DENTELLES BELGES
Nous venons de dire que la Belgique est, avant tout, le pays de la dentelle aux fuseaux.
Le point à l'aiguille y fut sans doute pratiqué, lui aussi; mais on peut affirmer, d'une façon générale, qu'en dehors de Bruxelles, sa fabrication n'apparaît dans notre pays qu'à titre accidentel. Nous en reparlerons en son temps.
Les débuts de la dentelle, en Belgique, demeurent obscurs. On doit croire cependant qu'elle y fit son apparition vers le deuxième tiers du XVIe siècle.
La fabrication de la dentelle, pratiquée dans différents centres, ne se diversifia pas de suite au point de déterminer des genres locaux, désignés par le nom de leurs localités respectives. Les productions de celles-ci se perdaient encore dans
une technique générale commune et l'étranger les confondait, à son tour, sous l'unique appellation de dentelles de Flandres (1).
Ce serait pourtant une erreur de croire que, dès le principe, les influences locales n'aient pas mis quelque peu leur empreinte sur les produits issus de ces centres divers. L'action des milieux, âme de toute évolution, ne connaît point de répit et la dentelle ne put manquer d'éprouver son influence dès les premiers temps. Seulement, on ne prit pas garde, tout d'abord, à ces accents locaux, assez faibles encore et l'on attendit, pour en tenir compte, qu'ils eussent pris la valeur plus accusée que consacra définitivement la différenciation des fonds de réseau.
Nous croyons pouvoir, en ce qui concerne les dentelles aux fuseaux, ramener les genres locaux à quatre grandes familles, qui serviront de base à notre classification.
Ces familles sont :
1° Les dentelles de Bruxelles, auxquelles nous rattachons les dentelles dites « de Brabant » ;
2° Les dentelles de Flandre;
(1) Dans le Brabant et dans la Flandre on désignait les ouvrages en question sous les noms de tt kant „, bordure et de " spellewerk „, travail aux épingles.
3° Les dentelles de Malines et leurs congénères de la province d'Anvers;
4° Les dentelles de Valenciennes et leurs proches parentes, les dentelles de Binche.
Dentelles de Bruxelles.
Il est logique de penser qu'on produisit de la dentelle à Bruxelles plus tôt que dans toute autre ville du pays. Bruxelles, résidence habituelle de la Cour, était la ville de la mode et des élégances et le mot d'ordre dut venir de là, d'autant plus que la dentelle fut le résultat, non pas d'une invention subite, susceptible de se produire n'importe ou, mais d'une action progressive dont la capitale était certainement le centre.
Nous n'avons recueilli là dessus aucune indication précise antérieure à 1550 ; mais nous connaissons des textes formels prouvant que l'industrie de la dentelle était en pleine activité à Bruxelles, dès la deuxième moitié du XVIe siècle, et qu'on y employait déjà les enfants.
On distingue, dans les dentelles de Bruxelles, les dentelles à fond de brides, dans lesquelles les fleurs et, en général, les éléments du décor sont
soutenus et reliés entre eux par des barrettes, hérissées d'ordinaire de tout petits picots ; et les dentelles à fond de réseau, dans lesquelles ces mêmes éléments décoratifs se projettent sur un fond de petites mailles, de forme variable, juxtaposées régulièrement comme les mailles d'un filet.
Enfin, lorsque les éléments du décor • se touchent directement, sans interposition de brides ni de réseau, ne laissant par conséquent entre eux que les interstices résultant de l'inégalité de leurs contours, on donne aux dentelles le nom de guipures.
Les dentelles les plus anciennes furent des guipures, terme, soit dit en passant, emprunté à l'industrie voisine de la passementerie. Puis, ce fut le tour des dentelles à brides, dont l'apogée correspond à la deuxième moitié du XVIIe siècle. Finalement, dans le dernier quart de ce même siècle, nous voyons apparaître les dentelles à fond de réseau, dont le règne occupe le XVIIIe siècle tout entier.
Nous retrouverons plus loin, sous le nom de
dentelles de Flandres, les anciennes guipures,
qui se firent partout dans le pays flamand. Mais