TROISIÈME SERVICE
Pour régénérer notre morale perdue, vous vous voyez forcé, quoiqu'à regret, de traiter la question de la femme et de montrer, sur faits et pièces en main, son infériorité physique, intellectuelle et morale. Dans les citations qui vont suivre, je ne m'arrêterai qu'aux résultats. Vous trouvez que, sous le rapport de la force devant la nature, l'homme est à la femme comme 5 * 2. Dans les répartitions du travail produit par chaque individu mâle et femelle, le rapport est le môme. Sous le rapport du commandement, la prépondérance est acquise à l'homme ; il sera le maître, et la femme obéira, dura lex, sed lex.
Dans la pratique, la condition de la femme encourt^ par la maternité, une subordination encore plus grande ; de sorte qu'on arrive à ce ré-
suUal — (jue la femme, par sa faiblesse organifiue et la position inléressanle oii elle ne manque pas de tomber pour peu que l'homme s'y prête, est fatalement et juridiquement exclue de toute direction politique, administrative, doctrinale, industrielle.
Infériorité iiitcliccluellc de la Femme.
Dans cet aspect de l'Ame humaine, vous trouvez la femme inférieure quanta la quantité et à la qualité du produit; et comme, dites-vous, dans cette faible nature, la défectuosité de l'idée résidte du peu d'énergie de la pensée, on peut dire que la femme a l'esprit essentiellement faux, d'une fausseté irrémédiable.
Vous faites remarquer « que si la femme, comme être pensant, a été maltraitée par les théologiens et les philosophes, elle l'a été encore plus par les écrivains de son sexe. » A l'appui de cette observation, vous citez de nombreux passages des plus illustres auteurs de la gent féminine. Yous prétendez que la femme « qui s'ingère de philosopher et d'écrire, tue sa progéniture par le travail de son cerveau et le souffle de ses baisers qui sentent l'honmie. Le plus sûr pour elle et le plus honorable est de renoncer à la famille, à la maternité. La destinée l'a marquée au front, Faite seulement pour l'amour, le titre de concubine lui suffit, si elle ne veut être courtisane.
Après avoir tout pesé, mesuré et calculé, vous trouvez que « la puissance intellectuelle chez l'honmie est comme 3, chez la femme comme 2; et puisque dans l'action économique, politique et sociale, la force du corps et celle de l'esprit concourent ensemble et se multiplient l'une par l'autre, la valeur physique et intellectuelle de l'homme sera à la valeur physique et intellectuelle de la femme comme 3 x 3 est à 2 x 2 : soit 9 à 4.
Sans doute, la femme contribuant dans la mesure qui lui est propre à l'ordre social et à la production de la richesse, il est juste que sa voix soit entendue ; seulement, tandis que dans l'assemblée générale le suffrage de l'homme comjjtora pour 9, celui de la femme comptera pour 4. Voilà ce que disent d'un commun accord l'arithmétique et la justice.
Infériorité morale de la Femme.
Selon vous, la femme ne possède pas d'elle-même toute sa vertu ; elle lire en tout ou en partie sa valeur morale de riiomme, comme elle en tire sa valeur intellectuelle
Par sa nature, la femme est dans un état de démoralisation constante, toujours en deç;\ ou au-delà de la justice. L'inégalité est le propre de son âme ; chez elle, nulle tendance à cet équilibre de droits et de devoirs qui fait le tourment de l'homme, et hors duquel il se tient vis-àvis de son semblable dans une lutte acharnée
Parlez d'amour à la femme, de sympathie, de charité, elle vous comprend ; de justice, elle n'en reçoit mot La justice, qui nivelle les
rangs et ne fait aucune acception de personnes, lui est insupportable. Comme son esprit est anti-métaphysique, sa conscience est anti-juriridique : elle le montre dans toutes les circonstances de la vie
Leur triomphe est de faire prévaloir l'amour sur la vertu, et la première condition pour rendre une femme adultère est de lui jurer qu'on l'aimera et l'estimera davantage pour son adultère.
Après les témoignages virils, vous faites intervenir ceux des femmes elles-mêmes.
Ce qui est vrai de la justice, l'est aussi de la pudeur : c'est par l'homme, dites-vous, que la pudeur vient à la femme
D'elle-même, la femme est impudique ; si elle rougit, c'est par crainte de l'homme : aussi , que ce maître lui manifeste son dégoût, qu'elle s'entende comparer par lui aux femelles les plus immondes, la pudeur alors s'éveille en elle , et bientôt deviendra son moyen le plus puissant de séduction
La femme est une réceptivité ; de même qu'elle reçoit de l'homme
l'embryon, elle en reçoit l'esprit et le devoir
• Improductive par nature, inerte, sans industrie ni entendement, sans justice et sans pudeur, elle a besoin qu'un père, un frère, un amant, un époux, un maître, un homme enfin lui donne, si je puis ainsi dire, l'aimantation qui la rend capable des vertus viriles, des facultés sociales et intellectuelles.
Tout ce qui manque nalurelloincnt ;i la leiiiintj et qu'elle acquiert dans son union avec l'homme, ("est par l'amour qu'elle le reçoit. Tout ce qu'elle pense est rôve d'amour ; toute sa philosophie, sa religion, sa politique, son économie, son industrie, se résolvent en un mot : Amour.
Inférieure ^ l'honmic par la conscience autant que par la puissance intellectuelle et la force musculaire, la femme se trouve déflnilivement, comme membre de la société tant domestique que civile, rejetée sur le second plan ; au point de vue moral comme au point de vue physique et inlellectuel , sa valeur comparativement est encore comme 2 à 3. Et puisque la société est constituée sur la combinaison des trois éléments — travail, science, justice, — la valeur totale de l'homme et de la femme, leur apport, et conséquemmeut leur part d'influence, comparés entr'eux, seront comme
3x3x3 est à 2x2x2: soit 27 à 8.
Dans ces conditions, la femme ne peut prétendre à balancer la puissance virile, sa subordination est inévitable. De par la nature et devant la justice, elle ne pose pas le tiers de l'homme ; en sorte que l'émancipation qu'on revendique en son nom serait la consécration légale de sa misère, pour ne pas dire de sa servitude. La seule espérance qui lui reste est de trouver, sans violer la justice, une combinaison qui la rachète. Tous mes lecteurs ont nommé le mariage.
Vous faites suivre votre autopsie féminine d'une série d'observations sur l'influence délétère de la femme dans la liltéi\ature française ; vous la montrez pervertissant , dépravant tout; si elle se mêle de politique, excitant par ses commérages les colères et envenimant les haines.
A toutes les époques, les femmes se sont fait une place dans la littérature : c'est leur droit et c'est notre bien , je suis loin de le méconnaître. Leur mission peut se définir : vulgarisation de la science et de l'art par le sentiment, progrès de la justice par le juste amour' qui est le mariage. Qu'elles restent fidèles à ce programme, de brillants succès les attendent et la reconnaissance des hommes ne leur manquera pas.
Mais la femme libre, la femme messie, exprimant la subordination de l'idée à l'idéal, de la justice à l'amour, cette créature-là n'existe pas : c'est le mjnhe qui, comme tant d'autres fictions de la prescience humaine, doit être renversé pour être vrai ; pris au sens littéral, ce n'est plus, comme la prostituée de Babylonne, qu'un emblème d'immoralité et de dégradation.
CRITIQUE
En admettant que vos calculs soient exacts, en raisonnant sur la femme seule, en poussant tout à l'extrême, vous n'êtes pas dans le vrai. En force physique, dans le peuple il est plus d'une femme qui rosse son homme : de là est venu l'usage de faire courir l'âne à ces femmelins. Si, dans tous les cas où la femme commande et fait marcher l'homme physiquement, moralement et spirituellement, on le faisait monter sur le coursier aux longues oreilles, les ânes de France et de Navarre ne suffiraient pas à la cavalcade.
Vous prétendez que, par suite de son peu d'énergie de la pensée, elle a l'esprit essentiellement faux, d'une fausseté irrémédiable. Ce défaut n'appartient pas seulement à la femme : bon nombre d'hommes en sont affligés. Sous le rapport du travail, il est des industries où la femme vaut plus que l'homme. Quant à la maternité, puisqu'il faut le concours des deux sexes pour procréer, cette fonction est sociale et fondamentale ; à ce titre, la femme mérite respect, estime et honneur ; elle est très-supérieure à l'homme. De plus, cet état n'est que temporaire ; beaucoup de fem-
mes ne sont [la^; mères, elles |)eiiveiit donc participer à beaucoup de fondions et professions dont elles sont exclues par l'égoïsme et la lâcheté de rhoaime.
Infériurité intellectuelle de la Femme.
Vous semblez attribuer la puissance de la pensée chez l'homme à sa force physique : à ce compte, les hercules devraient être des hommes de génie. Or, l'observation prouve qu'ils ne brillent pas précisément par l'esprit.
Vous attribuez, chez la femme, la défectuosité de l'idée au peu d'énergie de la pensée ; de cette faiblesse résulte, selon vous, la fausseté de son esprit. Vous avez, citoyen, beaucoup d'énergie intellectuelle : cela ne vous empêche pas d'avoir l'esprit faux et fort étroit.
Dire que la culture des lettres et des arts tue dans la femme la progéniture, est fort inexact, car beaucoup de femmes de cette catégorie sont mères et bonnes mères; en outre, plusieurs font vivre par leur travail leurs maris fainéants ou incapables. Ne les trouver bonnes qu'à être concubines ou courtisanes, c'est de l'insulte, de la calomnie ; pour vous, grand justicier, c'est indigne et immoral.
Entre la femme mère qui fait de l'art ou de la philoso-^ phie bonne ou médiocre et l'homme philosophant, il y a cette grande différence : c'est qu'outre ses productions intellectuelles ou artistiques, elle fait un enfant viable et bien conformé, et que vous, par exemple, qui êtes réduit
à ne pouvoir faire qu'une création de l'esprit, vous faites toujours fausses couches et ne pouvez rien porter à terme.
Vous trouvez qu'il est juste que la voix de la femme dans l'assemblée générale compte pour 4 : c'est quelque chose, surtout à notre époque où elle ne compte, en bien des cas, pour rien !
La prétention la plus exorbitante, la plus folle, la plus impertinente qui soit sortie d'un cerveau d'homme, c'est celle de ne voir dans la femme qu'une cornue, qu'un four à éclosion, qu'une réceptivité passive, une simple machine à procréation qui ne possède rien par elle-même, et ne tire sa valeur morale et intellectuelle que de l'homme : tout cela par la vertu de son ferment barbu ; c'est-à-dire que la nature ayant fait la femelle, c'est l'homme qui fait la femme : en sorte que toutes les filles qui ne se marient pas, seraient des brutes, de vraies guenons.
D'après vous, la femme est naturellement démoralisée, l'inégalité est le propre de son ame, chez elle il n'y a nulle tendance à l'équilibre. Hélas 1 il y a bon nombre d'hommes qui sont femmes sous ce rapport. Chez vous, grand équilibriste, votre balance est constamment faussée et détraquée. Quant à l'esprit anti-juridique, anti-métaphysique de la femme, elle partage ce travers avec la masse des mâles. Leur triomphe, dites-vous, est de faire prévaloir l'amour sur la vertu. Exactement comme chez l'homme qui, pour faire prévaloir son ambition sur la justice, commet les crimes les plus épouvantables.
Ll' tciuuigiKige de quelques femmes contre leur st'\(^ n'a aucune valeur. Ces femmes sont une exception au milieu de la masse, dont la nullité vient d'un système d'éducation vicieux (jui en fait des pécores. Celte infirmité ne prouve que le vice du système. Est-ce que l'éducation et l'instruction des hommes sont ce qu'elles devraient être? Est-ce que nous ne sommes pas tous plus ou moins barbares, faux, hypocrites, bardés de préjugés? Que peut alors être la femme pétrie et façonnée pour être l'instrument de notre ignorance, de notre brutalité et de notre égoïsme?
Après avoir vu dans les femmes qui écrivent des impures, des courtisanes, des concubines, vous leur concédez que c'est leur droit et que c'est votre bien; mais à condition que la femme lettrée sera votre cuisinière et donnera son dernier tour de main fm et délicat à vos préparations rationnelles. Ici, vous voulez un sérail de délicieuses houris qui, par les charmes et les séductions de leur style, puissent vous servir d'appcàt pour attirer des lecteurs, pervertir, empoisonner leur jugement et égarer le bon sens public. Libertin, polygame, omnigame, ultragame, dépravé et corrompu, on va vous en fournir de gracieux et aimables esprits pour les menus plaisirs do votre égoïste félicité !
Thcoiio du Mariage.
Réduction de l'amour à l'absurde par son mouvement et sa réalisation ;
Réiluction de la fenune au néant par la démonstration de sa triple et incurable infériorité.
Voilà où vous a conduit l'analyse séparatiste. — Il faut, pour être dans le vrai, voir l'homme et la femme dans leur synthèse. Après avoir trouvé dans l'amour le souverain bien, le droit le plus sacré, le principe même de tout droit, d'autre part dans ses conséquences l'avoir signalé comme l'une des causes les plus puissantes de la corruption sociale, il faut en conclure que l'amour, comme toutes les passions, comme toutes \es forces de l'âme, comme la propriété, comme le travail, etc., est antinomique de sa nature ; qu'en conséquence, il fait partie d'un système plus grand que lui, dont la loi doit le soumettre et lui donner l'équilibre. L'amour ayant son point de départ dans l'animalité, son moteur dans l'imagination oscille entre deux extrêmes qui sont les sens et l'esprit ou l'idéal. Par la contradiction de son essence, l'amour suppose donc quelque chose qui le dépasse, une loi plus haute, une puissance supérienre.
L'homme lui-même, malgré sa toute-puissance, considéré dans son individualité, paraîtrait irrationnel. L'homme fait partie essentielle d'une cellectivité hors de laquelle il n'a plus sa raison d'être. 11 tient à la société par la femme ni plus ni moins que l'enfant tient à sa mère par le cordon ombilical. Réprenons donc l'examen de la femme au point de vue de la collectivité.
Nécessité pour la justice de se constituer un organe.
Dans ce paragraphe, vous distinguez très judicieusement le règne de l'humanité des trois autres. Pour que ce règne subsiste, il faut que la loi qui le constitue — à savoir la justice — pénètre les âmes autrement que comme une simple notion, un rapport, une idée pure; il faut qu'elle existe dans le sujet humain à litre de sentiment, d'affection, de faculté, de fonction, la plus positive de toutes les fonctions et la plus impérieuse.
Les Iranscendenlalisles prétendent que la notion du juste et de l'injuste ne suffit pas par elle-même pour inculquer à l'homme le respect de la loi. Ils établissent ce respect sur les considérations d'une autorité supérieure et extérieure. Eglise ou Dieu. Vous, vous prétendez (pic la
justice a son foyer dans l'âme humaine, qu'elle est de l'homme ou qu'elle n'est rien. Vous avez prouvé, dites-vous, tant par le raisonnement que par la pratique universelle et par l'histoire, que l'homme individuel et collectif obéit à une puissance de juridiction qui est en lui; que cette puissance possède une énergie et une efficacité suffisantes pour triompher d'emblée ou à la longue de toutes les attractions de l'égoïsme ; que le progrès de la civilisation vient tout entier de L'i, et que l'influence attribuée au culte consiste uniquement en ce que la religion, que nous avons vu se résoudre toujours en une symbolique de la conscience, n'est autre chose qu'une forme de la conscience. La religion, en un mot, est le respect de l'humanité idéalisée et adorée par elle-même sous le nom de Dieu : là est tout le mystère
Selon l'Eglise, Dieu est immanent à nos âmes, et cette réalité de la justice, cette efficacité de la conscience que nous invoquons à si juste titre, ne prouve qu'une chose : la présence de Dieu dans notre cœur et l'immédialotô de son action.
Telle est donc l'objection : de même que rien ne se produit de rieti, rien ne fonctionne à Vaide de risn. Cet axiome peut être ajouté aux autres et s'appeler prixcipe d'instrcmentalité.
Vous faites observer que chaque sens a son organe, chacune des facultés de la pensée son petit appareil : comment la justice, faculté souveraine, n' aurait-elle pas son organisme proportionné à l'importance de sa fonction ?
Que l'organe de la justice est l'androgyne ou le couple conjugal.
A propos de la liberté, vous avez trouvé que son organe était tout l'homme ; vous avez défini l'iiomme une liberté organisée. Quant à la justice, elle exige plus que cette totalité, elle dépasse la mesure de l'individu; elle reste boiteuse chez le solitaire, et tend à l'atrophier : c'est le pacte de la liberté, ce qui suppose au moins deux termes. Sa notion seule, synonyme d'égalité ou de balance, implique un dualisme.
L'organe juridique se composera donc de deux personnes : voih\ un premier point. Quelles seront, l'une îi l'autre, cos iloux personnes? Vous
trouvez qu'elles doivent être inégales. Entre individus de valeur égale el de prétentions pareilles il y a antagonisme, joute, loterie, agiotage, discorde, peu de respect, peu d'affection, point de dévouement. Dans ces conditions la justice ne peut vivre, se développer, devenir pour l'homme une religion et une gloire. Il faut pour la justice une dualité formée de deux individus de qualités dissemblables et inégales, d'inclinalion différente, de caractère opposé, tels enfin que les pose la nature dans le père cl l'enfant, mieux encore dans le couple conjugal sous la double figure de l'homme et de la femme.
D'après cette obsei-vation prise sur la nature, vous définissez le couple conjugal « nne justice organisée. » Ce n'est pas tout : la justice, comme toutes les autres facultés, est susceptible de plus ou de moins. Dans un sujet donné, elle acquerra d'autant plus d'intensité que son partenaire lui offrira moins de déplaisir, de laideur, d'incompatibilité de caractère, de prétentions rivales, plus de sympathie, plus d'idéal. La justice considérée seulement dans son exercice, et abstraction faite des conditions psychologiques de son développement, est la faculté que nous avons de sentir notre dignité en autrui, el réciproquement la dignité d'autnû en nous. Or, cette dignité se sent d'autant mieux que l'objet qui la représente est lui-même plus agréable, plus plaisant. Il faut donc qu'outre l'accord qui naît du contraste de leurs qualités, il y ait une appétence réciproque qui les rende l'un à l'autre désirables ; qu'en raison de cette appétence, ils soient et se trouvent beaux et superbes; il faut, en un mot, pour la production de la justice, une prémotion, une grâce, comme disent les théologiens, il faut I'amolr.
Ici la femme, dont la destinée nous a paru tout-à-l'heure si compromise, reprend l'avantage ; comme Marie la nouvelle Eve, elle passe du rôle douloureux au rôle glorieux, et devient par sa seule apparition au milieu des hommes libératrice et justicière.
CRITIQUE
Je suis tellement grossier et matériel que, au lieu de voir l'amour aboutir à l'absurde, je le vois assurant la i-e-
production de l'espèce. Que parmi les bipèdes qu'il met au monde, il y en ait de fort absurdes, j'en conviens bien volontiers. Quant au néant de la femme, vous avez trouvé qu'elle valait à peu près le tiers de Vliomme. Un tiers n'est pas zéro !
Vous citez l'opinion des Pères de l'Eglise, qui trouvent dans la femme et l'amour qu'elle inspire le principe de toute corruption et de toute discorde : elle est la croix, la contradiction et la honte du genre humain; impossible de vivre avec elle et de se passer d'elle Qu'a de commun
l'opinion des Pères de l'Eglise que vous citez à chaque instant, déduite des idées qu'ils ont puisées dans les préjugés d'une époque primitive et barbare (idées inspirées par l'absolu dont vous voulez nous expurger), avec le principe de l'immanence déduite des sciences positives et du droit humain que vous voulez faire prévaloir? Laissez donc tranquilles ces grands esprits, et tâchez d'être aussi logique qu'eux avec votre principe, si vous en êtes capable.
Vous prétendez que l'amour, comme toutes les forces de l'àme, comme la propriété, comme le travail, etc., est antinomique L'amour ou le rapport des sexes diffère essentiellement de toutes les autres forces qui s'exercent sur des corps bruts ou des animaux. Il n'y a aucune analogie entre ces rapports et ceux de l'homme et de la femme, êtres intelligents et de môme essence : par conséquent, l'équilibre ne peut s'obtenir entr'eux par des moyens semblables. La loi la plus haute, la puissance supérieure ne peut être la même poiir l'amour.
Organe de la justice.
Pour opposer aux Iranscendentalistes votre thèse de la justice immanente, vous êtes obligé de supposer, de soutenir dans l'homme l'existence d'un organe juridique assez puissant pour triompher d'emblée ou à la longue de toutes les attractions de Végoïsme.
L'observation et l'expérience de plusieurs milliers d'années prouvent avec la dernière évidence que cet organe n'existe pas en tant qu'organe positif de la justice morale. S'il en était de lui comme de ceux de la reproduction, de la construction, de la destruction, de la philogéniture, etc., l'éthique n'aurait pas eu tant de révélateurs ; vos trois volumes, avec les centaines de traités qui les ont précédés n'existeraient pas. Aussi, la fonction de ce prétendu organe est loin d'être la plus impérieuse. Les transcendentalistes ont raison contre vous en prétendant que la notion du juste et de l'injuste, même immanente, est insuffisante pour triompher de notre égoïsme. Pour suppléer à l'autorité supérieure divine qui n'a plus assez d'efficacité à notre époque, il faut trouver une puissance qui la supplée ou la remplace.
Si l'amour est plus fort que la mort, la justice inorganique sera constamment vaincue et dominée par l'amour. S'il existe un organejuridique dans l'homme, la femme, quoi que vous en disiez, renferme ce même organe plus ou moins développé. L'association de ces deux êtres n'est nullement néces-
saire pour produire l'androgyne juridique. Chacun d'eux est une liberté et une justice organisée. Cette invention est de votre part une mauvaise plaisanterie ; elle vous est nécessaire pour faire triompher votre idée préconçue et fausse de rinfériorité de la femme en tout, partout et toujours, et la soumettre à l'exploitation et à l'absorption perpétuelle de l'homme. C'est elle qui vous amène à démontrer qu'il n'y a d'association, de combinaison harmonique possible que par les contrastes inégalitaires des qualités physiques, morales et intellectuelles des deux conjoints, comme entre les membres de la famille. Comme ici il n'y a pas moyen de faire l'enfant égal au père, l'élève égal au professeur, l'apprenti égal au patron, etc., vous voilà forcé d'adopter la hiérarchie, Xorganisation inégalitaire, c'est-à-dire, selon vos dix éludes, le despotisme, l'exploitation, l'injustice, la dépravation,
la religion Vous voilà à la théocratie d'Aug. Comte avec
ses sacrements et toutes les cérémonies religieuses ; vous voilà à une société organisée selon le type familial , mais avec cette différence que Comte institue un sacerdoce auquel il soumet la famille, tandis que pour vous c'est le père qui remplit les fonctions de prêtre.
Comte a pris son type de constitution familiale au moyenâge ; vous, archi-rétrograde, vous allez le chercher dans le premier temps de la république romaine ! La révolution a mis obstacle aux préférences aveugles de la paternité dans la distribution des biens ; elle a sagement veillé aux abus de la puissance paternelle. Vous, son prétendu révélateur, vous repoussez le progrès qu'elle a accompli ; vous repion-
gériez la société moderne dans l'esclavage pour avoir raison de l'amour et de la femme. D'autre part, de famille à famille, d'homme à homme, de femme à femme, dans toutes les relations économiques pour arriver à votre rêve d'égalité, de conditions et de fortunes, vous soutenez l'équivalence des facultés, à quelques légères différences près : en sorte que votre société se trouverait à la fois régie par l'égalité et par l'inégalité, par l'autorité absolue et la liberté. Ecrivez donc au plus vite trois autres volumes pour expliquer comment vous équilibrez et accordez ces oppositions radicales de système. Tâchez donc de vous débrouiller dans ce chaos d'affirmations et de négations qui se succèdent constamment , entremêlées de crocs-en-jambe dialectiques dans lesquels vous excellez pour vous donner raison, et qui compromettent singulièrement votre probité rationnelle. Une fois l'androgyne formé par l'accord qui naît du contraste de leurs qualités inégales, il faut qu'il y ait, dites-vous, une appétence réciproque qui les rapproche et les fasse se trouver beaux, superbes : il faut I'amour.
Beauté de la femme.
Quand l'Eglise nous représente la Vierge dans son immorlalilé radieuse, entourée des anges et foulant aux pieds le serpent, elle fait le portrait de la femme telle que la pose la nature dans l'institution du mariage.
Elle est belle, dis-je, belle dans toutes ses puissances. Or, la beauté devant être chez elle tout à la fois l'expression de la justice et l'attrait qui nous y porte, elle sera meilleure que l'homme ; l'être faible et nu que nous n'avons trouvé propre ni au travail du corps, ni aux spéculations
du gtMiie, ni aux fonctions sévères du gouvcrncmonl et de la judicaluro, va devenir, par sa beauté, le moteur de toute justice, de toute science, de toute industrie, de toute vertu
La beauté est la vraie destination du sexe : c'est sa condition naturelle, son état. La nature pousse donc rapidement le sexe à la hoauté ; ce but atteint, elle l'y arrête. Tandis que l'homme passe outre, elle semble dire à la femme : tu n'iras pas plus loin, car tu ne serais plus belle
La femme transparente, lumineuse, est le seul être dans lequel l'homme s'admire; elle lui sert de miroir comme lui servent à elle-même l'eau du rocher, la rosée, le cristal, le diamant, la perle; comme la lumière, la neige, les fleurs, le soleil, la lune et les étoiles...
Le beau et le juste se touchent par d'intimes rapports, sans doute; mais ce sont deux catégories à part qui ne sauraient donner lieu à une égalité de prérogatives.
Constatons que si, sous le rapport de la vigueur, l'homme est à la femme comme 3 est à 2, la femme, sous le rapport de la beauté, est aussi à l'homme comme 3 est à 2 ; que cet avantage ne lui est pas donné sans doute pour la laisser dans l'abjection, et qu'en attendant la loi qui doit régler les rapports des époux, la beauté de la femme est le premier de ses droits conmie elle est la première de .ses pensées.
Si, du corps, nous passons à l'esprit et à la conscience, la femme, par
la beauté, va se révéler avec de nouveaux avantages De la faiblesse
relative de son entendement résulte chez elle une grâce juvénile, analogue à celle des enfants dont nous ne pouvons nous empêcher d'adorer les jolis mots et les idées pleines de gentillesse
La qualité de l'esprit féminin a pour effet : 1° de servir au génie de l'homme de contr'épreuve en reflétant ses pensées sous un angle qui les lui fait paraître plus belles si elles sont justes, plus absurdes si elles sont fausses ; — 2" en conséquence, de nous obliger à simplifier notre savoir, à le condenser en des proportions simples, faciles à saisir comme de simples faits et dont la compréhension intuitive, aphoristique, imagée, tout en mettant la femme en partage de la philosophie et des spéculations de l'homme, lui en rend à lui-même la mémoire plus nette, la digestion plus légère. Comme le visage de la femme est le miroir où l'homme puise le respect de son propre corps, de même l'intelligence de la femme est aussi le miroir où il contemple son génie
Même observalion pour le moral.
Comme la femme lient son corps de l'homme, os ex ossibus meis et caro ex carne meâ, comme elle tient de lui ses idées, de même elle en reçoit sa conscience cl le principe de toutes ses vertus. Or, ici encore la dignité virile, en se féminisant, acquiert une fleur de beauté qui est propre à la femme et lui assure l'excellence.
Constance de l'âme.... — L'homme, dans l'adversité, d'abord s'irrite, bientôt se rebute ; la femme pleure, et dans ces pleurs de la femme il retrempe son courage, • par elle il dure et apprend le véritable héroïsme. A l'occasion, elle saura lui donner l'exemple ; alors elle sera plus sublime que lui, l'amazone l'emportera sur le héros, car elle est la force dans la faiblesse.
Facilité des relations.... — La femme est incapable de dire le droit, de le soutenir, de le venger ; elle fera mieux, elle le rendra aimable, et de ce glaive à double tranchant fera un rameau de paix. La justice ressemble à l'arithmétique : certaines opérations divisionnelles ne peuvent donner un résultat exact ; de même, dans la justice, soit distribulive, soit commutative, soit pénale ou satisfactoire, il est presque impossible que l'application du droit ne laisse à redire. H y a toujours de quelque côté une inégalité, partant une perte ; d'où ce grand principe de philosophie pratique : point de justice sans tolérance. Or, c'est k l'exercice de la tolérance que la femme excelle.
Pureté de la vie.... — Nous avons dit ce qu'est la femme à l'élat de nature. C'est dans l'homme qu'est le principe de la pudeur. ... La femme seule sait être pudique, parce qu'elle est faible ; mais par cette pudeur qui est sa prérogative la plus précieuse, elle triomphe des emportements de l'homme et ravit son cœur....
Ainsi l'on peut dire qu'entre l'homme et la femme il existe une certaine équivalence provenant de la comparaison de leurs natures respectives au double point de vue de la force et de la beauté. Si , par le travail, le génie et la justice, l'homme est h la femme comme 27 est k 8, la femme à son tour, pour les grâces de la figure et de l'esprit, par l'aménité du caractère et la tendresse du cœur, est à l'homme comme 27 est il 8. Mais, quoi qu'en aient dit les économistes, aucun contrat de vente, d'échange ou de prêt n'est ici possible. Les qualités de l'homme et de la femme sont des valeurs incommutables ; les apprécier les unes
par les avilres, c'est les réduire également à rien. Or, comme toute question de prépondérance dans le gouvernement de la vie humaine ressortit soit de l'ordre économique, soit de l'ordre philosophiciue ou juridique, il est évident que la suprématie de la teauté, même intellectuelle et morale, ne peut créer une compensation à la femme, dont la condition reste ainsi fatalement subordonnée. >>
CRITIQUE
On savait déjà comment l'esprit venait atix filles, mais on ignorait commentla femme, par son union conjugale avec rhomme, passait de la triple infériorité à la triple équivalence. Il n'y a que vous, grand magicien, qui soyez capable de nous expliquer ces merveilleuses métamorphoses, et de nous montrer comment la femme passe du rôle douloureux au rôle glorieux par le matrimonium et la vertu du sexe barbu.
Voici maintenant ce scélérat, ce bandit d'amour qui va faire des miracles par la beauté de la femme telle que, dit-il, la pose la nature dans l'institution du mariage. Or, la nature, ayant parfaitement assuré la reproduction de l'espèce par l'amour, paraît se moquer des idées mystiques et métaphysiques ainsi que des combinaisons matrimoniales qui passent par la tète des législateurs mcâles. Elle les mine les unes après les autres, à la honte de ces derniers. Elle paraît vouloir continuer ainsi jusqu'à ce que l'animal qui s'appelle homme ait acquis assez d'intelligence pour découvrir son vrai système d'union conjugale. Tout ce que vous dites sur la beautt^ de la femme et
sur ses effets est du romantisme. Selon vous, la beauté est la vraie destination du sexe ; c est sa condition naturelle, son état Toutes vos comparaisons entre la
beauté de la femme et la puissance et la vigueur de l'homme sont du pur verbiage, sans valeur théorique ; c'est de l'art, rien que de l'art, pure littérature, pas l'ombre de science et de saine philosophie.
Ici se fait sentir l'absence d'une classification méthodique des facultés humaines. L'homme et la femme ont chacun leur beauté physique, morale et intellectuelle; ils ont chacun leurs trois droits, leurs trois justices correspondantes à ces aspects ; chacun a sa force, sa puissance dans les trois catégories. Pour raisonner juste, il faut comparer enlr'eux les mêmes attributs pris à chaque sexe. Au lieu de cela, vous comparez la force physique de l'homme k la beauté de la femme. Un hercule assomme un bœuf d'un coup de poing : ce même hercule est à son tour terrassé par un regard, par un sourire de la femme. Ce sont bien deux forces, si l'on veut, mais l'une est musculaire, physique ; l'autre est animique.
L'homme est beau pour la femme, comme la femme est belle pour lui. Après que la beauté physique est passée chez la femme, elle a pour elle sa beauté morale et sa beauté intellectuelle. Quand l'homme sera juste et interprète intelligent de la fonction de chacune de nos facultés dans l'association humaine, il saura, en cultivant avec amour et discernement les deux sexes, faire de la société le paradis qu'il rêve.
(rosi parce que la feiinne est de même essence que l'homme qu'ils peuvent être miroir l'un de l'autre et avoir de l'amour l'un pour l'autre. L'homme, dites-vous, se mire dans la femme comme celle-ci se mire dans le cristal des eaux... (^ctte comi)araison peut être poétique, mais elle est fausse au fond et injurieuse pour la femme. Vous faites mirer l'homme dans la femme comme le loup se mire dans la brebis, comme le renard se miie dans la poule. Ces animaux se voient dans leur victime avec les yeux de leur estomac. Ce sont les yeux de votre orgueilleux et féroce appétit de domination qui vous font voir l'être dont le regard a fini par être assez pénétrant pour vous percer d'outre en outre et mettre à nu votre misère intellectuelle et morale. Aussi, vous bondissez et éclatez en injures; mais, malgré vos écarts, vos ruades, vos morsures, vos humoristiques boutades, vous venez, chargé de parfums, de bijoux et de fleurs de rhétorique, et en suivant à quali'e pattes la spirale, déposer en galant et humble Barème votre chilïre 27 aux pieds de la femme et reconnaître l'équivalence sociale des deux sexes. C'était bien la peine de débiter tant de sottises et de brutalités, de vous vautrer dans tant d'ordures pour finir par des fioritures littéraires, des roucoulements mystiques, des extases séraphiques, et enfin être d'accord avec les impures, les concubines, les courtisanes, les damerets et les femmelins philosophiques et religieux. Vous voilà forcé d'avouer que la femme a le droit do s'asseoir à côté de l'houmie dans toutes les fonctions de la cité, et de participer, tantôt en supérieure,
tantôt en inférieure à la vie sociale. Que devient la fileusc
de laine?
Par un reste d'orgueil mal éteint, vous maintenez, en vertu du droit du plus fort, c'est-à-dire du plus injuste, la suprématie barbue. En pratique, pendant la période subversive, il en sera ainsi : c'est malheureusement vrai ; mais en théorie d'équité et d'équivalence, cela est insoutenable. En vérité, dans cette question fondamentale, je vous trouve pitoyable. Il est honteux pour la philosophie de la révolution d'avoir un interprète qui pense si mal, dise si bien et soit si aveugle. Vous ne comprendrez jamais comment l'amour par l'idéal, que vous poursuivez de votre colère, est appelé, quand il sera scientifiquement et artistiquement traité, à produire des merveilles de richesse, de vertu, de justice et de bonheur.