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ALENÇON ET ARGENTAN

il sut lui conserver sa valeur artistique. Après lui, sous le Régent, la haute influence qui jusqu’alors l’avait empêcher de dérailler lui a manqué; s’il y avait encore des artistes, il n’y avait plus rien de grand dans les idées ; du reste, l’art commençait alors à dédaigner l’industrie, il croyait déroger en lui prêtant son concours. La décadence fut rapide, en peu de temps on finit par tomber dans des banalités de mauvais goût. Vers la fin du règne de Louis XV, le point de Venise, dont l’industrie avait été importée en France pendant l’administration de Colbert sous la dénomination de point de France (PL XXV, Fig. i.), avait cessé d’exister, et le point d’Alençon n’avait plus aucun des caractères de cette belle dentelle qui lui avait valu un si grand renom (PL XLV, Fig. i'. L’engouement qu’on a encore de nos jours pour le réseau est la cause principale qui la maintient dans cette situation inférieure.

Les figures i et 2 de la Planche XLVII représentent toutes les deux des dentelles d’un grand prix; leur comparaison fera sentir mieux que tout ce qu’on en pourrait dire, ce que l’engouement du réseau a fait perdre à la dentelle.

On a écrit, et cela a été répété, que, au début de l’établissement de la manufacture de points de France à Alençon, vers 1665, Colbert aurait établi, sur la recommandation d’un sieur Ruel, une dame Gilbert, 'native d’Alençon, avec trente dentellières de Venise, à son château de Lonray, situé près de cette ville.

D’après ce qui précède, cette assertion ne paraît pas vraisemblable, pas plus que celle qui faisait de cette dame le créateur de l’industrie dentellière à Alençon et qui a été réfutée dans ce chapitre. Pour quiconque a parcouru la correspondance de Colbert, il n’est pas même vraisemblable que le château de Lonray lui ait appartenu, parce qu’on n’y trouve pas une seule lettre qui y ait le moindre rapport.

Colbert possédait la terre de Seignelay, près d’Auxerre, et l’on trouve dans sa correspondance de nombreuses lettres de celui qui la gérait. Lui-même écrivait trèssouvent pour avoir des nouvelles de la fabrique de Serges, qu’il y avait établie. S’il eût possédé le château de Lonray, et qu’il y eût installé des dentellières, comme il portait un grand intérêt à la réussite de la manufacture de point, il n’y a pas de doute que le directeur de l’établissement lui aurait écrit fréquemment pour lui rendre compte de ce qui s’y passait, comme cela a lieu pour tous les autres établissements, où il n’avait cependant pas un intérêt direct.

Sous le premier empire, la fabrique de points d’ Alençon a reçu quelques encouragemens qui se sont renouvelés sous les les Bourbons; mais depuis 1830 cette industrie n’a fait que diminuer d’importance. Argentan, où se faisaient les ouvrages les plus beaux et les plus compliqués, ne travaille plus depuis la fin du siècle dernier (PL XLV, Fig. 2).

Pour obtenir les résultats les plus corrects et approcher le plus possible de la perfection, on avait pris l’habitude, qui se pratique encore aujourd’hui dans la fabrique d’Alençon, de diviser l’ouvrage ; chaque ouvrière s’adonnant toujours au même travail, acquérait ainsi une grande habileté dans sa partie. On s’occupait plus particulièrement à Alençon du gros de l’ouvrage, on l’envoyait ensuite à Argentan, où on le complétait en y ajoutant les brides et les jours appelés modes, qui en étaient les parties les plus fines

et les plus délicates. Comme cela aurait demandé un temps infini pour obtenir un certain aunage d’une seule main, chaque ouvrière n’avait à confectionner qu’une petite partie. Tous ces morceaux étaient ensuite retournés à Alençon, où des ouvrières avaient la spécialité de les raccorder et de les réunir par un point noué.

Lorsque vers le milieu du xvin' siècle, le réseau dit réseau Alençon eut remplacé les fonds de bride, on adopta aussi à Argentan le réseau, mais pour la forme seulement, car on le fit en point de bride (point de boutonnière), ce qui le distingua et fit donner au pi-oduit de cette fabrique le nom de point d’Argentan (PI. XLV, fi g. a et pl. XLV1I, fig. 2).

Le réseau de bride était d’une très-grande solidité, mais il nuisait à l’eflet du dessin dont les reliefs ne s’enlevaient pas sur un fond serré, épais de sa nature. Il était d’ailleurs d’un prix excessif; on y a renoncé. D’un autre côté, le réseau actuel d’Alençon n’a point de solidité, il est trop léger pour une dentelle qui a du poids; aussi les personnes qui possèdent de ce point n’osent pas en faire usage sans s’exposer à des réparations fort coûteuses; de là son peu de vogue (Pl. XLVI, fig. 1 et 2).

On ne compte pas moins de cinquante lettres relatives à la dentelle dans la correspondance de Colbert. Elles sont presque toutes adressées aux maires et échevins des villes où les directeurs de la Manufacture royale avaient établi des succursales. Quelques-unes proviennent de ces succursales. Il est question d’Argentan dans l’une d’elles, en date du 23 novembre 1665 ; elle est relative à la publication à son de trompe d’un arrêt qui ordonne aux ouvrières de travailler uniquement pour le bureau (la Manufacture royale), et à une visite de Mme Raffi, déjà citée, qui a paru contente de cette mesure. C’est une preuve que la manufacture d’Argentan est aussi ancienne que celle d’Alençon.

Flandre française, Lille, Arras. — La manufacture de dentelles à Lille remonte aux premières annéee du xvue siècle; elle est contemporaine de l’établissement de cette fabrication dans les Pays-Bas, mais elle n’a acquis quelque célébrité qu’à partir du moment où on a adopté le réseau fond clair que l’on désigne quelquefois par le nom de réseau Lille. Antérieurement, bien que le nombre des ouvrières y fût considérable comme les produits n’avaient pas un caractère d’originalité spéciale au pays, qu’au contraire on y travaillait façon Malines ou façon Valenciennes1, on a eu fort peu occasion de parler de cette manufacture, et c’est pour cela qu’on n’a point de renseignements sur ses agissements. On sait seulement, qu’au moment de la réunion de cette ville à la France, sous Louis XIV, on y faisait des dentelles noires et blanches, parce que cela est enregistré dans un mémoire sur l’intendance de Flandre, du temps.

La dentelle connue aujourd’hui sous le nom de Lille a beaucoup d’analogie avec la malines, elle n’en diffère que par le réseau, dont le travail est plus simple. Son existence

1. L’hôpital de Lille renfermait sept cents ouvrières, qui ne travaillaient que le point de Valenciennes (Savary, édition de 1723.). — On fait à Lille des dentelles dans le genre de Malines et de Valenciennes; beaucoup de fausses Valenciennes (Peuchet).

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