CHAPITRE PREMIER
Organisation économique de PIndustrie.
Évolution économique de l’industrie.
L’histoire, si abondante en documents sur les transformations techniques et artistiques de l’industrie dentellière, ne nous a transmis presque aucun détail sur son évolution économique. Le luxe de celles et de ceux qui autrefois portèrent la dentelle et les prix fabuleux payés pour ces délicates parures sont longuement décrits dans les mémoires, dans les comptes, dans les livres consacrés à l’histoire des mœurs et des arts; mais on ignore encore ce qu’était la dentellière des temps passés : on ne sait presque rien de la manière dont était organisé son travail ; on ne connaît ni son salaire, ni sa façon de vivre ; et si parfois elle eut à se plaindre de son sort, ses plaintes ne sont point parvenues jusqu’à nous
11 n’y a pas lieu de s’étonner de ce défaut d’information. L’égoïsme n’est pas né d’hier et si l’histoire, préoccupée de célébrer les atours des grandes dames d’autrefois, est muette sur l’humble dentellière, c’est qu’alors, tout comme aujourd’hui, le sort de ceux d’en bas n’intéressait guère ceux d’en haut, sur-
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tout lorsque ceux d’en bas étaient des femmes, isolées, incapables de faire valoir leurs droits.
Deux circonstances ont concouru de tout temps à placer l’ouvrière dentellière dans un état d’infériorité manifeste. D’abord, l’industrie dentellière fut toujours pratiquée presque exclusivement par les femmes. La dentelle ne demandant pas le travail en atelier, les dentellières travaillaient chez elles et restaient isolées; leur industrie commune ne créait entre elles aucun lien et chacune travaillait pour qui bon lui semblait. Elles notaient pas groupées dans des corporations, comme les autres métiers; il n’existait pas de règlements pour leur protection et tout au plus signale-t-on l’une ou l’autre ordonnance prise contre elles. C’est ce qui explique que les archives des principales villes où l’industrie dentellière fut en vogue ne possèdent presque aucun document sur la manière dont le travail était organisé.
En second lieu, l’industrie dentellière a toujours été une industrie de luxe, s’adressant à une clientèle choisie et restreinte, écoulant ses produits dans les grands centres et dépendant des caprices de la mode; dans cette industrie, la fabrication est compliquée et demande des connaissances techniques et des vues d'ensemble qui ne peuvent se retrouver dans le chef d’une ouvrière isolée. On comprend dès lors qu’une direction éclairée et la division du travail se soient imposées dès l’origine de l’industrie et que l’ouvrière ail toujours été dans une situation dépendante vis-à-vis de ceux qui lui procuraient de l’ouvrage.
La réunion de ces deux éléments — d’une part, situation de femmes travaillant isolément, d’autre part, subordination étroite et nécessaire des ouvrières à leurs employeurs — a abouti à cette situation que les dentellières sont restées en dehors de toute tentative d’émancipation aussi bien qu’en dehors de la sphère d’action des pouvoirs publics. Dès lors, rien d étonnant à ce que cette catégorie sociale si nombreuse et
si intéressante ait passé presque inaperçue dans l’histoire.
La situation actuelle, à ce point de vue, est d’ailleurs sensiblement la même qu’autrefois, et l’obscurité continue de régner, aujourd’hui comme alors, sur les conditions de travail et d’existence des dentellières.
Il est impossible de préciser l'époque à laquelle remonte l’organisation économique moderne de l’industrie dentellière. Nous savons qu’à ses débuts, l’art de la dentelle, ou ce qui le précéda (broderie à point coupé, à fils tirés, sur lacis, etc.), était en quelque sorte un apanage des grandes dames et surtout des couvents. Les secrets et les perfectionnements de la fabrication étaient jalousement gardés par les couvents et ne se répandirent dans le reste de la population que pendant la première moitié du XVIe siècle. Charles-Quint, nous l’avons dit, fut l’un des premiers à prescrire aux couvents l’enseignement de la dentelle; nous rappellerons également ici que, dès 1561, Barbara Etterlein introduisait cette industrie en Saxe (p. 50) et qu’en 1596 la dentelle était très répandue parmi les femmes de Gand (p. 55).
Une série d’ordonnances conservées dans les archives de la ville de Gand jettent un jour assez curieux sur l’organisation de l’industrie dentellière dans les Flandres au XVIIIe siècle : ce sont des règlements ayant pour objet la réparation de certains abus auxquels se livraient les ouvrières dentellières. Le premier remonte à 1762 et fut pris par le Magistrat d’Ypres ; le second est daté de 1765 et fut mis en vigueur à Courtrai. En 1780, les délégués de la Chambre de commerce de Gand se plaignant des fraudes commises par les dentellières, lesquelles, disaient-ils, copiaient ou vendaient les dentelles et patrons des marchands et violaient leurs engagements, le Magistrat de Gand édicta à son tour un règlement, copié, à peu de chose près, sur ceux d’Ypres et de Courtrai, et que nous donnons en
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note (1). Les pénalités de ce règlement tarent renforcées par un
(1) Voici la traduction française de l’ordonnance sur la réglementation de l’industrie dentellière prise par le Magistrat de Gand le 21 mars 1781 :
« Le Magistrat de la ville de Gand, étant informé que des abus sont commis fréquemment dans le commerce des fils et dentelles et que des fraudes sont pratiquées par les ouvrières au grand préjudice de ce même commerce et au détriment des facteurs et factorcsses kooplieden en koopvrouwen) , si est-il que le Magistrat, après avoir entendu à ce sujet l’avis des délégués de la Chambre de commerce de cette ville, voulant prévenir ces abus et, en même temps, fixer quelques règles dans l’intérêt de la fabrication des dentelles dans cette ville, a ordonné et statué ainsi qu’il suit :
» Désormais, ni facteurs, ni factorcsses, ni niait resses d’école pour les dentelles aux fuseaux ( schoolvrouicen van spelleicerk-kanten ne pourront rechercher, ni accepter, ni faire ou laisser rechercher des ouvrières travaillant dans les écoles ou dans leurs maisons, à moins que le facteur, la factoresse ou la maîtresse d école pour lesquels ces ouvrières ont travaillé en dernier lieu n’aient été auparavant complètement dédommagés des avances qu’ils leur auraient faites en argent, en fil ou en autre chose; ceci devra être prouvé par une reconnaissance délivrée par le facteur, la factoresse ou la maitresse d’école qui auront employé ces ouvrières en dernier lieu ; de cette reconnaissance devra aussi ressortir que le temps d'engagement de ces ouvrières est tout à fait expiré ; tout ceci sous peine de payer à ces dits facteurs, factoresses ou maîtresses d’école une amende de douze florins lors de chaque contravention, de leur payer, en outre, tout ce que leurs ouvrières leur devaient du chef d’avances sur leur salaire et aussi de les dédommager pour le temps d'engagement qui restait à courir.
» Il est défendu aux ouvrières de contrefaire les parchemins qu’elles auront reçus, encore moins de les remettre ou de les vendre à qui que ce soit; il leur est également interdit de couper des échantillons hors des ouvrages qu’elles ont entrepris, d’en faire des patrons, de les vendre, de les louer ou de s’en séparer en faveur de qui que ce soit, sous peine d’amende de douze florins pour chaque contravention ; il est fait exception pour les dentelles de marché, dont la valeur ne dépasse pas un quart de florin l’aune. Seront aussi punis de cette amende ceux ou celles chez qui l’on aura trouvé une épingle à piquer, un parchemin ou un patron frauduleusement introduits par une ouvrière. Si les contrevenants ne sont pas en état de payer l’amende et les frais afférents aux poursuites, ils seront punis d’emprisonnement ou d'une autre peine à fixer [arbilrairelijk) d’après les circonstances.
» L’expérience ayant apris que les dentelles faites d’après des patrons dont les dessins et l’invention appartiennent aux facteurs, factoresses et maîtresses d’école sont vendus de la main à la main, au détriment de ces derniers et par suite des agissements frauduleux des ouvrières, il est dorénavant permis à ces
arrêté de la municipalité de Gand en date du 24 janvier 1809.
On voit dans l’ordonnance de 1781 que l’organisation économique de l’industrie, à cette époque, avait beaucoup de points communs avec l’organisation actuelle.
Alors aussi, les ouvrières travaillaient pour des employeurs locaux, les facteurs et les factoresses, koopvrouwen , dont le nom s’est conservé. Ces employeurs correspondaient-ils aux facteurs établis de nos jours dans les campagnes flamandes? Nous croyons que leur rôle commercial était plus important et qu’ils se rapprochaient de cette catégorie de facteurs indépendants qui, aujourd’hui encore, ont leur petit marché et vendent directement à quelques particuliers et à certains marchands de l’étranger.
Les ouvrières gantoises travaillaient aussi pour des facteurs ou marchands étrangers. Le rapport de la Chambre de commerce de 1780, déjà cité, parle, en effet, des fraudes commises par les ouvrières au préjudice des marchands étrangers qui leur envoient des patrons pour les faire reproduire en dentelles.
Nous croyons que l’apprentissage de la dentelle était donné,
facteurs et factoresses de faire saisir les dentelles exécutées d’après leurs dessins, lesquelles seront confisquées à leur profit, sans préjudice de l’amende prévue ci-dessus.
» Les ouvrières qui ne seraient pas satisfaites de la dentelle qu’elle ont entreprise, soit à cause du salaire, soit pour une autre raison, sont autorisées à apporter leur dentelle par grandes longueurs à la fois aux facteurs, factoresses et maîtresses d’école pour qui elles ont entrepris de la faire ; ceux-ci sont obligés d’accepter le travail dans ces conditions et de payer les ouvrières proportionnellement à la longueur de leur travail et selon les conventions prises.
« Lait en collège, le 2 mars 1781.
» (Signé) F. van Aelstein. )»
Cette ordonnance, ainsi que le rapport de la Chambre de commerce, en 1780, et les ordonnances d’Ypres, en 1762, et de Courtrai, en 1765, se trouve aux archives de la ville de Gand. (Hôtel de Ville. Extraits des Voorgebodcn , série iOSbis, n° 184.)
Une ordonnance analogue, prise par la municipalité de Gand le 24 janvier 4 809, se trouve à la Bibliothèque de l’Université de Gand (farde : Dentelle ).
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à cette époque, le plus souvent par des maîtresses laïques. En effet, l’ordonnance de 1781 parle de schoolvrouwen maîtresses d’écoles laïques). Le recensement des dentellières yproises, en 1 684, mentionne également trois maîtresses d’école laïques. Enfin, tandis que la plupart des écoles dentellières tenues aujourd’hui par des religieuses sont de fondation relativement récente, les quelques écoles du pays flamand tenues par des laïques — généralement des vieilles filles — sont d’origine très ancienne et ont conservé, mieux qu’ailleurs, certains vieux usages.
Cependant, même au XVIIIe siècle, la dentelle avait continué à être pratiquée dans un bon nombre de couvents de femmes, et c’est ce qui explique le grand essor qui a pu être donné par les couvents à cette fabrication, vers 1850.
Le règlement de 1781 signale aussi la concurrence que se faisaient les marchands de dentelles en se volant leurs ouvrières, en copiant ou en achetant des dessins de dentelles appartenant à d’autres; il montre comment ces mêmes marchands, pour forcer les ouvrières à rester à leur service, leur faisaient des avances en fil ou en argent et il constate que des différends existaient entre employeurs et employées.
En ce qui concerne le mode de travail, l’ordonnance citée fait voir, enfin, que le travail des dentellières avait lieu à domicile, qu’il était fait à l’entreprise et payé à la pièce, suivant un tarif fixé à l’avance, et que le principe de la division des fonctions commerciales entre le facteur et l’ouvrière était appliqué. Presque tous ces traits, nous les retrouverons dans l’exposé du présent, et de cette similitude entre la situation au XVIIIe siècle et la situation actuelle on peut conclure que, probablement, aux XVIe et XVIIe siècles, les choses ne se passaient guère autrement qu’aujourd’hui.
Dans un autre ordre d’idées, la situation s’est singulièrement modifiée. Sous l’ancien régime, la dentelle, très centralisée en ce qui concerne ses débouchés, était très décentralisée dans sa fabrication. Les fabricants habitaient sur place et le nombre
d’intermédiaires placés entre l’ouvrière et le consommateur était réduit.
Tout change après la Révolution. La dentelle est portée par les différentes classes de la société. La fabrication tend à quitter les villes pour se localiser dans les campagnes. Les entrepreneurs résident dans les grands centres et le nombre des intermédiaires croît dans des proportions extraordinaires. A Bruxelles on ne signalait, jusqu’en 1850, que trois manufactures importantes de dentelles. L’Office du Travail en mentionne trente-quatre en 1896, mais il faut y ajouter un bon nombre de maisons qui tiennent plus du magasin de détail que de la manufacture. Il existe encore quelques fabricants en province, les uns fixés dans les villes, à Bruges, Ostende, Ypres, Courtrai, Gand, Anvers, Turnhout, les autres habitant la campagne et résidant à Wyngene, Haeltert, etc. Plusieurs de ceux-ci sont très importants, mais cette catégorie tend de plus en plus à disparaître et le moment paraît proche où toutes les entreprises seront centralisées à Bruxelles et dans deux ou trois autres villes.
Examen critique des modes de travail.
D’après cet exposé d’une situation remontant à un siècle et demi, le lecteur a pu se faire une première idée des conditions dans lesquelles le travail est pratiqué aujourd’hui.
Voici un exposé succinct des modes actuels de travail dans l’industrie dentellière.
La dentelle se fait généralement à domicile, par des filles ou des femmes, et, pour ces dernières, elle constitue le plus souvent un salaire d’appoint ; elle est livrée à des intermédiaires locaux, qui sont seuls en rapport avec les ouvrières et portent les dentelles chez les fabricants.
Les ateliers sont rares et réservés, presque partout, à l’ap-
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prentissage; celui-ci est donné presque exclusivement par les couvents. Les ouvrières travaillent, en général, sur commande et à l’entreprise; elles sont payées à la pièce; elles doivent fournir les matières premières et les reçoivent souvent des facteurs, comme avances sur leur salaire. Les fonctions commerciales sont divisées entre l'entrepreneur ou fabricant, le facteur et l'ouvrière, et la division du travail proprement dit existe, pour la dentelle aux fuseaux, entre la patroneuse et l’ouvrière ordinaire; pour le point à l’aiguille, entre la striqueuse ou la raccrocheuse et les ouvrières qui font les diverses parties de la dentelle. Enfin, — dernier trait, — les ouvrières et les intermédiaires sont disséminés dans huit provinces du pays ; les fabricants résident presque tous dans les grands centres, surtout à Bruxelles.
Que vaut cette organisation au point de vue de la quantité produite?
En règle générale, l’ouvrière produit moins à domicile qu’à l’atelier; l’ouvrière travaillant dans sa maison est forcément distraite de son ouvrage par des occupations étrangères et n’a pas non plus l'émulation propre au travail en atelier. Mais, en ce qui concerne la dentelle, la fabrication à domicile est le seul mode de travail possible pour le plus grand nombre des ouvrières, pour celles qui habitent à l’écart, pour celles qui ont charge de famille ou de ménage et voient dans la dentelle une industrie d’appoint. A ce point de vue, la quantité de dentelle produite est beaucoup plus grande sous le régime actuel du travail à domicile quelle ne pourrait l’ètre si le travail se faisait en atelier. De plus, la dentellière est généralement active et courageuse : elle ne perd pas de temps, ne consacre à son ménage que les heures strictement nécessaires et donne tout ce quelle peut, sans jamais songer à s’épargner.
Le travail en atelier est surtout très favorable à l'apprentissage. Les enfants, réunies sous la direction d’une maîtresse dentellière, travaillent plus vite et font de meilleur ouvrage.
Le voisinage de leurs compagnes, l’autorité et les encouragements de la maîtresse sont de puissants stimulants pour leur activité, et il n’est pas jusqu’à la cadence de leurs mouvements qui ne donne une impulsion plus rapide au travail de ces petites mains.
D’autre part, la centralisation des fabriques de dentelles fait du tort à l’apprentissage et, d’une manière générale, est peu favorable à la bonne exécution du travail. Les fabricants, résidant en dehors des centres de dentelles, se préoccupent peu de la façon dont l’enseignement est organisé. Ils savent que les jeunes générations apprennent de préférence à faire des dentelles ordinaires, ou consacrent trop peu de temps à l’apprentissage des belles dentelles, et ils ne s’en préoccupent pas. Le marché est envahi par les articles communs ou mal faits; ils le voient et n’ont pas l’air de s'en émouvoir. Parmi les fabricants de Bruxelles, il y en a peut-être deux ou trois qui sont en rapports directs avec leurs ouvrières de province, ou qui exercent une surveillance sérieuse et personnelle sur la fabrication, dans une région déterminée. Les fabricants savent qu’en ce moment un certain nombre de vieilles ouvrières sont encore capables d’exécuter de très beaux travaux, et cela leur suffit; ils se contentent de donner leurs instructions aux intermédiaires avec lesquels ils sont en rapport et ils ne s’inquiètent pas autrement de l’avenir. Par contre, quelques fabricants résidant en province, au milieu de leurs ouvrières, exercent une salutaire influence sur la beauté de la fabrication, et il faut dire la même chose d’un bon nombre de couvents, qui font exécuter, pour les grandes maisons, des ouvrages magnifiques. Quant aux facteurs, la plupart ne prennent aucun soin de perfectionner l’exécution chez leurs ouvrières; un grand nombre se contentent d’une exécution passable : ils demandent à l’ouvrière de faire vite et beaucoup.
La centralisation des fabriques de dentelles influe d’une manière tout aussi regrettable sur le recrutement du personnel
LES INDUSTRIES A DOMlClLt n HELClgi E.
ouvrier. Aucune tentative n’est à signaler, du côté des fabricants des grands centres, pour former de nouvelles ouvrières ou |H»ur retenir dans findustrie dentellière les ouvrières existantes. Celles-ci sont mal payées, parce que les nombreux intermédiaires qui remplacent les fabricants en province prennent le plus clair de... ce qui pourrait être leui salaire, et, n aucun moyen de faire parvenu leurs plaintes jusqu'aux fabricants ni de se défendre contre 1rs fadeur*, clic* abandonnent
la dentelle à la premièn asion. I ai lion des rares fabricants
résidant en province est. au contraire, excellente au |Kunt de vue du recrutement de la main-d'œuvre, et noua signalons ici, avec éloge, les efforts persévérants d< N M • Dansaert, à Haeltert, pour le relèvement du point à l’aiguille dans le pays d’Alost, et riieurcuse millième dr M Sloek. à Wwi^ene. |>our l’enseignement de la fine dut liesse de B rugi s.
La division du travail et des fonctions commerciales rend très difficile, même pour l’ouvrière d’rlilc, l’accession au patronat. Isolée et routinière, l'ouvrière subit son sort; rarement il lui vient à l’idée de se proru rei de* de**in* mi des modèles et de travailler ou de fain lier poui son compte. Elle le voudrait, d’ailleurs, que souvent elle ne le pourrait pas, étant liée au facteur pai les avances su i le salaire. Cependant un certain nombre d’ouvrières, celles qui disposent d'un petit capital roulant et connaissent un débouché, se sont établies comme factoresses. La plupart des petits intermédiaires locaux sont d’anciennes ouvrières ou des filles d’ouvrières; mais leur nombre, déjà très grand, ne tend plus à s’accroître.
Une autre conséquence de la di% ision du travail, < ’est lagg mération du personnel ouvrier. Il est de fait que dans toutes les régions oii l’industrie dentellière est encore floi issante, les ouvrières sont proportionnellement plus nombreuses dans ksa centres de quelque importance que dan* les parties peu habitées. La dentellière a tout intérêt a se trouver a proximité de l’intermédiaire qui lui remet son ouvrage, ses matières
premières et son salaire. Là où les dentellières sont en très petit nombre, il est certain que l’industrie périclite, et c’est en bonne partie à cause de la dispersion des habitations et du défaut de communications que l’industrie de la dentelle n’est pas prospère en Campine et dans les Ardennes. Cette nécessité de l’agglomération est surtout vraie, nous l’allons voir à l’instant, pour le point à l’aiguille ; la fabrication de celui-ci demande, en effet, de multiples opérations et l’intervention de plusieurs catégories d’ouvrières.
Description et fabrication des dentelles et broderies sur tulle