‹ La Dépopulation de la FranceChapitre 17 sur 35 · FE · texte numérisé non relu

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La jurisprudence s'affirmail lorsqu'est survenu malheureusement un arrêt de la Cour de cassation (chambre criminelle) à la date du 19 novembre 1910. Cet arrêt a fait abandonner de suite toutes les poursuites assez nombreuses, intentées contre les publications néo-malthusienne. L’audace des néo-maltusianistes n’a plus connu de bornes.

L'arrêt de la Cour d'appel, soumis à la Cour de cassation, avait condamné pour délit d'’outrages aux bonnes mœurs, un publiciste qui avait adressé des prospectus et des annonces offrant de prétendus remèdes abortifs et soi-disant infaillibles.

La Cour de cassation signale qu'elle ne peut relever dans ces prospectus aucune expression obscène, ou contraire aux bonnes mœurs et échappe aux prévisions de la loi.

La Cour de cassation ajoute que quelles qu'aient pu être les intentions des auteurs de prospectus ou de ceux qui les ont distribués, l'annonce de ces remèdes ne tombe pas sous le coup de la loi pénale.

Une loi s'impose donc, punissant la provocation à l'avortement ; mais dès à présent on peut à bon droit s'élonner que seule soit punissable une expression obscène et échappe à la punition l'obscénité elle-même. dite ‘en termes élégants, littéraires, enveloppant de termes choisis, de périphrases, l’objet de la publication : que les termes seuls soient punis, et que le sujet traité ne le soit pas !.….

Un autre arrêt de la Cour de cassation a confirmé la jurisprudence de l'arrêt du 19 novembre 1910. Ce second arrêt est du 25 mars 1911. [1se résume en ceci : L'annonce des substances, médicaments, remèdes destinés à..…., l'indication de pratiques anticonceplionnelles ne constituent pas un délit quand elles ne sont pas accompagnées d'expressions ou de descriptions obscènes ou contraires aux bonnes mœurs.

Cette jurisprudence s'affirmera donc, malgré la divergence résultant de jugements et d'arrêts des Cours d'appel et notamment d'un jugement du Tribunal correctionnel du Mans du 13 juillet et d'un arrêt de la Cour d'appel de Paris, du 22 mai 1944.

Ainsi on à vu que la théorie de Malthus est fausse dans la partie de sa proposition où il établit la loi de l'accroissement de la population : la France est l'exemple vivant de cette fausseté. La seconde

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partie de la proposition de Malthus relative à l'accroissement des substances est aussi fausse que la première.

On sait combien le travail de l'homme fait la terre el crée sa sa productivité, puisque sans ce travail la terre n'est par ellemême rien, ni fertile ni infertile.

On peut soutenir que la terre n’est qu'un substralum inerte, que le travail de l’homme, son industrie de plus en plus perfectionnée, ses connaissances chimiques plus développées, son apport de tous les instants, rendront productif de récoltes. Cette production qui nous apparait maintenant limitée, s'appliquant par la suite, tant aux terres cultivées qu'aux terres immenses encore incultes, rendra infinis les moyens d'alimentation.

Contrairement aux idées ricardiennes qui ont fait leur temps, et qui ne sont qu'un paradoxe, idées que l'américain Carey a si bien réfutées, ce ne sont pas les terres les meilleures que l’on cultive de préférence.

Cette idée de fertilité qui aurait, d'après Ricardo, conduit le choix des hommes, leur a été indifférente :

Et comment d’ailleurs auraient-ils connu à l'avance la fertilité naturelle d'un sol ? Il est si souvent difficile même actuellement de la discerner. En supposant même qu'au commencement de l'humanité le choix a pu se porter sur les terres les meilleures, il est certain que maintenant il parait souvent difficile d'affirmer qu’une terre est en elle-même, absolument meilleure qu'une autre. Elle est meilleure, si l'homme en la travaillant l'a rendue meilleure, s'il a augmenté ses facultés productives ; s'il a modifié scientifiquement ses qualités, s'il a su combiner les trois éléments (silice, calcaire, argile) qui font une terre arable.

Un exemple peut être cité qui prouve que c'est l’homme qui fait productif le sol, qu'en présence de deux sols d'une ferulité différente, il saura corriger les défauts de l’un et le rendre aussi fertile que l'autre et qu'en définitive apparait toujours cette idée exprimée plus haut d'un substratum dont l'homme arrivera à faire ce qu'il veut en vue de son alimentation.

Dans un département où la culture est prospère, l'Aisne, existent deux régions dont le sol est différent. Dans l'une formée des plateaux du Soisonnais, la terre est forte ; ce sont, selon l'expression locale,

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des terres rouges, contenant exactement les trois éléments indispensables à la fertilité et qui ont été énoncés ci-dessus. Ces terres sont éminemment propres à la culture des céréales, et le marché de Soissons est l’un des marchés les plus importants du blé.

Dans une région proche de celle ci-dessus, le Laonnois, les terres sont plus légères, quelquefois sablonneuses, d'une qualité que l’on considère inférieure à celle du Soissonnais.

Et cependant le rendement agricole et alimentaire de ces terres ne le cède en rien à celui de la région soissonnaise. Les terres légères, meubles, sont éminemment propres à la culture de la betterave sucrière, à la production de cet aliment qui est encore à l'aube de son emploi, le sucre. Le cultivateur du Laonnois donne à sa terre de lrès grandes quantités d'engrais minéraux, superphosphate, nitrate de soude, sans compter d'autres engrais provenant de l’industrie, tels que le sang pulvérisé des abattoirs, l’engrais de poisson, les os...

Et ce mode de culture qui donne une éclaircie de ce que l’on peut, et de ce que sera celle de l'avenir, ne se borne pas seulement à la betterave à sucre mais il a comme conséquence forcée la production de céréales. On sait en effet que la production de cette plante sarclée, la betterave, les travaux minutieux et les engrais qu'elle nécessite préparent, presque sans nouveau travail une abondante sole de blé pour l’année suivante, et pour la troisième année une sole d'avoine.

Ainsi une lerre médiocre vaut une terre fertile par la volonté de l’homme.

Le développement de la culture de la betterave et de la produclion du sucre a suivi en France comme en Allemagne, en Russie, en Autriche, en Egypte même, une marche toujours ascendante.

Le sucre est considéré actuellement comme un aliment de premier ordre, non seulement pour l’homme, mais encore pour les animaux ; des expériences l'ont démontré et en laissant de côté l'exagération naturelle qui veut prouver une théorie et qui faisait du sucre une panacée universelle, on peut dire que le sucre aura de plus en plus un emploi considérable dans l'alimentation.

D'une statistique récente, il résulte que les surfaces ensemencées en betteraves s’élevaient pour l'Europe à plus de deux millions d'hectares.

Dans ce chiffre, la France entre seulement pour 234.000 hectares,

l'Allemagne pour près de 470.000, L'Autriche-Hongrie pour 364.000, la Belgique pour 67.000, la Hollande pour 54.000. L'immense Russie pour 675.000, la Suède pour 34.000, le Danemark, pour 22.000, l'Italie pour 46.000, l'Espagne pour 18.000, la Roumanie pour 13.000, la Serbie pour 3.000 environ, et la Bulgarie pour 18.000 hectares.

La consommation intérieure de la France peut-être augmentée, si la France ne peut, par la Conférence de Bruxelles, devenir exportatrice de sucre. Comparativement à d'autres pays notamment à l'Angleterre, le Français ne consomme qu'une faible quantité de sucre, et celte extension de la consommation intérieure de notre pays, peut remédier ainsi à la limitation de l'exportation, qui a été restreinte par des accords internationaux qui sont encore dans toutes les mémoires.

La création de l’industrie si importante et si utile du sucre de betterave est donc un exemple typique à citer de ce que peut l'esprit et l'ingéniosité de l’homme quand il veut créer de toutes pièces de nouvelles ressources alimentaires. 11 faut rapporter les détails de celte création.

L'Angleterre en lutte avec la France avait établi le blocus de nos côtes. Elle... « en était arrivée au commencement de ce siècle (ux°) après la rupture de la paix d'Amiens, à soutenir que la mer appartient au plus fort, à ne plus respecter les droits des neutres, à déclarer un blocus maritime général, que l'on a appelé le blocus sur le papier, et qui consistait dans l'interdiction des places, des ports et des côtes tout entières devant lesquelles elle n'envoyait pourtant pas de forces insuffisantes pour y faire un blocus effectif...» (Garnier).

Quelle situation pour un pays, pour la nourriture de ses habitants, si la balance alimentaire avait été insuffisante pour ce pays!

C'est à .. «cette sauvage el folle politique des Anglais que Napoléon IL‘ répondit par une entreprise grandiose...» et qu'ilconçut le plan d'une représaille gigantesque contre le dessein des Anglais d’anéantir notre industrie. Le décret du blocus continental est daté de Berlin, du 21 novembre 1806. Par ce décret tout commerce et toute correspondance avec les Iles Britanniques sont interdits (art. 1), le décret estconfirmé par un autre décret daté de Milan du 17 décembre 1807.

Ainsi étaient séparés entièrement d'une part l'Angleterre et ses colonies, et d'autre part l'Empire Français (qui comprenait l'Italie) et ses alliés, ainsi que les pays occupés par nos armées, c'est-à-dire

la Hollande, la Prusse, l'Espagne, l'Autriche, l'Allemagne ; et plus tard la Suède et la Russie.

Plusieurs objets de consommation manquèrent. Parmi eux le sucre fit défaut : le sucre qui jusqu'alors ne provenait que de la canne à sucre. Il ne pouvait nous parvenir que par contrebande, très difficilement et en très petite quantité.

On se rappela alors la découverte d’Achard, qui avait su extraire du sucre de la betterave. Cette découverte n’était jusqu à ce moment qu'un sujet d'expériences de laboratoire.

L'impulsion fut donnée à cette nouvelle industrie, une raffinerie fut fondée à Passy, et dès le début, cette industrie donna des bénéfices, outre cet avantage immense de mettre à la portée des Français un objet dont ils craignaient d’être à jamais privés.

Depuis Napoléon I°" l’industrie du sucre de betteraves n'a fait qu'augmenter pendant le xix° siècle, avec à certaines époques des fortunes diverses.

On a vu que cette culture spéciale, cette invention d'un produit créé de toute pièce par l'homme lui donne outre un aliment, le blé, le bétail, c'est-à-dire le pain, la viande.

Vers 1884 la culture des céréales dans les départements qui s’y adonnent était peu prospère, les cultivateurs accablés par les impôts, les exigences de la main-d'œuvre, désertaient dans certains pays leurs fermes qui restaient incultes. Tout cela s'est trouvé changé le Jour où la betterave a été cultivée et où les sucreries ont surgi dans le pays.

« ... Pour ce qui est de l'engraissement des bestiaux, dit un économiste (Achille Mercier) les départements à betteraves empruntent 100.000 têtes aux autres départements. On travaille 7 milliards 1/2 de kilogrammes de racines valant 160 millions de francs. L'industrie en fait 200 millions de francs de sucre, 27 millions de mélasse, 18 millions de pulpe; en tout 245 millions, c’est à-dire plus que la production de la houille et du fer. Veut-on connaitre le nombre d'ouvriers employés ? il y en a 63 mille dans les usines, 110.000 dans les champs. Le sucre emploie 74.000 chevaux-vapeur ; la filature et le tissage n'arrivent qu'à 39.000. Les 100.000 bœufs empruntés aux départements non producteurs de betteraves four. nissent 30 millions de kilogrammes de viande et 2 millions de tonnes de fumiers et accessoires pouvant fumer 100.000 hectares de térre.. >

Telle est en résumé la conséquence de la création de cette industrie alimentaire.

Les tubercules souterrains que produit la solanée appelée la pomme de terre nourrissent bien des hommes et sont. devenus d'une Consommation telle dans le monde, qu’elles peuvent remplacer le pain.

Je ne parle que pour mémoire des autres industries qui en dérivent et qui servent aussi à l'alimentation des hommes, telles que par exemple, les féculeries, les fabriques d'alcool.

C'est à la fin du xvmr siècle que la pomme de terre commença à être cultivée en France. Le nom de celui a qui nous devons ce bienfait est dans toutes les bouches.

En 1793, 35.000 hectares seulement étaient plantés en France. En 1815 on eslime à 315.000 hectares la surface plantée en pommes de terre; actuellement on peut penser que cette surface dépasse 2 mil- Lions d'hectares.

La pomme de terre a fait disparaître la famine en Europe, elle est la base principale, peut-être souvent la seule nourriture, de bien des malheureux de l'Irlande, de l'Ecosse, de l'Alsace, de diverses contrées de l'Allemagne. On estime que 6 kilogrammes de pommes de terre équivalent à 1 kilogramme de farine de froment

L'on peut obtenir 12 à 13.000 kilogrammes à l’hectare avec les variétés potagères et 30.000 kilogrammes avec les variétés à féculerie, et cela avec des travaux, des fumures, des soins relativement moins coûteux qu'une autre culture, car beaucoup considèrent cette plante comme peu exigeante.

Demain l'humanité acclimatera, si elle le veut, quelqu'autre plante aussi ulile, qui maintenant croit à l'état sauvage, dans un coin ignoré de l'Asie ou de l'Afrique.

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On peut concevoir le cultivateur de l'avenir comme un chimiste, un industriel très habile, qui combinera dans le sol les différents éléments qui feront pousser les plantes alimentaires. A l’engrais naturel tiré des animaux, sera substitué toute une série de sels minéraux. Il en est déjà ainsi dans certaines cultures intensives. On sait maintenant que pour décupler la force de la plante, la rendre très vigoureuse pour multiplier ses fruits, l'azote, la potasse, l'acide phosphorique lui sont utiles. On sait qu'en moyenne un sol dont la couche arable ne dépasse pas 30 centimètres contiendra à l'hectare 1.800 kilogs d'azote, autant d'acide phosphorique et le double ou 3.600 kilogrammes de potasse. Il sera facile par l'analyse de voir ce qui manque à un sol donné, et ce qu'on doit lui fournir. Or cet hectare, suivant une analyse scientifique en supposant un rendement

maximum de 40 hectolitres de blé et de 60 quintaux métriques de paille, n'utilisera que 195 kilogrammes d'azote, 76 d'acide phosphorique, et 150 de potasse.

il ne pénètre en France actuellement comme engrais azoté, que 260.000 tonnes de nitrate de soude, provenant du Chili : 55.000 tonnes de sulfate d'ammoniaque y sont ajoutées. et sont produites et consommées en France, avec 20.000 tonnes reçues d'Angleterre.

Le sol français utilise 150.000 tonnes d'acide phosphorique.

150.000 tonnes de sels potassiques seulement sont utilisées en France, alors que certaines cultures, les légumineuses, les pommes de terre, la vigne, la betterave, en demandent bien davantage, non seulement comme engrais proprement dit, mais comme stimulants des engrais azotés ou phosphoriques. Un champ de pommes de terre qui a fourni 10.000 kilogrammes de tubercules, en fournira 26.000 avec un apport de 150 kilogrammes de potasse et 28.000 avec le double ou 300 kilogrammes.

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