‹ La dentelleChapitre 63 sur 77 · DENTELLES DE SUISSE · texte numérisé non relu

DENTELLES DE SUISSE

Les ouvrages qu’on y fait sont presque tous de qualité inférieure, quoique le travail en soit généralement régulier et bon. Les fabricants y ont la fâcheuse habitude d’employer des matières mal préparées, d’où un produit mal conditionné ; ils font usage, pour la dentelle noire notamment, de soies plates de qualité médiocre, ce qui donne un bon marché apparent dans les dentelles étroites ; mais dans les larges, la différence du prix de revient, au point de vue de la richesse de la matière, diminuant en raison de la largeur, le bon marché n’est plus apparent; parce que, si la matière dans une dentelle étroite représente cinquante pour cent de sa valeur, dans une plus large elle ne sera que de quinze, de dix pour cent, et même moins, suivant la largeur; le prix du travail augmentant, dans ce cas, dans des proportions considérables. De telle sorte que, après avoir fait une économie insignifiante, on a un produit manquant de la fermeté nécessaire à l’usage auquel il est destiné et qui ne convient point à toutes les consommations. La France n’en achète point du tout, tandis que l’Allemagne ne peut point se passer de ce qui se fabrique chez nous.

C’est aux Etats-Unis, dans l’Amérique du Nord, que se font les plus forts envois de dentelles de Saxe; cela tient sans doute à ce que, aux États-Unis, une grande partie de la population est originaire du nord de l’Allemagne et qu’elle a l’habitude de ses produits. Il n’y a pas d’autre raison d’expliquer une préférence qui n’est pas justifiée. Toutefois, ce sont principalement les campagnes qui les consomment; dans les villes, celles surtout où le luxe est le plus éclairé, les dentelles de France sont bien mieux appréciées.

Indépendamment des manufactures de point fondées à Berlin et aussi à Hambourg, assure-t-on, par les réfugiés protestants, il y avait anciennement des fabriques de dentelles aux fuseaux à Anspach et Elberfeld, dont l’établissement était dû à la même émigration. 'Toutes ces manufactures obtinrent d’abord un grand succès ; elles enrichirent leurs fondateurs, mais ne résistèrent pas aux changements de la mode. Le goût de dentelles d’un nouveau genre ayant prévalu, et leurs successeurs ayant sans doute négligé de suivre le mouvement, ils ont été forcés de cesser leur fabrication.

En Autriche, à Laybach (lllyrie), il y avait anciennement une fabrique de dentelles aux fuseaux dont les produits étaient estimés; elle n’existe plus.

Outre le point de gaze,- on fait aussi en Bohême des dentelles aux fuseaux dans le genre de celles de la Saxe. Cette fabrication y a encore une certaine importance; le nombre des ouvrières qu’elle occupe est d’environ huit mille, mais à la fin du siècle dernier il était, dit-on, de soixante mille, hommes, femmes ou enfants.

Les ouvrages faits par les hommes sont de qualité supérieure ; la main étant plus lourde, la dentelle en est plus ferme.

Suisse. — Au xvme siècle, l’industrie de la dentelle aux fuseaux était répandue dans tout le canton de Neufchâtel.

« Les dentelles communes se travaillent en grande quantité dans les montagnes, » dit Peuchet, « et il s'en fait beaucoup de débit au dehors. On a poussé, dpns la ville, la

perfection de ces ouvrages à un degré qui peut aller de pair avec celles de Flandre, pour la bonté, et peut-être aussi pour la qualité. »

Les fabriques de dentelles de la Suisse ont, pour ainsi dire, donné leur dernier signe de vie à l’Exposition universelle de 1851. On y a vu quelques échantillons de blondes et

dentelles de Locle, Couvet et Chaux-de-Fonds ; ils n’avaient rien de remarquable, c’étaient des copies des genres français de Lille ou de Mirecourt (Fig. 73).

A Genève, les émigrés huguenots de Lyon établirent des manufactures de dentelles d’or et d’argent qui atteignirent une grande prospérité. Elles se sont maintenues jusqu’à la fin du xviiR siècle, mais il n’en est plus question depuis.

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