‹ La Dépopulation de la FranceChapitre 20 sur 35 · HIDE · texte numérisé non relu

HIDE

blé, avoine, et jachère morte ; ainsi, alors un tiers des terres se reposait (et l'on croyait que cela était indispensable) et était improductif chaque année ; actuellement, la jachère a disparu dans bien des cultures, et l’assolement toujours en principe triennal, est celui de blé, avoine et plantes sarclées (et parmi les plantes sarclées, spécialement la betterave) ; un tiers des terres cultivables se trouve ainsi ajouté aux terres qui étaient cultivées.

Des savants se sont appliqués à développer les facultés producüives de certaines plantes. Ils sont arrivés à des résultats surprenants et bien faits pour nous prouver que la terre, loin d’être vieille et épuisée est encore dans sa première jeunesse de produc- Livité.

Un Français, dans un but commercial a créé par une sélection patiente et continue, des espèces nouvelles de froment. L'une d'elles, inventée dernièrement est digne d'être signalée, car sur douze hectares, et dans une exploitation rationnelle que l’on peut citer, cette espèce a produit 42 quintaux ou plus de 50 hectolitres à l'hectare. La moyenne de toute la France, moyeure qui s'accroit néanmoins d'année en année oscille entre 17 et 18 hectolitres.

La fécondité des plantes alimentaires est extensible d'une façon considérable, sous l'influence des travaux aratoires, des stimulations chimiques.

Un grain de blé, normalement germé, peut produire à un certain moment une quinzaine de tiges, et souvent davantage. Chacune de ces tiges a des racines particulières, et si elle est repiquée, elle donnera à son tour une autre tige et des tiges adventives.

C'est ce que les cultivateurs obtiennent à peu de chose près par le procédé dit de tallage ; au printemps ils roulent ou écrasent légèrement chaque pied de blé, de façon à étendre le pied sur la terre et à faire naître de nouvelles tigelles sans les séparer néanmoins de la tige principale.

Si l'on pouvait comme dans un laboratoire, séparer les tigelles el les replanter, on obtiendrait des résultats surprenants : une expérience faile au xvint siècle, en Angleterre, montra que d’un grain de blé, un an après, on pouvait obtenir 576.000 grains.

Plus récemment un chimiste agronome français, M. Ferrant Bellenoux, poursuivait d'identiques recherches. Il confie à un champ très soigneusement préparé 20 grains de froment le 12 juin 1903. Le 9août, chaque grain a produit de nombreuses ügelles ; il les isole et les repique, le 8 octobre même opéralion,

ainsi que le 13 mai du printemps suivant. Et quand arrive le 30 juillet 1904, chacun des grains a si bien mulliplié qu'il a produit 60% pieds, chargés de 28.388 épis renfermant au total 709.700 grains. » (Jean Liseaux, Le Journal, n° du 4 octobre 1919).

Un professeur, Demtchinsky est, sans séparation de tigelles arrivé à un résultat analogue, Au fur et à mesure qu'une tige, dans l'espèce une tige d'orge s’accroit, il en butte le pied, c'est-à-dire qu'il ramène de la terre au pied de la tige qui ainsi peut nourrir les tigelles.

Aïnsi un grain d'orge a pu êlre semé : trois semaines après que la plante est sortie de terre la tige est buttée. Quinze tiges naissent alors, à la suite de nouveaux buttages le nombre des tiges s'élève à 99, à certain moment elles sont 219, à la moisson il y a 236 tiges, 212 épis et 5 300 grains.

Un cullivateur a inauguré un mode de culture du blé qui révolutionne les idées reçues ; au lieu de semer soit à la volée, soit par rangs serrés, son blé, il laisse entre chaque ligne un espace de 90 centimètres, mais cet intervalle est constamment biné, hersé, travaillé, soigné comme un jardin sans que néanmoins il soit fourni à la terre d'engrais chimiques ou naturels. Il renouvelle la même culture sur les mêmes pièces, chaque année sans jamais alterner.

Son rendement s’est trouvé pour l’avoine de 113 ?/, plus élevé que les cultures avoisinantes ; pour le blé 230 0/,.

Thiers, dans l'ouvrage célèbre où 1l examine le fondement du droit de propriété et les avantages immenses que l'humanité relire de la propriété individuelle, nous fait une description des prodiges que celte propriété individuelle à créés... « L'homme porte avec lui la fertilité ; partout où il parait l’herbe pousse, le grain germe... »

Si donc, dit-il encore, on pouvait imaginer un jour où toutes les parties du globe seraient habitées, l’homme obtiendrait à la même surface dix fois, cent fois, mille fois plus qu'il ne recueille aujourd’hui. De quoi en effet peut-on désespérer quand on voit créer de la terre végétale sur les sables de la Hollande! S'il en était réduit au défaut d'espace, les sables du Sahara, du désert d'Arabie, du désert de Gobi, se couvriraient de la fécondité qui le suit ; il disposerait en terrasse les flancs de l'Atlas, de l'Himalaya, des Cordillères et vous verriez la culture s'élever jusqu'aux cimes les plus escarpées du globe et ne s'arrêter qu'à ces hauteurs où toute végétation cesse... »

SA

Nous l'avons dit : Le solterrestre n’est pas fertile par lui-même. L'homme l’a rendu ainsi, c'est l'accumulation de son labeur sans arrêt pendant des milliers de siècles, c'est l'humus fécond que les générations humaines ont laissé qui a créé les terres cultivées. La terre sans l’homme et avant lui n'est rien : c'est la brousse, ce sont les marécages, c'est la forêt, ce sont les maladies, les fièvres, c’est la vie précaire, c'est la mort. La terre reçoit de nous toutes ses qualités, semblable d’ailleurs au reste de tous les objets qui nous entourent, qui ont une substance impérissable, et auxquels nous nous bornons à donner des modifications, des formes, des qualités.

L'exemple le plus connu de la terre faite par l'homme est celui de la Chine qui nourrit 400 millions d'habitants. Entre deux fleuves le Hoang-Ho et le Yang-Tsé-Kang, se trouvent d'immenses étendues sablonneuses, Ces sablesnourrissentune population de 150 millions d'habitants avec une densité de 1.500 habitants au kilomètre carré. Dane celte région, les moindres parcelles de terres sont cultivées avec un soim infini par des familles où tous, hommes, femmes, enfants contribuent à cette culture. Quand la terre est labourée chaque motte de terre est appréhendée par les doigts des membres de la famille, émiettée, ameublée à l'extrême. Dans cette terre ainsi ameublée le laboureur sème grain par grain, au moyen d’un semoir rustique mais ingénieux, le blé, le riz, le coton, qu'il recouvre Immédiatement, et dont aucune parcelle n’est perdue.

Le x x

Un économiste illustre, J. B. Say, a posé en principe dans une phrase célèbre que ce n’est que lorsqu'il existait'les aliments nécessaires que les hommes naissaient et s'accrotssaient,.

Il faut renverser hardiment cet axiome et dire au contraire de J. B. Say : « Chaque fois qu'il naît un homme, la nature pourra.produire un pain... »

L'homme vient dans des parties de la terre encore incultes, couvertes de forêts inutiles, souvent malsaines, nuisibles. Aussitôt que l’homme est venu, qu'il s'est attelé au travail, qu'il a dépensé ses forces, son intelligence, il a été récompensé de ses efforts par des moissons.

L'Afrique était devenue à un certain moment par le travail de ses habitants le grenier de Rome. Elle est devenue stérile quand sa population s’est raréfiée.

Elle est devenue à nouveau la terre productrice quand elle à été plus peuplée et que l'homme a consenti à travailler à nouveau.

Dans les parties tropicales du monde, avant la venue de l'homme,

la terre est couverte de terres inutiles, de marécages ; l'homme la défriche et les produits de la région viennent le récompenser. Ce sera selon la latitude, le café, le cacao, le caoutchouc. L'homme cesse son travail, la terre redevient stérile ; un an après, à peine, il n'existe plus rien de ce qui a été obtenu, la forêt vierge a repris sa terre et l’a rendue inféconde.

D'immenses espaces au Canada manquent d'hommes : l’on provoque l’émigration des Européens dans ce pays pour le peupler et le rendre fertile. D'immenses espaces attendent le travail humain dans différentes parties de la terre, et plus particulièrement dans l'Afrique.

Toutes nos espèces qui nous paraissent absolument indigènes sont des nouvelles venues sur notre sol.

Citons encore quelques exemples :

Tous les vers à soie de l'Europe proviennent de quelques œufs rapportés par des pélerins. Les vers à soie n'existaient qu'en Chine. Il était rigoureusement interdit d'en faire sortir de l'Empire : des moines grecs en rapportèrent dans des bâtons creux à Constantinople, et de là dans toute l'Europe,

Les moutons mérinos sont chez nous aussi le résultat de la volonté, et dès lors que nous avons voulu en avoir, nous en avons eu.

Les moyens d'exploitation se sont perfectionnés d'une façon étonnante. Autour de nous, n’entendons nous pas dire par des entrepreneurs d'industrie, talonnés par les grèves, qu'il leur est facile de remplacer dix hommes, quinze hommes par une seule machine

erfectionnée, qui ne demandera plus qu'un homme pour la conduire ? Autrefois la culture du blé se faisait dans des conditions telle qu'elle exigeait bien des bras. Aujourd'hui un semoir à rayons ayant jusqu'à 10 et 15 rayons, remplace 5 hommes qui sémeraient à la volée. Une moissonneuse lieuse remplace 5 à 6 hommes qui faucheraient, lieraient les gerbes de blé ; elle est conduite par un seul homme ; des machines encore plus perfectionnées coupent àla fois le blé, le battent, l'ensachent et sont utilisées dans les plaines de l'Amérique,

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