‹ La dentelleChapitre 11 sur 26 · Ces voiles pouvaient aussi servir de veluins · texte numérisé non relu

Ces voiles pouvaient aussi servir de veluins

qu'on plaçait, par respect, devant le Saint Sacrement, quand les fidèles étaient amenés à tourner le dos à l'autel, pour écouter le sermon, par exemple. Les voiles étaient, dans ce cas, montés sur étoffe et terminés, dans le haut, par une barre suspendue à un pied de bois, posant sur l'autel. C'est à raison de ce mode de suspension, sans doute, que deux de nos spécimens ont eu leur bord supérieur coupé droit.

Le plus ancien de nos voiles paraît être celui placé à gauche et portant l'image de Notre-Dame des VII Douleurs. Celle-ci se détache sur un champ de mailles rondes, dans un cadre, à ramages Louis XIV, dont les plats sont remplis de mailles à cinq trous, comme dans le grand volant de la vitrine précédente. Le reste du morceau présente, sur un fond de brides picotées, d'élégants rinceaux, directement inspirés de la Renaissance et sur lesquels se détachent, aux quatre points cardinaux, des anges portant les attributs delà Passion.

Cette pièce est d'une technique parfaite. Les toiles variés, de même que les jours et les reliefs qui décorent le vêtement de la Vierge, sont on ne peut plus habiles et précis. Ces qualités se retrou-

22. vent, du reste, dans les anges et dans l'ensemble du morceau qui remonte, pensons-nous, à la fin du XVIIe siècle, ou aux premières années du XVIIIe.

Le voile du milieu représente un Pape, des mains duquel une princesse agenouillée reçoit, sans doute, quelque bulle de fondation. Au dessus du dais qui surmonte cette scène, on voit une représentation delà Vierge portant l'Enfant Jésus.

Le fond de mailles sur lequel se détachent ces figures n'est plus formé de la maille ronde, rencontrée dans le voile précédent, mais de la maille hexagone, dite drochel ou droschel, qui constitue au XVIIIe siècle, l'une des caractéristiques de la dentelle de Bruxelles.

Les anges, timbaliers et trompettes, ainsi que le décor du reste de la pièce, sont disposés sur un fond de brides picotées.

Nous retrouvons, cette fois encore, au cœur des ramages, spécialement dans la bordure, les mailles à cinq trous, dont la présence sera si souvent signalée dans les dentelles de Bruxelles et de Brabant.

Nous ne pourrions que répéter, au sujet de la technique de cette pièce, de ses toiles, de ses jours et de ses reliefs, les éloges que nous décernions, à l'instant, au voile de Notre-Dame des VII Douleurs.

Le troisième voile, à droite, est consacré à l'Invention de la Sainte-Croix, par sainte Hélène.

La croix vient d'être dégagée par le terrassier qui se tient là, debout, le chapeau à la main. L'impératrice, agenouillée, embrasse la relique fameuse, et, pour la soutenir plus respectueusement, se couvre la main d'un mouchoir précieux.

Dans le haut, la croix triomphale, accostée d'une indication des plus intéressantes : la date

Ici encore, c'est un champ de mailles drochel, qui sert de fond aux figures ; c'est sur un jeu de brides picotées que se détachent les ornements. Nous y retrouvons, de même, les palmettes et autres motifs du décor, bourrés de mailles à cinq trous et sillonnés ou bordés de nervures en relief, tels que nous les montraient les diverses pièces, que nous venons d'énumérer, et dont l'étroite parenté s'affirme de la sorte.

Ces trois voiles proviennent de l'ancien Béguinage de Bruxelles, très réputé, au XVIIIe siècle, pour la perfection de ses ouvrages.

Dans la vitrine en face, on voit trois autres voiles. Celui du milieu nous montre, dans un robuste cadre Louis XIV, saint Jean baptisant le Christ. La composition est empreinte d'une

23. réelle grandeur et d'une noblesse qu'accentuent encore les dimensions peu communes de la pièce ainsi que les larges proportions données aux divers éléments du décor. D'autre part, la technique est fort belle, aussi bien dans les toiles que dans les jours et dans le champ de mailles, tantôt rondes, tantôt hexagones, qui occupe le fond.

Ce voile provient de l'église de Sainte-Catherine, à Bruxelles, laquelle dépendait autrefois de la paroisse de Saint- Jean-Baptiste, à Molenbeek, circonstance qui explique le choix du sujet représenté.

Les deux voiles, à gauche et à droite, appartiennent à la Fabrique de l'église de Saint-Nicolas, à Bruxelles.

Le champ du voile de gauche, se partage entre la grande maille ronde et le fond de brides picotées.

Les toiles nous montrent clairement, à côté du point de toile proprement dit, le « grillé » à texture losangée coupée d'un troisième fil. C'est le point que nous voyons constamment mis en œuvre dans la dentelle de Brabant, qu'accusent également ici les larges fleurettes, plates et sans tige, qui s'étalent partout.

Signalons encore, dans la bordure de côté, vers le bas du voile, un motif « en éventail », que Bruxelles possédait en propre, au milieu du XVIIIe siècle et dont nous aurons l'occasion de reparler.

Le voile à droite est fort curieux. Nous y retrouvons, sur un fond de brides picotées, les caractères que nous venons de relever au sujet de la dentelle de Brabant. Seulement les fleurettes, ainsi que les feuillages, les fruits et les autres éléments décoratifs, y sont amplifiés au point de devenir énormes et d'encombrer la composition, qui en prend un aspect compact et lourd. Dans ces conditions, la dentelle est curieuse plutôt que belle, mais elle est, sans contredit, du plus baut intérêt au point de vue, tant de la technique que de l'histoire des inspirations dentellières.

Nous saisissons cette occasion de remercier M. l'abbé Remès, le savant et distingué curé de Saint-Nicolas, ainsi que les membres du Conseil de fabrique, d'avoir bien voulu nous confier les voiles en question dans la louable pensée de servir l'étude de nos dentelles nationales.

Quittons, un moment, les vitrines qui nous occupent, pour parler de quelques pièces, expo-

sées au milieu de la galerie et que nous ne pouvons manquer de rattacher aux précédentes.

Page 1