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Si nous lisons les recommandations imprimées en tête des livrets de queiques caisses d'épargne, nous voyons poindre les considérations auxquels cèdent les conseils.
Nous lisons par exemple ceci : ‘
«.… Le livret de caisse d'épargne procure au déposant, la sécurité dans le présent, et l’aisance dans l'avenir... 2 francs économisés et placés chaque semaine, pendant 10 ans forment un capital de 1.250 francs... La pratique de l'épargne préserve de bien des vices, elle provoque les habitudes de travail, de sobriété et de réflexion.
L'appel à la réflexion est entendu par les Français et trop entendu, surtout dans des choses où la réflexion n'a que faire.
L'idée d’an enfant unique, épargnant, épargnant toujours se révèle jusque dans les monuments luxueux qui servent aux caisses d'épargne, et qu'elles se construisent avec leurs disponibilités. Au fronton de l’une d'elles, vous voyez l'Epargne qui semble protéger et conduire par la main un enfant unique. Divers attributs allégoriques accompagnent ce groupe. L'abondance, la richesse même sont promises à cet enfant, né de parents qui ont réfléchi toute leur vie et qui lui-même réfléchira.
La prévoyance poussée à l'extrême peut se révéler également par le nombre des assurances contre l'incendie contractées dans un pays. Dans ses recherches statistiques sur la tendance à une moindre fécondité des mariages, Tallqvist, économiste Finlandais, a remarqué que les assurances contre l'incendie étaient le plus nombreuses dans les départements français où la natalité était en décroissance.
Il y a cependant dans la comparaison, dans un même département, du nombre des naissances et du nombre des assurés, des causes d'erreur, L'idée de conserver le bien acquis péniblement et après l'avoir acquis de le préserver contre le feu, montre une prévoyance intelligente ; mais d'autres motifs obligent à assurer des immeubles et des meubles : un créancier qui a des gages hypothécaires sur une construction et sur les meubles qui s'y trouvent obligera toujours son débiteur à assurer l'objet du gage, pour que sa créance ne soit pas compromise en cas d'incendie. Les débiteurs sont nombreux, et de cetle façon, on remarquera que ce sont des débiteurs, des gens pour la plupart pauvres, qui comme pauvres ont des enfants, qui assurent leurs biens en plus grand nombre.
Quoi qu'il en soil, l'idée d'assurance contre l'incendie est une idée de prévoyance.
Toute autre est la conséquence que l'on pourra tirer des assurances sur la vie. Si parmi elles il en existe beaucoup constituées par un époux au profit de son conjoint, la majeure partie est créée par le père de famille au profit de ses enfants. C'est un fonctionnaire qui à des ressources viagères, ressources qui finiront. quand il sera mis à la retraite ; c’est un homme exerçant une profession libérale, qui lui assure des revenus, revenus qui mourront avec lui, il a des enfants et il veut que ses enfants aient un capital: il contractera une assurance sur la vie. Il pourra contracter des assu-
rances dites dotales, qui seront payables au moment ou l'enfant s'établira.
Ainsi, pour les assurances sur la vie, il s’allie dans la pensée du père, une généreuse idée de famille créée, et une pensée de prévoyance pour cette famille. Loin d’être un phénomène co-existant avec la restriction de la natalité, l'assurance sur la vie est la preuve que l’on ne craint pas d'élever des enfants et qu'on veut les pourvoir d’un patrimoine.
Si l'on compare la fortune possédée par un Français à celle pos sédée par un étranger, on remarque ce qui suit :
En France, les valeurs assujetties, en 1910, aux tarifs successoraux des lois des 95 février 1901, 30 mars 1902, et 8 avril 1910, et soumises par conséquent au régime fiscal de la loi de 1901 se sont élevées à 5 milliards 688 millions 200.043 franes.
Le passif déduit à atteint 368.217.663 francs.
Restait un actif net imposable de B.319.982.380 francs.
Si l'on suppose que la vie moyenne d’un homme est de 33 ans, l’annuité successorale ci-dessus, multipliée par 35, donnerait la fortune de la France. C'est le moyen employé par des économistes pour obtenir une évaluation de la fortune de la France.
On obtiendrait ainsi le chiffre de 186 milliards 499 millions 383.300 francs.
Mais ce chiffre doit être modifié et augmenté par les considéra tions suivantes :
L'annuité successorale ne comprend jamais l'actif appartenant à des administrations d'intérêt général, telles que l'Etat, les villes, les hospices, les bureaux de bienfaisance, les associations d'utilité publiques qui né meurent jamais.
L'annuité successorale est réduite par les fraudes, ou ce qu’on a appelé l'évasion fiscale, fraudes qui se mulliplieront de plus en plus, à mesure que les droits fiscaux seront plus élevés, et que le contribuable aura plus d'intérêt à dissimuler son actif.
Des économistes ont évalué la fortune de la France par d'autres procédés : ils sont arrivés au chiffre de 250 milliards environ.
La répartition de l'actif déclaré dans ies successions pendant une année donnée (par exemple 1910) à été la suivante, indiquant bien l'état de division des fortunes françaises.
Pour un actif de 1 franc à 500 francs, il y a eu 98.657 successions déclarées donnant un actif total de 24.575.055 francs.
Pour un actif de 50i francs à 2.000 francs, 95.590 successions avec un actif de 120.662.591 francs.
De 2.001 francs à 10.000 francs, 104.713 successions soit en sommes : 533.354.167 francs.
De 10.004 francs à 50.000 francs, 45.529 successions donnant un actif de 970.347.055 francs.
De 50.001 francs à 100.000 francs, 7.651 successions formant un actif de 528.353.148 francs.
De 100.001 francs à 250.000 francs, 4.651 successions formant un aclif de 724.499.454 francs.
De 250.001 francs à 500.000 francs, 1.706 successions donnant un actif de 542.912.962 francs.
De 500.001 francs à 1 million, 785 successions soit en sommes : 542.912.962 francs.
Del million à 2 millions, 383 successions, donnant 472.425.379 fr.
De 2 millions à 5 millions, 142 successions, soit en sommes : 424.298.387 francs.
De 5 millions à 10 millions, 29 successions, soit en sommes : 200.930.918 francs. ;
Et de 10 millions à 50 millions, 10 successions donnant un actif de 190.704.343 francs.
En 1910, 373.801 personnes décédées possédaient donc un actif.
Et si l'on retranche de ce chiffre les successions négatives, c'està-dire celles où le dassif dépasse l'actif, il y avait 359.836 personnes possédant un actif net.
Des personnes décédées il faut retrancher tous les mineurs qui n'ont pas encore eu le temps d'acquérir un patrimoine.
M. Jacques Bertillon a fait la statistique, selon l'âge des personnes décédées en 1906 et qui possédaient un héritage, comme il a établi la comparaison de la fortune de chaque français avec celle des autres peuples d'Europe.
Voici les résultats par lui obtenus :
Pour les personnes de moins de 95 ans, en 1906, il y eut 220.632 décès, sur lesquels les possédants étaient au nombre de 14.052 soit 6 rs
Pour les personnes âgées de 25 à 40 ans, il y eut 69.698 décès : près de la moitié de ces 69.628 personnes, ou 31.949, ou 46 °/o possédaient un actif.
De 40 à 50 ans, il y eut 58.542 décès ; plus de la moitié soit 36.261, ou 62 °/, étaient propriétaires.
De 50 à 60 ans, sur 76.692 décès, 56.707 de ces personnes décédées ou 74°}, possédaient.
De 60 à 70 ans les décès sont au nombre de 121.227 et les possédants de 85.712 ou 71 °/,.
De 70 à 80 ans les décès s'élèvent à 149.119, les possédants à 89.560 ou 60 °/,.
Au-delà de 80 ans, les décès sont de 84.356 avec 42.076 possédants ou 50 °/,.
D'autre part après 40 ans, d'après M. Jacques Bertillon, en 1907, en France, sur 1.000 décès, 364 personnes possédaient de 2.000 à 2.500 francs et 130 de 10.000 francs à 12.500 francs.
Chaque succession représentait en moyenne 11.608 francs.
En Italie sur un même nombre de personnes décédées, 130 seulement possédaient de 2.000 à 2.500 francs et 37 seulement de 10.000 francs à 12.500 francs.
La moyenne est de 3.580 francs.
En Espagne sur 1.000 décès, 202 personnes ont de 2.000 à 2.500 francs et 45 ont de 10.000 à 12.500 francs. La moyenne est de 3 837.
En Hollande toujours, sur le même nombre de décès, 218 personnes ont de 2.000 à 12.500 francs, et 137 de 10.000 à 12.500 francs avec une moyenne de 16.766 francs.
En Belgique, sur 1.000 décès, 278 décédés possédaientde 2.000 à 2.500 francs et 106 de 10.000 à 12.500. La moyenne est de 8.020 francs.
En Angleterre sur 1.000 personnes défuntes, 186 possédaient 2.500, et 88, 12.500 francs avec une moyenne de 21.008 francs.
En Alsace-Lorraine 399 personnes ont 2.500 francs, et 109, 12.500 francs. La moyenne est 8.300 francs (et 11.228 en 1908).
En Roumanie, 72 personnes ont de 2.000 à 2.500 francs et 15 de 10.000 à 12.500 francs : moyenne 1.508 francs.
La moyenne en Autriche est de 3.922 francs.
En Allemagne en 1990, la moyenne des fortunes déclarées n’est que de 9.200 francs.
M. Jacques Bertillon a démontré que là était la richesse et l'aisance, là était la natalité restreinte.
Or Paris (pour la période de 1886-1896) dans les arrondissements très pauvres, sur 1.000 femmes de 45 à 50 ans, la natalité légitime est de 140,4, illégitime de 66,4.
Dans les quartiers pauvres de 128.9 et de 54.#.
Dans les quartiers aisés de 114.2 et de 41.7.
Dans les quartiers très aisés de 98.7 et de 38.6.
Dans les quartiers riches de 93.9 et de 24 5.
Et dans les quartiers très riches, de 69.1 et de 13.4.
Si dès qu'un Français a une âme de propriétaire qui veut accroître, toujours accroître son bien, il restreint volontairement sa descendance, cette mentalité est commune au Français qui possède etau Français qui se range parmi ceux qu'il appelle les intellecsuels, les classes élevées, les dirigeants.
Il faut entendre par classes dirigeantes non plus la noblesse, qu'elle soit la noblesse d'origine antérieure à 1789 ou la noblesse impériale.
Cette classe de notre société où d'ailleurs les usurpations sont si nombreuses n'a aucune influence et aucun prestige. Elle s’est voloutairement trop tenue en dehors de tout.
Nos classes intellectuelles sont les artistes, les grands industriels, les commerçants, les littérateurs, les hommes politiques, les fonclionnaires de tous ordres, les professeurs de facultés, les magistrats, les militaires.
Chez tous, l'abaissement de la natalité est visible.
Il vous suffira de faire une enquête autour de vous, et de rechercher combien les ministres, les membres du Sénat et dela Chambre des Députés ont d'enfants.
Le 28 mars 1913, un député pouvait dire publiquement :
«... Jene sais si la bourgeoisie est néo-malthusienne ; mais ce que nous savons fort bien c'est qu’elle n’a pas d'enfants. Pour le vérifier il nous suffit de nous retourner vers les bancs des ministres, vers les bancs du Sénat et de la Chambre. Pour dix-neuf citoyens, nous trouvons seulement dix enfants... »
Ainsi la société dirigeante vers laquelle se tournent tous les regards, qui sert d'exemple, n’a pas d'enfants.
C'est que pour elle, les préoccupations terre à terre qui existent pour les possédants sont identiques.
La naissance d'enfants est une gêne, un retard vers l'accession à une situalion plus élevée : une préoccupation, un souci, tandis que l'intellectuel n’a et ne doit avoir qu'un souci : arriver et penser tou- Jours au moyen d'arriver.
Avoir des enfants est une dépense pour le fonctionnaire qui débute, qui ne peut avoir un logement spacieux, qui est appelé à changer de résidence, dont la femme doit recevoir chez elle avec un certain luxe, les collègues et les supérieurs de son mari,
Dans ce milieu de fonctionnaires, un diner, plusieurs dîners donnés, un costume coûteux pour la femme pour faire des visites ou assister à un bal officiel, doivent empêcher la naissance d’un enfant.
Une enquête a été faite en 1908 par un journal.
Cette enquête s’est apliquée à 445 personnes notables. Ces 445 no-
me LT
tabilités avaient 575 enfants. Ainsi les 445 ménages représentent 890 personnes ; ces 890 personnes, à la génération suivante sont représentées par un nombre d’un peu plus de ia moitié.
On voit la conséquence de cette situation.
Ces membres de la classe dirigeante sont appelés à faire les lois, à les discuter, à créer l'opinion dans un sens ou dans l'autre.
Comment pourront-ils enrayer la dépopulation quand ils ignorent eux-mêmes le devoir social d'avoir des descendants ?
Comment restreindront-ils, dans les lois juridiques, fiscales, militaires, les charges écrasantes des pères de familles nombreuses, eux qui ignorent ces charges ?
Cette situation faisait ainsi définir notre pays par un étranger :
« Le gouvernement français est un comité de célibataires, dirigeant un pays qui se dépeuple.., »
Ainsi les conséquences de l'état d'âme des gouvernants sont visibles et ne se font pas attendre.
Cette habitude de tout faire pour toutes les misères, pour les pauvres, pour les vieillards, pour les malades, pour les infirmes, et de restreindre les dons quand il s'agit des enfants, est visible quand ont lit les budgets des villes et des départements.
C'est donc en vain qu'un député proclamait, en pensant aux enfants, qu'ils sont les forces de l'avenir : «oui, ce sont les nations imprévoyantes, celles que commencent leur effort de solidarité social par l'organisation de l'assistance aux vieillards ; celles qui ne réservent pas la plus large part de leurs ressources financières aux secours aux enfants, à ceux qui doivent consliluer demain la force vive du pays.
« … L'assistance effective à la maternité, aux familles nombreuses, est la réforme sociale qui s'impose le plus aujourd'hui à la conscience éclairée des assemblées municipales et du parlement...»
Un exemple concret de l'oubli dans lequel les assemblées laissent les enfants, la maternité, pour ne penser qu'aux vieillards, aux malades, etc..., est le suivant :
Il résulte des budgets du département de la Seine et de l’assis-
tance publique à Paris (Ambroise Renpu, Le Journal, n° du 6 septembre 1910) que : |
130 millions sont dépensés annuellement par ces deux organisations, en œuvres d'Assistance aux vieillards, aux malades, aux enfants aux femmes.
Sur ces 130 millions la part contributive du département est de 50 millions, celle de la ville de Paris et de l’Assistance publique est de 80 millions. Voyons ce qui sur ces sommes considérables, revient aux enfants et aux mères.
Dans le budget départemental il est alloué seulement 145 millions (exactement 15.854.278 francs) aux œuvres relatives aux enfants et aux enfants assistés.
Quant au budget de la ville de Paris, sa part pour les enfants est bien ruoindre. Elle s'élève à un peu plus de 3 millions (exactement 3.372.224 francs).
Soit donc au total pour les deux budgets, près de 19 millions sur 130 millions.
Ces 19 millions s'appliquent à une population de 3.900.000 habilants.
Si l’on analyse le budget de la ville de Paris on verra quelles sommes minimes sont réservées aux œuvres intéressant les enfants.
On donnera aux enfants assistés. . . . . . . ... 9 054.9%4 fr. Pour la préservation des enfants contre la tuber
CUIUSE da A EE SARA RP Re 18.000 fr.
Pour subvention pour lait stérilisé . . . , .... 3.000 fr. Peur créations dé’Crèches PRE PEER RE 35.000 fr. Pour allocation à des femmes veuves ayant des
enfants nombreux à leur charge "PT 360.000 fr.
(Quant aux pères et aux mères qui ont des enfants nombreux à leur charge, s'ils ne sont ni séparés ni divorcés, ils n'ont rien et il n'est pas question d'eux).
Pour secours de grossesse à des indigents. .. 100.000 Pour secours d'allaitement. : ........... 217.600 Pour lés'erchesg een re 167.450 Pour les dispensaires d'enfants malades. . 98.400 Pour les asiles de femmes... 321.830
En outre il existe des maternités et hôpitaux spéciaux pour enfants. Il serait intéressant de savoir combien d'enfants a chacun des conseillers municipaux de Paris.
Et cependant par les œuvres de bienfaisance et d'assistance, il esl facile de sauver bien des naissances et d'enrayer un peu la dépopulation.
. € Sur 100.000 de ces petits êtres qui meurent tous les ans, on peut en sauver la moitié (Ambroise Rendu) ».
.… «De 1906 à 1907, le progrès pour les bébés de moins de 2 ans était de 32 °/,, alors que la mortalité des adultes de 29 à 35 ans diminuait de 16 pour 1000 en une seule année... »
… « D'une année à l'autre, le tribut infantile payé à la mort tom-
Si nous ne voulons plus avoir d'enfants, si le courage manque au Français pour les élever, qu'au moins il protège ceux qui naissent et celles des Françaises qui n'ont pas reculé devant leur devoir humain. Nous le pouvons : mais il faudrait que ceux qui sont appelés à délibérer et à décider sachent ce que sont des enfants, aient des enfants.
On cite fréquemment une anecdote, qui montre que même ceux qui s'occupent des enfants, et du problème de notre dépopulation, quand il s'agit d'eux-mêmes, de l'exemple à donner, montrent la mentalité générale des français.
Si quelqu'un s’est occupé de la natalité française, des causes de son abaissement, des remèdes à apporter à ce problème, c'est M. le sénateur Piot.
M. Piot présidait une commission de la dépopulation au Palais du Luxembourg dont les fenêtres donnent sur cel immense jardin où s’ébattent aux heures de récréation, dans l'air et au milieu des fleurs, tant d'enfants.
Un jour M. le sénateur Piot, au milieu de la délibération de cette commission se plaignit presque violemment du bruit fait par les jeux des enfants ; on dût prendre des dispositions pour qu'il ne soit plus troublé par ce bruit.
Le remède à la situation déplorable résultant de l'abaissement de notre natalité est unique, et il n'y a pas à multiplier les recherches pour remonter le courant. Ce remède se résume en ceci:
Changer d'âme, avoir des enfants, être heureux d'en avoir, les supporter chez les autres, el insensiblement changer loutes les causes qui empêchent leur naissance.