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CHAPITRE V

LA VALENCIENNES

De toutes les dentelles aux fuseaux, celle qui a résisté le plus longtemps aux fantaisies successives de la mode, c’est la Valenciennes. Cette faveur exceptionnelle n’est pas due à ses qualités artistiques actuelles ; sous ce rapport, elle a hérité de son ancienne renommée sans qu’on ait rien fait pour la lui conserver. Le goût présent n’est pas exigeant et se contente des pauvretés qu’on lui offre. C’est à une autre cause, sa solidité, qu’il faut attribuer sa vogue persistante.

Quoique cette dentelle ne présente pas les mêmes garanties de durée qu’autrefois, soit, parce qu’elle se fait maintenant en fils de coton; soit, parce que nombre des fils employés dans le remplissage des mats sont levés et reposés ensuite pour la répétition des motifs dans lesquels ils ont servi, comme cela se pratique dans les tissus brochés ordinaires, elle n’en a pas moins relativement à la malines, à la dentelle façon Lille, une solidité supérieure. C’est pour cela qu’elle a conservé les préférences du consommateur.

C’est la ville de Valenciennes qui a donné son nom à cette précieuse dentelle, laquelle, malgré ce qu’on en a dit, se faisait aussi dans les contrées environnantes pour les sortes de finesse moyenne d’une consommation courante. Seulement, les plus fines et les plus riches se fabriquaient spécialement dans l’intérieur de cette ville, où il y avait des ouvrières en grand nombre, habituées à manier les fils extra-fins propres à ce travail délicat.

De ce qu’on y avait cette spécialité, et qu’ailleurs on n’essayait pas de s’y adonner, très-probablement parce qu’on n’en sentait pas la nécessité, occupé qu’on était à des ouvrages plus ordinaires, dont le débit devait être plus grand et plus facile, les Valenciennois, glorieux et fiers des avantages de leur supériorité réelle, qu’on ne trouvait pas intérêt à leur disputer, aveuglés par un chauvinisme local dont on 'sent la cause, se sont aisément persuadé que ce qui était possible à l’habileté de -leurs ouvrières dans l’intérieur de leur ville, ne l’était plus à ces mêmes ouvrières transportées seulement en dehors des murs, sur le territoire même de la cité. De là un petit conte légendaire, que des écrivains en passant n’ont pas manqué de recueillir et de présenter au public comme une curiosité merveilleuse qui a excité leur admiration et leur- étonnement.

LA VA LE NCI ENNES.

Il faut citer cette légende pour montrer où peut aller le béotisme de la crédulité humaine.

« Ce beau travail, dit M. Dieudonné, préfet du Nord en 1804, dans une statistique de ce département, est tellement inhérent au lieu, qu’un fait bien établi, c’est que, si une pièce de cette dentelle était commencée à Valenciennes et finie hors des murs, cette dernière partie serait visiblement moins belle et moins parfaite que l’autre, quoique continuée par la même dentellière, avec le même fil, sur le même carreau.

« Quelle peut-être la cause de ce phénomène? Est-ce l’influence de l’atmosphère, ainsi que les Valenciennois le prétendent? Il est de fait que jusqu’à présent cette dentelle n’a pu être imitée dans aucune ville de l’Europe, et que cette fabrication ne s’étend pas au delà de l’enceinte de la ville. »

Ne se croirait-on pas revenu au beau temps de la sorcellerie? Un efiet physique aussi bizarre ne pouvait certainement se produire sans qu’il se passât quelque chose d’extraordinaire et de surnaturel.

Peut-être quelques diablotins invisibles venaient-ils tout exprès pour brouiller les fuseaux et déplacer les épingles chaque fois que pareille expérience se faisait. Ou bien encore, la fée protectrice de la cité, jalouse de lui conserver son industrie, paralysait-elle les mains des ouvrières qui essayaient de s’y adonner au dehors?

On ne comprend pas que des gens sérieux répètent de pareils contes, bons tout au plus à amuser des enfants. C’est qu’ils y ajoutent foi et les reproduisent avec un air de satisfaction qui n’a d’égal que leur naïveté1.

Cela ne manque pas d’à-propos en face d’une industrie qui déjà, en 1804, avait presque complètement émigré en Belgique, et qui, depuis plus de soixante ans, a entièrement disparu de la ville de Valenciennes; alors surtout qu’on affirme, comme M. Aubry, que cette industrie, établie au loin maintenant, a de nos jours fait de grands progrès 2.

Pour donner à ce conte légendaire un air de vraisemblance que contredisent ces progrès qu’on dit encore avoir été accomplis en d’autres lieux, M. Aubry s’appuie sur la variété d’aspect des mêmes sortes de dentelles fabriquées dans des pays différents. Il ignore sans doute que ces variétés sont la conséquence d’habitudes différentes. « Le même dessin, dit-il, fait avec la même matière première, qu’il soit exécuté en Belgique, en Saxe, à Lille, Arras, Mirecourt ou au Puy, aura toujotirs le cachet de la ville où il a été fabriqué. Il en a constamment été de la sorte depuis l’origine de la dentelle, et jamais on n’a pu transporter le genre de fabrication d’une ville dans une autre, il y a toujours une différence sensible. »

M. Aubry connaît la dentelle pour l’avoir pratiquée longtemps, mais en faisant son histoire il s’est laissé beaucoup trop influencer par ceux qui en avaient écrit avant lui.

1. Les lignes citées, attribuées àM. Dieudonné, préfet du Nord en 1804, sont empruntées au rapport de l’exposition universelle de 18J1 ; M. Aubry s’en sert pour démontrer l’impossibilité de faire dans un pays ce qui se fait dans un autre !

2. La Fig. 2 de la PL XII est le fac-similé d’une Valenciennes de Belgique, et la Fig. 3 de la même planche est la reproduction d’un échantillon fait par une ouvrière du Puy, qui 11’avait jamais travaillé à la Valenciennes.

LES DENTELLES AUX FUSEAUX

S’il eût soupçonné qu’en descendant dans les détails les plus intimes des procédés de fabrication de chaque pays il devait trouver des habitudes differentes, il n’eut pas manque de le faire et les causes de ces variétés d’aspect dans les mêmes genres, suivant le pays, lui eussent été révélées.

Le plus ou moins grand développement et le degré d’inclinaison du plan supérieur du métier à dentelles, le poids des fuseaux, la plus ou moins grande torsion des matières employées à la fabrication, et surtout les différentes manières de piquer, sont autant de causes qui influent sur la manière d’être du produit.

De toutes ces causes, celle qui contribue le plus à donner aux dentelles similaires de chaque pays une originalité à part, c’est la piqûre, dont les procédés sont plus ou moins variables.

Partout généralement, après avoir choisi le fond qu’on a l’intention d’appliquer à un modèle, on pique à vue de nez les trous d’épingles qui circonscrivent le dessin ; la Belgique est le seul pays où l’on pique d’une façon qu’on pourrait appeler d’après nature.

Aussi bien pour la Valenciennes que pour l’application, il y a dans ce pays des ouvrières échantillonneuses dont la spécialité est de faire le premier morceau type sur un dessin non piqué. C’est en confectionnant cet échantillon qu’elles piquent les épingles à leur place la plus naturelle ; on obtient ainsi une piqûre qui, après avoir été reproduite, sert de modèle aux ouvrières qu’on veut occuper, et leur travail, sauf les cas d’inhabileté, pourvu qu’on leur donne le même numéro de fil qui a servi à faire l’échantillon, sera exactement pareil.

On comprend facilement que la plus habile ouvrière transportée dans un autre pays, Mirecourt1, par exemple, n’obtiendrait plus le même résultat avec une autre piqûre sans que l’air ou la température y fut pour quelque chose.

De ce que tous ceux qui ont essayé de faire de la Valenciennes en dehors de la ville de ce nom et de la Belgique n’ont pas réussi parce qu’ils ignoraient ce détail, on a cru à une impossibilité; rien n’est plus simple cependant que ce travail.

Les combinaisons en sont si peu compliquées que, de toutes les dentelles qu’a imitées la mécanique, c’est celle qu’on a le mieux copiée. Avec une bonne piqûre l’ouvrière n’a qu’à suivre. Quand il s’agit des plus larges et des plus fines, c’est une œuvre de patience, ayant besoin d’une habileté demain qu’on n’acquiert que par la pratique; mais elle n’exige aucune dépense d’intelligence, comme le demandent d’autres dentelles moins compliquées en apparence, telles que les guipures et l’application .

Fig. 47. — Passement aux fuseaux d’après Vinciolo. (Paris, 11523.)

1. On fait depuis vingt-cinq ans environ de l’application a Mirecourt; elle y est d’un beau blanc et n’a pas besoin comme celle de Belgique d’ètre passée au blanc de carbonate de plomb, mais elle n’a pas l’aspect de celle-ci à laquelle la consommation est habituée. Cette différence d’aspect provient uniquement de la piqûre. On ne paraît pas s’en douter dans cette fabrique.

LA VALENCIENNES

Le travail manuel n’est pas celui d’une machine automatique, il est varié comme la nature; cela explique pourquoi dans le môme pays les ouvrages ne se ressemblent pas d’une manière absolue ; mais quand de l’ensemble de ces ouvrages il ressort une différence d’aspect bien accentuée d’avec ceux similaires d’une autre contrée, c’est qu’il y a une cause physique indépendante des mains qui les ont confectionnés, dont on trouvera toujours la raison, si l’on veut se donner la peine de la rechercher, dans la différence des instruments employés à chaque localité. On aime assez à mettre sur le compte du surnaturel ce que l’on ne comprend pas. C’est une satisfaction pour la vanité et l’ignorance, mais c’est aussi une faiblesse contre laquelle on ne saurait trop réagir. Comment entreprendre et poursuivre une œuvre avec persévérance, si l’on écoute les préjugés populaires affirmant des impossibilités surnaturelles, décourageantes et qu’une analyse un peu sérieuse ferait vite évanouir?

Il n’existe aucun document historique qui puisse fournir quelques renseignements sur l’ancienneté de l’établissement de la première manufacture de dentelles dans la ville

Fig. 48. — Passement aux fuseaux d’après Foillet. (Montbelliard, x S98.)

de Valenciennes; mais il y en a de très-nombreux . qui prouvent que la dentelle était inconnue avant le milieu du xvi" siècle; cela n’a pas empêché qu’on ait fait remonter sa fabrication dans cette ville au xvc siècle. C’est l’opinion de M. Aubry et après lui de Mme Palliser. « On y employa, » dit cette dernière « du fil de lin à trois brins. »

C’est là un détail qui a pu lui paraître intéressant, mais il eût été plus utile de faire connaître pourquoi cette époque du xve siècle est mise en avant plutôt que toute autre.

Ce qu’il y a de certain, c’est que partout où l’on fabriquait de la dentelle aux fuseaux, au xvi' siècle et au commencement du xviP siècle, elle se faisait d’après les modèles des maîtres italiens ou d’après leur inspiration.

On remarque que la plupart des modèles de dentelles aux fuseaux qui se trouvent dans l’édition de 1623 de Vinciolo ne peuvent s’exécuter sans crochetage (voir Fig. 24, page 38, et Fig. 47), tandis que ceux du recueil édité par Foillet à Montbelliard

LES DENTELLES AUX FUSEAUX

en 1598, quoiqu’à dents assez prononcées, sont combinées pour se passer de ce procédé. (Fig. 13, page 19, et Fig. 48 *.) Il en est résulté deux systèmes de fabrication différents, suivant qu’on a travaillé d’après les modèles de l’un ou de l’autre; et, lorsque vers le milieu du xvne siècle le genre Renaissance dont les dessins étaient à bords droits a prévalu, on a fait, dans les pays où l’opération du crochetage était pratiquée comme dans le Brabant, de la dentelle semblable, pour le travail, à celle actuelle dite guipure de Bruges, et dans ceux où l’on ne savait pas crocheter, un genre de dentelle dont le travail, sauf le réseau qui n’avait pas encore été inventé à cette époque, avait une parfaite analogie avec celui de la Valenciennes. C’est à ce moment qu’il faut faire remonter l’origine de celle qui a porté ce nom.

La PI. VI, Fig. 3, représente un des plus beaux spécimens de cette dentelle de la fin du xvn° siècle.

M"" Palliser reproduit dans son ouvrage une dentelle de même genre qu’elle attribue à la fabrication de Binche, mais qui a la même origine que la précédente. Le travail de cette ville n’a aucune analogie avec celui de la Flandre française, il est au contraire identique avec celui de Bruxelles ou de Bruges1 2.

Il n’y a point de dentelles aux fuseaux dont le prix de x'evient soit aussi élevé que celui de la valenciennes; cela tient à la quantité innombrable de fuseaux qu’elle nécessite pour peu qu’elle soit fine et large. Aujourd’hui sa confection en réclame relativement moins, parce que tous les fuseaux qui s’emploient dans les mats ne passent pas dans le fond. Bon nombre sont levés et sont successivement reportés plus loin pour la répétition des motifs où ils ont servi. Jadis tous les fuseaux des mats passaient dans le fond, dont les réseaux étaient quelquefois si réduits qu’on en comptait jusqu’à cent par centimètre carré, ce qui exigeait pour une dentelle d’un centimètre de large quatrevingts fuseaux et huit cents pour une de dix centimètres. Pour faire une longueur d’un centimètre sur une largeur de dix d’tme dentelle de cette finesse, l’ouvrière devait manier dix fois les huit cents fuseaux, et comme chacun de ces fuseaux se passait d’une main à l’autre au moins huit fois pour un seul réseau, il en résultait un déplacement de soixante-quatre mille fuseaux pour un centimètre de long et de six millions quatre cent mille pour un mètre; ajoutez à cela le temps perdu à débrouiller ces innombrables fuseaux et l’on aura une idée de celui qui était nécessaire pour confectionner seulement une garniture de bonnet, laquelle se composait de deux petites bandes de

1. Voy. également les Fig. n et 12, page 19, Fig. 37 et 38, page 50, qui sont des modèles de la Pa.ra.sola. } combinés aussi pour se passer de l’opération du Crochetage.

2. Mme Palliser cite une très-belle dentelle qu’on voit au couvent de la Visitation au Puy, qu’elle a pris pour de la valenciennes antique. C’est un point de France ou d’Angleterre aux fuseaux de la fin du xvne siècle, ou du commencement du xviiip.

Son ouvrage fourmille d’erreurs de cette nature. Page 51, on voit un spécimen de dentelle à l’aiguille qu’elle appelle, on ne sait pourquoi^ point de Venise à la rose ; c’est une dentelle d’Alençon du XVIIIe siècle, à réseau de bride hexagone !

Page 70, une valenciennes commune à laquelle elle donne le nom de point de Gènes; Page 177, un point de France aux fuseaux qu’elle donne comme un point d’Alençon à l’aiguille!

Page 215, comme spécimen de valenciennes du temps de Louis XVI une barbe à réseau simple, façon Lille; Page 335, une barbe en point à l’aiguille qu’elle attribue à la fabrication d’Honiton ! etc.

LA VALENCIENNES

quarante à cinquante centimètres sur huit à dix de large, d’une passe et d’un fond; le tout équivalant à deux mètres cinquante ou trois au plus, pouvait valoir, suivant la largeur des bandes et la finesse, jusqu’à 1,500 livres de la monnaie du temps.

Le fil de lin qu’on y employait était d’une finesse extrême, il y en avait qui valait jusqu’à 2,000 francs la livre; malgré ce prix élevé, ce qui s’en employait dans les fines Valenciennes ne représentait pas plus de sept à huit pour cent de leur valeur; aussi, quand on a remplacé il y a cinquante ans environ cette inappréciable matière par du fil de coton, on n’a réalisé qu’une mesquine économie de trois à quatre pour cent et on a enlevé à la dentelle les meilleures de ses qualités; on a perdu en outre une industrie précieuse, celle des fils de main que la mécanique n’a pu remplacer, même pour la fabrication de certaines sortes de batistes que l’on ne trouve plus aujotird’hui dans le commerce.

Jusque vers la fin du règne de Louis XV à peu près, les fabricants de Valenciennes ont conservé les belles traditions des derniers temps du xvne siècle, où l’on s’inspirait pour le dessin des plus élégants modèles des maîtres de la Renaissance; mais après il y a eu une décadence complète, surtout à partir du moment où cette industrie a émigré en Belgique (PL XI, Fig. 2).

11 est rare maintenant de rencontrer un dessin où l’on sente la main d’un artiste ; c’est du reste un reproche à adresser à nos voisins pour toutes leurs dentelles, chose surprenante dans un pays où le goût des beaux arts est si répandu.

La Valenciennes d’autrefois était fort appréciée pour son incomparable solidité, elle avait une valeur durable qui comptait dans les héritages, où elle se chiffrait quelquefois pour des sommes importantes, mais elle manquait d’un certain éclat et n’avait point comme effet une valeur en rapport avec son prix élevé. Elle se faisait il est vrai sur des modèles élégants, mais elle n’avait guère plus de relief qu’un fin damassé; cependant comme elle était en fils de lin très-fins et des plus beaux, elle présentait un glacé naturel fort agréable à l’œil. En outre, l'ampleur de son pli, sa fermeté qui n’excluait pas la souplesse, avait quelque chose de cossu qu’on ne retrouve plus dans celles d’aujourd’hui. Mesquines pour le dessin, qui est monotone et sans art, se chiffonnant pauvrement comme tout ce qui est coton, le plus fin connaisseur ne les distinguerait seulement pas d’une imitation à une faible distance (PI. XII, Fig. 2).

Il serait bien facile cependant de donner à cette dentelle un aspect plus agréable. Des dessins mieux compris, un peu de grillé dans ces éternels effets de mat et quelques points à jour suffiraient.

On s’est mis à faire depuis peu de temps, dans le Brabant, de la dentelle façon Angleterre, Bruges ou application sur réseau de Valenciennes (PI. XI, Fig. 3), que pour cela on appelle valenciennes de Brabant. Un brevet d’invention a été pris, dit-on, pour cette dentelle qui est bien supérieure à la valenciennes ordinaire, mais qui n’a de nouveau que le nom. Le travail en est tout à fait identique avec celui de la dentelle représentée sur la Planche IX, dont la fabrication remonte vers le milieu du siècle dernier. A cette époque on en a fait avec toute espèce de réseaux.

LES DENTELLES AUX FUSEAUX

Tout ce qui compose le dessin de ces dentelles, appelées Valenciennes de Brabant, se fait à l’aide d’un petit nombre de fuseaux, par petites parcelles qui sont rattachées successivement, au moyen du crochetage, à leur point de jonction. Lorsque toutes les parties qui figurent le dessin sont terminées, on accroche par une boucle chacun des fuseaux nécessaires pour faire le fond, on les relève là où il n’y a pas de fond pour les attacher de nouveau au moment de continuer le même ouvrage, sauf quelques-uns qui sont laissés et qui passent sur le tissu où ils sont invisibles quand il est tout mat et sans jour, parce que le travail étant terminé et la dentelle retournée ils se trouvent à l’envers.

C’est absolument ce qu’on a toujours fait pour tous les travaux de ce genre à réseaux ou à brides.

La Figure i de la PI. XII représente une dentelle qu’on appelle aussi Valenciennes du Brabant; c’est le même travail, sauf que le réseau est à deux fils comme celui dit réseau de Dieppe, au lieu que le vrai réseau de la Valenciennes est à quatre fils.

Sauf la ville de Bailleul et quelques cantons environnants dans le département du Nord, où il y a 8,000 ouvrières environ occupées à faire des Valenciennes communes, cette industrie est maintenant spéciale à la Belgique; M. Aubry porte à 50,000 le nombre des ouvrières qui "s’y adonnent. Les plus fines se font à Alost, Ypres et Courtrai; celles de Gand et de Bruges sont les plus communes. Cette fabrication, qui anciennement se faisait également à Mons dans le Hainaut, y a cessé.

On donnait, au xviii' siècle, le nom de fausses Valenciennes à certaines dentelles sans cordonnets dont le travail pour l’exécution du dessin était identique avec celui de la Valenciennes, quoique le fond en différât; ainsi les Valenciennes de Bruges et de Bailleul à réseau presque rond, celles que l’on faisait dans le Lyonnais, portaient le nom de fausses Valenciennes; on en faisait aussi à Lille et à Dieppe, et par exception quelques véritables. (PL XI, Fig. 1, et PL XLIX, Fig. 2. et 5.)

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