ’ --uNi iit II térisé (1 ) .
Le prix élevé du point d» I ram • • n n 'irriguait l’ii'agr ,.u\ gens riches. Ceux qui ne pouvaient '•■ |Mimettre d* 'i di'jMndieux oriicmriil s | i < • i ! 1 1 » Li< an lit par la dentelle aux fuseaux, mais, bien que la fabrication de celle-ci prit chaque j"m plue d’extention, la vogue était à la dentelle à Ile, « ••n^ai r»*e par la faveur royale. Mençon devint le principal centre de la product ion du point de I t an< e et nulh pat t < • lm-. i ! une élégance et une finesse plus grandes.
Pendant la seconde partie du règne ■ I \l\ on porta «In point de Franc* i profusion I tements du « ulte en étaient garnis; les nouveaux-m , . n un ni :m baptême ni étaient envelop|)és des pieds à la tête; 1rs toilettes de m étaient garnies « de poinl di I si liant quon ne voyait point de toile . Jupes, corsets, mantes, tabliers avet leurs bavettes, souliers, gants, éventails: tout en était couvert.
L es hommes n’en consommaient pas moins que les femmes. Ils portaient la dentelle en rabats, mam bette' et ram»ns d un [irix exorbitant. Certains de ces canons coûtaient 7,0 W livres la paire. « V la cour de France, écrit Savinien d'Alquié, on regarde comme peu de ehn'e d arheier de' rabat', manchettes et canons de la valeur de 1.1,01 H) écus 2 .
Les dames en portaient à leui corsage et .» leurs mant bes : leurs jupes étaient ornées de dentelles tournantes ou votantes d où le nom de « volant donné depuis aux dentelles larges :
(1) Lefébure, op. rit., p.
-) Savinien r» Alqiié, Les Délires de la h tanre, | * .
leurs coiffures s’élevaient en échafaudages à plusieurs rangs de point montés sur fil de laiton.
D’après M. Félix Aubry, la consommation annuelle des dentelles en France s’élevait, au commencement du XVIIIe siècle, à environ huit millions de notre monnaie (1). C’était alors la période de l’épanouissement complet des guipures de Venise et du point de France; les dentelles aux fuseaux qu’on fabriquait en Belgique étaient réléguées au second rang par nos voisins et elles le restèrent jusqu’à l’avènement de Louis XV.
Cependant, c’est pendant le règne du grand roi qu’apparaissent ou se développent nos points les plus illustres : le point de Bruxelles et la dentelle de Binche rivalisent de beauté et de finesse; la dentelle d’Angleterre leur fait une concurrence des plus sérieuse; Ypres débute en 1656 dans la fabrication de la Valenciennes et cette dentelle commence à disparaître du Hainaut français; les points de Flandre, entr autres les guipures à l’aiguille et aux fuseaux, prennent une extension de jour en jour plus grande; la Malines nait en 1665 et devient une des plus riches dentelles qui aient jamais vu le jour en Belgique.
Tandis que la France était presque fermée à nos produits, nos débouchés intérieurs avaient pris une grande extension, comme en font preuve les nombreux portraits de cette époque conservés dans nos musées. La Hollande, malgré la simplicité de ses habitants, faisait aussi une assez grande consommation de nos dentelles, mais ce fut surtout l’Angleterre qui se fournit chez nous, pendant tout le cours du XVIIe siècle.
D’après Mrs Burv Palliser (p. 231), pendant la seconde moitié du XVIe siècle, la plupart des dentelles portées en Angleterre étaient d’origine flamande. Dès cette époque, des lois somptuaires anglaises vinrent entraver notre commerce de den-
(1) Félix Aubry, Rapport sur les dentelles fait à la Commission française de l'Exposition universelle de Londres, en 1831,
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telles. La Réforme aussi lui fut défavorable en amenant la suppression des dentelles qui ornaient les objets du culte. Mrs Nevill Jackson (p. 00) le constate et dit que « la plupart des belles dentelles et broderies quittèrent les églises, et cela, hélas ! le plus souvent, pour être mises en pièces et recouvrir les chaises el les lits des prédicateurs de la foi nouvelle ». Cependant, de meme qu’en France, les entraves apportées en Angleterre à l’usage de la dentelle belge ne gênaient guère l’expansion de celle-ci. Diverses ordonnances furent prises pendant le règne d’Elisabeth, ce qui n’empêcha pas qu’en 1569, l’importation annuelle des passements, dentelles aux fuseaux, etc., s’élevait à 10,000 livres sterling. La « Reine Hess » laissa à sa mort 5,000 robes ornées de dentelles el une quantité innombrable d’objels de toilette qui en étaient couverts. Rien, de son temps, ne semblait trop luxueux ou extravagant et on portait à sa cour jusqu’à du point tressé , dentelle laite avec des cheveux et qui comptait encore naguère d’habiles ouvrières dans la Dalécarlie (Danemark).
A partir de Jacques Ier, les dentelles de Flandre font fureur à la cour d’Angleterre. Sous Charles Ier, en 1635, on fait un premier effort sérieux pour protéger les manufactures de dentelles anglaises et l’on prohibe strictement les dentelures, dentelles aux fuseaux, points coupés étrangers, aussi bien que toute marchandise ornée de dentelle ayant une origine étrangère.
La République (1649-1660) fut un temps fort triste pour les fabricants de dentelle ; mais ce lut principalement sur la classe moyenne et la basse classe que la règle puritaine s’appesantit.
Dans les hautes (‘lasses, les puritains eux-mêmes continuaient de porter de la dentelle, quoique moins ouvertement que par le passé; Mrs Bury Palliser nous dit que Cromwell, après sa mort, fut couvert de vêtements de pourpre, d’hermine et de dentelle de Flandre, plus riches que ceux de la plupart des
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Fig. 6ils. — Vieille dentelle de Binche (xviie siècle)
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souverains, et que les comptes de lady Lambert mentionnent sept gorgerettes en dentelle de Flandre, coûtant chacune 2,000 francs de notre monnaie, et six chemises également garnies en dentelle de Flandre, du prix global de 12,000 francs.
Le luxe n’attendait que le retour des Stuarts pour réapparaître dans toute sa force.
C’est l’époque ou le point d’Angleterre, tant à l’aiguille qu’aux fuseaux, fait son apparition. MrsBury Palliser explique de la manière suivante l’origine du nom de cette dentelle : « En 1662, le Parlement anglais, alarmé des sommes considérables qui passaient à l’étranger pour l’achat de dentelles, et voulant protéger la fabrication anglaise de la dentelle aux fuseaux, prohiba l’importation de toute espèce de point. Les marchands de dentelle anglais, ne sachant comment fournir de point de Bruxelles la cour de Charles II, invitèrent des ouvrières flamandes à venir établir en Angleterre des manufactures spéciales. L’entreprise cependant ne réussit pas: le pays ne produisait pas l’espèce de lin convenable et la dentelle était de qualité inférieure. En conséquence, les marchands adoptèrent un expédient beaucoup plus simple. Possédant le marché des dentelles de Bruxelles, ils firent entrer celles-ci en contrebande et les vendirent sous le nom de point d’ Angleterre ou point anglais (1). Les détails de la prise faite par le marquis de Nesmond, en 1678, d’un navire chargé de dentelles de Flandre à destination de l’Angleterre donneront quelque idée de l’étendue de ce genre de contrebande : la cargaison se composait de 744,955 aunes de dentelles, non compris les mouchoirs, les cols, les fichus, les tabliers, les jupons, les éventails, les gants, etc., le tout garni de point d’Angleterre (2). »
A partir de cette époque, le nom de point de Bruxelles
(1) Il en résulte, contrairement à ce qu’ont prétendu plusieurs auteurs anglais, que le point d’Angleterre est d’origine belge.
(2) Mrs Bury Palliser, op. cit. , p. 95.
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disparait; il n’y a plus que du prétendu point d’Angleterre.
Charles II comprit que les édits n’auraient pour efïét que d’augmenter la contrebande et il accorda à John Eaton l’autorisation de faire entrer la quantité de dentelle nécessaire pour toute la famille royale, et, afin de rendre cette autorisation moins choquante, il ajouta que « les dessins de ces dentelles serviraient comme modèles pour la fabrication indigène ».
Sous les règnes de Guillaume III et de la reine Anne, de nouvelles ordonnances sont alternativement édictées et retirées et le luxe des dentelles va croissant. Jamais la cour ne fit de si grandes dépenses en dentelles que du temps du roi Guillaume. Dans les comptes de la reine Anne, on voit figurer pour la première fois, sous leurs noms, les points de Bruxelles et de Malines ; en 1712, rien que pour ces deux dentelles, les notes de la cour anglaise s’élèvent h 1,418 livres sterling.
Le XVIIIe siècle amène une transformation radicale dans la mode des dentelles. Au \VI° et au XVIIe siècles, le fond ordinaire des dentelles à l’aiguille était le fond varié et irrégulier des guipures, et ces dentelles étaient le plus souvent lourdes, raides et majestueuses; au XVIIIe siècle, c’est le contraire qui arrive: le réseau se substitue à la guipure et la dentelle prend un aspect vaporeux, léger, en parfait accord avec la frivolité de l’époque. Le réseau , qui s’appelait autrefois réseuil , devient l’appellation régulière de toutes les mailles ; on y joint le nom de la contrée qui produit chaque forme spéciale de ces mailles, et c’est ainsi que l’on dit: réseau d’Alençon, réseau d’ Argentan (autre variété du point de France), réseau de Chantilly, de Bruxelles, de Malines, de Valenciennes, etc. La dentelle aux fuseaux, devenant de plus en plus souple, voit sa vogue augmenter considérablement et est en grand honneur à la cour de Louis XV et, plus tard, dans l’entourage de Marie-Antoinette. Le style des dentelles se modifie également et le rococo , avec ses architectures disgracieuses, ses nœuds de rubans et ses
petits bouquets entremêlés de larmes ou de grains de café, règne jusqua la fin du XVIIIe siècle.
L’industrie dentellière belge trouva son compte à ces changements de la mode et jamais cette industrie n’occupa autant de bras que pendant le XVIIIe siècle. Ouvrières des campagnes et des villes, couvents et béguinages rivalisaient d’activité. Les besoins des cours étaient d’ailleurs considérables. Les fournitures de dentelles pour le lit de la reine de France s’élevaient, en 1738, à 30,000 livres et étaient tout en point d’Angleterre. Ces garnitures, dit le duc de Luynes dans ses Mémoires, étaient renouvelées chaque année. Le trousseau de noces d’une jeune fille de bonne maison s’élevait couramment à 100,000 écus. Le goût du linge orné de dentelle avait atteint un tel degré que, lorsqu’en 1739, Madame, fille aînée de Louis XV, épousa l’infant d’Espagne, la note des objets portant de la dentelle s’éleva à 623,000 francs. Les comptes de M,ne du Bary nous apprennent qu’il lui fallut 23,000 livres de point d’Angleterre pour quatre garnitures complètes et quelques fournitures sans importance. Chaque dentelle avait alors sa saison déterminée: les points d’Alençon et d’ Argentan furent déclarées par la mode « dentelles d’hiver », tandis que la Malines, l’Angleterre et quelques autres étaient « dentelles d’été ».
Chez nos voisins d’outre-Manche, le luxe netait pas moins grand au XVIII0 siècle. D’après Mrs Bury Palliser, la dentelle de Bruxelles l’emportait sur toutes les autres. Les dentelles de Flandre n’étaient pas moins estimées. Un auteur du temps fulmine contre cette passion des dentelles étrangères. « Les dames anglaises, dit-il, dépensent plus de deux millions annuellement en dentelles étrangères ; autant vaudrait, pour des protestants, doter des couvents, puisqu’ils savent que ces dentelles de provenance flamande sont l’œuvre de religieuses papistes » .
La contrebande des dentelles était pratiquée sur une large
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échelle en Angleterre. Les fabricants belges se plaignaient, à l’occasion, de la sévérité des prohibitions anglaises, comme le prouvent les doléances adressées, en 1781, à Joseph II, lors de son voyageœn Belgique, par les fabricants de Bruxelles (1); mais, en réalité, les prohibitions ne comptaient pour rien : les femmes voulaient à toute force des dentelles étrangères et recouraient, pour se les procurer, aux fraudes les plus extraordinaires. Un cercueil ayant débarqué en Angleterre, où il devait être mis en terre, les employés de la douane eurent la curiosité de l’ouvrir et ils trouvèrent que le corps, à l’exception de la tête, des mains et des pieds, avait été remplacé par du point de Flandre d’une valeur considérable.
En F rance, on recourait à des moyens de fraude moins lugubres et l’on introduisait les dentelles belges au moyen de chiens dressés tout exprès. On nourrissait grassement un chien en France; puis, lorsqu’il s’était attaché à l’endroit où il menait bonne vie, on le conduisait en Belgique, où il était enchaîné, maltraité, à peine nourri. Au bout de quelque temps on ajustait sur lui la peau d’un chien plus grand et l’on remplissait de dentelle l’espace intermédiaire. Le chien était alors remis en liberté et il prenait en toute bâte le chemin de la France, où le guidait le souvenir de copieuses pitances. Cette manœuvre se renouvela jusqu’à ce qu’enfin la douane française l’éventât et prît des mesures pour y mettre un terme; mais il fallut pour cela plusieurs années et, de 1820 à 1836, on ne détruisit pas moins de 40,278 chiens, une prime de 3 francs par chien ayant été offerte (2) .
I ) Ces fabricants de dentelles profitèrent du voyage de Joseph II pour lui demander des droits d’entrée sur les dentelles étrangères. Us se plaignirent de la décadence du métier, résultant des taxes imposées en Angleterre sur les dentelles belges, comme représailles pour les taxes que la Belgique levait sur les marchandises anglaises. (E. Hubert, Le voyage de Joseph II dans les Pays-Bas, en 1781 , pp. 106 et 107.)
^2) Mrs Bury Pàliser, op. cit.
A la fin du XVIIIe siècle, la grande époque de la dentelle a pris fin. Marie-Antoinette, qui donne le ton à la France, introduit le règne de la simplicité dans le costume. La vogue est encore aux dentelles aux fuseaux, mais elle se porte surtout vers les mousselines, les tulles, les linons et les souples tissus des Indes. Alors, ces productions charmantes qui s’appellent la Malines, la Valenciennes, l’Angleterre prennent la forme quelles ont gardée jusqu’aujourd’hui ; les ouvrières brabançonnes font Y application de Bruxelles sur fonds de réseau véritable; la dentelle noire de Chantilly et la Blonde de soie, ainsi appelée parce que sa couleur rappelle le blé mur, remplacent le somptueux point de France et les imposantes guipures vénitiennes. Ces dentelles, si voulues cinquante ans auparavant, ne sont plus guère de mise que dans le haut clergé, resté fidèle aux beaux points, et on en fait aussi les barbes exigées par letiquette de la cour.
La Révolution, en abolissant les privilèges et l’ancienne vie de cour, en ruinant la noblesse et l’Église et en établissant un régime égalitaire qui supprimait le luxe et sa raison d’être, porta un coup mortel à l’industrie dentellière. Le commerce de la dentelle cessa complètement en France pendant douze ans et trente manufactures importantes fermèrent pour ne plus se rouvrir. Pendant cinquante ans, Venise ne fit plus de dentelle et l’industrie belge connut, jusqu a l’avènement de Napoléon, une période de stagnation presque complète: le marché intérieur et le marché français n’existaient plus pour elle, et si, en Angleterre, l’on portait encore un peu de point à la cour et dans les cérémonies officielles, la mode, là aussi, depuis la Révolution, était aux tulles et aux mousselines indiennes.
Peu après le Directoire, les belles dentelles commencent à reparaître en France et Napoléon s’efforce de faire revivre l’industrie dentellière, tant pour donner du travail aux ouvrières que pour rétablir à la cour le luxe et l’éclat de la monarchie. Il favorise tout particulièrement les manufactures
LKS IIS DU ST K 1RS A DOMICILE F. N BELGIQUE
de Bruxelles, d’Alençon et de Chantilly et, comme sous Louis XJ V, il prescrit les dentelles de j>oint pour le costume d’apparat. Denormes commandes de dentelles sont laites pour la cour et M. Félix Aubry, dans son rapport de 1851, estime que la reproduction des points exécutés pour le mariage de Marie- Louise coûterait plus d’un million de francs. La Valenciennes et le point d’Angleterre n étaient pas moins en honneur auprès des élégantes de l’époque, cl voici le récit que Mrs Burv Pal I iser fait d’un bal donné à Paris par Mmc Bécamier, pendant le Consulat. « Le premier consul était attendu et de bonne heure l’élite de Paris remplissait les salons. Mais où donc était Mmc Bécamier? — «Elle est souffrante », murmura-t-on, retenue au lit par une indisposition subite; toutefois, elle recevrait ses hôtes « couchée ». On passa donc dans la chambre à coucher, attenante, selon l’usage, à l’un des salons, et l’on put contempler la plus belle femme de France, étendue sur un lit doré, sous des rideaux du plus beau point de Bruxelles à guirlandes de chèvrefeuille et doublés de satin rose tendre; le couvre-pieds était pareil et, des oreillers de batiste brodée, tombaient des flots de Valenciennes. La dame elle-même était enveloppée dans un peignoir garni du plus ravissant point d’Angleterre; jamais elle n’avait paru plus charmante; jamais elle n’avait fait plus gracieusement les honneurs de son hôtel.»
Napoléon tenta vainement de restaurer en France l’industrie de la Valenciennes. Cette dentelle, dont la production diminuait déjà sous Louis XIII, avait passé tout entière dans les Flandres.
A Ypres, en 1084, lors d’un recensement ordonné par Louis XIV, il y avait trois maîtresses dentellières et 05 ouvrières ; en 1850, il y en avait de 20 à 22,000 dans la ville et dans les environs. A Gand, oii la fabrication des Valenciennes avait cependant beaucoup diminué depuis la cessation de nos relations avec l’Espagne, la statistique industrielle et manufacturière du Département de l’Escaut nous apprend que la
Fig. S. — Uebthe es poist »e Vesise (conservée au Musèe de Cluny), XVII» siècle. (ü'.P«. au phot.gn.pbto.)
valeur des produits qu’établissent les 1,200 ouvrières de la ville est, en 1811, de 430,000 francs et, en 1813, de 370,000 francs (Archives de la ville de Gand) (1).
Le style des dentelles à cette époque était le style prétentieux et froid qui régnait dans l’architecture et le mobilier : des pyramides, des palmes, des festons conventionnels et maigres, symétriquement disposés, et souvent, comme motif de fond, l’abeille chère à l’empereur.
De 181 S à 1817, les manufactures de dentelles sont de nouveau dans le marasme, par suite des événements politiques. En 1819 elles subissent une crise plus cruelle encore, par suite de l’invention du tulle mécanique, qu’on commençait à fabriquer en France.
Les points de Bruxelles et d’Angleterre furent, dès lors, appliqués sur tulle fait à la machine, ce qui permettait de produire, à prix réduit, des pièces considérables.
Le tulle uni étant trouvé, on chercha à lui faire imiter la dentelle en le brodant à la main : de là, crise des dentelles aux fuseaux et chute des points de Malines et de Binche.
Tandis que nos points à l’aiguille se soutenaient, péniblement, il est vrai, par l’introduction de l’application sur tulle, nos dentelles aux fuseaux avaient à subir une concurrence redoutable ; il fallut en diminuer les prix, en abaisser la production; le tulle inondait tous les marchés de l’Europe. Heureusement, les États-Unis d’Amérique ouvrirent à ce moment une nouvelle voie à l’exportation des dentelles.
Vers 1833, la substitution des fils de coton aux fils de lin, dans la confection de la plupart des dentelles, amena une grande modification de l’industrie. Les beaux fils de lin ne furent plus conservés que pour les fins points de Venise, les pièces
(1) Le recensement des industries et métiers de 1896 renseigne pour Ypres 75 dentellières. La situation est donc, extérieurement, la même aujourd’hui que sous Louis XIV. A Gand, l’industrie de la dentelle aux fuseaux a complètement disparu .
de choix de Bruxelles et pour quelques volants en Valenciennes, en Binche ou en point de Flandre. Pour les autres dentelles, on trouvait l’emploi du coton ou du lil d’Ecosse beaucoup plus avantageux comme prix, plus facile à travailler et moins sujet à se briser.
En 1857, l’invention de Jacquard permit de faire des tulles brochés , et introduisit des perfectionnements nouveaux dans les dentelles d’imitation. Il en résulta un tort énorme pour l’industrie dentellière. La Valenciennes, qui s’était maintenue dans une prospérité relative jusque vers le milieu du XIXe siècle, fut particulièrement frappée par les imitations qu’on en fit vers 1851. Le point d’Angleterre et les fleurs aux fuseaux en point de Bruxelles furent imitées à leur lourd appliquées sur tulle.
Cependant, depuis 1810, l’usage de la véritable dentelle est redevenu à peu près général et, avec des alternatives de hauts et de bas, n’a plus cessé d’être admis par la mode.
Le luxe moderne, en matière de dentelles, ne soutient pas, il est vrai, la comparaison avec la magnificence des temps passés. L’usage de la dentelle dans les costumes d'apparat a cessé d’être prescrit par l’étiquette; les hommes n'en portent plus; les femmes en portent souvent de la fausse; les très belles pièces sont l’apanage des cours et aussi des rares femmes qui ont le goût de la véritable élégance et les moyens de se la payer. Mais si le marché ancien des dentelles et sa clientèle de choix ont disparu, par contre les débouchés se sont étendus: toute femme dans une situation relativement aisée porte tant soit peu de dentelle véritable. L'ouvrage ordinaire, à bon marché, tend remplacer la belle dentelle, mais du moins les traditions se conservent et l'art du beau travail n’est pas encore perdu. Le style des dentelles modernes a même fait des progrès considérables et, s’il n’est pas à la hauteur de ce qui se faisait au XVIIe siècle, il faut reconnaître cependant que les dessins d’aujourd’hui dépassent le plus souvent en beauté ceux
du temps de Louis XV et de l’Empire. Les meilleurs dessins modernes sont presque tous empruntés à la flore, traités dans une style simple, sans convention ; ce sont des guirlandes de fleurs gracieusement dessinées et ombrées avec un talent exquis, des bouquets variés encadrés d’ornementations capricieuses, souvent aussi des motifs empruntés aux productions des temps passés.
La fabrication de la dentelle suivit en Belgique une période descendante jusque vers 1840. À ce moment, la grande industrie avait supprimé peu à peu l’ouvrière dentellière des villes, et dans les campagnes, oii l’apprentissage n’était plus sérieusement organisé, les vieilles femmes étaient presque seules à faire de la dentelle. Une effroyable crise de paupérisme désolait les Flandres et la misère était à son Comble. C’est alors que, sous l’influence d’humbles curés de paroisses, de personnes charitables, de quelques directeurs de couvents, l’industrie dentellière prit soudain un nouvel essor. Dans les couvents des deux Flandres et du Brabant, on se mit à enseigner la dentelle aux enfants; là où il n’y avait pas d’établissement de ce genre on en fonda et bientôt il n’y eut presque pas de couvent dans les Flandres qui n’eût son école dentellière. De nouvelles congrégations religieuses prirent naissance et toutes groupaient autour d’elles les enfants des villages où elles s'établissaient Les religieuses, dentellières expertes, envoyaient les dentelles fabriquées par les enfants de l’ouvroir, aux grands fabricants de Bruxelles et de la province; elles conservaient la tradition du plus beau des arts féminins; dans bien des endroits, elles introduisaient la richesse et le bien-être, et si aujourd’hui la Belgique occupe la première place dans le monde pour la fabrication des dentelles, c’est certainement en bonne partie à l’action des congrégations religieuses que nous le devons.
A côté de ces symptômes favorables, dont l’influence se manifeste encore à l’heure présente, il est d’autres indices,
moins rassurants : décadence de certains points — les plus fins — et développement des dentelles communes; perfectionnements toujours nouveaux de l’imitation; disparition de l’industrie dentellière dans un certain nombre de centres; centralisation de l’industrie et du commerce des dentelles; multiplication du nombre des intermédiaires; crise des salaires, etc. Mais n’anticipons point. L’étude de la situation actuelle de l’industrie dentellière, la mise en regard des motifs d’espérer et des raisons de craindre, ne sont pas du domaine de l’histoire, mais font l’objet de l’exposé* qui va suivre.