‹ La dependance de la morale et l'indépendance des moeurs [microform]Chapitre 22 sur 30 · LA DEPENDANCE DE LA MOUALE · texte numérisé non relu

LA DEPENDANCE DE LA MOUALE

Réunissant ces diverses lois en un seul énoncé, M. Quinton a formulé comme conclusions de son ouvrage la loi de constance générale dont on a déjà rapporté et dont on répèle ici les termes : « En face des variations de tout ordre que peuvent subir au cours des âges les différents habitats, la vie animale, apparue à Tétat de cellule, dans des conditions physiques et chimiques déterminées, tend à maintenir, pour son haut fonctionnement ceUnlaire, à travers la série zoologique, ces conditions des origines (i). »

L'exposition que Ton vient de faire, si sommaire soit-elle, d'une thèse aussi considérable, permet pourtant d'apprécier quel changement radical de signification elle apporte à Tidée d'évolution.

Au point de vue scientifique, il avait semblé que, sous Tempire de circonstances changeantes, la vie se modifiât incessamment ; il avait semblé qu'elle s adaptât sansrelâcheà ces circonstances modifiées. Or la théorie si cohérente et si forte de M. Ouin-

(i) L'Eau de mer^ milieu organique, p. 45i.

ET l'indépendance DES MŒURS

ton nous montreune aventure absolumentinverse : lu vie, la cellule vivante, loin qu'elle se modifie aucunement, demeure invariablement semblable à elle-même. Pour demeurer telle et pour conserver la plénitude de son activité, elle requiert des conditions précises autour d'elle. Plongée dans un tourbillon de forces physico-chimiques qui déterminent un perpétuel changement dans l'univers, il lui faut donc se construire des appareils où elle puisse s'isoler du milieu extérieur, afin d'y reproduire et d'y conserver toutes les conditions et toutes les circonstances qui lui sont favorables. C'est de la sorte qu'au changement continu du milieu extérieur qu'elle ne peut empêcher et qui la domine, elle répond par un changement des appareils organiques où elle s'enferme et, en vue de son immobilité, compense, par le changement qu'elle détermine, le changement qu'elle subit.

La vie, au sens physiologique, ne va donc pas s'amendant et se perfectionnant sans cesse. Elle avait atteint, dès son apparition, son point de perfection; qu'elle cesse de se maintenir semblable à elle-même, elle déchoit. L'âge d'or de la cellule vivante est situé dans le passé; le problème qui se pose pour elle est de reproduire, en face de temps nouveaux et modifiés, ces conditions de

ET L INDÉPENDANCE DES MŒURS

Page 1