‹ La dependance de la morale et l'indépendance des moeurs [microform]Chapitre 23 sur 30 · II: r · texte numérisé non relu

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Tâge d'or. C'est à cela que tend toute Tinduslrio physiologique. A l'idée ancienne de l'infinie souplesse de la vie s'oppose Tidée de son immobilité. La cellule qui nageait isolée dans l'eau de mer originelle est la même [qui circule dans le sang de l'oiseau. La vie ne s'adapte pas: lorsqu'elle accepte quelques modifications, ce n'est pas pour progresser, c'est pour déchoir. Elle adapte au contraire à ses convenances, dans les cas heureux, quelques fragments des forces du cosmos, et emploie tout son génie à se mettre elle-même à l'abri du changement, à s'inventer et à se construire, en guise de demeures, de forteresses et d'usines, des organismes où soient conservées ou reproduites toutes les circonstances qui accompagnèrent sa genèse. Le changement n'est pas en elle ; il n'atteint que les divers appareils où elle s'abrite et où il intervient expressément comme condition de sa fixité.

Au point de vue de l'application de la science à l'hypothèse philosophique, cette détermination nouvelle du fait de l'évolution entraîne avec les conséquences que l'on faisait entrevoir, aux premières pages de cette étude, et sur lesquelles il est

maintenant possible d'insister, une modification totale de la sensibilité métaphysique.

Avant l'explication de M. Quinton, la lente ascension de la vie à travers les formes animales, «depuis l'amibe jusqu'à Thomme », celte ascension, qui ne disait pas ses causes, laissait croire, on l'a noté déjà, à l'existence d'un but qui n'avait été encore jamais atteint, ainsi qu'en témoignait la continuation de l'effort, et ce but; imprécis, encore non défini, prêtait à rêver. Gomme le mouvement de l'évolution semblait s'être produit du point de départ de l'inconscient dans le sens de la conscience, de l'intelligence, du monde moral, les philosophes avaient cru voir en cette orientation un avertissement précis, ils avaient cru pouvoir situer le but de l'évolution dans le prolongement de ces phénomènes spirituels, apparus, semblait-il, comme l'ultime floraison de la vie dans le cerveau humain.

Avec l'ensemble des vues biologiques merveilleusement enchaînées que l'on vient d'exposer, il n'y a plus place pour des conceptions assignant au mouvement un but hypothétique, car le but du mouvement nous est désormais notifié par son pourquoi. L'évolution n'est plus un progrès vers une fin qui se présentait à l'esprit tomme une énigme à deviner. Elle est un moyen de maintenir semblable

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à lui-même un état donné, parfaitement connu et défini, et que le chang-ement des conditions environnantes menace atout instant de détruire. Toute la complication des org-anismes et rintellig-ence humaine elle-même, les démarches, les inventions les plus ingénieuses de la physiologie et delà mentalité, loin qu'elles présagent l'avènement d'un destin inconnu, épuisent toute leur signification à assurer un statu quo, à s'opposer à une dissolution.

Le problème de l'évolution se voit à tout instant résolu et chacun des changements heureux qui se réalisent dans la biologie atteint immédiatement son but. L'évolution, réaction de la cellule vivante contre la dissolution dont la menace l'action des forces physico-chimiques, est un mouvement qui en neutrahse un autre, qui détermine une immobilité et garantit la pérennité de la cellule vivante. Si l'on observe bien une complexité et une perfection croissantes dans la suite des organismes qui apparaissent sur le globe à des dates de plus en plus récentes, la théorie de M. Ouinton ne nous laisse aucun doute sur la raison de ce progrès : il n'est point le signe d'une vocatioii vers un but nouveau et ignoré, il s'accompht sous le coup d'une nécessité pressante, en vue d'échapper à un

danger, et de maintenir une manière d'être déterminée et fixe, perpétuellement menacée par unconcours de circonstances de plus en plus continûment défavorables. En face du refroidissement du globe, la vie, menacée dans son habitat aérien aussi bien que marin, invente des organismes propres à engendrer une température de plus en plus élevée.'' En lace de la concentration croissante des océans, la vie, menacée dans les conditions de sa propre concentration, invente, sous le coup de cette nouvelle menace, de nouvelles modifications organiques, des dispositifs propres, par des moyens dont la science liumaine n'a pas encore pénétré le mystère, à s'opposer aux lois ordinaires de l'osmose. Or, en cette menace, que fut pour la vie le degré croissant de concentration des mers, il est permis de voir maintenant une cause d'évolution plus ancienne peutare que ne fut le refroidissement lui-même, et qui justifierait, à l'époque cambrienne et aux époques ■suivantes, alors que la température ambiante offrait encore à la vie ses conditions optima, ce passage du stade cellulaire au stade organique, cette éclosion de tant de formes diverses, enfin, l'exode vers les continents où la vie, menacée dans ses conditions chimiques par la rareté, parmi ce nouvel habitat de ses sels privilégiés, dut s'ingénier, encore sous'

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le coup de cette menace d'un autre ordre, à de nouvelles modilicalions organiques. Toute l'histoire de l'évolution n'est donc que la suite des mesures avisées, prises par la matière vivante en vue de se conserver, et la biologie apparaît ainsi qu'une science dont le cercle est entièrement fermé. Elle n'est plus un péristyle donnant accès vers le secret d'un temple. Elle renferme en elle-même sou propre sanctuaire et la vie, au sens purement physiologique du terme, est le principal et le seul personnage du cycle dont elle reproduit l'histoire. Elle en absorbe tout l'intérêt, elle u'y tient point le rôle d'un annonciateur, mais elle s'y montre à la fois un avènement et un but.

Au point de vue de la sensibilité philosophique, la conclusion la plus saillante qu'impose la théorie de M. Ouintonest celle qui a trait au fait de l'intelligence. Telle qu'elle se manifeste dans l'homme, Tapparilion de l'intelligence ne coïncide plus avec le dernier effort accompli par l'évolution biologique, car le point de vue nouveau ne laisse aucun doute sur l'origine relativement ancienne de riiomme, sur l'origine beaucoup plus récente

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d'un assez grand nombre de mammifères et d'un nombre beaucoup plus considérable d'oiseaux. . L'intelligence ne saurait donc plus être considérée comme le but suprême, poursuivi avec la lente élaboration de la matière vivante à travers le perfectionnement croissant des formes animales, car, ce but présumé, une fois atteint, a été dépassé; l'intelligence une fois réalisée dans l'espèce Aomm^, l'évolution ne s'est point arrêtée^, comme si elle eût dit son dernier mot, mais elle a continué son cours, d'autres formes sont apparues, présentant, à un degré beaucoup moindre, le caractère de l'intelligence dont l'homme était marqué, tandis qu'offrant à la cellule vivante des conditions d'existence plus parfaites, elles accusaient sous ce jour une supériorité physiologique incontestable.

Or, en même temps que l'on est contraint d'abandonner l'idée de l'intelligence comme but, il faut bien reconnaître à l'intelligence, considérée comme lin pouvoir pur et simple d'adapter un moyen à une fin, considérée, du point de vue de la théorie biologique que l'on vient d'exposer, comme un moyen de perpétuer l'existence de la cellule vivante, une importance prépondérante. Elle se montre, en effet, avec une grande efficacité, le moyen d'une fin identique à celle que poursuit, au cours de l'évolution,

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toute l'industrie pliysiolog-ique. Tandis que différentes espèces, survenant après l'iioinme, — équidés, bovidés, oiseaux,— par un perfectionnement purement physiologique intéressant le poumon, Testomac, l'appareil circulatoire, réussissent à élever leur

température intérieurede 3; à 43% rhommedemeurc impuissant à élever la sienne, au delà de 37^2. Par contre, il invente le feu, les maisons et les vêtements en sorte qu il parvient, au moyen d'un mécanisme cérébral de nature physiologique, à utiliser, au profit de la cellule vivante, les éléments du cosmos, à disposer ces éléments de façon à maintenir autour de la cellule vivante, et jusqu'en dehors de l'organisme, les conditions originelles, artificiellement reconstituées.

Si l'on considère que le maintien de la température des origines n'est qu*une de ces conditions requises par la vie en vue de son haut fonctionnement,et qu'il en est beaucoup d'autres, relatives aux circonstances chimiques,osmotiques,oulumineuses, relatives à d'autres circonstances encore qui ne nous sont point connues, il apparaît qu'une tâche aussi complexe suffit à rendre un compte précis du rôle de l'intelligence et ne laisse plus de place pour aucune autre explication. Les défenses que la physiologie oppose aux menaces de l'extérieur par des

dispositions organiques, par des ouvrages anatoiniques tout proches de la cellule, Tintelligence les institue au moyen de dispositions plus indirectes, nu moyen d'ouvrages plus avancés et qui, au lieu de combattre l'ennemi en quelque sorte corps à corps, s'opposent à son approche.

Ainsi, l'intelligence humaine apparaît comme un moyen de sauvegarde de la cellule vivante, moyen parallèle aux moyens plus directs que nous voyons en jeu avec l'évolution des divers organismes. De même qu'en présence de la concentration croissante des océans, il semble que la vie ait adopté des mesures dedifférentes sortes, — ici l'exode vers la terre ferme, là l'invention d'appareils physiologiques propres à assurer l'intégrité de son milieu intérieur, — de même, après avoir évolué jusqu'à l'homme, opposant aux circonstances défavorables des modifications physiologiques directes, la vie, parvenue à cet échelon, et tandis qu*elle prolongeait et perfectionnait, avec quelques mammifères et avec les oiseaux, ce mode de défense immédiate, aurait inauguré, avec l'intelligence, un nouveau moyen de défense indirecte, s'exerçant par une action à distance sur la matière. Entre ces deux moyens en vue d'un but identique, dont l'un consiste, si Ton ne considère le problème que sous

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sa face thermique, à disposer un appareil de combustion dans l'intérieur d'un org-anisme, tandis que Tautre consiste à allumer un calorifère dans une maison, entre ces deux moyens Tavenir seul révélera lequel est le plus propre à atteindre le but visé, à assurer avec le plus d'efficacité et de durée le maintien, autour de la cellule vivante, et à rencontre des circonstances défavorables, des conditions précises que sa prospérité requiert.

Bien qu'entre ces deux modes le concours déjà soit ouvert, il est permis encore de risquer sur l'un ou l'autre un enjeu et peut-être serait-il téméraire de croire avec trop d'assurance au triomphe du moyen physiologique indirect sur le moyen plus direct dont, jusqu'à l'homme, la biolog-ie fit emploi d'une façon si ingénieuse et si efficace. Quoi qu'il advienne, le phénomène de Tinlelligence dont le rôle, sous le jour de la théorie de M. Quinton, put sembler un instant compromis, retrouve un remploi important comme l'un des moyens de la fin biologique. C'est assez dire que ce rôle, défini sur le plan du déterminisme physique, rend superflues des explications d'un autre ordre et que s'évanouissent toutes les conceptions imaginées par les philosophies, les reh'g-ions et les morales, ces conceptions diverses selon lesquelles l'intelligence,

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but de révolution et moyen de l'éthique, aurait pour fonction et pour destin suprême d'élaborer dans les consciences les rythmes de l'idée morale.

Cette croyance aux destinées éthiques de l'intclli^-ence semble montrer une face nouvelle de ce procédé d'illusion dont, sous le jour de la conception d'un Bovarysme métaphysiq\ie, on a classé déjà quelques manifestations et dont on a signalé l'intervention dans tous les phénomènes de la représentation psychologique, c'est-à-dire dans tous les cas où une activité, en prenant conscience d'ellemême, se conçoit comrare cause et comme but. L'homme, déterminé par des instincts et des mobiles qu'il reçoit de l'hérédité, de l'éducation et des circonstances, se présume pourvu d'un libre arbitre. C'est par la vertu d'une illusion analogue qu'il croit poursuivre avec son intelligence des fins fixées par son intelligence, alors que celle-ci n'est qu'un moyen, parmi d'autres, pour une fin étrangère, pour cette fin biologique que réalise à tout moment le mouvement de l'évolution. Cette conception illusoire, selon laquelle l'agent conscient de quelque activité se prend pour une fin alors

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qu'il est un moyen, relève de celte loi d'ironie dont, après Joseph de Maistre elM. de Hartmann, on révélait l'importance en un chapitre de la Fiction universelle. Sous le jour des évaluations morales, et en tant que Ton attribue aux motifs une efficacité causale, elle apparaît comme une ruse en vue de tirer d'une énergie consciente son maximum d'intensité,— la fausse promesse dont celle-ci est dupe détournant au profit de la fin étrang-ère, dont elle est le moyen, toute la frénésie qu'elle apporte à se procurer une fin ég-oïste.— Sous le jour d'une évaluation plus positive, et si l'on cesse d'attribuer au motif, tenu maintenant pour le reflet pur et simple dans le miroir conscient des gestes de l'activité physique, une efficacité causale, on constatera seulement que, partout où quelque grande activité se déploie, on y voit se former, avec les contours dece reflet, cette illusion spéciale du moyen qui se conçoit comme une ïm, en sorte que la présence de cette illusion, si elle n'est la cause, est du moins le signe auquel nous reconnaissons la présence d'une activité intense.

Cette remarque est grosse de conséquences et prescrit une méthode d'interprétation, en ce qui louche aux phénomènes philosophiques, religieux et sociaux, en ce qui touche aussi aux croyances

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en lesquelles ces phénomènes s'expriment. Si Ton envisage ces croyances par rapport au but qu'elles visent, elles nous paraissent, en comparaison du but auquel la biologie nous montre que l'évolution aboutit, marquées d'un caractère d'aberration. Sous ce jour, la religion morale de la solidarité, l'idéal de justice et de liberté qui exalte les consciences modernes semblent aussi chimériques que la croyance ancienne aux récompenses et aux peines distribuées par des divinités providentielles et despotiques, lien est autrement si l'on considère ces croyances, non plus dans leur rapport avec la vérité qu'elles voudraient exprimer, mais dans leurs conséquences involontaires quant au but que nous voyons réalisé dans la biologie : le maintien des conditions favorables à la prospérité de la cellule vivante. Sous ce jour, les religions, les morales, les institutions sociales, et jusqu'aux conceptions esthétiques trouvent une justification plausible : le but étant fixé par la biologie, il ne s'agit plus que de distinguer par quel détour les divers phénomènes d'intellectualité et de moralité, qui s'attribuent des raisons d'être et des fins imaginaires et propres, servent ce but défini. Ce but défini nous tiendra lieu d'une grille au moyen de laquçlle nous les pourrons déchiffrer comme des caractères secrets,

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comme des signes, d'autant plus intéressants, parfois, qu'ils nous divulgueront un sens plus différent de celui qui leur est dévolu par la conscience commune. C'est ainsi que la nécessité de multiplier la matière vivante, pour augmenter les chances de sa persistance, expliquera la morale de Tamour telle qu'elle se manifeste dans la coutume, dans la religion et dans la loi. C'est ainsi que l'état de société, se montrant le plus propre à assurer la sécurité et la croissance numérique des individus, il apparaîtra que les conventions, les préjugés et les croyances qui ont pour eff'et de consolider cet état apportent leur concours à la fin biologique.

Si, d'ailleurs, dans le fait d'intelligence, on considère le moyen indirect par lequel l'espèce humaine réussit à combattre les circonstances défavorables à la prospérité biologique, le lien qui existe entre le fait social et l'utilité biologique se montrera plus étroit encore. Il apparaîtra en effet que la notion scientifique, agentde l'action humaine sur le monde extérieur, et qui n'est point transmissible par rhcrédité, exige une organisation sociale, une extension et une richesse de rapports entre les hommes que n'exigeait point la tactique employée par les autres espèces animales. Chez le ruminant, par exemple, qui acquiert la propriété d'élever sa température

de un ou deux degrés au-dessus de la température humaine, tout le travail d'invention et de remaniement qui fut nécessaire pour procurer ce résultat se voit accompli dans l'intérieur de la périphérie individuelle ; la modification efficace, une fois réalisée, est transmise par l'hérédité. Il n'en est pas de même des procédés de plus en plus complexes par lesquels l'homme dispose la matière au gré des exigences de la vie. Tout ce travail de défense et d'accommodation, au lieu de s'opérer par le concours des cellules enfermées dans un même organisme, s'accomplit par la coopération des individus compris dans un même ensemble social, modifiant par leur action, non plus le dispositif de l'organisme lui-même, mais des parties du cosmos extérieures aux organismes. Plus encore que la nécessité de multiplier la matière vivante à laquelle l'homme obéit, au même titre que les autres animaux, cette circonstance particulière lui impose la fatalité de la vie sociale.

Les relations sociales auraient donc, semble-t-il, dans l'espèce humaine et au point de vue biologique, l'importance qu'ont chez les individus des autres espèces les relations intercellulaires. Cette importance est consacrée tout d'abord par le fait du langage, par l'invention du mot, signe parlé et

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écrit, moyen d'écliang-e el de transmission, non seulement entre les hommes d'un même temps, mais entre ceux des diverses époques, a^^ent merveilleux en vue d'étendre les relations sociales, en vue de faire converg'er vers un but commun TelTort d'un plus grand nombre d'individus. A la façon dont certains insectes préparent pour leurs larves, qui écloront après leur mort, les aliments nécessaires, les hommes enferment dans des mots des notions que d'autres hommes, leur postérité, utiliseront pour la connaissance, des notions auxquelles ces nouveaux venus en ajouteront d'autres, enfermées ég"alernent dans des signes transrnissibles et durables, afin que le pouvoir de la matière vivante sur le monde physico-chimique soit constamment accru.

Celle importance et ce but défini attribués par la biolog-ic au fait social va-t-il conférer à la sociologie une certitude plus g-rande? On ne le pense pas, s'il s'agit avec la sociologie d'une science propre à dirigerl'évolulion humaine vers les fins biologiques par une divination cl par des procédés rationnels. Les circonstances du changement cosmique contre lesquelles la vie doit se mettre en garde sont en effet si complexes, si imparfaitement connues, elles ont trait à des périodes de la durée si incertaines

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que toute science qui se targuera d'instituer à leur encontre des prévisions et des modes de défense courra le risque d'engendrer des doutes chez les ixens graves et des sourires chez les sceptiques. En face de la complexité et de l'imprévu de ces circonstances contraires, le hasard aura, comme par le passé, sa large part dans le choix des mesures opportunes — c'est-à-dire qu'il n'y aura pas de choix, mais que, parmi un grand nombre de mesures adoptées, l'avenir montrera seul quelles furent les meilleures.il y a plus, et du fait seul que les sociologues cesseraient d'être dupes des buts moraux, religieux, économiques, humanitaires qu'ils ont envisagés jusqu'ici, dès qu'ils commenceraient à considérer riiumanité comme un moyen pour une fin biologique et non plus comme une fin en soi, leurs théories perdraient le bénéfice de celle loi d'ironie que l'on vient d'invoquer; elles perdraient cette force persuasive qui résulte pour toute idée du fait que les énergies conscientes auxquelles elle se propose, tandis qu'elles poursuivent un intérêt étranger, se conçoivent, par la vertu du mirage efficace, à la solde de leur intérêt propre. La connaissance du but biologique n'aura donc, semble-t-il, d'autre utilisation réelle que d'autoriser une figuration des périodes révolues, des faits

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sociaux périmés, selon des perspectives fixes, et sous un éclaira^^e qui leur conférera une valeur spectaculaire plus élevée.

Ces considérations ne feront pas d'ailleurs que les sociologues s'en puissent jamais tenir à ce rôle d'historiens philosophiques et d interprètes ingénieux du roman passé. Ils continueront vraisemblablement d'aménager l'avenir selon des méthodes rationnelles et d'appuyer leurs horoscopes sur des lois. Or on ne pense pas que leur entreprise doive être aussi vaine qu'il pourrait sembler: sans efficacité à l'égard d'une vérité objective, insuffisante en tant que déduction logique, elle exercera pourtant sur l'évolution des esprits quelque influence par ce qu'elle contiendra en son principe de déraisonnable, par ce désir obscur, matière du réel, par cette pétition de principe d'un instinct, qui, selon la remarque de Nietzsche, est à la racine de toute philosophie qui, à tout sociologue aussi bien qu'à tout philosophe, souffle l'appareil systématique de sa pensée, et, sous le masque de la dialectique, agit par contagion sur d'autres désirs, sur d'autres instincts.

Dans un article publié par h Revue de métaphy-

sique et de morale, M. Jean Veber, exposant les théories de M. Quinton, a décrit la méthode du savant. « Elle consiste, a-t-il dit, à pousser jusqu'aux dernières limites les exigences d'une induction entièrement a priori avant de faire appel à l'expérience. »

La définition est excellente et M. Jean Veber, l'appuyant d'exemples empruntés à l'histoire des découvertes scientifiques, l'éclairant (l'une analyse minutieuse de l'idée directrice qui fonda la thèse, du fait unique d'observation sur lequel celle-ci prit son élan, de toutes les conséquences tout d'abord improbables qu'elle exigeait et que l'expérience docile réalisa, M. Jean Veber a fait voir, dans la construction systématique de M. Quinton, un cas typique merveilleusement propre à intéresser tous ceux que passionne, presque autant peut-être que les résultats de la recherche intellectuelle, le jeu du mi'canisme cérébral qui préside à cette recherche.

On a surtout, au cours de cette étude, envisagé la théorie biologique de M. Quinton au point de vue des conséquences philosophiques qu'elle entraîne. A les résumer en une vue d'ensemble, après l'exposé qu'on en vient de faire, on constatera qu'en expliquant sous le jour de l'utilité vitale, et, en fonction de cette utilité, comme une réaction de

la matière vivante à l'enconlre des chans-eraenls physico-chimiques, tout le mouvement de l'évolution biolog-ique, y compris le phénomène mental, cette thcoriea, sur le plan du déterminisme scientifi-

que,instituéun sjslèmehermétiquement fermé doni aucun élément, demeuré sans emploi, ne peut être exploité au profit du rêve métaphysique ; on rons tatera qu'en montrant dans l'évolution une manœuvre en vue du maintien d'un état de perfection d non plus une ébauche s'efforçant vers un lointain achèvement, elle a mis fin à toute inlerprélalion messianique de l'univers. C'en est fait du messianisme du devenir. Le devenir, avec son expression concrète dans le phénomène de l'évolution, n'apparaît plus que comme un moyen pour un éternel présent.

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