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Dernier asile du célèbre point de la cité des

doges, Burano produisit alors des dentelles, d'un aspect assez plat et monotone, niais d'un bon dessin et d'une exécution encore fort convenable. Par un singulier retour de ce qui s'était passé en France, en 1665, Burano voulut, à son tour, imiter le point d'Alençon, sans toutefois y réussir complètement. Les spécimens réunis ici peuvent en donner une idée, mais bien pauvre, hélas!

La fabrication, complètement perdue à Burano à la suite des événements de la fin du XVIIIe siècle, s'y est relevée par le zèle de quelques dames de l'aristocratie, qu'encourageait le patronage de la reine Marguerite. L'école de Burano forme actuellement un établissement prospère, dont nous espérons bien pouvoir, quelque jour, montrer une série de travaux.

De toutes parts, d'ailleurs, on essaie de rendre à l'Italie la profitable activité qu'y développa jadis l'industrie de la dentelle.

En 1893, la Comtesse de Brazza exposa, à Chicago, un ensemble, fort admiré, de spécimens anciens, réunis de toutes les parties de l'Italie. Cette démonstration, appuyée d'un exposé fort bien fait, exerça la meilleure influence sur la reprise de la dentelle dans le pays, où le senti-

90. ment des merveilles exécutées dans le passé donna l'espoir d'en engendrer de nouvelles dans l'avenir.

C'est une pensée du même genre, nous l'avouons, qui nous a poussé à réunir, en un ensemble digne de notre pays, des spécimens de ce que ce dernier avait produit jadis de plus beau dans tous les genres de dentelle. Puissent nos efforts être, à leur tour, de quelque utilité, en montrant ce que nos ouvrières surent faire autrefois, et ce qu'elles sauront réaliser encore, si l'on arrive à seconder, par des mesures pratiques, un savoir faire qui ne s'est guère démenti.

De Burano, la reprise du point à l'aiguille a gagné d'autres endroits de l'Italie et, tout d'abord, la ville même de Venise, où des écoles furent fondées, l'une par M. Jesurum, l'autre, plus récemment, par M. Vittore Abolafiio. L'un de nos cadres renferme une vue de cette dernière école, ainsi qu'une série de petits travaux en cours, qu'à notre demande, M. Abolaflio a très obligeamment fait exécuter par ses ouvrières, de manière à nous donner un échantillon de leur habile façon de travailler.

Le point à l'aiguille a, d'autre part, été remis en honneur à Bologne, où le Comité, fondé sous

le nornd'^inilia Ars, a réalisé, dans ce genre, des travaux parfaits d'exécution, révélant, en même temps, un sentiment d'art des plus élevés.

N'oublions pas, enfin, de mentionner W uncinetto », un genre de point à l'aiguille qui s'exécute dans la Valle Vogna, sur les pentes du Mont Rose. C'était, d'abord, une dentelle paysanne, que les femmes du pays ne fabriquaient guère que pour leur consommation personnelle. Une dame irlandaise, Mrs. Lynch, a pris sur elle d'en faire sortir une industrie susceptible de fournir quelques ressources à la population, si pauvre, de l'endroit. C'est de sa généreuse obligeance que nous tenons les spécimens exposés ici et dont quelques-uns sont naïvement accompagnés du prix courant auquel ils se débitent.

La dentelle aux fuseaux s'exécute encore de divers côtés, en Italie. La ville de Gênes Ta complètement délaissée. Mais on la retrouve aux environs, le long de la Riviera, spécialement entre Gênes et Chiavari, dans ces endroits charmants qui ont nom Santa Margherita, Porto Fino, et Rapallo. Nous possédons divers morceaux venant de ces endroits, notamment un col de Santa Margherita, don de Mrae Ch. Vander

90. Stappen et un autre, de Porto Fino, don de Mlle Ema Bevers.

Cantù, au lac de Corne, est également un centre pour la dentelle aux fuseaux. Les spécimens, que nous en possédons, nous ont été gracieusement offerts, à l'intervention de M. Abolaffio, par la firme bien connue « Manifatture riunite merletti, Cantù ». Ces dentelles, d'une facture consciencieuse, conviennent surtout pour l'ameublement.

L'envoi des « Manifatture riunite » comprend aussi un peu d'aiguille, soigneusement exécutée.

Autour de Venise, Chioggia et Pellestrina fabriquent aussi de la dentelle d'ameublement; ce sont des produits de peu de valeur, ceux, du moins, que nous possédons.

Les Abruzzes et la Calabre produisent principalement de la dentelle paysanne, à dessins géométriques, relevant encore, en grande partie, des anciens modèles de point coupé. On pourra se faire une idée de ce travail par la belle chemise de paysanne, exposée dans la vitrine du point coupé (n° 10) ; cette pièce intéressante, avonsnous dit, nous a été gracieusement offerte par

90. Mme Ch. Van der Stappen, qui se l'est procurée dans le pays.

Nous n'hésitons pas à ranger, finalement, à la suite des centres dentelliers de l'Italie, la Dalmatie, où Zara, la capitale, et Raguse la « Venise slave », luttèrent autrefois avec la grande Venise elle-même, sur le terrain de la dentelle. M raeNatalie Bruck Auffenberg,de Vienne, s'est donné la courageuse tâche de relever ce point de Raguse, que son ancienne gloire n'avait pas empêché de se perdre complètement.

Nous tâchons, en ce moment même, de réunir une bonne série de spécimens de ces dentelles, tant à l'aiguille qu'aux fuseaux. Mgr Bulic, conservateur du Musée de Spalato, nous assiste en cela de toute son obligeance ; nous lui en exprimons nos vifs remercîments.

Bien que le macramé, ou dentelle à nœuds, ne soit pas, à proprement parler, de la dentelle, nous ne pouvons passer sous silence cette fabrication, jadis très en faveur, principalement dans la région de Gênes.

Le macramé ne se fabrique plus industriellement que dans un seul centre, Chiavari, à l'est de Gênes, où l'on en décore des tavayoles ou

90. serviettes. Nous en possédons divers spécimens. Pour le surplus, la confection du macramé est le fait de quelques amateurs, qui, dégagés de toute pensée de lucre, peuvent concentrer d'autant mieux leurs efforts sur les côtés artistiques du travail. M. Bollati, de Rome, est passé maître en ce genre. On en jugera par les spécimens que leur auteur nous a très obligeamment offerts. Ils montrent à quel point ce dernier est parvenu à plier la monotonie de procédés de cette technique, plutôt primitive, à des conceptions de dessin tout à fait neuves et d'un goût vraiment raffiné.

M. Bollati a bien voulu se prêter, en outre, à nous former une série de petits échantillons en cours d'exécution, montrant la façon dont le travail s'amorce et suit son cours.

France.

La France tient la première place dans la dentelle, après l'Italie et les Pays-Bas.

L'industrie de la dentelle y est fort ancienne. Les fameux colporteurs de l'Auvergne, merciers infatigables, vrais traits d'union entre le Sud et

le Nord, ne purent manquer de rapporter au pays la recette de ces dentelles qu'ils chargeaient dans leurs balles, aux deux bouts de leur course et dont la fabrication devait leur être d'un si bon appoint, l'hjver.

Des témoignages précis nous montrent les dentelles en pleine production dans tout le Velay, sinon depuis le XVIe siècle, du moins durant la première moitié du XVIIe. On n'y fabriqua guère d'articles fins ; mais le pays produisit des quantités considérables de dentelles communes, qui s'exportaient partout, et notamment en Espagne, pour la consommation des pays d'outre-mer.

91 La dentelle du Puy demeure actuellement

encore le type de ce genre de produits. M. Louis Oudin, fabricant au Puy et vice-président de l'importante Association « la Dentelle au foyer », nous a gracieusement offert une importante série d'échantillons, montrant la suite des types de fabrication qui se sont succédés dans le Velay, depuis la première moitié du XIXe siècle jusqu'à nos jours. Les dentelles d'ameublement, ainsi que les dentelles noires, y tiennent une assez grande place. Quant aux dentelles d'usage, elles sont principalement représentées par le genre torchon. Il est à remarquer que les types du Puy

91. servent de modèles dans les centres nouvellement créés, tels que la Chine, Madagascar, etc. M. Oudin a reconnu plusieurs modèles de sa fabrication parmi les dentelles qui nous viennent de Chine.

Nous adressons nos vifs remercîments à M. Louis Oudin pour le don de cette intéressante série de spécimens, en même temps que pour les indications précises et instructives dont il a pris soin de les accompagner.

La fabrication des beaux produits français date de Tannée 1665. A ce moment, Colbert, voulant définitivement affranchir la France du tribut qu'elle payait à l'Italie et aux Pays-Bas, du chef des dentelles nécessaires à sa consommation, fonda la Compagnie des Points de France, chargée de développer, dans les centres les mieux désignés à cette fin, la fabrication, soit du point à l'aiguille, soit des dentelles aux fuseaux. La compagnie ne dura que dix ans; mais l'élan était donné et la fabrication française se maintint en bonne activité jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.

La France produisit principalement du point à l'aiguille.

92 à 95. La célébrité d'Alençon et d'Argentan dépassa celle de Bruxelles et rivalisa, peut-on dire, avec

la gloire de Venise même. On trouvera, dans les cadres 92 à 95, des spécimens de la production de ces deux centres dentelliers.

Le point d'Alençon est ferme et nerveux ; ses reliefs, nettement accusés, devaient, en partie, disait-on, cette particularité aux crins que l'ouvrière glissait souvent à l'intérieur de son point.

L'Argentan se reconnaît à sa maille plus large, ainsi qu'au décor d'étoiles qui s'y trouve souvent répandu et que l'on a désigné parfois sous le nom d'Argentella.

Nous signalerons, dans le cadre 95, un fond de bonnet, en Argentan, du travaille plus minutieux et le plus raffiné. Il fait partie du fonds Montefiore.

La dentelle aux fuseaux n'a guère été pratiquée en France, en dehors du Velay, qu'en Normandie et dans les provinces du Nord.

La Valenciennes y éclipse toutes ses sœurs. Nous nous permettons de renvoyer le lecteur à ce que nous en avons dit, à l'occasion des dentelles de Belgique. Qu'il nous suffise d'ajouter que la fabrication a complètement cessé dans la région de Valenciennes.

96 à 98. Arras et Lille se trouvent, un peu, dans le même cas que Valenciennes. Ces villes ont fait également partie des Pays-Bas ; leur industrie s'est transportée en partie chez nous; les provinces d'Anvers et de Limbourg font du point de Lille et nous avons dit précédemment que la maison Van Migem, notamment, continuait à en produire couramment dans le pays de Waes. Néanmoins, la confusion entre les produits français et belges n'a pas été aussi complète que pour les Valenciennes. C'est ce qui nous a engagé à classer Lille et Arras parmi les centres français, quitte à présenter parmi nos documents de Belgique, les spécimens de ces mêmes dentelles qui pourraient se réclamer de notre pays.

99 et 99^3 Les Vosges fabriquent également de la dentelle aux fuseaux ; Mirecourt et Vittel en produisaient dès le XVIIe siècle. La fabrication du siècle suivant rappelle principalement celle de Lille et d'Arras. Là, comme dans beaucoup d'autres endroits, l'industrie faillit se perdre à la suite de la Révolution. Elle se ranima vers 1830 et, en 1851, la fabrique de Mirecourt- Vittel comptait 25,000 ouvrières. Malheureusement, la concurrence de l'article commun, que les Vosges ne pouvaient se décider à produire, fit fléchir, de

9et99bis nouveau, pour un temps, cette prospérité. Ce furent les demandes pour l'ameublement qui déterminèrent la reprise, dont nous sommes témoins actuellement. Mirecourt et Vittel n'ont cessé d'apporter à la fabrication des nouveaux genres les qualités de soin et de précision qui les avaient toujours distinguées.

M. Edmond Deltenre, de Paris, a bien voulu nous offrir une série de spécimens de sa fabrique de Vittel, si habilement dirigée par M. H. Florentin. Ces guipures, exécutées en beau fil, sur carreaux tournants, témoignent bien des qualités que nous relevions, à l'instant, dans les dentelles des Vosges, en général. Leurs dessins ne sont pas seulement élégants et d'un bel effet décoratif : ils donnent, en outre, l'impression de leur parfaite appropriation à la technique dentellière, qualité capitale obtenue dans le cas présent, nous le savons, grâce à deux conditions qu'il importe de retenir : les connaissances techniques du dessinateur, qui, ses dessins terminés, s'occupe lui-même de leur piquage; et, d'autre part, l'absence d'intermédiaires entre l'ouvrière et la direction, circonstance qui joint aux avantages économiques que l'on sait, celui des rapports directs et constants entre l'auteur des dessins et les ouvrières chargées de les exécuter.

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