I.A DEPENDANCE DE LA MOHALE
ET l'indépendance DES MCEURS
Tirée de la nature indéfinie de la causalité, une telle déduction attribue à la cause, selon un dogmatisme log-ique universellement accepté, une valeur à vrai dire métaphysique. Le principe de causalité suppose en effet une action g-énélique du phénomène antécédent à l'égard de chaque phénomène conséquent, action d'un déterminisme à ce point rigoureux qu'aucun autre phénomène n'eût pu être engendré par celui-là à la place de celui-ci. C'est là une hypothèse de commodité intellectuelle qui fournit pour la besogne scientifique un équivalent suffisant de la réalité des choses. Elle implique toutefois une sorte de divinisation du fait en loi qui dépasse, semble-t-il, les besoins de l'esprit en vue de la connaissance. On s'est efforcé, dans les Raisons de /'Idéalisme (r), de construire le fait de l'existence selon les procédés moins onéreux,justifiant la part de système et de hiérarchie qu'on y rencontre avec un minimum de postulats logiques et un maximum d'aléa. Le principe de nécessité n'a été invoqué, au cours de cette entreprise, que sous une seule de ses formes, celle du déterminisme de la force : il a semblé qu'un tel principe, - selon lequel, entre deux forces qui viennent aux prises,
(i) Société du Mercure de France.
la plus forte remporte, élimine l'autre ou se l'asservit, — suffirait à expliquer, confronté avec le fait d'une activité se développant indépendamment de toute loi parmi les jeux spontanés du hasard, la part d'ordre qui fait l'existence saisissable, en laissant place à la part d'aventure qui la passionne.
Pour que des phénomènes, de quelque façon qu'on se les représente, nouent entre eux des relations, il n'est pas nécessaire, remarquera-t-on, qu'aucune loi les y prédestine, il suffit, qu'en fait ils se développent sur le même plan et, qu'en fait, ils viennent en contact les uns avec les autres. Ce contact, dans la plupart des cas, sera un conflit. Au cours de ce conflit, le déterminisme de la force étabhra entre tous les éléments enjeu des hiérarchies fixées par le degré de puissance de chacun : ainsi sera constituée une première assise de phénomènes entre lesquels des relations constantes, donc calculables, existeront. Rien n'exige que d'autres phénomènes se développent à leur tour sur cette première assise phénoménale. Rien ne l'exige et rien ne s'y oppose. Or, il suffit, qu'en fait, l'événement se réalise pour que cette nouvelle série forme avec la première un commencement d'univers. Cette nouvelle série, toutefois, va requérir, pour persister, la stabilité de l'assise primitive
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sur laquelle elle s'est développée et si rien encore ne nécessite cette persistance, rien non plus ne s'y oppose. Il suffit qu'en fait elle se produise, pour qu'un univers soit, composé de deux termes dont le premier présentera entreles éléments qui le constituent des rapports fixes et calculables, dont le second laissera voir entre les éléments qui le constituent ce même conflit aléatoire qui précéda, entre les phénomènes de la première série, l'état hiérarchique où ils se sont fixés et qui, de cet état, fut le moyen. Par la même vertu de l'épreuve et du conflit, ces phénomènes pourront eux-mêmes se hiérarchiser, lier entre eux des rapports constants et calculables, être une assise pour une nouvelle série de phénomènes se développant au-dessus d'eux dans le jeu d'un conflit aléatoire. Or, on pourra dire de cette troisième série de phénomènes, quant à leurs rapports entre euxetavecceuxde la seconde série, tout ce qui a été dit des phénomènes de cette seconde série, quant à leurs rapports entre eux et avec ceux de la série précédente, et la même description pourra s'appliquer indéfiniment à toutes les séries de phénomènes intégrées dans la notion de notre univers, jusqu'à cette dernière série à l'extrémité de laquelle nous spéculons sur tout l'antérieur et luttons entre nous pour faire prévaloir
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nos désirs, nos tendances et nos spéculations.
C'est dire implicitement qu'à tout moment de son développement le phénomène général de l'existence fera apparaître à son extrémité un groupe de phénomènes offrant le spectacle d'un conflit au résultat entièrement aléatoire entre les éléments qui s'y rencontreront, témoignant d'une instabilité réfractaire au calcul et aux déterminations scientifiques, tandis qu'il requerra pour sa persistance la fixité des séries antécédentes et impliquera dans l'univers une part de systématisation. Mais pour faire place à cette systématisation, on n'ainvoqué aucun principe logique. Seuls sont intervenus des états de fait entre lesquels le conflit seul a institué des hiérarchies engendrant des faits de répétition et des rythmes constants sur lesquels se fonde tout l'ordre inclus dans l'univers. Ces conflits, avec les faits de répétition qu'ils provoquent, composent et nous laissent voir toute la substance positive de l'idée de loi, notamment de cette loi de causalité sur laquelle la science se fortifie: cette loi se montre ainsi un substitut mythologique pour désigner une suite infiniment complexe de luttes et de péripéties, cristallisées par le déterminisme de la force en un système de relations fixes.
Ainsi, soit que l'on invoque, pour systématiser
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la connaissance, le principe de causalité ou la seule notion du hasard partiellement ordonné par le déterminisme de la force, on rencontre dans Tune et l'autre hypothèse, à Textrémité du mouvement de l'univers, une catégorie de phénomènes qui échappent au calcul, qui décèlent la présence d'un élément irrationnel dans le fait de l'existence.
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Si après cela on recherche quels sont les phénomènes concrets qui correspondent à cette catégorie d'aléa, on est amené à reconnaître qu'ils s'identifient avec ceux-là qui reçoivent de l'usage commun l'appellation de phénomènes moraux. Ce sont ceux qui ont trait à la conduite, aux modes de l'activité volontaire et dont l'instabilité se reconnaît aisément à différents signes. Le mal et le bien d'un pays dans un temps donné ne sont pas le mal et le bien de ce même pays dans un temps différent, ni, dans le même temps, le mal et le bien d'un pays différent. Dans un même pays et dans le même temps, le bien et le mal d'un individu donné n'est pas le bien et le mal d'un individu différent. L'instabiUté du fait moral et sa contingence ne sont pas attestées avec moins de force par le caractère
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aléatoire et changeant des sanctions qui garantissent l'accomplissement des prescriptions dont il est l'objet. Sanctions sociales et sanctions individuelles témoignent sur ce point dans le même sens. D'un pays au pays voisin, les sanctions législatives ne sont pas les mêmes à l'égard des mêmes délits, non plus les sanctions de fait dans les régions diverses d'un même pays où, selon les latitudes et les saisons, selon la densité de la population, selon sa race et son degré de richesse, les verdicts des tribunaux et des jurys consacrent des applications très diverses de textes identiques à des actes pareils.
Dans le milieu individuel, le remords fait éclater un arbitraire encore plus manifeste et le pouvoir infiniment variable qui appartient à l'homme de se dérober à cette vindicte intime, si on l'oppose à la rigueur avec laquelle la loi physique se fait respecter et supprime qui la viole, atteste, par la vivacité du contraste, la différence qu*il faut établir entre les phénomènes de l'une et de l'autre catégorie.
Enfin le caractère aléatoire du phénomène moral ne se distingue à nul indice avec plus d'évidence qu'aux tentatives par lesquelles on lui a assigné un mode de production différent de celui dont les
phénomènes physiques relèvent, en rompant en sa faveur la chaîne de la causalité pour faire place, en vue de son explication, à Faction du libre arbitre. La conception toute verbale d'un libre arbitre, insaisissable et contradictoire dans les termes, impuissante à apporter quelque preuve de sa réalité, accuse du moins, par le seul fait qu'elle ait put être imaginée à l'occasion du phénomène moral, le désarroi où la considération d'un tel phénomène jette l'esprit et son impuissance à lui appliquer les mesures scientifiques.
Il semble que ces considérations suffisent pour identifier le phénomène moral, au sens qui lui est attribué communément, avec cette série de réalités en voie de formation qui fut découverte par une double déduction à l'extrémité de ce fait de mouvement qu'est l'existence. Ces phénomènes apparus au point extrême où une généalogie de causes qui ne reconnaît pas de premier ancêtre laisse éclater le principe d'aléa qu'elle implique, ces phénomènes qui, selon une autre hypothèse, apparus au point extrême d'une série constituée par le seul jeu du hasard et du déterminisme de la force, peuvent varier, sans mettre en péril le système de connaissance déjà formé, parce qu'ils sont précisément les derniers venus et qu'aucun phénomène conséquent
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ne requiert leur constance, ces phénomènes sont actuellement ceux qui ont trait aux modes et aux normes de la conduite et sont réputés phénomènes moraux dans le langage usuel.
L'identification que l'on vient de faire réalise l'objet de cette étude, car elle entraîne l'indépendance des mœurs à l'égard de la logique, leur caractère incalculable, rebelle à toute déduction. Ce caractère d'indépendance entraîne lui-même des conséquences dont quelques-unes ont trait à la pratique. Il n'y a plus qu'à les formuler, car elles sortent toutes de la nature aléatoire que l'on a reconnue à la part du mouvement de l'existence sous laquelle on les a classés.
On remarquera tout d'abord que la distinction établie au cours de cette étude entre deux catégories de phénomènes, dont Tune, identifiée avec, la classe des phénomènes physiques, se prête aux mesures scientifiques, tandis que l'autre, identifiée avec la classe des phénomènes moraux, y échappe, ne crée pas entre l'une et l'autre une ligne de démarcation infranchissable. De ce qu'il n'existe
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qu'une seule nature, une seule ©ÔŒtç, il suit que les phénomènes de Tune et de l'autre catdgorie participent d'une commune origine qu'ils sont tous, en ce sens, physiques, il suit que l'action spontanée qui se déploie dans l'univers pour en créer les diverses manifestations et l'activité scientifique qui étudie rétrospectivement ces démarches, ne sont que deux états successifs de cette môme nature, que la seconde n'est que la transformation de la première, en sorte que l'activité scientifique de Texistence ne peut jamais anticiper les modes de son activité spontanée.
Cette constatation nous ramène à notre point de départ et ne fait que nous montrer sous un nouvel aspect le caractère incalculable du phénomène moral. Avant de tirer les nouvelles conséquences, plus voisines de la réalité, qu'elle comporte, on prendra soin de faire encore une restriction, de circonscrire dans les strictes limites où elle s'exerce l'initiative de cette activité spontanée. De ce qu'il n'existe qu'une seule nature, de ce que les rythmes constants qui forment, dans l'anatomie de l'existence, un squelette de nécessité, reconnaissent pour ancêtre des rythmes hasardeux entre lesquels le déterminisme de la force, après une période de luttes, a établi des relations fixes, de ce que
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l'objectif, à tous ses degrés, dérive des formes autrefois subjectives de l'activité de l'existence, il suit que l'esprit scientifique peut avoir à tout moment l'occasion d'intervenir à l'égard de phénomènes qui échappaient naguère à ses prises, il suit aussi que des séries de phénomènes, tributaires depuis de longues périodes de la recherche scientifique, ont pu échapper à cette recherche, sous le masque de l'activité aléatoire dont tout d'ibord elles témoignèrent. C'est ainsi notamment que la présomption du libre arbitre, en soustrayant une partie du phénomène des mœurs à l'observation scientifique, a ménagé à l'activité de l'esprit tout un territoire où les découvertes les plus heureuses sont possibles, où des relations constantes de cause à effet peuvent être relevées et appliquées de la façon la plus efficace aux modalités de la conduite. Cette remarque ouvre à l'activité intellectuelle un champ des plus vastes. Il appartient à la science des mœurs, telle que M. Lévy-Bruhl l'a définie, de déterminer la part de nécessité objective avec laquelle la conduite humaine est tenue de compter. Ce rôle majeur lui échoit de fixer la limite précise en deçà de laquelle l'activité spontanée rencontrerait des obstacles à son expansion et au delà de laquelle il n'y a place que pour elle
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seule. C'est par la même détermination qu'elle fixera la limite où cesse la Jéçiitimité de la déduction log-ique, sig-nifiant ainsi, comme il lui appartient, sa propre limite.
Ayant concédé à l'activité scientifique, avec la science des mœurs, tenue pour sa manifestation la plus extrême, la part la plus larg-e qui lui puisse être attribuée, i[ sera permis de ne s'occuper plus maintenant que des modes de l'existence où éclate, avec le phénomène moral en ce qu'il a d'essentiel' une activité toute spontanée indépendante de toute logique.
Ce qu'il faut mettre au premier rang- dans ce domaine, c'est que s'y manifeste l'absence de finalité objective inhérente à l'existence telle qu'elle se donne à nous dans sa relation indissoluble avec un état de connaissance, c'est qu'en même temps cette absence de finalité objective s'y voit compensée par un nombre infini de finalités subjectives que formulent, de façon impérative, les différents g-oûts et les différents désirs en lesquels on a distingué, au début de cette étude, les éléments originels de la moralité. Tout goût s'affirmant implique création d'une réalité morale et porte avec lui sa téléologie, qu'il s'efforce d'universaliser. Une chose n'exislequ'autant qu'elle existe pour une sen-
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sibilité qui éprouve à son occasion plaisir ou douleur^ qui objective, par la suite, en des états secondaires de perception, — couleurs, odeurs, sons, contacts, résistances, formes — ces états rudimentaires de la sensation. Or, le même fait de sensibilité qui engendre la réalité des choses les classe aussi sous les catégories bon et mauvais^ selon qu'elles sont liées à un état de plaisir ou à un état de douleur. Ces mêmes choses bonnes et mauvaises deviennent ensuite bien et mal pour toute une civilisation selon le degré de force et selon la fortune de la sensibilité qui les a engendrées, selon que cette sensibilité réussit ou échoue à imposer au fait de l'existence, qui ne comporte aucune finalité, sa propre conception du but à atteindre.
Cette dernière circonstance nous livre la forme générale à travers laquelle la réalité morale se manifeste : le conflit. Le conflit s'oppose à la dialectique. La dialectique étant, selon la conception socratique, le moyen de saisir les rapports objectifs et constants qui existent entre les choses, le conflit est le moyen par lequel ces rapports se forment ou peuvent du moins se former, car la loi n'est qu'un cas particulier de la réalité. A travers le conflit, nous atteignons le principe de genèse de soi-même que l'existence implique, par lequel elle échappe, à
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tout moment du devenir, à une objectivation absolue où elle s'abolirait. C'est en considérant cette forme du conflit qu'il sera possible d'énoncer, au sujet de la réalité morale, tout ce qui peut en être énoncé sans la confondre, selon la coutume des moralistes, qui ne peuvent se défendre d'en traiter toujours en termes de finalité, avec la réalité logique.
A travers le conflit, nous atteignons les modalités de l'action sans les faire tomber sous le joug de la loi. Or, si l'esprit de déduction et de clarté, si l'impartialité et la passivité absolue du vouloir à l'égard des conclusions dialectiques forment le faisceau des vertus logiques, quelles vont être, sous le jour du conflit, les vertus morales ? Tout d'abord, le parti-pris, ce « roc de fatalité», ce «je suis cela» de Nietzsche, indemne de toute motivation, décelant la présence efl*ective, à titre d'élément chimique et de corps simple, d'une modalité indécomposable du goût, puis, à la suite de cette vertu dont on est tenté de dire qu'elle a la valeur positive d'une propriété, l'intransigeance, la fidélité à soimême et à sa volonté, le degré de force et le courage en vue de la faire triompher, l'esprit de risque et l'intrépidité, d'un mot l'héroïsme qui incite à lutter et à jouer sa vie pour une cause dont les chances sont inconnues et dont on sait seulement qu'elle
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est sienne. En morale, rien ne se démontre, tout s'affirme. Tout s'affirme et tout s'impose. L'effort intellectuel en vue de découvrir une réalité qu'il s'agit de créer n'est ici qu'impuissance ou naïveté. Accepter, parles voies dialectiques, les conclusions de l'adversaire, c'est ici prendre un coup de poing pour une démonstration, c'est confondre les catégories de l'acte avec celles de la connaissance.
Si telles sont les vertus morales, quelle sera, dans un domaine où aucune forme préalable n'existe ni du bien ni du mal, où aucune déduction rationnelle n'est possible, quelle sera la considération préjudicielle à toute tentative de constitution d'une morale collective? Ce ne pourra être que la définition de la sensibilité en vue de laquelle cette morale devra être fondée, la détermination de la qualité chimique du goût, du désir en jeu. Il faudra que des préférences s'affirment, que des programmes soient affichés, des programmes de désirs entre lesquels les hommes choisissent, d'après lesquels ils s'assemblent et s'opposent. A tout débat de conscience en vue de savoir qui a tort et qui a raison dans un domaine où de telles questions ne se posent pas, voici substituée cette seule interrogation possible : sommes-nous des hommes de même désir ? Et si l'on demande quel sera, en cette ma-
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lière des mœurs, l'homme utile ? Ni le logicien, ni le philosophe, ni le savant, répondra- t-on, mais celui qui, doué d'une sensibilité fortement accentuée, évaluera toutes choses à la mesure positive de cette sensibilité qui, avec cette sensibilité pour guide, assignera un but à l'existence qui n'en avoue aucun, le créateur de valeurs de Nietzsche, le héros de Garlyle, affirmant au-dessus de toute logique la valeur propre de son désir et instituant, en guise de règles de la conduite, les moyens de le contenter.
Ainsi à comparer entre eux les deux domaines du calculable et de l'incalculable, tels qu'on les a distingués au cours de cette étude, on est amené à opposer à la déduction et à Tobservation, comme modes de l'activité scientifique, l'improvisation et le conflit comme modes de l'activité morale, à l'évidence, comme critérium intellectuel, la prépondérance comme critérium moral, au sens logique, au pouvoir dialectique comme vertu de connaissance, l'héroïsme comme vertu morale.
Peut-être s'efForcera-t-on de distinguer par la suite quelques-unes des règles objectives qui contraignent, en deçà des limites présumées, l'activité indépendante des mœurs. Il a paru plus urgent de spécifier ici l'existence trop généralement méconnue
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de ce domaine d'aléa et d'aventure où le phénomène de l'existence, dans son devenir le plus récent, se formule et bourgeonne, avec toutes les nuances de l'appréciation morale, dans un fait de diversité. Il a paru plus urgent de stipuler que nombre de sentiments, d'évaluations, de réalités naissantes, ne relèvent d'aucun impératif, d'aucune législation connaissable et ne recevront leur forme définitive, si tant est qu'ils doivent jamais tomber sous le joug de la loi, que du goût le plus intense porté par les individualités les plus fortes et servi par les circonstances les plus favorables, qu'il en est ainsi notamment de toute aspiration impliquant une téléologie morale. Il a paru utile, dans un intérêt de connaissance aussi bien que dans un intérêt vital, de mettre fin à une confusion en opposant à la catégorie de la logique, où un rationalisme excessif menace d'étouffer l'existence dans une tentative de systématisation universelle, la catégoriedu conflit dansl'aléa où l'existence échappe à tout moment à cette étreinte et manifeste le pouvoir d'improvisation où elle s'engendre. Une telle conception s'accorde avec l'empirisme. On rappellera qu'elle est la seule aussi qui s'accorde avec les formes indéfinies de la connaissance, qui se fortifie des antinomies au lieu d'en recevoir un désaveu.