LA DEPENDANGR DE LA MORALE
ET L INDEPENDANCE DES MŒURS
îi I
vons altribueraucun molif à ce cliang-emcnl d'habitat lui-même. Pourquoi la cellule vivante, née dans les mers, ne demeure-t-elle pas dans les mers, où les conditions chimiques qui procédèrent à sa g-enèse se trouvent, actuellement encore, réalisées? Pourquoi la vie aérienne terrestre ? Pourquoi la vie dans les eaux douces ? Quelle circonstance inéluctable a contraint la cellule vivante, soit à déserter son habitat marin, soit à modifier, en demeurant dans les mers, le dispositif de ses formes anatomiques?La théorie telle qu'elle fut jusqu'ici développée ne nous rapprend pas.
Or, ce phénomène général de changement qui motiverait, en vue d'un maintien, ainsi qu'une réplique et une posture de défense, le changement des organismes à travers les âges, ALOuintonTavait rencontré à l'occasion d'observations d'un autre ordre dont, avant la publication de son volume, il a, dans une suite de communications à la Société de biologie et à l'Académie des sciences, formulé les conséquences. Ce phénomène d'ordre général, et dont la réalité est établie par les données astronomiques ou géologiques, aussi bien que par les documents paléontologiques, c'est le refroidissements progressif du globe auquel s'oppose, chez les animaux supérieurs, un pouvoir plus ou moins
intense d'élever leur température intérieure au-dessus de celle du milieu extérieur. C'est du rapprochement de ces deux faits, refroidissement proi^ressif du globe, maintien chez les organismes supérieurs d'une température élevée, qu'est sortie l'hypothèse théorique de la vie conçue comme un phénomène fixe, de l'évolution organique tenue pour la réaction propre de la vie en vue de maintenir, à rencontre des changements cosmiques, les conditions de sa fixité. C'est cette vue théorique qui, confirmée par l'observation scientifique, en ce qui a trait au maintien thermique, est devenue l'idée directrice à la lueur de laquelle ont été instituées toutes les recherches relatives au fait de la constance marine et dont l'ampleur a permis de circonscrire l'un des plus vastes ensembles qui soient de phénomènes empiriques.
La loi de constance marine dont on vient de montrer les fondements n'apparaît donc plus que comme un fragment d'une loi de constance générale dont un autre fragment, précédemment découvert, avait précisé, au regard du savant, la signification majeure. La corrélation que nous n'osions établir, à l'occasion de la loi de constance marine, entre le phénomène de fixité chimique du milieu vital et le fait de l'évolution des formes anatomiques,les cir-
>i-^t)>jg)r,*..:*'
ru I
Il I 'if I
or
constances qui ont amené M. Ouinton à formuler la loi de constance thermique nous l'imposent. Nous ne distinguions pas, à l'occasion du fait de la constance marine, sous la pression de quelle menace c'était une nécessité pour la vie de modifier les organismes où nous la rencontrons et nous constations seulement que le milieu vital demeurait immuable, tandis que les organismes se modifiaient incessamment. Avec la loi de constance thermique se formulant à l'encontre du refroidissement du lobe, le phénomène de révolution orjs^anique apparaît comme une nécessité rigoureusement déterminée par l'antagonisme de deux phénomènes inflexibles. La vie, prise ainsi qu'en un étau, entre la fatalité inéluctable d'un changement d'ordre cosmique et la nécessité inhérente à sa nature de maintenir autour d'elle un milieu inaltéré, invente toute lasériedes formes animales ou nous la voyons tour à tour instituer les appareils propres à ressusciter en chambre close les circonstances que ne lui fournit plus le milieu extérieur, où nous la voyons demeurer immuablement semblable à elle-même. C'est en tenant compte de ce lien de cause à effet qui éclaire d'unjoursi lumineux le phénomène jusque-là obscur de l'évolution, que M. Ouinton a formulé en ces termes la loi de constance thermique :
ET l'indépendance DÈS MŒURS
En face du refroidissement du globe ^ la vie, apparue à l'état de cellule, par une température déterminée, tend à maintenir, pour son haut fonctionnement cellulaire, chez des organismes indéfiniment suscités à cet effet, la température des origines (i).
La démonstration de la loi de constance thermique, grosse, en ce qui a trait à l'évolution, des conséquences que l'on vient de noter, offre donc pour l'intelligence spéculative l'intérêt le plus poignant. Or, cette démonstration repose sur des faits non moins probants que la loi de constance
marine.
Etant donné le refroidissement progressif du globe, il est tout d'abord acquis que la cellule vivante apparut dans le milieu marin à une époque où la température était sensiblement plus élevée qu'elle n'est actuellement. Si, d'autre part, on considère que la cellule animale ne tolère pas une température supérieure à 44 ou 45 degrés et qu'au delà la désorganisation cellulaire se manifeste, on peut fixer à ce chiff're de 45 degrés l'apparition sur la terre de la cellule vivante. Il semble en effet que la vie dût naître dès qu'elle fut possible, mais il y a plus que cette présomption en faveur d'une détermination aussi précise, et l'expérience démon-
(i) L'EavL de mer, milieu organique, p. 430.
ET L INDEPENDANCE DES MŒURS
tre que cette température de 45% au delà de laquelle la vie n'est pas possible, est en même temps pour la vie une température optima. Si l'on abaisse la température d'une cellule d'oiseau qui avoisinc comme on sait 44 ou 45 degrés, on assiste aussitôt à un ralentissement de la vie chez l'animal expérimenté. On voit au contraire la vie s'accentuer chez le poisson, si l'on élève la température du milieu où baignent ses cellules. « Il en résulte, conclut M. Ouinton, que si, d'une part, la vie cellulaire animale dut attendre, avant de se manifester sur le globe, que la température des mers fût tombée à 44 ou 450, d'autre part, elle dut ij apparaître à ce moment même, cette température étant In plus favorable à sa manifestation (i). »
La géologie, si imprécise qu'elle soit, parait confirmer cette déduction physiologique: la température de 44 ou 45o assignée aux mers précambriennes où la vie dut apparaître à l'état de cellule, est l'évaluation la plus conforme aux probabilités.
La température précise qui accompagne l'apparition de la vie sur le globe étant ainsi déterminée, la loi de constance thermique va commander les conséquences suivantes : au refroidissement pro-
(i) VEaa de mer, milieu orjanigue, p. 431.
gressif du globe devra correspondre l'apparition d'espèces douées du pouvoir d'élever leur température intérieure au-dessus de celle du milieu extérieur; ce pouvoir physiologique de fabriquer de la chaleur devra être d'autant plus intense que l'espèce sera plus récente, enfin il devra réaliser, chez les espèces qui en seront pourvues, les conditions les plus favorables à la vie cellulaire et sa plus haute intensité.
Or, un fait remarquable doit tout d'abord être constaté. Considère-t-on les périodes voisines de l'apparition de la vie sur le globe, alors que le milieu extérieur offre à la cellule les circonstances thermiques les plus favorables, on remarque que les animaux contemporains de ces périodes montrent tous un caractère commun : ils ne possèdent pas encore le pouvoir d'élever la température de leurs tissus au-dessus de celle du milieu ambiant. La vie pourtant, sous la pression d'une menace autre que le refroidissement et dontune nouvelle loi de constance nous divulguera peut-être le secret, la vie déjà a évolué et s'est diversifiée à l'infini. Dès l'époque cambrienne, on la voit passer de l'état de cellule isolée au stade organique, c'est-à-dire que les cellules s'y rencontrent à. l'état d'associations, différenciées entre elles et strictement coordonnées
il t
dans les divers org-anismes des divers animaux : la faune fossile de cette époque, la première du monde, est déjà d'une richesse inouïe. Dès Pépoque suivante, Tépoque silurienne, Texode animal des mers vers les continents se montre accompli et dès le primaire, les océans et les terres sont peuplés de tous les types que nous connaissons actuellement, deux classes exceptées, celle des mammifères et celle des oiseaux .
Aucune de ces espèces, on le répète, ne possède un pouvoir calorifique propre, et pour cause, l'atmosphère environnante offrant à la vie cellulaire les conditions thermiques optima. Mais cette époque passée, qui fut, sous le rapport thermique du moins, l'Eden de la biolo-ie, Tépoque où la cellule, pour jouir de toutes ses facultés, n'avait qu'à so laisser vivre, le refroidissement prog-ressif du globe s'accentuant désormais, nous assistons à un spectacle nouveau qui nous apporte une confirmation singulièrement éclatante de la loi de constance thermique. L'observation physiologique directe, Tanatomie et la paléontologie nous montrent que, d'une part, la plupart des formes animales jusqu'à^ lors apparues demeurent impuissantes à élever la température de leurs corps au-dessus de celle du milieu ambiant, que, d'autre part, en même temps
ET l'indépendance DES MŒURS
que la température s'abaisse continuellement, la cellule voit son activité diminueren sorte qu^ l'animal « passe, d'époque à époque, à un état de vie de plus en plus ralentie (i) ». Un seul groupe, celui des vertébrés, déjà représenté à cette époque primaire, fait exception, non pas dans sa totalité, mais en ce qu'il engendre deux classes^ celle des mammifères et celle des oiseaux, celles-là même qui faisaient défaut au): époques précédentes et qui acquièrent ce pouvoir remarquable de fabriquer de la chaleur dans l'intérieur de leur organisme : avec le mammifère et l'oiseau commence, à l'égard du milieu thermique, le cycle héroïque de la cellule.
Grâce au pouvoir qu'ils ont acquis, ces types conservent, parmi la déchéance des autres classes, leur activité maxima. Ils vont être, par quelquesuns de leurs délégués, et au cours de l'évolution (les formes animales, les représentants supérieurs de la biologie, — tour à tour, et au prix d'une suite d'efforts continus, car la température du globe ne cesse de s'abaisser et, avec chaque variation, le phénomène se reproduit que l'on a vu se manifester lors du premier changement défavorable. —
La température terrestre tombant de 44 à l^^,
(i) UEau de mer, milieu organique, p. 533.
-.r-VL.vcv«lr-,-a>. :■■>•.
îlî
fi.
les premiers mammifères apparaissent, capables d'élever leur température de un degré au-dessus de celle du milieu ambiant, tandis que les autres formes s'équilibrent au milieu aux dépens de leur énergie biologique. La température s'abaissant d'un nouveau degré, tombant de43à42S une partie des mammifères qui avaient acquis le pouvoir d'élever leur température de i degré conservent ce pouvoir tel quel : par une température de 42 degrés ils réalisent, pour milieu intérieur de leurs cellules, une température de 43, inférieure de 1 degré à la température qui fit naître la vie. Mais de ces premiers mammifères sort un nouvel organisme capable d'élever de deux degrés au lieu d\iu la température de son milieu intérieur. Il maintient donc les cellules qui le composent dans les conditions optima et détrône au sommet de l'échelle biologique le précédent organisme mammifère qui avait réalisé antérieurement, par une invention analogue, sa suprématie au-dessus de toutes les autres espèces.
Avec chaque degré décroissant de l'échelle thermométrique du globe, que Ton imagine le même phénomène de différenciation se reproduisant, soit d'une part des espèces demeurant incapables d'augmenter leur pouvoir de chauffe au delà de ce qu'il
ET l'lND^PENDANCE DES MŒURS
était précédemment, soit, d'autre part, d'autres espèces capables de surélever ce pouvoir de façon à compenser exactement, au profit de la cellule enclose dans l'organisme, l'abaissement thermique survenu dans le milieu extérieur, que l'on imagine ce phénomène se renouvelant depuis les premières périodes biologiques jusqu'aux époques les plus récentes, on obtiendra, théoriquement, une série d'espèces animales dont la température constante, différente de celle du milieu extérieur, s'échelonnera en sens inverse de l'ordre chronologique de leur apparition, c'est-à-dire que les animaux le plus récemment apparus devront posséder la température intérieure la plus élevée tandis que les plus anciens posséderont la température la plus basse. Or les notions que nous donnent de l'ordre d'apparition des êtres vivants la paléontologie, l'anatomie et l'embryologie, notions positives et sûres dans leurs grandes lignes, ces notions concordent avec celles que commande, selon la théorie de M. Quinton, le relevé des températures spécifi- (jues. Pour ne citer qu'un nombre restreint d'exemples, on mentionnera quelques espèces seulement, classées d'après l'ordre d'ancienneté que fixent à leur apparition les données scientifiques antérieures. Citant d'abord les plus anciennes,et inscrivant
tr-i
ri I
en regard de chacune le degré de sa température, on obtient réclielletliermique ascendante que voici;
ET L INDEPENDANCE DES MŒURS
Ornilhorinque.. (Classe des monolhrèmes) .
Aï.. ( -
Sarigue ( —
Hippopotame... ( —
Eléphant —
Homme ( —
Mammifères carnivores et ruminants Oiseaux carinates.
édentés);
marsupiaux) . , mammifères) . .
primates)
Il faut noter que, si la place assignée dans ce tableau à l'homme choque la croyance répandue, même parmi les savants, selon laquelle l'homme serait le dernier apparu des êtres vivants, elle n'est nullement en contradiction avec les documents positifs de la science. Sitôt que, abstraction faite du préjugé ancien, qui tranchait la question avant tout examen, on consulte ces documents, il faut reconnaître que tous les caractères spécifiques propres à l'homme, anatomiques, embryogéniques, physiologiques, géographiques, concluent à fixer son apparition à une date relativement fort reculée. La légende ancienne, qui tenait la formation de l'être humain pour le dernier acte de la création, la croyance nouvelle qui, animée d*un désir analogue, aimait à considérer l'homme comme le but
vers lequel s'acheminaient toutes les formes de l'évolution, cette légende et cette croyance faisaient seules que l'évidence scientifique n'était acceptée qu'avec des restrictions et sous bénéfice d'inventaire, comme si quelque nouvelle démarche de la science dût quelque jour remettre les choses en place, au point du vieux désir. La théorie de M. Ouinton se trouve en réalité confirmée par toutes les données positives' de la science antérieure. Heurtant seulement quelques tendances philosophiques, elle remplit si exactement les lacunes qui demeuraient dans le classement chronologique des espèces qu'elle en devient la pierre de touche, apportant une précision presque mathématique dans cette histoire, qui semblait si obscure, des origines do la vie. La loi de constance thermique est en effet une grille qui permet de lire et de fixer Il date de l'apparition d'une espèce d'une façon tout à fait précise, quant à la relation du moins ({ui existe entre les différentes espèces dans Tordre de leur succession. Chaque animal porte ainsi avec son degré thermique son extrait de naissance, celui du moins de l'espèce à laquelle il appartient.
li'i
..^mt
fi ',
On a montré précédemment avec quelle rigueur M. Quinton a établi la nécessité pour la cellule vivante de maintenir autour d'elle, en vue de sa prospérité, des conditions de température et de composition chimique analogues à celles qui présidèrent à sa genèse.
Fort de cette double constatation, fort des deux lois de constance, marine et thermique, qu'il en avait déduites, M. Quinton s'est demandé s'il ne pourrait, à leur lumière, vérifier d'autres faits qui maintenant lui paraissaient probables. Frappé principalement de la résistance opposée parla vie au changement, il en était venu à penser que la cellule vivante avait dû maintenir, en vue de son haut fonctionnement, des conditions originelles autres encore que ces conditions de composition minérale et de température qui lui étaient les premières apparues. Or, tandis qu'il étudiait la loi de constance marine, il avait observé que si chaque organisme maintient, comme milieu vital de ses cellules, un milieu marin, il ne maintient pas ce milieu au degré de concentration saline que les
ET L INDÉPENDANCE DFS MCf URS
mers présentent aujourd'hui. Les océans actuels S()nt en effet concentrés à 32 grammes de sels par htre, les organismes les plus élevés de la série animale, mammifères, oiseaux, sont concentrés à 7 ou 8 grammes par litre.
Pourquoi cette anomalie? Pourquoi, chez ces organismes supérieurs, ce maintien obstiné du milieu marin originel ? Pourquoi, au contraire, celte défaillance en ce qui touche au maintien du degré de concentration originelle? Ce maintien du degré déconcentration n'a trait, notons-le bien, qu'à des circonstances physiques, tandis que le maintien marin n'a trait, comme on sait, qu'à la composition chimique du milieu. Or, que d'une même quantité d'un liquide neutre, que d'un litre d'eau pure, on retire, ici 7 grammes, ici 33 grammes de sels divers, il n'en demeure pas moins possible que la proportion de ces différents sels entre eux soit toujours, dans les deux cas, identique et c'est cette identité chimique entre le milieu marin et le milieu vital qui avait fait l'objet de la loi de constance marine. Cette loi ne recevait donc aucune atteinte du fait d'une différence de concentration des sels marins dans l'un et l'autre milieu. 11 n'en était pas de même de -l'idée directrice qui déjà aimantait l'esprit du savant vers la conception
fii
ET L INDEPENDANCE DES MŒURS
d'une loi de constance générale: il poiivall sembler que cette conception filt mise en échec si les mcmes organismes, qui témoignaient de la plus liaut.^ aptitude à maintenir quelques-unes des conditions originelles, se montraient impuissants à en maintenir quelques autres.
Ces organismes supérieurs marquaient-ils donc vraiment cette défaillance? Oui, s'il était vrai que les mers, actuellement concentrées à 33 gr. pour 1000, eussent présenté invariablement, et dès les origines, selon Topinion accréditée, ce même degré de concentration. Non, s'il était possible que les mers eussent présenté naguère un degré de concentration moins élevé. A la notion d'invariabilité universellement admise et bénéficiant de ce pouvoir d'intimidation dont se prévalent les vérités intangibles parce qu'indiscutées, M. Quinton, faisant preuve d'une rare hardiesse intellectuelle, n'a pas craint d'opposer celle qui laissait place à sa propre théorie dont il avait éprouvé déjà l'excellence. Tenant, par hypothèse, celle-ci pour vraie dans sa totalité, il en a tiré les conséquences les plus extrêmes, et, les opposant à celles que la notion contraire impliquait, il a soumis les unes et les autres au contrôle des réalités vérifîables.
Du fait que les organismes supérieurs accusent
une concentration marine intérieure de 7 à 8 gr. p. 1000 et non de 33 gr. pour 1000, comme les mers actuelles, il a donc conclu que la concentration saline des mers originelles, à l'époque où la vie y apparut, était de 7 ou 8 gr. p. 1000. et non de 33. Ce degré de concentration de 7 à 8 gr. p. 1000 est relui de l'oiseau. L'oiseau, de même qu'il dénonce la température originelle, devait de même dénoncer également la concentration originelle. Gomme conséquences immédiates il fallait admettre que les mers se fussent concentrées progressivement au cours des âges, de la même façon dont la température s'était progressivement abaissée.
Gomment démontrer une semblable hypothèse ? Les mers précambriennes sont à jamais disparues. (Juel témoin nous attestera le taux de leur concentration ? Le détour par lequel M. Quinton a réussi à susciter ce témoin, l'exposé rigoureux par lequel, expliquant et reconstituant, à la lumière de son témoignage, un fragment considérable de l'histoire de la vie, il a rendu ce témoignage irrécusable, ce sont là les éléments d'un spectacle où le mécanisme cérébral humain, aux prises avec un problème qui [semblait insoluble, nous montre l'extrême pouvoir do l'héroïsme logique secondé par les démarches les plus ingénieuses de la
■ "■-'î ■-ïs,":srf'ss.^^^^^^^
th.
recherche et de la vérification expérimentales. Mettant à contribution tous les documents positifs de la paléontologie, épuisant toutes les ressources de la déduction logique, instituant des rapprochements imprévus et décisifs, M. Ouinton, au sein même de Thypothèse qu'il avait formée, a su conférer à l'un des éléments de cette hypothèse la dureté du fait expérimental. Par des moyens indirects, en dehors de toute pétition de principe, en dehors de toute conclusion par analogie, et par un recours constant à des notions scientifiques indubitables, il a réussi à établir que le vertébré qui, au point de vue thermique aussi bien qu'au point de vue chimique, témoigne d'un pouvoir de résistance au milieu presque absolu, décèle au point de vue de la concentration osmotiquo un pouvoir analogue. Maintien, chez les poissons d'eau douce, dans un milieu d'une concentration saline presque nulle, d'un degré de concentration saline de leur milieu vital voisin de celui des poissons marins dont ils descendent, — maintien paradoxal et de même sens, chez les reptiles et les mammifères adaptés à la vie marine et plongés dans un milieu hautement concentré, du degré de concentration peu élevé des espèces dont ils descendent, ce sont là, parmi d'autres, deux faits écla-
ET L INDÉPENDANCE DES MŒURS
il 1.
(luîts, fondés sur l'observation empirique, qui établissent ce caractère fondamental du vertébré, ce pouvoir de maintenir invariable, à l'encontrc de toutes les circonstances qui pourraient tendre à le modifier, le degré déconcentration saline ancestral de son milieu vital.
Avec cette propriété du vertébré, M. Quinlon ('■tait donc en possession d'un fait positif avec lequel toute théorie devait se mettre d'accord, sous peine de se voir condamnée, et qui allait lui permettre d'éprouver les deux conceptions antagonistes touchant le degré de concentration des mers originelles. Or, l'opinion régnante, selon laquelle ce degré de concentration serait demeuré invariable,—la concentration actuellede 33 gr. pour 1000 accusant celle des origines, — cette opinion, qui ne tirait, à vrai dire, sa force que du consentement universel, se voyait aussitôt récusée : si la mer avait été de tout temps concentrée à 33 gr. pour 1000, ce degré de concentration eût été celui des origines de la vie ; c'est ce degré de concentra- 'ion que le vertébré eût maintenu. Or, le milieu vital du vertébré est, on le sait, concentré à 8 gr. pour iooo. L'opinion, selon laquelle.le degré de concentration des mers n'aurait pas varié depuis les orii^-ines, se voyant condamnée par son désaccord
là
-fi
ET l'lNDÉPENDANCE DES MŒURS
II'-
f if î '
avec le fait d'expérience, M. Ouinlon devait soumettre à la même épreuve sa propre liypolhèse et vérifier si l'accord dont elle témoignait avec le fait d'expérience, à l'ég-ard du degré de concentralioii du vertébré, s'étendrait à la totalité des autres circonstances biologiques. Il n'y a point manqué. A supposer exacte, a-t-il formulé, la première partie de mon hypothèse, à supposer que les mers originelles aient été concentrées à 8 gr. pour looo environ et que leur concentration actuelle de 33 gr. pour 1000 provienne d'une concentration croissante survenue au cours des âges, à supposer exacte également la seconde partie de mon hypothèse à savoir quela vie animale atoujourstendu,en face de la concentration croissante des mers, à maintenir, chez les organismes supérieurs, la concentration orisrinelle, comme nous l'avons vue, en face du refroidissement du globe, tendre à maintenir la température originelle, quelles conséquences ces deux hypothèses entraînent-elles fatalement ? La réponse est catégorique : nous devons trouver dans les mers aujourd'hui concentrées à 33 gr. pour 1000 des organismes présentant des degrés de concentration fort inégaux : i« les uns, les plus inférieurs, concentrés à 33 gr. pour looo, c'est-à-dire en équilibre osmotique avec le milieu, comme nous
avons trouvé sur les terres les organismes inférieurs en équilibre thermique aveclemilieu ; 2° les autres, les plus élevés, en déséquilibre formel avec la concentration marine, comme nous avons trouvé sur les terres les organismes les plus élevés (mammifères, oiseaux) en déséquihbre avec la température (le l'air. Ce n'est pas tout, mais parmi ces organismes en déséquilibre osmotique avec l'eau de mer, nous devons constater un échelonnement pareil à Féchelonnement thermique : les moins élevés de ces organismes ne doivent présenter encore qu'un déséquilibre réduit ; les plus récents et les plus élevés doivent montrer au contraire le déséquilibre le plus grand et en outre nous pouvons prévoir leur concentration. Cette concentration inconnue des organismes marins les plus élevés doit être, si notre hypothèse est juste, de 8 grammes environ.
On voit les conséquences absolument précises et singulièrement minutieuses que nécessitait la théorie, en vue de son exactitude.
Or M. Ouinton, expérimentant à la suite de ces déductions a priori, vit la nature se ranger, sur le plan de son hypothèse, selon Tordre rigoureux que celle-ci lui assignait. A la base des organismes marins, tous les invertébrés, c'est-à-dire les habitants les plus inférieurs des mers, se montrèrent
è.iU
î îf i
ï , ij
tous concentrés inlérieurement à 33 grammes, soit en équilibre osmotique avec le milieu extérieur. Au sommet, tous les vertébrés, c'est-à-dire les organismes marins les plus élevés, apparurent tous en déséquilibre formel avec leur milieu, et parmi ces vertébrés, — les plus anciens et les moins élevés (poissons cartilagineux) accusèrent un degré de concentration de 22 g-rammes à iC> grammes, marquant donc un écart osmotique encore réduit' tandis que les plus récents et les plus élevés (poissons osseux) accusaient un deg-ré de concentration de II grammes àjg grammes, marquant un écart osmotique majeur et témoig-nant d'un degré de concentration tout à fait proche de celui ""de 8 grammes exigé par la théorie.
A la suite d'une confirmation aussi éclatante d(» rhypolhèse par le fait, M. Quinton devait donc ajouter aux lois précédentes de constance, chimique et thermique, une loi nouvelle de constance osmotique. II l'a formulée en ces termes : « La vie animale apparue à l'état de cellule dans des eaux d'une concentration saline déterminée a tendu à maintenir, pour son hait fonctionnement cellulaire, à travers la série zoolo-ique, celte concentration des origines (i). »
(i) L'Eau de mer, milieu organique, p. 452.
ET L INDEPENDANCE DES MŒURS
A côté de celte loi de constance osmotique parallèle aux lois deconstance thermique et chimi- ([iie, M. Quinton a signalé, comme probable seulement,l'existence d'une loi de constance lumineuse. L'importance de la lumière pour la manifestation des phénomènes vitaux a été en etfet reconnue depuis longtemps par la science. Elle était même jugée telle que la profondeur des mers au delà de ^j8o mètres était réputée inhabitée parce qu'aucun rayon lumineux n'y peut plus parvenir. Pourtant les drag-ages pratiqués par delà ces profondeurs y ont révélé récemment l'existence d'une faune prodigieusement riche et diverse. Or cette découverte, qui semblait infirmer l'hypothèse précédente, la fortifie; cette faune, privée de la lumière du soleil, se fabrique elle-même la lumière qui lui est nécessaire : elle est phosphorescente. La cellule vivante se comporterait donc à l'égard de la lumière de la même façon dont on l'a vue se comporter, avec Iç vertébré supérieur, à l'égard de la température et des circonstances chimique et osmotique du milieu, s'inventant ici des appareils d'éclairage comme on Tavait vue s'inventer des appareils de chauffage, des scaphandres et des filtres.
iiilN
»-»■ -fcaKi...,:s«.« :*«-■;
-,-ai«Ha>"*-j*^;^"
fi 1
îl
fi i;