‹ La dentelleChapitre 9 sur 26 · nous revendiquons spécialement pour Bruxelles · texte numérisé non relu

nous revendiquons spécialement pour Bruxelles

une guipure historiée, par laquelle va s'ouvrir

17. notre énumération et qui constitue l'une des pièces capitales delà collection. Nous voulons parler du couvre-pied exposé dans le cadre n° 17.

Il résulte d'une étude détaillée, dont cette pièce a fait l'objet récemment, que le couvre-pied en question, entièrement exécuté aux fuseaux, aurait été olfert aux archiducs Albert et Isabelle, à l'occasion de leur inauguration, à Bruxelles, en qualité de ducs de Brabant, l'an 1599.

On y trouve représentés les nouveaux souverains, qu'achève de désigner leur monogramme, reproduit deux fois; puis le roi Philippe II et d'autres personnages princiers; les armoiries de Brabant, d'Espagne et d'Angleterre, les lys de France, l'aigle d'Autriche, et enfin, tout autour de ces motifs de circonstance, de nombreux sujets empruntés au célèbre cortège de l'Ommegang du Sablon. La figure légendaire de sainte Gudule, qu'on remarque vers le milieu de la pièce, complète, d'une façon très heureuse, la physionomie bruxelloise de ce document.

La bordure est formée des figures d'un certain nombre d'empereurs romains et des sibylles, images fort à la mode, au XVIe siècle, dans les Pays-Bas.

La technique dentellière dont Bruxelles s'est fait une spécialité, se dessine déjà dans ce mor-

17. ceau par deux traits bien caractéristiques, à savoir la prédilection pour les représentations de figures d'hommes et d'animaux et, d'autre part, les effets de relief, qu'on rencontre principalement dans la représentation des accessoires. Ces reliefs constituent parfois de véritables appendices, exécutés aux fuseaux, comme le reste. Tels sont, par exemple, le rayon qui, dans le n° 46, s'échappe de l'ostensoir ou le soufflet du diable, dans l'image de sainte Gudule; ou bien encore, les collerettes dans les divers portraits, les rames dans la représentation du navire, le sceptre de la figure n° 47 et, d'une façon générale, les doigts des personnages, les noeuds des vêtements, etc.

Les inégalités manifestes que nous montre l'exécution de cette dentelle annoncent la collaboration de plusieurs ouvrières. Ces inégalités apparaissent surtout dans les sujets reproduits deux fois et susceptibles, dès lors, d'être confrontés directement. Si l'on compare, par exemple, dans les nos 34 et 38, les représentations de l'homme agenouillé aux pieds du roi, on demeure frappé de la distance qui les sépare : d'une part, un vrai dessin d'enfant, gauche, presque grotesque, d'autre part, une figure bien comprise, convenablement dessinée et d'une certaine

L7. noblesse. On peut en conclure que les modèles livrés aux ouvrières laissaient à celles-ci quelque liberté d'interprétation. La dentellière y mettait du sien et ce qu'elle pouvait avoir de sens artistique trouvait ainsi moyen de s'affirmer.

[Collection Montefiore.)

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