DESSERT
Viennent enfin les paragraphes : Destination de la femme: — formation du pacte conjugal ; — les trois degrés de juridiction. Dans tous ces passages, vous empruntez à la Bible, à l'Evangile, à toute la symbolique de l'Eglise, vos idées et vos arguments. Les litanies de la Vierge font les frais du paragraphe de la destination de la femme.
Jamais, dites-vous, je n'ai pu entendre chanter ces litanies sans un frisson de volupté, et je regarde comme un bonheur que la jeunesse, qui ne s'en soucie guère, n'y comprenne rien. 0 pia, ô benigna, 6 regina ! c'est à devenir fou d'amour, et l'amour, même inspiré par la religion, même sanctionné par la justice, je ne. l'aime pas.
— i.JH —
Je laisse de lùlê les degrés de juridieliun intermédiaires pour arriver au dernier. Là, vous vous lancez dans la synthèse universelle.
Toute puissance, toute loi de hi nature a pour organe le corps ou le phénomène dans lequel elle se manifeste. Ainsi, pour ne pas perdre le temps en exemples, il est une force qui anime tous les Otres et leur donne la première réalisation : celte force est l'attraction. L'attraction a donc pour organes toutes les existences en qui elle se manifeste: soit, par exemple, notre système planétaire.
Mais l'attraction est soumise à une loi qui n'est pas moins universelle: cette loi est l'équilibre. Où se manifeste à son tour l'équilibre? an moyen de quel appareil ? Je réponds : encore au moyen do la balance. Toutes les fois que deux ou plusieurs êtres sont entr'eux dans un rapport d'attraction tel qu'ils se font équilibre, la loi a trouvé son organe. La terre, la lune, Jupiter et ses satellites, le soleil et son cortège, sont des balances au même titre que celle qui sert à la Banque à peser ses espèces, à l'épicier à peser ses drogues.
Dans l'être vivant, la loi fait plus que se réaliser, elle est conçue par lui, il en a la conscience, l'intelligence. Pour celte conception de la loi, il a fallu dans lêlre vivant un organe particulier, l'encéphale. Ce n'est pas tout encore : la loi est plus qu'une idée, une notion perçue par le cerveau ; elle devient, en s'appliquant aux relations de la vie morale, une sorte de passion pour l'être, un entraînement, un amour. Pour cette nouvelle transformation de la loi, je dis qu'il a fallu un nouvel organe, et cet organe je crois l'avoir découvert dans le couple conjugal.
Ainsi se déroule, d'après la philosophie du mariage, la genèse universelle.
Une seule force dans sa nature : l'attraclion.
Une seule loi : l'équilibre.
Une seule idée : la notion d'équilibre, en autres termes la connaissance des rapports et leur division qualitative (séparation des sexes).
Une seule religion : le respect de la vérité et l'intégrité des rapports personnels et réels, la justice.
Après quelques observations sur les causes d'inconipatibililé d'amour entre les n;eml)res d'ime iBême famille et
la nécessité du croisement des fiimilles ainsi que des races qui concourent à former la cité, — la véritable base du contrat social, — vous passez à la discipline de l'amour.
L'amour, dont la virtualité est dans la génération, a sa cause plastique et motrice dans l'idéal. Par l'idéal, il s'élève au-dessus de l'instinct organique et s'empare de l'âme, que tantôt il ravit sur les ailes du désir au troisième ciel, et que tantôt il précipite par l'impatience de la possession dans une frénétique impudicité
Mais si nous ne pouvons ni nous rendre maîtres de l'amour ni nous soustraire à son influence, il est une chose qui dépend de notre libre arbitre et à laquelle la religion et la poésie erotique n'ont pas songé : c'est de balancer l'amour par l'amour, de sorte que nous usions de sa vertu en restant maîtres de notre cœur.
Je sais tout ce qu'il y a de paradoxal dans tout ce que je vais dire ; mais il faut que je le dise, parce que telle est la vérité philosophique et la raison des choses, parce qu'il n'y a pas d'autre préservatif contre les éclats et les aberrations de l'amour, et que telle est en définitive la pratique de l'immense majorité des hommes. Le secret, pour échapper aux tribulations de l'amour et en conserver le fruit, consiste, pour chacun de nous, à aimer d'esprit et de cœur toutes les personnes du sexe opposé, et à n'en posséder complètement qu'une seule.
C'est impossible, s'écrie-t-on encore Je réponds que c'est facile,
excepté peut-être aux novices dont l'imagination est pour la première fois séduite, et aux égoïstes qui prennent pour amour la férocité de leur passion
Les anciens étaient entrés dans cette voie lorsqu'ils faisaient de l'amour l'âme universelle ; le christianisme y est entré à son tour lorsqu'il a identifié Dieu et l'amour pur, et proposé à ses vierges le Christ pour époux. Le Christ, c'est la personnification du sexe masculin, de même que la Vierge est la personnification du sexe féminin. Que toute jeune fille, avant de se marier, apprenne donc à aimer le Christ ; que tout jeune homme soit chevalier de la Vierge.
Voilà ce que nos romanciers et dramaturges, s'ils avaient étudié le co?ur humain, s'ils se souciaient le moins du monde de la félicité publique et de la morale, enseigneraient à la jeunesse
Vous arrivez an code civil, interprète de la révolntion, qui est admirable, selon vous, sur celte matière. Vous citez les articles qui concernent le mariage, puis vous passez à votre catcchismc dfi mariage, qui résume toute votre doctrine conjugale.
CRITIQUE
Qui diable se serait douté qu'un crocodile de votre espèce pût sentir un frisson de volupté quelconque et pût devenir fou de ce qu'il n'aime pas! Vous êtes un drôle de corps et un bien plus amusant esprit.
De la philosophie du mariage vous faites découler, à votre manière, la genèse universelle. Vous voilà à la gravitation de Saint-Simon, à l'attraction de Fourier, à la balance de l'épicier-droguiste. Votre philosophie est bien, en effet, celle de l'épicier-droguiste. Pour cette conception et cette application de la loi d'égalité, vous créez le couple épicier juridique, le plus fraudeur, le plus sophisliqueur de tous les couples économiques, dont le pouce sujet à des crispations nerveuses fort peu morales fait toujours peucher la balance à son profit personnel. La qualité de sa marchandise est toujours altérée comme dans le commerce de vos élucubrations philosophiques, métaphysiques, mystiques et symboliques.
Je demande que le gouvernement de la France trèschrétienne vous accorde dix millions de récompense pour avoir généreusement livre le secret philosophique qui en-
— 2il —
seigne à rhonimo comment il peut échapper aux iiibalations de l'amour, tout en le satisfaisant, et mettre un terme aux abominations de Vinfàme idéal erotique. Je demande que les moralistes, les prêtres de toutes les religions, vous élèvent des autels sur tous les points du globe. Mais s'il est vrai qu'en définitive l'immense majorité des hommes aime d'esprit et de cœur toutes les femmes et ne possède comjMtement que la sienne, nous sommes des anges, votre critique est insensée, vous êtes complètement fou. En conséquence, je propose qu'on mette votre tête sous la cataracte du Niagara pour vous administrer une douche colossale proportionnelle à l'abominable calomnie que vous avez articulée en trois volumes contre vos contemporains relativement à leur épouvantable dépravation.
Vous plaisantez et gourmandez les savants et les philosophes éclectiques qui cherchent à faire concorder les découvertes de la science avec la Bible, la raison avec la foi. Quant à vous, vous voilà nous administrant seize cent soixante-quatre pages de vomiaf et de purgatif pour nous faire rendre l'absolu et perdre cette foi. Arrivé à la un de la cure, vous nous faites prendre une potion de matrimonium préparée selon le codex biblique, évangélique, symbolique, théologique et proudhonique, recommandant à toutes les filles d'être les amantes du Christ, aux garçons de se faire chevaliers de la Vierge : c'est-à-dire que la jeunesse doit commencer par recevoir l'éducation transcendante ou théologique, adorer l'absolu pendant vingt-six ans; puis à cette éducation substituer celle de l'immanence pour apprendre
à éliminer, à renier, à brûler ce même absolu pendant le reste de sa vie. Par ma barbe ! je croyais avoir affaire à un homme : me voilà en face d'une vieille bégueule toute couverte d'a^/Mf s Dei, de scapulaires, aspergée d'eau bénite, confite dans l'eau de la Saletle.
Mon bon homme, l'absolu suinte par tous vos pores, vous en êtes saturé, vous le respirez à pleins poumons. Vous écrivez, premier volume, page 17 :
« J'avoue, malgré le respect que m'inspire le nom du Christ, que ma raison ni ma conscience ne sauraient se plier à c^ système. » Au troisième vol., pag. 604 et 605 : « La philosophie nous enseigne que le mysticisme est un élément indestructible de rame, une forme de la pensée qui se manifeste surtout dans les choses de la vie morale ; — que le mysticisme est indestructible ; il est un nom qui le résume, et que rien ne saurait effacer de la pensée des hommes : c'est le nom de Dieu. Irai-je sottement faire la guerre îi ce concept dont je ne suis pas le maître, combattre par des arguments métaphysiques ce qui est le produit fatal de toute métaphysique, ou par des raisons tirées de l'expéiience ce dont l'expérience elle-même me suggère la notion ultra-empirique, l'absolu? Quelle puérilité!! »
C'est précisément ce que vous faites. Vous acceptez ici ce que vous avez renié dans le cours de votre ouvrage ; vous pataugez constamment dans la contradiction, la sottise et la puérilité. A Vimage du Christ qui s'est glissée jusqu'au chevet du lit de votre femme et que vous y laissez, joignez donc la médaille de la Vierge qui vous fut envoyée en 1848 par une femme inconnue qui espérait que cette relique vous sauverait et vous ferait croire à Dieu. 11 paraît qu'en touchant votre épidémie, elle a parntileraent réussi, le miracle s'est accompli à votre insu, car en vous ramas-
sanl dans la rue blessé pur vos propres coups, en faisant les fonctions de médecin animique, je trouve, non sur votre peau, mais dans votre conscience, les reliques chrétiennes qui ne Vont jamais quittée : ce qui ne me scandalise nullement. Ce qui me scandaliserait, serait vos fanfaronades, vos bravades, vos désordres spirituels, si jen'y voyais l'effet de l'épidémie de l'hallucination religionnaire qui s'est emparée des esprits les plus élevés.
Je regrette que ce talisman chargé des effluves d'une âme dolente ne vont ait pas empêché de vous livrer à votre colère vis-à-vis de l'homme et à votre ironie à l'égard de la femme, colère et ironie dont vous méritez bien les coups.
Vous voilà avec la révélation et la révolution, le droit divin et le droit humain, le positif et le mystique, Dieu et le diable dans le ventre, tous deux indestructibles dans l'âme humaine. Ne pouvant les éUminer, tâchez donc de les subordonner, ou mieux de les marier sous votre régime justicier. Or, comme vous nous avez prouvé surabondamment que vous en êtes incapable, et que vous ne pouvez vivre clans cet état d'incertitude et de lutte interne, il ne vous reste, en votre qualité de spiritualiste, de christocole et de théologien de vieille roche, qu'une chose raisonnable à faire : c'est de vous rendre avec votre femme et vos fdles à Besançon, de solliciter une audience de monseigneur Mathieu, de vous jeter à ses pieds, de baiser son anneau pastoral, d'obtenir la rémission de vos fautes, de faire bénir votre mariage et de baptiser vos liUeS; tout cela sans condition aucune; puis, pour gagner votre pain, obtenir comme in-
signe faveur la place de sacristain de sa cathédrale. Votre femme et vos filles, tout en faisant le ménage, blanchiront les surplis du sacerdoce bizonlin et les nappes des autels. Quant à vous, pour utiliser votre talent littéraire, vos connaissances théologiques, historiques, métaphysiques et mystiques, vous rédigerez un recueil de sermons sur des matières nouvelles que votre ingénieux symbolisme saura rattacher au principe chrétien.
Quel malheur que vous vous soyez condamné à traîner le boulet conjugal ! Sans cette maudite galère dans laquelle vous êtes maintenant enchaîné, vous auriez pu entrer dans Tordre des frères prêcheurs ; votre dcbitum dépensé, par sa résorption, aurait donné à votre organisme une puissance, une vigueur surnaturelles ; vous auriez été le Pierre l'Ermite, le triomphateur de l'amour et le rédempteur de la luxure. Vos sublimes paroles, votre fougueuse et irrésistible éloquence aurait créé une armée de chevaliers de la Vierge et d'amantes du Christ. Ces nouveaux croisés auraient juré de chasser à jamais de leur cœur l'infâme idéal, de conserver leur virginité jusqu'au mariage, et dans le mariage la pureté, la continence, la constance, la chasteté ; ils auraient entrepris la conversion du monde pour la plus grande gloire du révélateur de la justice divine et humaine! Quel malheur! quel malheur!
Combien, mon révérend père Josei)h, je m'estime heureux d'ignorer tout ce que vous savez, et d'avoir conservé ma raison naturelle en voyant tant de savoir, tant do travaux, tant d'esprit, tant d'art vous faire constamment di-
vaguer, vous conduire au suicide moral et intellectuel! Vous êtes un exemple frappant de la justesse de l'observation du père Enfantin, qui prétend que l'esprit, comme la chair, a ses indigestions, ses orgies, ses diarrhées. Mais il y a cette différence notable entre ces deux aspects de l'être : c'est que les excès de ce dernier ne sont nuisibles qu'au sujet qui s'y livre ; que ses déjections servent toujours à activer le développement des substances végétales qui nourrissent notre corps ; tandis que celles du cerveau, digérées des milliers de fois depms six mille ans par des intelligences plus ou moins faibles, ne servent qu'à propager, entretenir le poison de l'erreur, affaiblir l'organe cérébral qui les élabore, le rendre incapable de digérer de solides vérités, ne produire que d'inutiles, de bruyantes phrases, et asphyxier le malade dans ses délétères vapeurs.
Telle est votre triste fin. L'histoire que vous consultez vous montre les progrès qui se sont accomplis dans la famille depuis le sauvagisme jusqu'au christianisme dont la dissolution vous effraie. Vous constatez les changements heureux que la révolution française a introduits dans la famille féodale. Parce que vous êtes incapable de découvrir les conditions morales qui doivent mettre la famille actuelle en harmonie avec les droits nouveaux qu'elle a inaugurés et non complétés, ainsi qu'avec le régime économique qu'elle a empiriquement ébauché; parce que vous ne pouvez, avec vos préjugés, votre stérilité, votre ignorance, prévoir par une analyse calme et savante ce que la famille qui se dissout doit devenir, vous perdez la tête, vous vous sau-
vez à loules jaml)es comme un vrai Jocrisse en invoquant la sainte Vierge; dans votre fuite effarée, vous allez donner tête baissée dans la famille païenne. Quel progrès!! Voilà le scandale que vous offrez aux penseurs; c'est là ce qui déshonore votre entendement, vous perd à leurs yeux, et vous expose à la risée des théologiens eux-mêmes.
Dans la question de l'amour et du mariage, vous nous donnez un pastiche artistiquement délayé et piteusement cmbéguiné de la doctrine de Comte, qui vous a complètement momifié. /îequiescat in pace! (1)
(1) La question de la femme met en ébullition tous les esprits. Jliolielet, après Aug. Comte et Proudhon dont il n'est qu'un écho affaibli, après les mille descriptions des romanciers, vient donner à son tour son coup de pinceau poétique au même sujet. Il divise la société féminine en deux classes : la premii-re se compose de deux h trois cent mille dames riches; la seconde comprend la classe peu aisée, pauvre et misérable, dont le nombre s'élève à dix-huit millions huit cent mille femmes iv marier. Que fait ce membre distingué de la section des sciences morales et politiques? Il presse l'éponge de son cœur et en fait jaillir 338 pages, dans lesquelles il enseigne comment il faut élever une demoiselle appartenant à des parents riches au moins de dix à quinze mille francs de rente.
Ces époux, comme il n'en est pas dix parmi les trois cent mille, doivent s'entendre parfaitement et mettre leur bonheur pendant dix-huit îi vingt ans de leur vie à faire l'éducation et l'instruction de leur chère enfant. Afin de l'initier à un ordre d'idées nouveau qu'ils ignorent euxmêmes, ils doivent suivre les enseignements du maître qui , lui , a besoin de Dieu et ne veut pas s'en débarrasser, comme Proudhon.
La jeune fdle mûre pour Ihyménée, il faut trouver un gendre qui, pour la rendre heureuse et être heureux lui-même, devienne l'écolieV de sa fennno. Le divin amour rendant le mari docile et savant en peu
Pour l'honneur de la logique, je ne puis laisser passer votre catéchisme du mariage; il n'est nullement la déduction de vos idées sur la femme. L'homme est présenté par vous avec des qualités qu'il n'a pas; on dirait qu'il est simple spectateur et jamais acteur. Vous ne faites dans tout votre travail que donner votre manière de sentir, de penser et d'agir pour archétype. Vous avez la folle et aveugle prétention de vouloir ramener, au nom de l'égalité,
de temps, ces époux-amants, dans l'entente la plus cordiale, élèveront leur progéniture de la môme manière et la conduiront dans la voie du salut social , toujours pavée de solides rentes. Le foin au râtelier est pour les époux, comme pour la gent asine, le sme quâ non de l'harmonie conjugale. Quant aux dix-huit millions de filles prolétaires pauvres, elles servent au grand artiste de canevas pour dessiner des courbes gracieuses, arranger des guirlandes de fleurs spirituelles, broder des concetti moraux, débiter des banalités économiques, et nous apprendre que la femme est une religion. Quelle étonnante et admirable révélation ! Comment rester froid, solitaire, et manquer de courage quand, sous les traits d'une divine fille, la religion nous tend les bras! Comment résister aux éloquentes et ravissantes peintures du grandpontife conjugal inspiré par Dieu !
Hélas ! ces peintures sont à la détrempe ! Le coloriste, dans sa tendre et poétique sollicitude pour le bonheur des rentières qui peuvent acheter SCS livres, a oublié complètement les dix-huit millions de femmes et filles pauvres. Ce grand artiste, qui des profondeurs de la vie sent monter une chaleur, une féconde aspiration, qui sent en passer un souffle sur sa face et se sent mille cœurs, n'a pu trouver dans tous ces cœurs le puissant gluten pour encoler ses couleurs et les fixer solidement sur sa toile ; aussi , le moindre souffle du vrai fait envoler cette é|iiémère poussière qui va se perdre dans le vide.
Que de misère, que de stérilité, que d'impuissance sous cette fausse richesse descriptive et romancière I Phrases de ithrases, tout n'est que phrases, déluge de phrases, commerce de phrases ! ! !
tDUles les variétés individuelles ù votre t^cule unité pcrsunnelie. Je vais en quelques mots dire ce que devrait être votre code matrimonial :
Considérant que la femme, depuis son origine sur la terre, d'après Tobservation des prétendus sages du passé et des absurdes pbilusopbes du présent, « ne i)eut être » envisagée que comme un instrument de reproduction, » une sorte de moyen terme entre l'homme et le reste » du règne animal ; — que, sous le rapport de l'intel- » ligence, elle na que des idées décousues, des raison - » nements à contre-sens, des chimères prises pour des » réalités, de vaines analogies érigées en principe, une » direction de l'esprit fatalement inclinée vers l'anéantisse- >» ment; — que, sans l'homme qui lui sert de révélateur, » elle ne sortirait pas de l'état bestial ; — que, \mv sa na- » ture, la femme est dans un état de démoralisation cons- » tante. Ce qu'elle aime par-dessus tout, ce sont les dis- » tinclions, les préférences, les privilèges. — La femme, » quand elle ne suit que son inclination, est comme la fe- » melle des animaux qui recherche de préférence les vieux » mâles, les plus méchants et les plus laids ; elle est su- » jette aux caprices les plus étranges; elle préfère toujours » un mannequin joli, gentil, bien disant, conteur de fleu- » relies, à un honnête homme. — La femme est la désola- » lion* du juste ; un galantin, un fripon, en obtient tout ce » qu'il veut ; un crime commis pour elle la touche au su- » prême degré. Par contre, elle na que du dédain pour » riiomme capable de saciilier son amour ;i sa conscience.
— UQ — » Son triomphe est de faire prévaloirramoiir sur la verln, » et la première condition pour rendre une femme adul- X tère, est de lui jurer qu'on l'aimera et l'estimera davan- » tage pour son adultère. — La femme, dit Daniel Stern, » n'arrive à l'idée que par la passion,
» La chasteté existe à un degré plus faible chez la » femme que chez l'homme. — Chez les animaux, c'est la » femelle qui recherche le mâle et lui donne le signal ; » chez la femme telle que la pose la nature, il en est de » même, avec cette différence que le besoin est permanent » chez la femme et qu'il est temporaire chez la femelle » des animaux. — Elle est coquette, c'est tout dire ; le plus » sûr moyen de lui plaire, n'est-il pas de lui épargner la » peine de se déclarer, tant elle a conscience de sa lasci- » vite?
Considérant, d'autre part, que la femme ne peut commettre qu'avec l'homme le crime d'adultère ainsi que toutes les turpitudes que les moralistes lui reprochent ; — que l'homme, prétendant être plus fort, plus intelligent, plus chaste, plus pudique, plus juste que la femme, se déclare, en fait, plus coupable, plus immoral, plus corrompu que l'être faible qu'il fait à son image ;
Qu'en cherchant à entraîner, par les moyens les plus honteux, les plus perfides, les plus iniques, la femme et la fille du prochain dans la voie de la perdition pour satisfaire le démon de sa luxure et de sa paillardise, fhomme prouve la dépravation de son cœur ; — qu'en s'ingéniant à faire à autrui ce qu'jl ne veut pas qu'il lui soit fait, il mon-
— no —
tro rinsullisance et riiianitûde sa conscience, ralroi)liiL' de sa justice ;
Considérant que l'homme qui a fait la loi punit des peines les plus sévères la fille mère séduite et abandonnée, laquelle, en face de la misère et du déshonneur, dans le trouble et la lutte de sa conscience naturelle contre sa conscience artificielle, commet un infanticide, tandis que le fornicateur dont la paternité ne peut être recherchée ni prouvée conserve l'estime publique, s'enorgueillit souvent et se fait un titre de gloire du nombre de ses dupes et de de ses victimes ;
Attendu que la fille publique, qui préserve la vertu de nos filles et de nos femmes en recevant et soutenant bravement les premiers assauts de la fougue du rut animal de la jeunesse, ne trouve pour ce servicerendu qu'opprobre et infamie, et est transformée par notre iniquité en bouc émissaire de notre frénétique impudicité ;
Attendu que, par un senfiment de vague justice combiné avec l'instinct de la paternité, l'imbécilité juridique mâle,
avec nos mœurs et par l'arficle Is patcr est s'est tendu
un piège où, quand l'homme s'y sent ou s'y croit pris, il souffre les tortures les plus infernales ;
Considérant que notre relâchement, notre désordre sexuel et le mépris de tous les devoirs nous conduisent à la promiscuité et à la dissolufion de la société , Par ces motifs il est arrêté :
Article 1." — A l'avenir les femmes et les filles seront
l'igoureusement renfermées dans leur ménage ; les portes seront verrouillées et cadenassées, les fenêtres grillées, et chacune munie d'un auvent pour recevoir l'air et la lumière, sans pouvoir communiquer en aucune manière avec les maisons voisines.
Toutes les maisons qui se construiront seront soumises à un plan et à une distribution en harmonie avec les nécessités de la nouvelle doctrine matrimoniale.
Les maris seront obligés de faire toutes les provisions et de les porter à leurs ménagères.
Art. 2. L'aveugle nature, après avoir créé le sexe actif et le sexe passif, ayant oublié le sexe neutre ou ne le produisant qu'exceptionnellement et incomplètement, il est urgent, pour établir la justice, de suppléer à cette lacune. Le règne de l'humanité, devant subalterniser et soumettre le règnB de la matière, vaincre toutes les fatalités organiques, ne peut s'arrêter dans la voie du progrès. Qui veut la juste et bonne lin, veut les vrais et efficaces moyens. L'antique Orient avait instinctivement compris cette nécessité, mais n'avait pas su en faire l'instrument de la vraie justice matrimoniale, sociale et religieuse. En conséquence tout jeune homme qui , ne pouvant lutter contre son instinct de la reproducution jusqu'à l'époque de son mariage, pénétrerait ou tenterait de pénétrer dans un ménage ou aurait des relations unisexuelles quelconques, sera saisi et condamné à être abeilardisé.
Cette classe de citoyens sera instituée pour être la gardienne naturelle des mœurs, le^vrai sacerdoce qui appliquera
les peines établies contre toutes les atteintes portées à la virginité, k la pureté du corps et de l ame. Les plus grands honneurs seront rendus à ces hauts fonctionnnaires.
Art. 5. La femme n'aura droit à aucun héritage.
Le veuvage éternel est inslilué.
Les veufs pourront faire partie de la magistrature ou de la médecine.
Les veuves, si elles en ont l'aptitude, seront institutrices et suppléeront les mères incapables.
Art. 4. Chaque maison aura son eunuque chargé de surveiller l'intérieur de tous les ménages, dans lesquels il aura le droit de pénétrer à toute heure du jour et de la nuit.
Un magistrat âgé d'au moins soixante ans, suivi de deux eunuques et du surveillant de chaque maison, fera une inspection hebdomadaire pour s'informer de tout ce qui se passe dans chaque ménage ; il recevra les plaintes des conjoints et en dressera un procès-verbal.
Art. 3. Les femmes, étant privées de la hberté et incapables de se conduire moralement, ne subiront aucune punition, à moins de crime défini par la loi.
Quant aux maris, ils pourront , selon la gravité des cas, être punis de cinq à cent coups de nerf de bœuf appliqués sur le dos nu par les eunuques. Cette exécution aura lieu devant la maison du délinquant, qui sera attaché à un chevalet ad hoc. Un écriteau indiquera le délit et le nombre de coups mérité.
Art. G. Tout homme marié qui pénétrera ou tentera de pénétrer dans un ménage pour séduire la femme ou la fille
d'un voisin, les détourner de leurs devoirs pour satisfaire son incontinence, sera, après le fait constaté, étranglé par les eunuques.
Art. 7. Les enfants mâles, à l'âge de dix ans, quitteront l'intérieur de la famille et seront élevés dans l'établissement d'instruction publique. Ils visiteront leur famille une fois tous les quinze jours, et ne seront jamais laissés en têteh-lête avec leurs sœurs.
Art. 8. Dans le cas de maladie de l'épouse ou des filles, le médecin appelé devra avoir passé l'âge de soixante ans. La malade sera voilée, le mari toujours présent.
Art. 9. Pour faciliter aux jeunes gens le choix d'une épouse, h partir de l'âge fixé pour le mariage, les filles seront photographiées en pied ; leur taille, leur nom, celui de leur famille et leur adresse seront indiqués au bas de leur portrait. La signature du magistrat inspecteur sera apposée comme garant de l'identité de la personne.
Un établissement public de photographie desservi par des eunuques sera chargé de cette importante fonction. Les jeunes filles, transportées dans des voitures fermées, seront conduites à l'établissement. La vérité physique devant au moins présider aux liens du mariage, le costume sera le même pour toutes les jeunes personnes. Il devra être d'une simplicité antique.
Des galeries d'hyménée seront destinées à recevoir tous ces portraits, par catégorie de tempéraments. L'entrée ne sera permise qu'aux jeunes gens en âge de se marier. Le choix fait, le prétendant devra se faire photographier à
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son tour dans un costume prescrit. Le père, après avoir agréé un gendre, présentera l'image du soupirant à sa fille, qui sera libre de l'accepter ou de le refuser pour époux.
La famille étant le fondement de la société, toutes les lois devront être révisées et coordonnées au code matrimonial nouveau destiné à assurer le triomphe de la justice sur l'amour et guérir radicalement la société des ravages de l'idéal. Ce régime, il faut le reconnaître, ne peut être délinitif.
Vous avez, révélateur de la philosophie révolutionnaire, indiqué, dans vos nombreux travaux sur le progrès que le génie humain est appelé à réaliser, une science encore à l'état embryonnaire qui, opérant conjointement avec le régime sévère que je viens de décrire, abrégera ces rudes épreuves. Vous avez fait observer « que les modifications aux- » quelles l'homme soumet les animaux et les plantes, cette » action merveilleuse qu'il exerce sur les êtres vivants, » sont l'image et l'analogue de celles qu'il peut exercer sur » lui-même. Le temps viendra où la production des spé- » cialités, aujourd'hui donnée au hasard, sera réglée par » l'infaillible compas de la science. »
Il s'agit donc d'encourager par tous les moyens possibles la découverte de la science qui doit nous enseigner à nous servir de l'infaillible compas pour faire pousser et développer la bosse juridique dans les enfants des deux sexes, afin que son intervention dans le conflit interne qui s'élève entre nos droits et nos devoirs puisse naturellement s'équilibrer. Cette rénovation de la chair et du sang exi-
géra au moins quatre a cinq mille ans. Mais qu'importe le temps pour l'humanité qui fait tout au plus ses dents et est encore à la mamelle de la bestialité ! Lorsque la science sera maîtresse des effervescences de la matière, alors le règne de l'humanité commencera, la justice immanente sera assez puissante pour fonctionner dans sa plénitude harmonique, l'Eden mystique rêvé deviendra une réalité. Si vous avez, mon révérend père Proudhon, un sincère amour pour la justice et l'humanité, vous devez consacrer vos veilles et le reste de vos jours à la recherche de cette science. Si vous ne réussissez pas, vos efforts vous mériteront du moins les louanges de vos contemporains, et leur feront pardonner et oublier votre impuissance, vos scandales et vos iniquités.