‹ La dentelleChapitre 46 sur 77 · AURILLAC, MURAT ET TULLE · texte numérisé non relu

AURILLAC, MURAT ET TULLE

lités outrées, ajoutées à la révocation de l’édit de Nantes et aux persécutions exercées ultérieurement de la façon la plus cruelle , suffirent à la diminution de cette fabrique et furent une des causes de la perte finale de cette précieuse industrie, que l’établissement de la Manufacture royale avait portée à un haut degré de perfection. Il serait au contraire extraordinaire qu’il en eût été autrement au milieu du désordre matériel produit par les émigrations continuelles et les prises d’armes périodiques et persistantes des camisards ou de leurs adversaires.

Les nouvelles dentelles qu’on avait projeté de naturaliser en France avaient reçu d’avance, dans l’ordonnance de 1665, le nom de Point de France , par opposition à celui de Point d’Angleterre, qui se faisait aux fuseaux, et de celui de Point de Venise, qui était à l’aiguille. On avait pour but de les copier et de les perfectionner encore.

Ce but fut atteint par l’habileté des directeurs et une meilleure entente du choix des modèles, dont l’invention était confiée, par la compagnie, à des artistes parisiens, dessinateurs de talent. Néanmoins, le Point d’Angleterre (PL XXXVI) conserva sa réputation acquise, qui ne fut surpassée que plus tard par les dentelles qu’on fit dans les Flandres, et notamment à Binche (PL XXXII et XXXIII), dans le Hainaut, lorsque ce genre y fut introduit, tandis que les points à l’aiguille, de France, acquirent une renommée supérieure aux points de Venise dans toute l’Europe : il en est résulté que, quand on a parlé des Points de France de la Manufacture royale, on les a pris tous pour des dentelles à l’aiguille, quoiqu’il s’en fît des uns et des autres à Paris et ses environs, et à Aurillac uniquement aux fuseaux.

Plus tard, le privilège de la Manufacture royale étant périmé, les fabriques abandonnées à elles-mêmes ont fait subir à leurs produits des modifications, et on a distingué les genres ou les spécialités de chacune d’elles par le nom de la ville qui en était le principal centre. De là, le Point d’ Aurillac, le Point d’Alençon; comme on disait le Point de Malines, le Point de Dieppe.

Il y a eu une confusion causée par la signification du mot Point, lequel pris seul, signifie dentelle à l’aiguille; mais qui, accolé à un nom de ville, prend une autre signification, suivant qu’on y travaillait à l’aiguille ou aux fuseaux*.

On montre au Puy, au couvent de la Visitation, un bas d’Aube très-riche, façon Angleterre, à fond de brides picotées avec brodes en relief d’un travail très-délicat et d’un dessin fort élégant, que l’on dit avoir été fabriqué dans le pays. S’il en est ainsi, cette dentelle remonte à l’époque du Point de France, et doit provenir de la Manufacture royale d’Aurillac, ou avoir été fait par des ouvrières qui y auront appris ce genre de

1. Savary, dans sa définition du mot point, dit qu’il s’entend aussi quelquefois de celles qui sont faites aux fuseaux; comme point d’Angleterre, point de Malines , point du Havre , point d’Aurillac ; mais pour ces derniers, ajoute-t-il, on les appelle plus ordinairement dentelles.

Il eût été plus exact de dire que le mot dentelles s’entend pour tous les genres. Dans un recueil de modèles de point coupé, imprimé à Montbéliard en 1598 par Foillet, ceux à bords dentelés portent le titre de petite et grande dentelle; comme aussi dans les recueils de modèles imprimés après, ceux pour le fuseau sont appelés : les entre deux, passements ; et les bordures à dent, dentelles.

travail. La Planche VII représente le genre de travail de cette aube et un peu le style du dessin.

Il est probable qu’on a dû faire aussi, à la Manufacture royale d’Aurillac, des guipures de Valenciennes dans le genre des figures 2 et 3 de la Planche VI; les ouvrières y étant plus propres à ces ouvrages, qui se faisaient sans crochetage. Les dentelles représentées par ces figures 2 et 3, remontent à l’époque de Louis XIV; la finesse et la distinction du dessin autorisent à les attribuer à la Manufacture royale des dentelles aux fuseaux d’Aurillac.

L’industrie d’Aurillac et de Tube n’a pas survécu à la révolution de 1789, pas plus que cebe de quelques autres villes du centre et du midi de la France, telles que Loudun, Cahors, Perpignan et Aix1, où, du reste, la fabrication de la dentelle n’a jamais eu une grande importance.

L’industrie dentellière, dont le centre était à Aurillac, s’est étendue dans le Limousin jusqu’à Tulle, où l’on ne faisait que des dentelles communes. Cette vibe avait la spécialité de la fabrication de bandes unies, d’un réseau semblable à celui qui fait le fond de la dentelle torchon. Ces bandes , qu’on appelait aussi entoilage , servaient à rehausser les fines dentelles.

Depuis la majorité de Louis XIII jusque vers la dernière moitié du règne de Louis XIV, les dentelles s’étaient portées à plat ; on ne les fronçait pas, pas même sur les coiffures, qui n’étaient point disposées dans ce but. Mais, à partir de cette époque, on dresse des coiffures où on la plisse, ou on la chiffonne et où l’on met rang sur rang; dans les garnitures volantes, volant sur volant, et il devient nécessaire, pour rehausser les rangs inférieurs ou de dessous des bebes dentebes, d’avoir des bandes de réseau tmi, légères et sans dessin, afin de ménager l’effet des rangs supérieurs et d’étager les autres.

La vibe de Tube s’adonna à cette spécialité, et les entoilages de réseau uni prirent le nom de tulle, que les réseaux mécaniques de toute sorte se sont depuis appliqué; l’usage le leur a conservé. Partie de la figure 3 de la Planche VI est rehaussée de tulle ancien.

Mirecourt, Neufchateau, Saint-Mihiel. — La fabrique de dentebes de Mirecourt passe pour une des plus anciennes de France ; ce qui donne quelque certitude à cette opinion, c’est le mot de passement qui s’y est perpétué et a dû être appliqué aux produits de la fabrique à une époque où l’on désignait ainsi la dentelle aux fuseaux, c’est-à-dire à la fin du xvie siècle ou le commencement du xvii'.

On appelle encore, dans le patois du pays, peussemotier (par corruption de passementier) le petit marchand ou entremetteur qui porte en vibe l’ouvragé des ouvrières en dentebes.

On remarque au musée de Cluny un très-grand col, monté sur une armature en fils

1. O11 fabriquait à Perpignan, suivant Peuchet, des dentelles de trois à huit francs l’aune, à Cahors des dentelles fines.

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