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LA MALINES

On fabriquait des dentelles aux fuseaux à Malines, longtemps avant l’existence du genre auquel cette ville a donné son nom. Depuis 1650 environ, ses produits ont acquis une renommée qui s’est perpétuée jusqu’à ces derniers temps et que leur avaient méritée leur finesse, leur originalité et leur supériorité sur tout ce qu’on essayait de faire ailleurs dans le même genre.

Dès les premiers temps des dentelles à bords droits, le travail de la malines était le même que celui des premières Valenciennes ; on avait les mêmes points, le même style pour les dessins. Une seule chose les distinguait: c’était pour la malines un cordonnet de fil plat encadrant les différents motifs de dessin et en suivant tous les mouvements, ce qui avait l’avantage de l’accentuer en lui donnant du relief. Lorsque plus tard on a adopté pour le champ de la dentelle le réseau que l’on connaît aujourd’hui, à la place des différents points qui en tenaient lieu, la malines a conservé quelques-uns des anciens points qui servaient à égayer le dessin par leur légèreté ou à le relever par leur richesse et la variété ; et cette dentelle s’est trouvée avoir plus de charme que la Valenciennes moderne, qui est tout mat, ou réseau, sans autre contraste.

On donnait anciennement le nom de Malines, ou de façon Malines, à toutes les dentelles aux fuseaux dont le dessin était relevé par un cordonnet de fil plat, de la même façon que cela se faisait à Malines même, quoique le champ ou fond ne fût pas pareil. (PI. XIII, Fig. 1.)

En France, les dentelles façon malines avec fond de brides furent longtemps préférées, surtout au commencement du xviii' siècle. Cela tenait sans doute à ce que le fond de brides picotées les faisait ressembler au point d’Angleterre, ou au point de France aux fuseaux, qui était une dentelle d’une plus grande valeur. Cette préférence existait également pour les dentelles à l’aiguille à fond de brides picotées, à cause que ce détail était emprunté au point de Venise ancien, et au point de France à l’aiguille. C’est pour cela que le point d’ Argentan, où l’on faisait plus particulièrement les fonds de bride, était plus estimé que celui d’Alençon, où, au contraire, le réseau faisait le fond.

LES DENTELLES AUX FUSEAUX

Dans un inventaire dressé en 1723, après le décès de Mm“ Anne, Palatine de Bavière, princesse de Condé, et conservé aux archives nationales, il est question de matines à brides et de matines à réseau b Celles de brides étaient probablement de fabrique française1 2.

Alors qu’on a adopté le réseau comme fond pour la malines, elle a subi une transformation qui n’a pas été à son avantage au point de vue de la richesse et de la solidité; mais comme elle empruntait à la légèreté du réseau un air de finesse apparente, elle n’en a pas moins eu un succès prodigieux, qui n’a été égalé que par la valenciennes. L’époque de sa plus grande vogue a été le milieu du xviii” siècle. (PL XIII, Fig. 2.)

Cette dentelle, dont le prix était pourtant assez élevé quand le réseau était trèsréduit, ne répondait généralement pas par son élégance à la valeur qu’on lui attribuait ; les modèles sur lesquels on les faisait étaient du plus mauvais goût, et il est rare, en cherchant dans les anciens types, d’en trouver dont le dessin soit à peu près satisfaisant.

La Figure 1 de la Planche XIV est le spécimen d’un échantillon qui remonte aux derniers temps du règne de Louis XV ; le dessin en est d’une originalité naïve et bizarre; il ne dénote pas chez son auteur une bonne entente du sentiment artistique qui doit inspirer un compositeur de modèles pour la dentelle, mais il démontre à quel degré de décadence on était tombé en faisant une si grande dépense pour reproduire une niaiserie aussi enfantine.

On compte quatre-vingts réseaux dans sa largeur qui est de sept centimètres et demi, et sa confection n’a pas exigé moins de trois cent vingt fuseaux !

Pendant la dernière moitié du siècle dernier, la malines a été très-employée, et de préférence à la valenciennes, pour orner les manchettes et les jabots qui étaient le complément obligé de la toilette des personnes de qualité et des gens aisés.

Depuis le commencement du xixe siècle jusqu’à ces derniers temps, on en a fait un usage très-fréquent pour garnir les bonnets et monter des coiffures. Par sa légèreté elle convenait plus particulièrement à cet usage. (PL XIV, Fig. 3.)

La malines a pu se copier très- facilement avec des métiers mécaniques, c’est probablement une des causes de son abandon. En ce moment elle paraît revenir à la mode.

Anvers, Louvain et Malines étaient les centres où se fabriquaient anciennement les dentelles qui avaient emprunté leur nom à cette dernière ville.

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