Des dentelles à brides du XVIIe siècle occupent
la vitrine n° 18.
C'est d'abord un volant, formé de deux demi bas d'aube, à fond de brides picotées, dont les rinceaux, très embrouillés, sont traversés par d'étroits cordonnets, décrivant des nœuds et des entrelacs et encadrant de petits « jours », où se dessinent déjà certains points qu'adopta définitivement la dentelle de Brabant.
La même technique se retrouve dans le fragment de haut volant, placé au dessus ; mais ici les rinceaux font place à des ordonnances élancées, que dénomme assez justement le terme de « candeliere », dont on les a baptisées.
Les picots, ou bords inférieurs dentelés de ces deux morceaux, sont particulièrement intéressants.
Un peu plus ancien doit être le fragment en hauteur, à droite. Le dessin, très élégant, relève du genre dit « Bérain », du nom du dessinateur
18. du Roi, qui le créa. On ne peut malheureusement suivre son entier développement dans ce fragment trop étroit, qui semble découpé du magnifique volant, tout à fait pareil, existant dans la collection de M. Alfred Lescure, à Paris.
La pièce exposée à gauche, dans cette vitrine, paraît être un arrangement, relativement moderne, de dentelles de la fin du XVIIe siècle, ou même du commencement du siècle suivant.
19. C'est aux premières années du XVIIIe siècle que nous rapportons le bas d'aube, déposé dans le même meuble, sous le n° 20 et qui provient de l'église de Tervueren.
Les brides picotées qui constituent le fond de cette pièce ; les entrelacs, formés d'une sorte d'étroit lacet, qui y abondent ; les reliefs ou brodes qui relèvent le dessin, sont autant d'indices de son origine bruxelloise. Elle appartenait, d'ailleurs, à l'église d'une commune, voisine de la capitale, ayant toujours eu des attaches très directes avec la Cour de Bruxelles.
Le dessin nous montre, en dehors de vagues trophées de chasse, un aigle s'élevant vers le soleil, motif favori du règne de Louis XIV, puis un entrelacs formé des lettres E et C et enfin deux portraits juxtaposés et surmontés de la couronne impériale.
L'étude de cette dentelle a démontré que les personnages représentés sont le roi Charles III, devenu depuis l'empereur Charles VI et sa femme Elisabeth de Brunswick: ce qui concorde avec le monogramme ci-dessus. Les cœurs enflammés, apparaissant sous les portraits, font présumer que la dentelle fut exécutée à l'occasion du mariage des souverains, ce qui la daterait exactement de l'année 1708. Le caractère général de la composition accuserait une date plus ancienne; mais c'est l'occasion de faire remarquer que les dentelles belges retardent, le plus souvent, d'une trentaine d'années sur le style du jour, tel qu'on le trouve en France.
Le beau volant qui tapisse cette vitrine appartient, par son style, à l'époque Louis XÏV. Il est à fond de brides picotées. L'intérieur des fleurs et des palmettes est partout occupé par un champ de mailles, dites à cinq trous, très en faveur dans le Brabant, La nervure centrale des palmettes se détache en relief, suivant la pratique bien connue de Bruxelles. L'ensemble de ces caractères ne permet pas de douter que ce morceau ait été exécuté dans la capitale.
Cette pièce remarquable nous a été offerte par la Société des Amis des Musées Royaux de l'État, à Bruxelles.
21. La partie inférieure du meuble renferme, à gauche, un bas de surplis, montrant ce que la dentelle à fond de brides réalisait de plus léger et de plus délicat dans le genre courant.
Au milieu d'autres spécimens, analogues au précédent, se place, à droite, un objet qui mérite de retenir spécialement l'attention. C'est une faille minuscule, faite pour poser, par le milieu, sur la tête d'une statuette de Vierge, aux côtés de laquelle le reste de la dentelle retombait en versants symétriques. Le dessin en est charmant et l'on ne pourrait imaginer un travail d'une plus grande finesse. Sans doute, cette dentelle est le fruit de la pieuse application de quelque béguine (on sait que les béguines étaient les maîtresses dentellières de l'époque), qui l'aura confectionnée avec amour, pour en parer la petite madone de son oratoire privé.
22. Les trois morceaux qui occupent la vitrine verticale appartiennent à la catégorie de voiles, dits « de bénédiction ». Ce nom leur vient de ce que, suivant une règle liturgique, tombée en désuétude, on s'en servait pour donner la bénédiction du Saint Sacrement. D'ordinaire, on les disposait, pendant l'office, sur le bord de l'autel, devant lequel ils retombaient en pointe. C'est ce qui explique la forme pointue de quelques-uns d'entre eux.