‹ La dependance de la morale et l'indépendance des moeurs [microform]Chapitre 24 sur 30 · RAISONS DE L'IDÉALISME · texte numérisé non relu

RAISONS DE L'IDÉALISME

Juin iQoS.

I. La conception du Bovarysme suppose l'idéalisme. — II. Justification de l'idéalisme. — III. Le domaine de la nécessité : la science. — IV. Le domaine de l'arbitraire : la morale. — V. Les deux aspects de l'idéalisme. — VI. Le Bovarysme comme principe du mouvement dans la conception de l'idéalisme.— VIL Le sens spectaculaire comme i&n de l'existence.

Lorsqu'il s'agit, au cours d'une analyse ou d'un compte rendu, de présenter au public une œuvre d'art, tableau, poème ou symphonie, le critique qui a reçu cette mission de confiance est tenu de se prononcer sur la beauté de l'œuvre qu'il a vue, qu'il a lue ou entendue. Il lui faut porter un jugement de valeur dont son goût et son impartialité sont seuls garants, que la nature de l'objet qu'il apprécie ne lui permet guère de motiver, car il ne peut susciter, devant l'esprit de ses lecteurs, la réalité d'une œuvre qui s'adresse directement aux sens, à l'œil ou à l'oreille. La note qu'il distribue est l'essentiel de sa critique. Le public, qui le consulte, est réduit àunactede ibi. L'auteur d'une œuvre de cette nature semblerait donc mal qualifié

pour remplir à l'égard de lui-même cette tâche de critique. L'apologie sous sa plume serait suspecte, le blâme contradictoire avec le fait même de l'exécution.

Il en est tout autrement, s'il s'agit d'un traité de philosophie ou de science. Une analyse utile exige, en cette matière, que le critique fasse comparaître devant l'esprit de ses lecteurs les idées mêmes, réduites à leur essence, développées par l'auteur, qu'il précise l'enchaînement logique des idées. Ceux-ci se trouvent ainsi nantis de quelques-uns des éléments constitutifs de l'œuvre d'après lesquels il leur est possible d'être juges euxmêmes. Il ne semble donc pas qu'aucune raison s'oppose à ce qu'un philosophe ou un savant remplisse à l'égard de lui-même fonction critique ou analytique. L'auteur, au contraire, ofïre ici cette garantie qu'il doit connaître avec perfection le sujet dont il traite, et il y a lieu de penser qu'il est mieux situé qu'aucun autre pour en déduire un exposé fidèle. Enfin son intérêt à faire envisairer son œuvre sous le jour qu'il la conçue, à en exposer les différentes parties selon Tordre d'importance qu'ily a attaché, est corrélatif de l'intérêt du lecteur à s'en pouvoir faire une représentation exacte. Faut-il ajouter qu'à adopter à l'égard de son

ET L INDEPENDANCE DES MŒURS

œuvre l'altitude objective du critique, l'auteur court la chance de découvrir l'écart qui, ici ou là, peut exister entre son intention et son exécution, entre l'œuvre qu'il a voulu faire et celle qu'il a faite en réalité. Découvrant ou signalant ces défaillances ou ces lacunes, il lui est donné de les réparer en partie, en sorte que le système d'idées ou de notions en cause, d'être exposé dans ces conditions, tire aussi un bénéfice. ^

De toutes les considérations qui peuvent déterminer un auteur à assumer vis-à-vis de lui-même cette tâche analytique, celle-ci est la plus forte. Elle vaudra surtout, dans tous les cas où l'ouvrage qu'il s'agit d'analyser sera le prolongement d'une suite de développements, tous consacrés à un même ordre de pensées. Tel est le cas des Raisons de r Idéalisme (i), conclusion d'une suite d'efforts tentt'S en quelques ouvrages antérieurs en vue de formuler une conception générale de l'existence. Ce compte-rendu analytique m'est apparu comme un moyen de vérifier la solidité du lien qui unit cuire elles les diverses parties de cette entreprise, de conférer, s'il est possible, à cet ensemble de iéilcxions un caractère plus harmonieux et plus

(1) Ed. du Marcure de Fnunce.

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