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Dans la même vitrine, à gauche, une dentelle

avec figures d'animaux, se détachant sur an mélange de réseau et de brides, mérite aussi de retenir l'attention.

Nous voyons encore des dentelles de Bruxelles, à fond de réseau drochel, dans les deux cadres nos 32 et 33, placés à la muraille, en regard des vitrines dont nous venons de parler.

Le cadre n° 32 contient des dentelles à dessin Louis XIV, notamment une pale, encadrée d'une dentelle de Binche.

Dans le cadre n° 33, une autre pale, d'une composition originale, en style Louis XV, encadrée d'un point de Paris, façon Malines.

Le morceau, portant en rouge le n° 18 et placé immédiatement sous la pale, est d'une exécution remarquable.

Les six cadres et vitrines qui vont suivre sont consacrés à la dentelle, dite de Brabant. Rappelons donc, en les complétant, les caractères de celle-ci.

Au point de vue du dessin, la dentelle de Brabant affectionne spécialement les grands motifs, les larges écussons ou médaillons, entre lesquels des bandes ajourées déroulent leurs rivières ou

plaquent leurs vigueurs. Il en résulte, d'habitude, un contraste très marqué entre la masse opaque des toiles, souvent juxtaposés et la masse des parties claires, sur lesquelles ces toiles se détachent.

Si l'on passe aux détails, on remarquera la présence, de toutes parts, de fleurettes larges et plates, réunies parfois en cordons ou en touffes et relevées de reliefs, aux fuseaux, qui en dessinent le pourtour ou le cœur.

La technique de cette dentelle est caractéristique, notamment dans les toiles, très nuancés, allant du plat serré au toile tout à fait clair et ajoutant encore à leur variété, par l'emploi, très fréquent, du grillé, cette sorte de toile dessinant des losanges, que vient recouper un troisième fil.

Une telle variété s'imposait, d'ailleurs, dans une dentelle qui a coutume de juxtaposer les toiles sur d'assez grands espaces, sans autre délimitation, entre eux, que des lignes de points clairs, dessinant les contours de leurs subdivisions.

Les fonds sont également des plus variés. Ils comprennent des brides, toujours picotées, des « jours » et du réseau.

Les «jours » se partagent entre le fond de neige, la maille à cinq trous, la grande maille hexagonale simple, plus rarement le point d'esprit, enfin, très

fréquemment, les barrettes parallèles, reliées par des zigzags, hérissés de picots, l'un des motifs favoris de la dentelle de Bruxelles.

Le réseau est formé quelquefois de mailles drochel, mais, plus ordinairement, des mailles rondes, que nous avons relevées, pour la première fois, dans le voile de Notre-Dame des VII Douleurs. Par leur alignement rigoureux, joint aux vides minuscules, qui les séparent l'une de l'autre, ces mailles peuvent, un instant, faire l'effet d'être recoupées de lignes droites, comme dans le point de Paris ; mais ce n'est là qu'une illusion d'optique.

Les deux fragments de volants, exposés dans le cadre n° 34, constituent des morceaux exceptionnels, au point de vue, tant de leur hauteur que de la richesse du dessin. Ils sont d'une virtuosité à laquelle la dentelle de Brabant atteignit rarement. Nous les datons de la première moitié du XVIIIe siècle.

Ces belles pièces nous ont été offertes, l'une par M. Herman Stern, l'autre par M. Léon Grosjean.

Les volants du cadre n° 35 proviennent de l'église de Sainte-Gertrude, à Louvain. Ils sont d'une belle venue et, suivant l'expression consa-

35. crée, simples et de bon goût. La maille drochel y intervient largement. Nous en plaçons l'exécution vers 1750.

Ces trois volants présentent cette particularité qu'ils s'harmonisent parfaitement entre eux : ils constituent ce qui s'appelle une « garniture ».

36. Le volant, à fond de brides, de la vitrine n° 36, de même que le fragment analogue, exposé dans le cadre 39, s'écartent, au point de vue du dessin, de la règle reconnue pour la dentelle de Brabant. Nous ne retrouvons pas ici cette ampleur des motifs, dont nous avons parlé: les fleurs sont singulièrement isolées les unes des autres ; disposées sans réelle ordonnance, elles ne forment pas même un dessin suivi. La dentelle de Brabant n'avait donc pas encore pris son aspect définitif à l'époque où ces pièces furent exécutées, à savoir, au commencement du XVIIIe siècle.

On y retrouve, pour le surplus, tous les caractères du Brabant, les toiles variés, les mailles à cinq trous, etc.

Le fragment de petit volant, dans la même vitrine, est d'une rare délicatesse. Le caractère profane de sa composition le ferait rentrer dans ce qu'on nomme les dentelles « civiles » , beaucoup plus rares à rencontrer que celles à l'usage du culte.

La grande maille ronde et le fond de brides se partagent le champ du joli volant exposé dans la partie verticale de cette vitrine. Les « jours », à barrettes parallèles, y jettent un heureux accent.

Le volant peu élevé, placé au-dessus du précédent, représente le type classique, le plus courant, de la dentelle de Brabant ; ce genre fut employé beaucoup pour garnir les bas d'aubes.

Les deux spécimens de Brabant, exposés dans la vitrine n° 38, représentent un type très pur et bien caractéristique de ce genre de dentelles. Us sont d'une extrême délicatesse et la légèreté de leurs toiles va jusqu'à la ténuité. La maille ronde, très courante dans le Brabant, forme le fond des médaillons, entre lesquels s'interposent agréablement les vigueurs d'un fond de brides. (Collection Montefiore.)

Le cadre n° 39, placé à la muraille, renferme aussi des spécimens de dentelle de Brabant. L'un de ceux-ci, très peu haut, d'un dessin assez tourmenté, et d'une texture très serrée, présente des toiles remarquablement nuancés.

Le moment est venu de parler des barbes, en dentelle de Bruxelles, aux fuseaux, exposées dans les vitrines 40 et 41, au milieu de la salle.

Les brides de bonnet, qu'on appelle barbes, ainsi que les fonds de bonnet, qui s'y trouvent associés, entraient dans la composition d'un genre de coiffures, très goûté au XVIIIe siècle. Lorsque la mode de ces coiffures eut pris fin, on démonta ces dernières. Les barbes furent, le plus souvent, mises bout à bout, pour servir de cravates. Les fonds de bonnet, désormais inutilisables, s'en allèrent dans les tiroirs et les petites dentelles, qui les accompagnaient, se perdirent dans des utilisations de divers genres.

L'art de la dentelle put s'exercer à plaisir dans cet article si coquet, dont les pièces, de formes diverses, lui fournissaient l'occasion d'harmoniser, sur un petit espace, des compositions variées et d'y répandre la virtuosité d'une technique raffinée. Malines, Valenciennes et Binche, autant que Bruxelles, produisirent, en ce genre, des quantités de beaux ouvrages; mais ce fut Bruxelles qui l'emporta pour la richesse et l'originalité des compositions.

40, Le milieu du panneau A de la vitrine 40 est

occupé par une barbe, à fond de brides minuscules, constituées d'un simple fil, sans picots. Les toiles, très fins et relevés de brodes, voisinent avec des «jours » , dans lesquels domine le fond de neige.

La technique générale de la pièce n'est pas encore vraiment celle du XVIIIe siècle. L'ordonnance de la composition tient, d'ailleurs, beaucoup du Louis XIV. Aussi plaçons-nous l'exécution de ce morceau tout au commencement du XVIIIe siècle.

Les autres barbes, ainsi que le fond de bonnet, exposés sur les panneaux A et B de la vitrine 40, forment une série de pièces sortant absolument de l'ordinaire. On n'y découvre pas le moindre fond de réseau. Les toiles, variés, comme dans la dentelle de Brabant, sont juxtaposés, sans autre interposition que des traînées de points clairs, ou de points d'esprit, du fond de neige, ou bien encore de minuscules brides, barrant de rares éclair cies, qu'on prendrait, à première vue, pour des déchirures, plutôt que pour des « jours « intentionnels. La dentelle en retire un air d'opacité, contrastant étrangement avec l'aspect aérien, auquel nous sommes accoutumés. Aussi ces barbes nous parurent-elles, tout d'abord, assez énigmatiques. Mais les toiles annoncent le Brabant; les côtes en relief sont la marque de Bruxelles, dont nous retrouvons également ici les fleurettes favorites ; enfin, il existe une évidente analogie de facture, voire même de conception, entre ces barbes et le voile n° 2 de l'église de Saint-

40. Nicolas, très bruxellois, celui-là, dont les gros fruits et les fleurs démesurées s'étalent, de la même façon, en toiles contigus, traversés seulement de quelques éclaircies.

C'est pourquoi nous avons rattaché à la fabrique de Bruxelles les barbes en question.

Une barbe du même genre existe dans la collection de M. Samuel Chick, à Londres et Alan S. Cole, la plus grande autorité de l'Angleterre, en rapporte la fabrication à la petite ville de Lyme. Mais on sait qu'il était de tradition, en Angleterre, d'imiter les produits bruxellois. La barbe, dont il s'agit, pourrait donc fort bien avoir été exécutée à Lyme, sans que nos conclusions en soient le moins du monde ébranlées.

Nous daterions toutes ces barbes du commencement du XVIIIe siècle.

De la même époque doivent être, à notre avis, les deux pièces, fort rares, qui occupent le haut du panneau C. Elles sont à fond de mailles rondes, rigoureusement alignées, du genre de celles que nous avons signalées, dans le voile de Notre-Dame des VII Douleurs, comme devant se rapporter au commencement du XVIIIe siècle, ou à la fin du siècle précédent. Le dessin à grandes fleurs, d'une ordonnance un peu solennelle, confirmerait pleinement cette attribution.

L'une de ces barbes, encore munie de la petite dentelle assortie qui longeait le fond, malheureusement disparu, nous a été donnée par Mme Kefer Mali.

Les autres barbes contenues dans cette vitrine, de même que celles de la vitrine suivante, présentent des types variés, du XVIIIe siècle et comprennent des morceaux d'une grande finesse. La plupart appartiennent à l'époque Louis XV.

On remarquera, sur le panneau D de la vitrine 41 , la garniture Louis XV, avec jours à barrettes parallèles, d'un fort beau travail, offerte au Musée par le comte et la comtesse Ferdinand de Marnix de Sainte- Aldegonde.

Les barbes du panneau G sont plus récentes. Elles marquent l'établissement définitif de l'application sur vrai réseau drochel, genre dont nous allons également constater l'avènement dans les pièces plus grandes, auxquelles nous revenons maintenant.

L'époque Louis XVI, nous avons eu déjà l'occasion de le dire, vit se produire dans la lingerie, comme dans d'autres articles de toilette, un esprit de simplicité, venu trop tard malheureusement pour apaiser l'opinion, montée par les

extravagances de l'époque Louis XV. C'est le règne de l'uni, le temps des fins linons, semés, par places, de fleurettes ou de sveltes bouquets. La dentelle suivit ce mouvement. On vit le fond de réseau grandir entre les fleurs, s'étaler de plus en plus, aux dépens du décor, devenu plus mince et plus rare et préparer ainsi, presque fatalement, l'invention du tulle mécanique, appelé à le détrôner.

A Bruxelles, ce fut la maille hexagonale, dite drochel, qu'on employa constamment en guise de réseau.

Celui-ci s'exécutait de deux façons : autour des fleurs, en prenant ces dernières pour point d'attache, ou bien en pièce continue, à l'instar d'une pièce de tulle.

Le travail le plus apprécié était évidemment celui qui s'exécutait directement autour des fleurs, se pliant à leurs contours et faisant corps avec elles. Cette technique se reconnaît aisément aux fils de réseau qui passent sous les fleurs, de l'un à l'autre bord, et qu'on aperçoit fort bien quand on retourne la dentelle.

L'autre système consistait à exécuter du réseau à la pièce et à l'utiliser, par voie d'application, comme on le fit, plus tard, pour le tulle.

L'ouvrière commençait, dans ce cas, par tra-

vailler le drochel en bandes étroites, ne dépassant guère 3 centimètres en largeur, et longues à volonté. Ces bandes étaient ensuite réunies entre elles au moyen d'un point à l'aiguille, dit «point de raccroc* et l'on en formait des pièces, dontlalargeur variait selon l'usage qu'on en voulait faire. Le fait est, du reste, confirmé par cette circonstance que, dans les champs de réseau d'une certaine étendue, on distingue parfaitement des stries longitudinales, distantes l'une de l'autre de 2 à 3 centimètres, et représentant la trace laissée par le point de raccroc.

Nous possédons, pour l'époque Louis XVI, un beau volant d'application sur vrai réseau, qu'a bien voulu nous confier Mme Paul Errera, bienfaitrice inlassable de nos musées, à qui la circonstance de ces prêts de dentelles nous fournit l'occasion de dire notre reconnaissance.

Ce volant, d'un dessin élégant, que nous ne nous occuperons pas de décrire autrement, dénonce fort bien la tendance, déjà rappelée, de l'ornement à se faire discret au profit du réseau, devenu de plus en plus envahissant. Ce dernier porte nettement les stries caractéristiques dont nous avons parlé.

Le même cadre renferme une série de manches,

42. également à fond de réseau, marquant, les unes, l'époque Louis XVI, les autres la fin du

Louis XV.

43. La vitrine n° 43 renferme une bonne série d'applications sur vrai réseau, appartenant au premier quart du XIXe siècle. Ce sont, dans la partie verticale de la vitrine, à gauche, un voile entièrement travaillé aux fuseaux; à l'extrême droite, un voile dont les pièces appliquées sont faites à l'aiguille; et enfin, au milieu, un voile de baptême, d'un dessin très élégant, associant les deux techniques, aiguille et fuseaux.

44. Dans la partie inférieure de la vitrine, on voit, au centre, un voile du même genre que les précédents et d'une exécution remarquable, au point de vue, tant du réseau drochel, merveilleusement souple et fin, que des fleurs aux fuseaux qui s'y trouvent appliquées. Ce morceau de premier ordre nous a été prêté par Mme Ànnemans, née van Volxem.

A gauche, un coupon de dentelle, assorti au voile précédent et d'une facture tout aussi belle.

Tout à côté, un beau coupon d'application aux fuseaux, pouvant dater de 1850 et néanmoins exécuté encore sur vrai réseau, d'une extrême

44. finesse et d'une grande régularité. C'est un don de M. Arthur Warocqué.

Au dessus de ces coupons, deux jolies voilettes, en application, aux fuseaux, sur vrai réseau, données, l'une par Mme Oswald, l'autre par Mme Charles Grognier,

Dans la même vitrine, à droite, des spécimens délicats d'application à l'aiguille et aux fuseaux, toujours sur vrai réseau. Ces morceaux sont plus anciens que les précédents; ils remontent, en partie, à l'époque Louis XVI.

\Us. Il en est de même des morceaux exposés dans

le cadre nQ 44fo's (à la muraille).

et 46. Les cadres n° 45 et 46, placés à la suite du cadre précédent, montrent des spécimens d'application à l'aiguille sur tulle mécanique.

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