‹ La dentelleChapitre 62 sur 77 · DONT ELLE DEVINT AINSI LA BIENFAITRICE · texte numérisé non relu

DONT ELLE DEVINT AINSI LA BIENFAITRICE

2. Tous les recueils de modèles de broderie ou autres ouvrages de dames, imprimés antérieurement à Nuremberg, Augsbourg, Cologne, ou ailleurs en Allemagne, n’ont pas de modèles de dentelles, malgré ce qu’en ont dit tous les bibliographes qui ont parlé de ces recueils.

Il en est malheureusement de la bibliographie comme de la statistique : on y fait de l’enregistrement le plus souvent sans contrôle. On ne peut pas être universel, c’est vrai; mais les écrivains qui se bornent à répéter ce qu’ils entendent

Cet ouvrage est du graveur J. Siebmacher ; il se compose de trois parties :

La première porte la date de 1601 et ne contient que des modèles sur lacis ou sur quintin1. C’est seulement dans la deuxième, parue un an ou deux après, qu’on rencontre quelques planches destinées à servir de modèles de point coupé. Dans la troisième, au contraire, qui fut imprimée en 1604, il y a quatre-vingt six modèles pour cet usage.

La publication de l’œuvre de Siebmacher fut faite par le libraire ou imprimeur Michel Kuisner, de Nuremberg; c’est une édition de luxe. Tous les modèles ont été gravés sur cuivre avec beaucoup de soin et de finesse, et le recueil entier devait être d’un prix si élevé, qu’il n’a pas pu être imprimé à l’intention des ouvrières en dentelles. C’était une œuvre destinée aux dames, qui y puisaient des modèles pour leurs ouvrages d’agrément; et il semblerait résulter de la nature de ces modèles que, jusqu’à l’an 1602, elles ne s’étaient pas encore adonnées aux ouvrages de point coupé. D’où on peut conclure que, si cette dentelle a existé en Allemagne à l’état d’industrie, cela n’a dû avoir lieu que quelques années plus tard. Mais on ne sait rien à ce sujet pour toute la durée du xviie siècle.

Une particularité à noter c’est que, lorsqu’on rencontre l’œuvre entière de Siebmacher, rarement elle est intacte. S’il y manque des feuillets, ou s’il y en a de salis et d’usés, ce sont toujours ceux des modèles de lacis, tandis que les modèles de point coupé sont bien conservés. On doit en tirer cette conséquence qu’on a fait peu usage de ces derniers.

Il a été question quelquefois de points à l’aiguille de Berlin après la révocation de l’édit de Nantes, et on a supposé que cette industrie y a été importée par les religionnaires émigrés. Cette entreprise s’est peu développée et n’a pas laissé beaucoup de traces.

Il y a en Bohême quelques ouvrières qui font du point de ga\e, façon Bruxelles; cette fabrication a peu d’importance, et on n’a pas de renseignements sur son passé.

Quant à la dentelle aux fuseaux, on croit généralement que c’est en Saxe qu’en ont été établies les premières manufactures en Allemagne. Elles auront succédé, sans doute, à celles de lacis quand le commerce de cette marchandise est devenu moins lucratif, par suite de l’abandon qu’en a fait la mode vers le milieu du xvne siècle.

Nulle part, dans les relations sur le commerce, on ne trouve mentionnées les dentelles de Saxe avant le xvme siècle. Ce ne serait pas une raison pour qu’elles n’aient pas existé avant ; mais cela prouve qu’anciennement, comme à présent, elles n’ont pas eu une originalité particulière. On s’est borné à copier ce qui se faisait, soit en Belgique, soit en France.

Les fabriques de Saxe ont acquis, depuis plus d’un siècle, une grande importance ; on estime à trente mille le nombre de leurs ouvrières.

dire, quand on possède des moyens sûrs de contrôle, ne sont que des machines à aligner des phrases. On ne saurait être trop sévère à leur égard, à cause des erreurs qu’ils propagent ou qu’ils contribuent à perpétuer.

1. Quintin, espèce de tissu au métier en forme de canevas ou de filet, qu’on a appelé plus tard marli ^ destiné à être brodé avec du fil, de la laine, de la soie ou des perles. (Voir page 13, fig. 10.)

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