L.\ DEPENDANCE DE LA MORALE
grégationque tout le monde évoque, le fait de systématisation absolu par lequel des éléments jusquelà distincts et luttant pour prévaloir se voient unifiés et confondus dans le phénomène de convergence qui les soumet à la réalisation d'une fin unique . L'entité, quelle qu'elle soit, à qui ce destin échoit, cesse d'être une activité individuelle animant le monde du jeu de ses désirs ; elle n'est plus qu'un moyen, qui peut être utilisé par une entité majeure, demeurée capable de varier, de se mouvoir, de vivre à l'abri de la certitude que fomente l'idée de finalité touchant l'emploi de l'énergie, à l'abri de l'acte de foi qui, créant le principe d'hypnose, identifie dans un fait de convergence absolu des parties qui vivaient du compromis d'ordre et de liberté où elles se mêlaient: c'est la foi qui tue.
Ces cristallisations, toutefois, où des éléments vivant d'une vie personnelle et distincte voient leur individualité s'abolir dans un fait d'identification majeur, ces cristallisations ont, dans le domaine de la relation, la plus incontestable utilité. C'est ainsi que de telles aventures, avec de tels dénouements, composent l'histoire ou la préhistoire de tous les réflexes qui contribuent au jeu prospère des organismes. Il est donc essentiel que l'on ne se trompe pas sur le but qui est ici poursuivi. Ce n'est
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pas du domaine de la relation que l'on prétend exclure l'ordre et la raison; on les tient dans ce domaine qui est celui de la pratique pour des éléments non pas uniques, mais nécessaires. Il n'est pas vrai qu'ils y occupent toujours la place prépondérante que quelques esprits leur attribuent, mais on estime qu'il serait mortel de ne leur point accorder la place et le rang légitimes qui leur appartiennent. On ne célèbre donc pas l'anarchie pour elle-même, mais en vue et comme condition de l'ordre. Ce que l'on tient pour inacceptable, sous le jour de ce point de vue même, c'est que cette modalité de l'ordre dont le concours est indispensable dans le domaine de la relation parce qu'elle y rencontre constamment des circonstances contraires, parce qu'elle y baigne dans le divers, le chaotique et rinharmonique,soit transformée en loi unique et suprême de l'être.
Une telle conception, pourra-t-on objecter, est pourtant sans danger et il n'y a pas lieu de craindre qu'un ordre universel ou seulement humain soient jamais réalisés; or, ily a quelque avantage à propager la croyance à l'harmonie comme but dans un monde qui pèche encore par un excès de chaos. On n'entrera pas dans la discussion de celte appréciation de fait, car on n'a pas à se préoccuper ici
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ET l'indépendance DES MŒURS
de ce qui est utile et de ce qui ne Test pas, car on n'est pas ici sur le terrain de la morale ou de la politique, mais sur celui de la philosophie spéculative où Ton cherche à se former, sous le jour de la connaissance, une représentation cohérente du fait de Texistence. Or, de ce point de vue, ce qu'il faut dénoncer, c'est qu'appliquée au tout métaphysique ridée d'ordre absolu abolirait, dans le fait de convergence qu'acné impliquerait, toutes les parties distinctes qui composent l'univers, et sont, les unes pour les autres, des objets de connaissance, c'est que l'univers lui-même, entièrement systématisé, merveilleuse horloge d'une parfaite précision, sonnantdes heures qu'aucune oreille n'entendrait, n'aurait, impeccable automate, aucune existence imaginable, faute d'une intelligence pour le percevoir. L'empirisme du devenir faisant apparaître, parmi les perspectives de l'espace et du temps, parmi les jeux complexes de la causalité, l'infinie diversité des choses, dissipe ces images glacées. Or, ce point de vue de l'expérience relève d'une conception entièrement opposée à celle d'une harmonie universelle. Il suppose comme essentiel à l'existence, comme cause de sa genèse et de sa conservation, l'une et l'autre confondues dans son devenir, un fait de différenciation irréductible à l'unité, un
fait de divergence faisant obstacle à ce que le jeu phénoménal puisse être jamais aboli par Tadapta- ?ion d'un principe des choses à une fin métaphysi- .jue.Contre la conception d'un rationalisme ontologique mortelle pour l'existence, le rationalisme intellectuel, composé de l'ensemble des formes mentales qui nous permettent de nous former des représentations objectives, conclut au primat de l'irrationnel. C'est la conclusion de ce rationalisme iritellectuel de subordonner l'exercice de sa propre activité à celle de ce principe de création spontanée de soi-même que l'existence imphque, de se reconnaître pour une manifestation secondaire de cette activité. S'il faut donc encore, pour satisfaire des habitudes anciennes de vénération, adorer quelque chose au-dessus de nous mêmes, et, à défaut d'un être, un principe créateur où l'exis-
tenceconsciented'elle-même se glorifie et se bénisse, l'irrationnel sera ce principe, l'irrationnel, ancêtre de la raison par où l'existence, échappant à toute niotivation aussi bien qu'à toute prédestination, s'affirme réfractaire à toute résolution possible de ses parties en un accord définitif. Une telle conclurwon, la raison la commande au nom d'une de ses iois les plus essentielles, au nom du principe de contradiction. Si l'idée de fin appliquée à la tota-