Lettres à Colbert, volume 132, f° 14 bis
Lyon, Saint-Étienne. — Ce n’est pas seulement par ses riches étoffes de soie, ses broderies d’or et d’argent que Lyon se distinguait anciennement dans la carrière des arts industriels. Sa manufacture de dentelles d’or et d’argent était, vers le milieu du xvne siècle, la plus considérable de France. On y en fabriquait alors pour plus de quatre millions de francs1, qui trouvaient leur principal débit en Espagne, en Portugal et leurs colonies. L’or et l’argent faux de Nuremberg étaient les matières premières qui
Fig. 6ç. — Valenciennes de Saint-Étienne, du xvme siècle.
s’employaient principalement à cette dentelle dont le prix était peu élevé, ce qui explique son débit extraordinaire dans des pays où le brillant et l’éclat du faux clinquant suffisaient au goût peu éclairé des habitants.
La révocation de l’édit de Nantes fut cause de l’émigration de cette manufacture, qui était dans les mains des religionnaires ; elle se transporta presque entièrement à Genève, où elle prospéra longtemps. Cette ville, sans qu’il lui en coiffât le plus petit sacrifice en vue d’une conquête aussi précieuse, se trouva, d’un coup, dotée au préjudice de la France, d’une industrie qui était une de ses richesses et faisait subsister bon nombre des habitants de la ville de Lyon.
Outre les dentelles d’or et d’argent, le Lyonnais produisait anciennement quantité de dentelles de fil qui se fabriquaient plus particulièrement du côté de la Loire.
Saint-Étienne, dit Peuchet, « fabrique des dentelles fort estimées, surtout pour leur solidité, qui approchent beaucoup de celles de Valenciennes. Les plus beaux ouvrages sont en manchettes d’hommes et en coiffures de femmes. »
Cette industrie y a cessé d’exister, mais il est probable qu’à l'époque où elle tenait, Saint-Étienne aura été le marché des dentelles de fil, fond Trenne ou Point de Paris, qui se fabriquent encore sur les montagnes élevées qui bordent la rive gauche de la Loire dans la partie de son cours qui traverse l’ancien Lyonnais (Fig. 69).
1. Voir à la Bibliothèque nationale la pièce déjà citée, MSS. F. R, 14294.