LA MENTALITÉ FRANÇAISE
C'est la mentalité française qui est devenue hostile aux familles nombreuses et aux enfants.
Peut-être pour l'expliquer peut-on supposer qu'elle est devenue telle par le lent travail des causes multiples qui ont été énumérées ci-dessus. Ce serait là son excuse. Cette mentalité se révèle à chaque instant.
Il semblerait que la Révolution Française ayant créé l'égalité politique, sans créer d'autre égalité, chacun de nous essaie depuis plus de cent ans, d'établir à son profit l'égalité économique, par le lent travail d'accession à une situation plus aisée. Ce lent travail de tous les moments à consisté notamment à restreindre les dépenses el le nombre des enfants.
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La littérature a déjà bien souvent dépeint le bourgeois français, le bourgeois de la majeure partie de nos vieilles villes de province, le bourgeois que l'on a appelé, s'il est permis de rappeler cette expression commune, le bourgeois « bas de laine ». IL n’a pas une très grande ambition, il s'embarque peu dans une entreprise, il se relire du mouvement des affaires généralement jeune, avec des ressources ordinaires et c'est alors que commence sa fortune. Il ne | dépense pas ses revenus, il les accumule chaque année, il vit quelquefois du revenu de son revenu : sa fortune s'accroit ainsi selon une progression rapide, une multiplication forcée et mathématique bien que ces revenus soient d’un taux peu élevé, mais absolument sûr. Et quand il meurt, sa fortune a doublé, triplé, sans qu’il ait rien entrepris, rien exposé, rien fail pour ce résultat.
Il en est qui s'applaudissent de cette manie d’accumulation, qui fait des Français les prêteurs du monde entier, sans qu'ils donnent à leurs capitaux sur le sol natal, l'emploi que ceux-ci méritent,
Le rôle de prêteur a ses inconvénients ; ces prêts ont créé les outillages des peuples qui sont nos concurrents sur le marché du monde et qui ferment leur porte à notre exportation, dès qu’ils peuvent utiliser ces outillages ; ils servent à acquérir et à forger des armes contre nous, et bien souvent les débiteurs contre lesquels il n'existe aucun moyen de coercition sont devenus insolvables.
N'avoir pas d'enfants ou en avoir très peu, rentre dans cette mentalité. Les enfants sont une cause de dépenses qui empêchent l'accroissement du capital du père prévoyant, qui veut devenir riche ; les enfants nécessiteront une maison plus spacieuse, ils troubleront cette vie calme, sans émotion, sans succès, par suite sans revers, où se complaît la bourgeoisie de notre pays.
Ainsi donc les ménages français s’effraient des dépenses et des multiples petits inconvénients d'une famille nombreuse, d'enfants dont le nombre dépasse la moyenne que nos compatriotes se fixent. Ces inconvénients qui impressionnent tant, sont nombreux mais bien infimes. Pour la femme, une naissance nouvelle sera l’'empéchement de sortir, de diner chez des amis, d'assister à des soirées, à des bals, d'aller même en voiture. Et cet inconvénient durera plusieurs mois avant la naissance, peut-être aussi plusieurs mois après cette naissance. Pour le père et la mère ce sera, avec les dépenses forcées, le vacarme dans leur domicile, presque toujours le désordre des objets, l'aspect mal ordonné de tout ce qui les entoure, meubles, objets de toute nature; s'ils sont épris d'ordre matériel et de rangement de leurs meubles, ils souffriront. Et puis les préoccupations de toute nature les assailleront, et ils s’en effraieront plus qu'il ne convient, au lieu de regarder avec un visage souriant les multiples difficultés de l'existence ; ils souffriront de petites privations ; on peut citer ce ménage qui, malgré tout son courage elsa joie d'une nombreuse postérité, souffrait atrocement de choses minimes, telles, que d'être obligé pour réduire les dépenses, de voyager en troisième classe, en chemin de fer, quand ils voyaient à côté d'eux leurs amis, qui n'avaient qu'un enfant, voyager en première.
Et cependant la privation de certaines choses pour un idéal élevé, est une jouissance plus intense que celle de ces choses elles mêmes.
Est-il cependant possible que l'existence ou l'absence de notre
descendance dépendent de choses aussi minimes, aussi futiles ! La naissance d'hommes est-elle donc arrêtée par des considérations aussi mesquines ? |
Si autour de lui, le père voit des choses qui le choquent et l'irritent par instant, s'il vit au milieu du désordre matériel de ses meubles, de petites contingences, s'il doit quelque peu se priver el réduire certaines dépenses el certains plaisirs, il peut aussi s’isoler et se retirer dans le jardin intime et caché de son âme, monde dans un autre monde. Dans ce jardin il cultivera des fleurs merveilleuses et pleines de mystère. Ce sera la vision des siens qui subsisteront après lui, et qui feront que son nom et son souvenir ne sont pas abolis; que dans des années très éloignées, il subsistera encore beaucoup de lui ; c'est l'idée qu'il vit une vie plus noble que ceux qui calculent à tout instant ; qu’il est semblable à ces chefs de familles aristocratiques d'autrefois, qui existent encore dans quelques pays étrangers, fiers du nombre de leurs fils; qu'il sera vénéré de ses enfants, car le père d'un seul enfant doit aller à cet enfant, à son cœur, pour se ménager son affection, tandis que pour le père de beaucoup d'enfants, ce sont les enfants qui vont à leur père : ce sera la vue de l'avenir qui nous fait oublier nos déboires d’un instant, l'idée que le véritable créateur est le créateur d'humanité, celui qui, dans ses enfants, compte réaliser tous ses propres espoirs et tous ses rêves, el qu'on ne laisse après soi de certain que sa descendance :
Ce père se souviendra des veré de poète :
… Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent;
Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front: Ceux qui, d'un haut destin gravissent l’âpre cime ; Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime, Ayant devant les yeux sans cesse nuit et jour,
Où quelque saint labeur. .
Vicror HuGo.
Qui peut prévoir l'avenir? Ce père avec ses enfants nombreux est
peut-être l'ancêtre de l'homme qui vaincra la maladie et la guerre, qui reculera les bornes de la vie humaine.