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DANEMARK, SUEDE ET RUSSIE

Danemark. — Il y a très-peu de choses à dire des dentelles du nord de l’Europe, à l’exception du Danemark, où l’on a fait anciennement de fort beaux ouvrages de guipure et d’autres, façon Malines, qui ressemblaient aux dentelles de Belgique.

Le Danemark serait un pays de grand soleil et son atmosphère ne serait plus, pendant de longs mois de l’année, noyée, comme l’Allemagne du Nord, dans un océan de brumes, s’il n’avait aussi sa petite légende.

Il s’agit, dans celle-ci, de moines tricoteurs venus de Belgique; fort heureusement elle n’est pas compliquée d’une fourmilière d’enfants et de petits-enfants comme celle relative à la Saxe; et rendons-en grâce à Dieu qui, s’il a voulu què les familles nombreuses fussent bénies, par une contradiction inexplicable, envoie aussi sa bénédiction à des êtres inutiles auxquels il interdit de travailler à l’accroissement et la multiplication de la famille ; mais, tout en faisant remarquer ce manque de logique, il convient de laisser aux porte-parole de la divinité sur la terre le soin de mettre d’accord ces fantaisies surnaturelles ; elles dominent évidemment, de toute la hauteur du ciel, la faible raison humaine; et pour en revenir à la tradition dont il s’agit, puisqu’elle n’est compliquée d’aucun entourage embarrassant, il va être facile de la sonder jusqu’au fond.

A en croire M. Aubry, qui, sans doute, le tient de quelque vieux chroniqueur du pays, dont il ne cite pas le nom, l’industrie des dentelles aurait été importée de Belgique à Tondern par des moines, au xvic siècle. Ils auraient d’abord fait une espèce de tricot fin, mélangé d’ornements, puis, plus tard, l’ouvrage aurait été perfectionné.

Si jamais dentelle a eu peu d’analogie ou de ressemblance avec le tricot, soit par l’aspect, soit par la nature du travail, c’est assurément celle qu’on a faite au xvi' siècle.

La légende du tricot qui a donné naissance à la dentelle est donc une légende apocryphe ; toutefois, on ne saurait mettre en doute que ce soit la Belgique qui ait enseigné au Danemark l’art de faire la dentelle ; on en a pour témoignage certains ouvrages qu’on y faisait il n’y a pas longtemps encore, où l’on retrouve tout à fait le style et, dans le

travail, la manière des vieilles guipures flamandes du xviT siècle (PL XLIX, Fig. i). La nature de ces ouvrages dénote une ancienneté qui ferait remonter rétablissement des fabriques, dans le Schleswig, au milieu du xvne siècle au moins, sinon plus haut.

Les dentelles du Danemark étaient recherchées anciennement en Allemagne, à cause de leur bonne fabrication et de leur solidité. Le nombre des ouvrières qui s’y occupent est insignifiant aujourd’hui; tandis qu’on parle de plus de vingt mille qu’il y en avait au siècle dernier. Les jeunes garçons, comme les jeunes filles et les femmes, les hommes même s’adonnaient à ce travail.

Le commerce s’en faisait principalement par des colporteurs, qui les vendaient en Allemagne, en Suède, en Norvège et jusqu’en Russie.

L’assortiment se composait de dentelles communes et des plus fines dans toutes les largeurs, mais toujours en bonne qualité.

La fabrique s’était appropriée les genres Malines, Lille et Mirecourt à réseau clair ; depuis qu’ils ont cessé d’être à la mode, elle tend à disparaître. Bréda et Tondern étaient les deux centres principaux de la fabrication.

La figure 2 de la Planche XLIX est le fac-similé d’une dentelle de Danemark du siècle dernier; c’est une Valenciennes, sauf le réseau, qui n'y ressemble pas, et que pour cette raison on appelait fausse Valenciennes.

Suède. — H y a aussi une tradition poptdaire en Suède, relative à l’origine de l’industrie dentellière. Sainte Brigitte l’aurait apportée, dit-on, d’Italie au monastère Wadstena, d’où elle s’étendit dans le pays, ce qui reporterait son premier établissement à la fin du xuû siècle ou au commencement du xive, suivant que sainte Brigitte serait venue en Suède dans l’âge mûr ou bien à la fin de ses jours *.

Comme on le voit, cette tradition ferait remonter l’existence de la dentelle en Suède à plus de deux siècles avant sa création en Italie; mais, pour qu’elle ait pu acquérir l’autorité qu’on lui accorde, il faut que l’époque où l’on a commencé à faire de la dentelle en Suède soit déjà bien éloignée de nous. Au commencement du xvne siècle, les hauts personnages de ce pays faisaient grand usage de la dentelle, si l’on s’en rapporte à des portraits de cette époque ; ce ne serait pas une preuve que cette industrie y existait alors, mais il est permis de supposer que, le goût y étant, elle a pu être importée vers ce tempslà. Toutefois, ce n’aura pas été par l’entremise d’une religieuse catholique, la Suède étant un pays protestant depuis le commencement du xvnc siècle, et ayant été gouvernée depuis par des princes de la religion réformée 1 2.

Les dentelles de Suède se consomment dans le pays ; elles sont communes et dans le genre des dentelles torchon (Fig. 74); on en fait aussi quelque peu façon Lille. Elles se fabriquent dans la Dalécarlie, où les ouvrières sont disséminées dans les campagnes, mais

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