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XVIIS ET XVIII SIÈCLES

du bon goût, ils étaient les plus réussis; pour cette cause, ils servaient de modèles à toutes les autres manufactures établies dans le royaume et au dehors, où on cherchait à s’en rapprocher en imitant leur genre. Après qu’elle eût cessé d'exister, on manqua de guide; n'ayant plus la concurrence de ces modèles élégants qui maintenaient le goût dans une sphère élevée, le dessin perdit de sa valeur artistique et s’appauvrit. Comme il était devenu difficile d’écouler les produits de grande valeur, ce fut une nécessité d’en faire d’un genre plus simple, moins chargés en dessin, et le dessin ainsi élagué eut besoin d’un remplissage.

C’est alors qu’on chercha à y pourvoir par un fond de réseau. Ce fut d’abord un réseau à quatre fils de forme hexagone (PI. IX), auquel on donna le nom de fond de brides parce que, sauf sa forme régulière, les lignes qui le composaient se tressaient exactement comme les brides qui, antérieurement, suffisaient à relier toutes les parties du dessin alors que son développement s’étendait sur tout le corps et toute la largeur du tissu.

Quand la composition du modèle était bien entendue, c’est-à-dire, quand l’idée, dans sa simplicité, en était savante et qu’on en avait tiré parti avec art, la dentelle, quoique d’un aspect moins riche, n’en produisait pas moins un effet satisfaisant. Sur ce fond à mailles claires, enjolivées quelquefois de nombreux picots, les motifs de la composition se découpaient en reliefs s’enlevant assez énergiquement. Si elle péchaït par la mesquinerie du dessin, elle pouvait avoir, malgré ce défaut, une certaine élégance et à l'emploi peut-être plus de grâce. La mode avait changé pour la manière d’en faire usage sur les objets qu’elle était destinée à embellir; elle ne se posait plus à plat, mais elle se plissait ou se chiffonnait de façon que, les bords de la partie volante de la dentelle se trouvant seuls développés, le dessin se fût perdu si dans les plis plus serrés du côté opposé fixé à l’étoffe on l’y avait prodigué, et cela eût donné un aspect un peu lourd à l’ensemble de la garniture.

Il est regrettable qu’on ne s’en soit pas tenu à ce fond à mailles claires, orné de picots, dont laspect était doux et agréable, ou qu’on ne se soit pas borné à en imaginer d’autres de différents dessins également à picots et assez clairs pour ne pas nuire aux

reliefs dont l’effet est d'ajouter aux charmes de la dentelle. Tout en ayant perdu une partie de sa richesse, malgré sa simplicité, elle eût conservé une valeur relative et un certain éclat.

On ne connaissait pas encore sous Louis XIV le réseau connu aujourd’hui sous le nom de réseau Alençon, Lille, ou Fond clair, lequel se fait aussi bien à l'aiguille qu'aux fuseaux et qui, depuis, a été le plus souvent adopté pour servir de fond aux dentelles. L'importance qu’on donna à cette insignifiante nouveauté a exercé une influence funeste sur l’avenir de la dentelle. La mode s’engoua de sa légèreté qu’on prit pour de la finesse, et l’on se préoccupa bien plus de sa réduction que du dessin qui devint un

objet secondaire.

Quand vint le règne de Louis XVI, le réseau avait tout envahi; à peine sur les bords de la dentelle quelque chose sans caractère et sans art qui avait la prétention

d’être du dessin. Deux ou trois semblants de feuilles, se détachant d’un semblant de tige grossièrement dessiné, portant à son extrémité un semblant de fleur, et c'était tout. Jamais le mauvais goût n’enfanta rien d’aussi nul au point de vue de l’art, d'aussi pauvre comme ornement que les dentelles de ce temps-là, et jamais argent ne fut plus mal

employé que celui qu’on y dépensait; aussi, quand la reine Marie-Antoinette se prit | de passion pour les fines mousselines des Indes dont elle bordait ses lingeries, on ne | | s’aperçut guère de la mesquinerie de cet ornement monotone, tant était grande l’insignifiance de la dentelle, qui n'avait plus d’autre attrait que la valeur attachée à son

nom.

Cette nouvelle transformation de la dentelle ne s’opéra pas tout d’un coup. Le point d'Angleterre, dont le travail importé en France avait été copié dans les manufactures royales établies à Paris et à Aurillac, et qui était connu aussi sous le nom de point de Bruxelles’, se confectionnait, comme on l’a dit précédemment, par parcelles détachées, dont la réunion composait un dessin combiné d'avance; et le fond ou les brides qu’on y ajoutait pour relier le tout, se faisaient après coup et y étaient rattachés par une opération de crochetage. Le dessin et le fond étant ainsi indépendants Pun de l’autre, il n’y avait pas à combiner celui-ci avec le nombre de fuseäux nécessaires pour la confection de l’ensemble des motifs composant la dentelle. La maille du fond pouvait être claire ou serrée, cela n’y faisait rien et ne créait aucune difficulté pour son application. Aussi le fond de brides à picots resta en usage pour la dentelle de Bruxelles et celle de Bruges, qui était du même genre en plus commun, pendant la plus grande partie du règne de Louis XV. (PI. XXXII.)

Mais, quand il s’agit de la malines, de la valenciennes et de toutes les autres dentelles se faisant d’une seule pièce, dans les vides que les divers motifs du dessin laissaient entre eux le fond dut faire emploi de tous les fils qui s’échappaient des parties mates et sa réduction dépendit de leur nombre pour un espace déterminé. Le principe était de bourrer les parties mates du dessin; suivant que l’on y employait des fils fins ou gros, la quantité de ces fils était plus ou moins grande et le réseau plus ou moins fin, c’est-à-dire serré ou réduit. (PI. XI, Fig. 1, et PL. XIV, Fig. t, 2.)

En appliquant les dentelles de Bruxelles sur un fond de brides à picots qui ne nuisait pas à l’effec du dessin, on réalisait une économie et l’on pouvait pour un prix modéré en produire d’assez hautes; mais, en les appliquant sur du réseau fin façon

| malines ou lille, il n’y avait pas d'économie sensible. On n’avait fait que diminuer sans profit, au point de vue de l’art et de la dépense, l’ampleur et la richesse du dessin.

Il en était de même pour les autres dentelles, car la quantité de fuseaux étant restée la même, qu’on les manœuvrât pour faire un réseau ou figurer un dessin, la dépense de temps était presque égale.

Le réseau a donc eu une influence fâcheuse sur les dentelles, mais il n’y en a point

1. Il s’agit ici du point de Bruxelles fait aux fuseaux, connu aujourd’hui sous le nom d'application ou de fleurs d'application. (PL. XXXIV.)

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