‹ La dentelleChapitre 48 sur 77 · DIJON, AUXERRE · texte numérisé non relu

DIJON, AUXERRE

fabriquait considérablement dans la ville et aux environs. Leur prix variait entre douze sous et sept ou huit francs la pièce de six aunes. Et il s’en serait fait des envois considérables dans toutes les provinces de France, en Angleterre, en Hollande, en Espagne et en Amérique.

La Planche XLII représente des guipures modernes de la fabrique de Mirecourt. Les figures 1,2, sont une imitation de la dentelle russe, dont on trouvera plus loin un spécimen sur la Planche L.

Dijon, Auxerre. — Au xvne siècle, il a existé à l’hôpital de Dijon une manufacture de dentelles. Il ne paraît pas qu’en dehors de cet établissement il s’en soit fait. Elles étaient, d’après Savary, grosses, façon du Havre et d’Angleterre, et se débitaient en grande partie dans la Franche-Comté.

Cet établissement aurait été fondé pour donner une occupation aux enfants trouvés, qu’on recueille généralement dans les hôpitaux des villes, et n’étant pas conduit par des directeurs personnellement intéressés à sa prospérité, manquant de cette initiative qu’excite chez les hommes le désir de s’enrichir, il se sera trouvé ruiné par quelque changement de la mode, parce qu’on n’aura pas su apprendre aux ouvrières à travailler pour le goût du jour. Quoi qu’il en soit, il n’était plus question de cet établissement vers le milieu du xviii" siècle.

Colbert était propriétaire de la terre de Seignelay, à trois lieues d’Auxerre ; cette circonstance fit qu’il s’intéressa particulièrement aux populations de ce pays et qu’il les favorisa de l’établissement de plusieurs manufactures, entre autres celle des Points de France, qu’il s’efforça d’y faire réussir.

On compte douze lettres dans la correspondance de Colbert relatives à cette manufacture. Ces lettres, écrites de 1667 à 1674, sont toutes très-curieuses à lire en ce qu’elles font connaître le sentiment qui inspirait et guidait ses actes, et l’intérêt qu’il attachait à la réussite de 1 établissement fondé à Auxerre.

Soit qu’il ne fût pas du goût des habitants d’envoyer leurs enfants travailler à la manufacture, soit que les échevins missent de la négligence à exécuter les désirs et les ordres du ministre, la manufacture ne faisait pas de progrès, malgré les reproches qu’il adressait périodiquement à ces derniers , malgré qu’il leur fît sentir avec persistance combien ils avaient tort de ne pas profiter des avantages dont il voulait les gratifier et du bien-être qu’il désirait procurer aux habitants d’un pays où il possédait une terre. Les immunités qu’il accordait aux parents ayant plusieurs enfants à la manufacture, les gratifications qu’il faisait remettre aux apprenties pendant deux ans de leur apprentissage, rien n’y fit, et la manufacture n’y continua pas.

Sens, Sedan, Reims. — On ignorerait entièment qu’il y a eu à Sens une succursale de la manufacture des Points de France, si cela n’était relaté dans l’une des nombreuses lettres adressées par Colbert aux échevins d’Auxerre. Comme toujours, dans cette lettre, qui est du 8 août 1670, il se plaint de leur indifférence, et il exprime en

outre sa surprise d’apprendre que la manufacture des Points de France ne se fortifie pas et que le nombre des ouvrières en diminue, pendant qu’à Sens, ville pour laquelle il n’avait pas la même inclination, on y est très-satisfait des avantages que cela leur procure, et qu’on y travaille continuellement à réformer les abus.

Ce témoignage est le seul que l’on possède de l’établissement de la manufacture des Points de France à Sens; il atteste sa bonne situation et laisse supposer que cette industrie y aura pris racine, mais on ignore quelle a pu être son étendue et sa durée.

La manufacture des dentelles à l’aiguille appelées Point de Sedan qui existait anciennement, dans la ville de ce nom, antérieurement au milieu du xvii" siècle, était, avec celle d’Alençon la plus considérable de France. Mézières, Charleville et les environs de ces villes, notamment Donchéry, formaient un groupe dont les produits s’élevaient à un très-gros chiffre et qui, suivant Savary, se débitaient en Hollande, en Pologne, en Allemagne et dans le royaume.

D’après le même auteur, on ne se servait guère dans cette fabrique que des fils préparés dans le pays, à Sedan même, qui en produisait environ quinze cents livres par an et qui s’employaient presque tous dans la manufacture des points.

Il n’y avait qu’à Donchéry, où l’on fabriquait des points plus communs, que l’on fît venir des fils de Hollande moins estimés, mais qui suffisaient à sa spécialité. Les fils de Sedan étant réputés très-fins et très-beaux, à en juger par les quantités employées aux manufactures dont cette ville était le centre, la production totale des points manufacturés peut être évaluée au plus bas à quatre millions de livres, ce qui au cours actuel de notre monnaie équivaut à quatre ou cinq fois cette somme, suivant l’époque du xvii” siècle où l’évaluation de la quantité de fils préparés à Sedan a pu être faite.

L’importance de l’industrie dentellière de Sedan l’indiquait naturellement au choix du monarque lorsqu’il résolut l’établissement de plusieurs manufactures royales; aussi Louis XIV prend-il la peine d’écrire lui-même à M. de la Bourlie, gouverneur de Sedan, pour lui faire toutes ses recommandations, estimant sans doute qu’une lettre de sa propre main leur donnera plus de poids.

Après avoir dans cette lettre, datée du 6 novembre 1666, exprimé le désir « que l’on tienne la main à ce que la dite manufacture s’établisse à Sedan et dans les villages circonvoisins; que les ouvrages de la manufacture ordinaire soient vendus exclusivement aux entrepreneurs de celle des Points de France, afin que, privés de tout autre commerce, ils ne soient point tentés de faire des contrefaçons1, » il ajoute : « Soyez persuadé que vous ne pouvez rien faire qui me soit plus agréable que de faire ponctuellement exécuter ce qui est en cela de mes intentions2. »

Les désirs du roi exprimés en ces termes excitèrent, sans doute,- le zèle du gouver-

1. Le mot contrefaçon doit être pris dans le sens de : imitation incorrecte. Ce que l’on recherchait c’était le progrès par l’amélioration, la perfection du travail. On espérait l’obtenir en empêchant la vente des choses contrefaites, mal faites.

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