‹ La dentelleChapitre 34 sur 77 · BELGIQUE. — DENTELLES NOIRES · texte numérisé non relu

BELGIQUE. — DENTELLES NOIRES

dit Tulle Bruxelles. Lorsque cette dentelle est appliquée sur un vrai réseau aux fuseaux, on lui donne encore le nom de véritable angleterre. (PI. XXXV.)

Actuellement la mode manifeste ses préférences pour les fonds de brides picotées, tels qu’on les faisait anciennement; seulement on ne donne plus à la dentelle de Bruxelles ou de Bruges, ainsi accommodée, le nom à’ angleterre, mais celui de dentelle duchesse (PI. XXXIV. Fig. i). On voit qu’il n’y a de neuf que le nom; mais il est à désirer qu’à la faveur de ce nom nouveau, les préférences de la mode pour ce genre, renouvelé de l’une des meilleures époques de la dentelle, se maintiennent.

Dentelles noires de Grammont. — La fabrication des dentelles noires, qui anciennement était peu importante en Belgique, s’est grandement développée depuis quelques années. Grammont en est le centre. On y fait très-peu de petites dentelles, c’est la France qui les fournit même aux fabricants de cette ville, qui les font passer pour des produits de leur pays. Quant aux grandes dentelles et aux morceaux tels que : fichus, pointes, châles et robes, la production en est considérable; elle trouve son débouché en Amérique principalement.

La dentelle noire de Grammont est loin de valoir celle de France, pour deux causes : parce que le procédé de fabrication est défectueux, et, parce que les soies qu’on y emploie sont très-chargées en teinture.

Le grillé du tissu trop régulier est monotone, à cause qu’on n’y fait passer que les fuseaux employés à faire le fond, et sans en ajouter quand cela est nécessaire pour le bien garnir. Il en résulte une dentelle plate, sans relief, sans flou, dont l’aspect est celui des imitations.

Pour obtenir les mêmes résultats qu’en France, il faudrait piquer plus serrés les trous d’épingles qui circonscrivent les grillés, sans se préoccuper de mettre ces piqûres d’accord avec celles du fond, et ajouter dans les grillés tous les fuseaux réclamés par une piqûre plus fine, ceux faisant le fond ne suffisant plus. Il en résulterait une dépense plus grande dans la fabrication de la dentelle, mais que compenserait bien la valeur qu’elle gagnerait.

11 est facile de concevoir que, dans un espace circonscrit destiné à recevoir des fils qui se croisent, si l’on en met un plus grand nombre qu’il n’en peut tenir, il en résultera un gonflement, une boursouflure d’autant plus apparente que le nombre des fils en plus sera plus grand. Eh bien, cet effet physique, que certainement on n’a pas cherché, est un fait qui existe pour les dentelles noires en France, et c’est là la cause principale de leur aspect plus agréable et de leur supériorité.

L’autre cause d’infériorité des dentelles de Grammont s’explique par l’emploi de soies chargées en teinture et énervées, et par la méthode en usage dans la confection du réseau. Les fils y sont tordus une fois de plus qu’ils ne le sont en France, ce qui les

fuseaux qui servent à le faire sont toujours indépendants de ceux qui sont employés à la confection des différents motifs du dessin. On les rend solidaires par un crochetage, mais ils ne sont jamais mêlés ensemble dans le travail.

prive d’élasticité et les rend fragiles. Ils se brisent au lieu de céder quand ils rencontrent une résistance, et cela d’autant plus facilement que la soie est plus énervée.

Pour une dentelle aussi légère que le genre Chantilly, si l’on veut qu’elle bit quelque solidité, l’élasticité du réseau et la souplesse de la soie sont indispensables. Si elle perd à la main cette fermeté et cette épaisseur que lui donnent les apprêts énervants des soies chargées en teinture, elle gagnera à l’œil par le moelleux du pli; au chiffonner, par l’éclat et le brillant naturel à la soie pure de toute charge.

Comme on l’a déjà dit autre part, les soies chargées en teinture n’ont pas leur raison d’être quand il s’agit de dentelles, car elles ne se vendent pas au poids. Il est donc absurde de détériorer d’avance cette matière par un faux calcul d’économie, et de lui enlever ses plus belles qualités, le brillant et la souplesse.

Supposez deux écheveaux de quatre cents mètres, du poids de dix grammes chacun ; que l’un d’eux soit chargé à 50 pour 100, les quinze grammes qu’il rendra, vendus à raison de 75 francs le kilogramme, donneront le même total que les dix grammes non chargés, à 100 francs! Où sera l’économie? Et, si l’on a chargé à 60 pour 100, comment le reconnaître? Dans ce cas, à 75 trancs le kilogramme, on payera 7 1/2 pour xoo plus cher, sans s’en douter.

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