L\ DKPENDANCE DE LA MORALE
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blable thèse doit avoir sur la pratique, on y a identifié également, avec le phénomène des mœurs, le fait d'instabilité et d'aléa qui avait été reconnu comme essentiel au phénomène de l'existence.
Avec la Réalité amoureuse, avec Henri Heine cl le Romantisme de la Raison, poursuivant le mêni' objet dans le détail concret delà vie momie et sentimentale de rhumanité, on a montré que, si la prétendue fixité imposéepar la théologie aux sentiments moraux est vaine, il n'existe pas non plus un en-soi naturel, il n'existe pas, en matière de mœurs, des manières d'être qui soient consacrées par la nature au lieu de l'être par la divinité. Le rationalisme idéologique et le romantisme sentimental ont donc été identifiés en ces deux études sous une même diathèse : et ce que l'on a relevé en Tune et l'autre de ces manifestations de la pensée et de la sensibilité, c'est la croyance infiniment naïve selon laquelle il existerait des archétypes éternels de la justice, de l'amour, des instincts individuels et sociaux que la nature aurait gravés au cœur de l'homme. Sous l'empire de cette croyance, les idéologues romantiques ont cru qu'il suffirait de briser les impératifs théocratiques d'après lesquels furent sculpt'''S naguère les contours, furent décrétées les normes des sentiments moraux, pour que les modalités
idéales de ces sentiments sortissent du cœur humain ^'t, délivrées de la contrainte qui pesait sur elles, vinssent, s'épanouissant, assurer le bonheur universel. On estime que cette croyance fut utile pour aciiever de détruire un idéal qui, ne se soutenant plus lui-même, était devenu incapable de supporter la vie sociale. Il n'en fallait pas moins signaler comme un cas de Bovarysmc, au sens péjoratif du lerme, cette présomption selon laquelle une attitude Je destruction se donnait pour une attitude créatrice, il n'en fallait pas moins signaler que, sous le jour de celte présomption, le romantisme idéologique ou sentimental se confond avec l'idéal qu'il renverse, que l'un et l'autre substituent, qui avec la personnification divine, qui avec la raison ou la îuUure, une conception statique de l'être au fait de mouvement sans fin parmi les perspectives du devenir, qui semble seul conciliable avec la notion ^l'existence.
Après avoir formulé avec la Dépendance de la rjiorale et l'Indépendance des mœurs la nécessité de i t présence, dans le développement de l'existence, de ce principe de devenir échappant à la loi et à la '(•'(iuction, vierge des étreintes de la raison et de i étau du calcul, on a donc montré avec la Réalité •unoureuse^'dwtc le Romantisme de la Raison des
états concrets où ce principe même est en question et doit recevoir sa forme, non du jeu de la dialectique, mais de Tépreuve du conflit. Enfin, avec Une signification nouvelle de Vidée d^évoliition^ on n'a pas redouté de mettre en lumière, en exposant les lois de constance de M. Ouinton, un fait de fixité qui pourrait sembler, au regard d'un examen superficiel, en contradiction avec le principe d'instabilité et d'arbitraire dans l'aléa dont on ;; fait la norme de l'existence. Aucun exemple, eu effet, ne pouvait montrer d'une façonplussaissant-' comment cette instabilité fondamentale s'accommode de principes secondaires de fixité, commeiK elle les exploite. Aucun exemple n'était plus propre à illustrer cette théorie, essentielle à la con ception du Bovarysme, de la réalité comme d'un compromis, parmi les données premières de l'incoordonné et de l'aléa, entre une part de système et une part conservée d'aléa et d'arbitraire.
Selon la théorie biologique de M. Ouinton, 1 1 cellule vivante, personnifiant la vie^ requiert, pou ' sa production et sa conservation, des condition > déterminées et fixes quant à la température qri l'environne, quant au degré de concentration du milieu liquide où elle baigne, quant à la composition chimique de ce milieu. Elle fait voir que l'évo-
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iiilion des formes animales a pour objet de mainlenir au contact de la cellule vivante chez les espèces supérieures, c'est-à-dire chez les espèces les plus évoluées, les conditions mêmes qui présidèrent à la genèse de la vie. Voici le fait de conslaiice, tel est le phénomène de fixité qu'elle met en scène. Mais ce fait de constance, comme tout jail de cet ordre, est dominé par un fait primitif d'instabilité et de variation parmi les péripéties duquel il se formule. La théorie de M. Ouinton postule en effet expressément le changement continu du milieu cosmique parmi lequel la cellule , vivante est apparue à quelque moment. Elle postule entre autres l'abaissement indéfini de la température du globe, l'accroissement continu du degré de concentration des mers où, sur un globe entièrement submergé, la cellule originelle naquit. C'est en présence et à rencontre de ce changement, c'est parmi cette instabilité des circonstances cosmiques que ia fixité biologique se formule et prend un sens. Et comment se manifeste-t-elle elle-même? En introduisant dans l'ensemble un nouveau principe de changement.
Plongée au sein d'un vaste milieu changeant, alors qu'elle requiert, pour sa persistance,des condi- "ns invariables, la cellule vivante est contrainte
d'interposer entre ce milieu et elle un nouveau milieu étroit où elle conserve ou reproduit, par la mise en œuvre d'uneindustrieconstante, ces conditions invariables. Cette manœuvre s'exprime dans les associations que forment entre elles les cellules pour la création des organismes. Dans les org-anismes, les cellules, comme en des chambres closes, élèvent la température au degré qui leur est propice. Dans les organismes, les cellules conservent les sels qui leur sont nécessaires et au contact desquels elles s'électrisent et prospèrent, et elles conservent ces sels concentrés à un degré d'élection, parmi des liquides retenus ou éliminés dans les proportions qui conviennent. Mais les conditions du vaste milieu extérieur changeant et empirant d'une façon continue, un remaniement incessant des organismes est nécessaire. La puissance de chauffe, entre autres, doit être accrue progressivement, exigeant des modifications dans la structure des appareils de combustion, le poumon et l'estomac notamment, dont la transformation entraine celle des autres organes. Ce remaniement incessant constitue l'évolution.
Pour maintenir .sa fixité, pour demeurer semblible à elle-même, la vie, la cellule biologique, introduit donc dans Tunivers les épisodes d'un mouvc-
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ment nouveau, la fixité qu'elle réalise est un point d'équilibre entre deux mouvements. Elle ne se conserve qu'en développant à l'encontre des forces du cosmos des forces adverses. Elle est un cas précis de l'opposition universelle.
M. Ouinton, en savant qui sait voir la portée de ses découvertes, a relevé à sa façon ce caractère d'opposition. Selon une image saisissante, il a dénoncé l'évolution comme une insurrection de la vie contre l'ensemble des forces du cosmos. Avec l'évolution, la cellule vivante refuse en effet de s'adapter aux circonstances changeantes du milieu, elle s'insurge, construit des barricades, transforme incessamment les organismes derrière lesquels, dans l'intérieur desquels elle résiste victorieusement à riioslilité du milieu, et c'est, à vrai dire, le milieu qu'elle adapte. L'homme qui, par son intelligence, par l'invention du feu, des vêtements, des maisons a continué de vivre parmi des circonstances climatériques qui eussent dû le faire périr, est un cas remarquable de cette insurection, de ce refus d'obéir et de subir. Mais l'homme a un ancêtre qui inaugure bien avant lui cette résistance : le vertébré qui, sans les moyens indirects de l'industrie liuraaine,a su résister victorieusement, lui d'abord, à l'abaissement général de la température et, dans
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les mers, à rélévalion de la pression osmotiqur. ('Quand Thomme, observe M. Quinton, s'attaque aux forces naturelles qui l'entourent pour les dominer dans ce qu'elles ont d'ennemi, il partici])e d'abord du génie du vertébré (i). »
Cette insurrection est un cas typique du fait d'opposition et de contradiction de soi-même ( u l'on a fait tenir la définition de l'existence. Elle dénonce, par une application concrète de la plus haute valeur, le caractère primordial de ce principe. Ce qu'il faut en effet mettre en évidence avec M. Ouinton, c'est l'inversion que sa théorie implique de l'explication généralement acceptée du fait même de l'évolution. On y voyait une adaptation, il y voit un refus d'adaptation. Et, en réahté, dans tous les cas où il y a modification organique,chaiigement de l'organisme actuel en un nouveau, c'est à-dire évolution, la cellule vivante manifeste, par cette métamorphose, sa volonté de ne pas subir les circonstances nouvelles, elle entre en rébellion contre les forces du cosmos; l'activité par laquelle elle modifie l'organisme où elle est enfermée a pour but précis de ne point s'adapter, de maintenir autour d'elle, parmi les circonstances générales d'un
(i) VEau de mer milieu organiq ue.MassoD, p. 454.
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rnilieu nouveau, les circonstances particulières d'un nilieu ancien. Or, ce refus d'adaptation semble (uirticiper du miracle, et il le faudrait tenir pour un iléfi aux lois du déterminisme si l'on n'y voyait un ,'as de ce principe de contradiction de soi-même inhérent au fait de l'existence dont on expose le caractère fondamental. Sous jour, tout s'éclaire et la loi d'adaptation, délégation de la tendance à l'harmonie universelle, trahit le caractère subordonné de son action : si elle intervient encore dans le jeu de l'univers, c'est sous la condition et parmi les données d'une opposition qui la domine. En soi elle est la voie par laquelle les choses rentrent les unes dans les autres, s'unifient et s'identifient. Comme l'harmonie universelle, l'adaptation universelle s'avère un euphémisme pour signifier le ion-être. Si en effet la matière vivante engendrée à (uielque moment par le processus indéfini des forces cosmiques allait s'adaptant sans cesse à toutes If^s phases de ceprocessus, il n'y aurait pas deréail[c biologique saisissable, parce qu'il n'y aurait ] us de réalité biologique distincte du processus cosmique lui-même. Mais par l'obstacle qu'elle oppose à ce flux incessant du devenir, la réaction biologique, c'est- à-dire le principe d'opposition qui u;it dans l'évolution, crée un point relativement
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fixe qui s'immobilise parmi récoulement des clioses et fait émeri^er, au-dessus de ce devenir amorphe, des entités personnelles et distinctes.
Ainsi révolution, identifiée avec le fait d'insurrection que dénonce la théorie de M. Ouinton, penl, dans les cadres de l'opposition universelle, sua caractère merveilleux. Elle se rang^e sous le délerminisme majeur du principe d'opposition. La cellule vivante s'oppose aux forces du cosmos et, s> opposant, se disting-ue d'elles selon le développement et selon l'action du même principe en verlii duquel l'existence, dans la relation fatale où elle s'associe à la connaissance d'elle-même, accomplissant une analyse par le moyen d'une synthèse, se conçoit dans l'opposition de l'objet au sujet, se réalise dans undéchirement de sa propre substance et dans la contradiction d'elle-même.
Parmi les perspectives de cette opposition primordiale, voici d'ailleurs, en biolog-ie, avec le changement indéfini du milieu cosmique d'une part, avec la réaction biologique d'autre part, les doux pouvoirs opposés, pouvoir de division, d'éparpih ment, de dispersion d une part, pouvoir d'arièt d'autre part,que l'on a mis aux prises dans leBoi"' rijsnie et dans la Fiction universelle pour montrer toute réalité se formant au points où ces deux pou-
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voirs se neutralisent, engendrant des états de stabilité relative, des faits de répétition dans la durée.
D'ailleurs, ce n'est pas seulement en ce qu'elle illnstre la nécessité du principe d'opposition et nous montre la réalité biologique comme un compromis entre deux forces qui se contredisentque la théorie des lois de constance peut être invoquée à l'appui de la conception que l'on s'est formée du fait métaphysique de l'existence. Elle ne confirme pas avec moins de force l'absence de finalité, au sens messianique du terme, que l'on tient pour iuliérente au fait de l'existence. Car en nous révélant le pourquoi de l'évolution, elle nous révèle son but : l'un et l'autre se confondent, l'évolution a, pour raison d'être et pour but, le maintien au contact immédiat de la cellule vivante des conditions favorables à sa prospérité. Or, ce but est constamment atteint : il se confond avec le fait de l'existence biologique, entre dans sa définition, la conditionne, y est à tout instant présent, à tout instant réalisé, — sans quoi cette existence ne serait pas. En même temps, ce n'est pas un but statique, un terme vers lequel toutes les séries phénoménales, attirées tour à tour, viendraient s'anéantir dans leui' réalisation. Mais c'est un but dynamique que
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l'instabilité du processus cosmique déplace continûment, en sorte que des énergies tendues doivent, à tout moment, se déployer pour le toucher. Le but de la vie, c'est la vie, la vie que des circonstances critiques d'une fatalité formidable menacent à tout moment de détruire et qui ne se maintient qu'en modifiant et en perfectionnant, au prix d'un constant effort, le système de défenses qu'elle oppose à l'hostilité croissante du milieu.
M. Edmond Perrier, rendant à Lamarck le juste hommage qui lui est dû, s'efforçant de faire saisir lag-randeur philosophique de l'idée qu'il aintroduite dans le monde avec le principe de l'évolution, a constaté récemment que l'homme, produit de l'évolution, ne peut durer qu'à la condition de conformer aux lois de l'évolution les institutions qu'il se donne. Voici un grand point de vue et qui lie, par les chaînes d'un déterminisme scientifique, la conduite humaine aux destins de l'univers. Une telle considération pourrait fonder la morale scientifique dans son opposition avec tous les modes de la morale théologique. Notons toutefois que si l'idée d'évolution est grosse de cette conséquence morale et sociale, en sorte que le génie de Lamarrk jalonne la voie par laquelle il faut passer pour y accéder, cette conséquence elle-même de la subor-
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(lination de la conduite aux lois de l'évolution ne pouvait être tirée qu'à la condition que la raison (l'otre et le but de l'évolution nous fussent signifiés. Or, loin que ce but et cette raison d'être n^'ous fussent jusqu'ici divulgués, le thème de l'évolution prêtait à des interprétations philosophiques où le mysticisme le plus aigu se donnait carrière. La philosophie de l'évolution, qu'il ne faut pas confondre avec la notion scientifique de l'évolution, n'a été jnsqu'ici qu'une transposition en même temps qu'une consc'cration du Messianisme dont toutes les religions se sont inspirées et où elles ont trouvé leur force persuasive, elle n'a été qu'une forme nonvelle de la conception du Royaume de Dieu, une forme nouvelle du mirage et de la conception du l>ul à atteindre, du but projeté toujours dans Vavenir. Il semble même qu'avec l'idée d'un progrès Indéfini, rebelle par conséquent à toute réalisation, elle ait donné la formule définitive de ce bonheur cl<i lendemain sur lequel se fondent toutes les mo^ lales messianiques. Faute de connaître le pourquoi tic l'évolution, on a pris pour un progrès absolu vers un but que Ion imaginait pressentir et deviner dans les perspectives d'un futur lointain, auquel chacun prêtait la forme de son désir,ce qui n'est qu'une suite de moyens de plus en plus com-
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pliqués pour maintenir un contact constant avec ( e but à tout instant atteint et qui à tout instant sa déplace. Il faut donc constater qu'en nous divulguant le pourquoi de révolution des organismes M. Ouinton a restitué à l'idée d'évolution sa signification sobre et précise. C'est la divulgation de co pourquoi qui seule nous peut mettre à même de conformer aux lois de l'évolution les institutions que nous nous donnons. Faut-il attendre la cons: >• cralion d'un siècle écoulé pour reconnaître riinportance capitale de pareille notion? En nous apprenant que l'évolution a une raison d'être immédiate, en dévoilant son but, qui est de permettre à la cellule vivante de prospérer parmi des circonstances d'une hostilité croissante, c'est cette notion qui nous met à même de collaborer à cet effort de la vie, d'assigner à notre activité humaine une tâche précise, et une valeur objective.
La morale, au sens ancien, en tant que fond 'e sur l'idée d'un bien en soi prise pour norme des actions, peut bien avoir encore une valeur comme fiction, comme moyen de réaliser la fin objective proposée par la biologie, elle n'a plus sa fin en ellemême et l'utilité des fictions sur lesquelles elle .m' fonde ne se doit plus apprécier qu'en fonction de la téléologie pressante impliquée dans la lutte de
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la cellule vivante contre l'hostilité progressive des circonstances cosmiques. L'intelligence apparaît comme un des moyens que la cellule vivante s'est inventés pour résister au milieu et pour se conserver. C'est ce qu'a bien vu M. Remy de Gourmont, c'est là le fait d'utilisation dont il a analysé les pliases dans son récent essai. Une loi de constance intellectuelle (i).La moralité, en tant qu'elle permet aux hommes de vivre en société et d'unir leurs efforts pour augmenter leur puissance, est aussi un moyen pour le même but et qui se montre subordonné au premier, qui n'a pas en soi son explication.
La théorie de M. Quinton apporte donc au vœu de systématisation universelle qui anime les moralistes de toutes les époques l'appoint le plus formidable qui puisse favoriser leur point de vue : car elle assigne à la morale un but qui, pour la première fois, n'est point imaginaire, elle classe le fait moral parmi les objets que les sciences positives peuvent atteindre. Elle réalise ainsi une hypothèse émise par M. Lévy Briihl dans la Morale et la Science des Mœurs (2), selon laquelle quelquegrande découverte d'ordre scientifique pourrait quelque
(i) Mercure de France des i5 mai et i"' juin 1907. (3) Alcan.
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jour désubjecliver la matière des mœurs et, donnant une extension plus grande à la notion de nature, soumettre h phénomène moral aux mêmes mesures précises auxquelles se prête le phénomène physique.
En exposant cette conception nouvelle du fait biologique, on a donc cru opposer à la thèse d'indépendance du phénomène des mœurs qui est ToLjet de cet ouvrage, au caractère incalculable qui y est donné comme essentiel au développement de l'existence, l'objection la plus grave que ces points de vue eussent à redouter. Il a semblé que cette thèse d'indépendance acquerrait une grande force si l'on réussissait à faire voir que le principe de déterminisme nouveau, introduit parmi les données de l'empirisme parles lois de constance biologique, s'accommodait du caractère incalculable du phénomène de l'existence et s'y subordonnait. Or, si la théorie des lois de constance donne à l'évolution une signification positive, si elle met fin aux interprétations mystiques auxquelles l'évolution prêta, si elle indique à l'humanité quelques-unes de ses directions, si, fait considérable entre tous, elle permet de systématiser, en lui attribuant une valeur objective, une part importante de la matière des mœurs, elle ne touche en rien à l'essence incalcu-
lable du phénomène général de l'existence. Elle nous dit quelles conditions relativement étroites, déterminées et fixes l'entité biologique requiert pour sa réalisation, mais si elle distingue quelques-unes des circonstances hostiles contre lesquelles cette entité doit se prémunir, elle ne les distingue pas toutes et quant à celles-là même qu'elle signale, elle ne nous les fait connaître qu'imparfaitement quant au degré de leur intensité, quant au degré d'accélération selon lequel s'accroît le danger dont elles contiennent la menace, quant.au retentissement qu'elles peuvent avoir les unes sur les autres en raison de leur simultanéité ou de leur succession et par où leur puissance peut être accrue ou diminuée. Enfin, ce qui demeure aussi au plus haut point aléatoire, c'est l'intensité des forces de résistance qui pourront être opposées par l'entité biologique à ce processus de circonstances hosliles, c'est aussi le caractère d'opportunité et de convenance des moyens de défense mis en œuvre.
On expose dans la première élude de ce volume pourquoi nécessairement, en vertu de la nature de la connaissance qui fait partie de la nature des c/ioses,\e processus selon lequel l'existence devient implique à tout moment un destin incalculable.
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quelque intellig-enceque Ion imaç^ine opérant dans le monde. II suffit de montrer ici que, sous le jour de la théorie nouvelle, les choses se passent comme s'il en était ainsi. Or, l'histoire de l'évolution, interprétée de ce point de vue, nous, apprend qu'en fait la cellule vivante a essayé à tout moment, en toute circonstance critique, non d'un seul, mais de plusieurs moyens pour se g^arer des dangers qui h menaçaient. Il apparaît donc que ces mesures de sauvegarde ont été adoptées, non pas en verdi d'un dessein prémédité qui supposerait un plan concerté, une intervention métaphysique selon laquelle chaque circonstance hostile du milieu susciterait aussitôt de la part de l'entité biologique une réaction appropriée, mais en vertu de décisions brusques et hasardeuses, au g-ré des inclinations, des idiosyncrasies et selon le degré de force des org-anismes menacés, selon le pouvoir de transformation variable et incertain dont ils étaient pourvus. Enlre ces décisions diverses, entre ce« sortes de réactions variées, l'avenir seul a décidé, lesquelles furent opportunes et lesquelles malchanceuses. A l'heure actuelle, le même aléa persiste et, parmi divers moyens de résistance institués par diverses entités et que la science biologique nous fait connaître, la science n'est pas en
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mesure de pronostiquer avec certitude lesquelles prévaudront.
Sans entrer ici dans un détail prématuré, on signalera seulement deux modes de résistance nettement différenciés, par lesquels l'entité biologique a répliqué, réplique actuellement encore à l'hostilité du milieu et en vue de simplifier l'exemple, on ne considérera cette hostilité que sous le seul aspect durefroidissement. Le premier de ces modes est directement physiologique : avec les espèces les plus évoluées, avec l'oiseau notamment, selon la théorie, la cellule vivante s'est constitué des organismes dans l'intérieur desquels et au moyen desquels elle a augmenté son pouvoir calorifique jusqu'au degré où il compense le refroidissement survenu depuis l'apparition de la vie sur le globe, en sorte que, parmi le milieu extérieur devenu hostile, elle s'est créé un milieu clos immédiat pareil à celui qui la fit naître, et où sont maintenues les conditions les plus favorables à sa prospérité. A cette tactique s'en oppose une autre : elle se manifeste avec le perfectionnement des organes cérébraux qui a atteint dans l'homme son apogée, avec le fait de l'intelligence considérée, non pas comme fait de conscience, mais comme pouvoir d'adapter un moyen à une fin. L'homme, qui ne
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quelque intellig-cnceque Ton imagine opérant dans le monde. Il suffît de montrer ici que, sous le jour de la théorie nouvelle, les choses se passent comme s'il en était ainsi. Or, l'histoire de l'évolution, interprétée de ce point de vue, nous, apprend qu'en fait la cellule vivante a essayé à tout moment, en toute circonstance critique, non d'un seul, mais de plusieurs moyens pour se garer des dang-ers qui la menaçaient. Il apparaît donc que ces mesures de sauvegarde ont été adoptées, non pas en vertu d'un dessein prémédité qui supposerait un plan concerté^ une intervention métaphysique selon laquelle chaque circonstance hostile du mih'eu susciterait aussitôt de la part de l'entité biologique une réaction appropriée, mais en vertu de décisions brusques et hasardeuses, au gré des inclinations, des idiosyncrasies et selon le degré de force des organismes menacés, selon le pouvoir de transformation variable et incertain dont ils étaient pourvus. Entre ces décisions diverses, entre ces sortes de réactions variées, l'avenir seul a décidé, lesquelles furent opportunes et lesquelles malchanceuses. A l'heure actuelle, le même aléa persiste et, parmi divers moyens de résistance institués par diverses entités et que la science biologique nous fait connaître, la science n'est pas ea
mesure de pronostiquer avec certitude lesquelles prévaudront.
Sans entrer ici dans un détail prématuré, on signalera seulement deux modes de résistance nettement différenciés, par lesquels l'entité biologique a répliqué, réplique actuellement encore à l'hostilité du milieu et en vue de simplifier l'exemple, on ne considérera cette hostilité que sous le seul aspect durefroidissement. Le premier de ces modes est directement physiologique : avec les espèces les plus évoluées, avec l'oiseau notamment, selon la théorie, la cellule vivante s'est constitué des organismes dans l'intérieur desquels et au moyen desquels elle a augmenté son pouvoir calorifique jusqu'au degré où il compense le refroidissement survenu depuis l'apparition de la vie sur le globe, en sorte que, parmi le milieu extérieur devenu hostile, elle s'est créé un milieu clos immédiat pareil à celui qui la fit naître, et où sont maintenues les conditions les plus favorables à sa prospérité. A cette tactique s'en oppose une autre : elle se manifeste avec le perfectionnement des organes cérébraux qui a atteint dans l'homme son apogée, avec le fait de l'intelligence considérée, non pas comme fait de conscience, mais comme pouvoir d'adapter un moyen à une fin. L'homme, qui ne
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peut élever normalement sa propre température au delà de 87 degrés et demi environ, témoigne, à regard de Toiseau, qui élève la sienne jusqu'à 4^ et 44 degrés, d'une infériorité évidente. Mais il compense cette infériorité au moyen du pouvoir dont il est doué de modifier par son industrie, par l'intervention intellectuelle, le milieu extérieur luimême. Par cette intervention, il sait utiliser à son profit,au profit de Tentilé biologique dont il défend la cause, les éléments du milieu extérieur et jusqu'aux forces ennemies du cosmos: il invente le feu, les vêtements, les maisons. Entre ces deux moyens de défense, — les circonstances hostiles s'aggravant, c'est-à-dire la température s'abaissant, — lequel se montrera-t-il le plus sûr et le plus efficace? Jusqu'à quel point, d'une part, les organismes pourront-ils être transformés, jusqu'à quel degré leur pouvoir d'accroître leur propre température intérieure pourra-t-il être porté? Jusqu'à quel point, d'autre part, l'ingéniosité humaine parviendra-t-elle à compenser une infériorité physiologique qui ira s'aggravant sans cesse? Jusqu'à quel point trouvera-t-elle dans le milieu extérieur, à l'état de matériaux propres à être transformés parelle,les éléments utiles à sa conservation? Aléa. Aléa. Faute de pouvoir déduire, parions donc.
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Parions pour l'intelligence humaine, parions pour nous-mêmes, et essayons de calculer notre chance. Un point semble acquis sous le jour de la théorie; rimportance de l'intelligence, l'importance d'une civilisation scientifique. C'est en effet par sa connaissance des lois du cosmos, par son ingéniosité à en tirer parti, que l'homme pourra compenser l'état d'infériorité où il se trouve déjà réduit, où il va de plus en plus être réduit au point de vue de la résistance aux circonstances hostiles par les moyens physiologiques directs. Mais cette importance du développement intellectuel étant reconnue, ou supposé qu'elle le soit, les questions morales vont se poser immédiatement. Quel est le meilleur moyen d'obtenir une civilisation scientifique? Faut-il employer et préparer par un entraînement raisonné la foule des hommes à ce labeur intellectuel? N'y faut il pas plutôt destiner une élite à laquelle la masse sera subordonnée? Démocratie? Aristocratie? Dans quelle mesure ces deux principes, s'il faut qu'ils coexistent, devront-ils se combiner? D'ailleurs, de même que l'exercice de la philosophie, l'exercice de la pensée scientifique exige d'abord que l'on vive. Vivre, de quelle façon? Quelle part dans le développement humain devra être attribuée aux désirs du bien-être matériel,
ET l'indépendance DES MŒURS