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Nous comptons pour les monopoles d'État, les Postes et Télégraphes,iles Téléphones, un certain nombre de bureaux, d'employés, d'installations.
Avec ces éléments, dont la rémunération constitue les frais généraux, le nombre de lettres expédiées annuellement en France s'élève à 1 milliard 560 millions, le nombre des télégrammes à 50 millions 500 mille.
Si vous supposez que notre population passe brusquement de 40 millions à 60 millions, il n'est pas téméraire de dire que les receltes augmenteront dans les mêmes proportions. Et pourtant il ne sera pas nécessaire d'augmenter le nombre des bureaux et le nombre des employés d'un tiers. Chaque jour, l'employé manipulera automatiquement quelques lettres de plus, il sera envoyé des télégrammes plus nombreux, un fil télégraphique installé, un cable transmeltra aussi bien soixante dépêches que quarante, 1l ne faudra jamais qu'un fil.
La réduction des taxes postales a été la démonstration de cette
vérité. Lorsqu'une réduction de ces taxes est opérée la recette nette subsiste la même. Or il est évident que c'est par l'accroissement des correspondances. Ainsi donc, les organismes n’ont pas été augmentés, et les recettes ont subsisté, mettant dans le public el versant à Lous une augmentation de richesse égale à la réducton. | 6
Bien mieux, les recettes augmentent, et jamais les prévisions n'ont été déçues ; en sorle que si l'on a supposé ci-dessus un simple maintien des recettes, c'est pour prendre l'exemple le moins favorable à la démonstration, et donner plus de force à la théorie.
L'extension de l'utilisation d'un service public, d'un outillage commun, l'augmentation des recettes produites par cet outillage ne nécessitent pas l’augmentalion des frais de premier établissement el les frais généraux.
Et l'augmentation de l’utilisation de cet outillage sera l'augmentation de la population, avec son cortège d'extension forcée de l'industrie, du commerce.
Pareil raisonnement s'appliquera à d’autres biens dont nous jouissons en commun, ce sera par exemple les canaux, les rivières navigables, les ports, les routes. Il est presque inutile de dire que les frais-d'entretien comme le capital d'établissement ne seront pas augmeutés, parce que beaucoup de bateaux sillonneront nos canaux et nos rivières, aborderont dans nos ports, parce que beaucoup de piétons, de voitures, d'automobiles parcourront nos routes.
Lors de l'invention de la locomotion automobile, nos routes françaises étaient absolument identiques à ce qu’elles sont aujourd'hui. Puis est survenue cette découverte, et ces routes sont ainsi incessamment parcourues d'une extrémité de la France à l'autre par les voitures sans chevaux. La circulation x été ainsi développée, augmentée dans des proportions immenses, créant ainsi une nouvelle richesse, une nouvelle facilité de créer des ullités ou des agréments, qui, eux aussi, sont une richesse économique étant l'occation d'une nouvelle perception d'impôt.
Et cependant, 1] faut le redire, il n’a rien été fait sur ces routes ou très peu de chose. Voici done un outillage devenu productif dans une mesure plus considérable, sans augmentation de dépenses. Tant il est vrai que Île bénéfices net des choses augmente seul, quand une chose où une industrie est utilisée davantage.
Et si nous supposons que la population de notre pays est plus
dense, il sera fait encore plus d'usage de cet outillage AE sans augmentation de frais ; il sera ainsi créé des utilités de plus en plus nombreuses.
Un phare installé dans un endroit dangereux, brille et avertit au loin les navires, des écueils à craindre. [1 avertit aussi bien cent navires qu'un navire : c'est presque une naïveté de le dire. Pour un seul navire, ce phare sera une dépense énorme, pour cent navires, il sera une dépense insignifiante.
La main-d'œuvre manque à l'industrie : une quantité d'étrangers vivent en France comme ingénieurs dans nos usines ; à Paris, une grande partie des domestiques d'hôtel et de cafés sont allemands.
Mais c'est dans l'industrie agricole que la rareté de la main. d'œuvre est visible, Par l'infinie variété des travaux des champs, il est impossible d'utiliser les machines comme dans les autres industries, et l’on doit avoir recours au travail musculaire. Une machine fait un travail simple qu'elle répèle un grand nombre de fois. Elle ne peut donc rendre que de faibles services dans une exploitation agricole. Il faudra donc des ouvriers.
Déjà dans bien des régions il ne peut-être salisfait aux travaux des champs avec les ouvriers de la localité. Chaque année à l'époque des semences, surtout dans les régions qui cultivent la betterave à sucre, il est fait appel à des ouvriers belges, ou plus rarement aux ouvriers du nord, dénommés camberlots, du nom de leur pays d'origine le Cambresis. Ce sont donc surtout des ouvriers belges qui viennent chez nous. À l'époque de la moisson, ils reviennent en bandes, quand il ne sont pas restés dans la localité dans l'intervalle des semailles et de la récolte. Il existe à Paris des agences spéciales, où s'adressent les cultivateurs. Sur une simple demande, il est envoyé à ces cullivateurs une équipe d'ouvriers belges. Ces ouvriers retourneront dans leur pays, la moisson faite avec le produit de leur travail, produit qui devrait rester en France. Ils dépenseront ces gains en dehors de la France. Déjà même, les ouvriers belges sont insuffisants : on doit faire venir dans les fermes des ouvriers polonais.
On s’est ingénié à trouver des conséquences à la raréfaction de notre population, Ces conséquences sont multiples, variées. Beaucoup d'entre elles n'apparaissent pas et ne sont pas connues. Nous travaillons, nous peinons, notre labeur est plus grand que celui des autres peuples : nous ne voyons pas qu'elle en est la cause. Ainsi, nos admirables qualités qui devraient nous procurer une prospérité inouïe dans le monde sont en partie perdues et annihilées.
Quelques exemples montreront quelle répereussion peul avoir notre faible natalité sur notre richesse nationale, quelles pertes uous faisons. C’est au docteur Bertillon que l'on doit d'avoir mis en lumière que la dépopulation de la France rend la plupart de nos traités de réciprocité très onéreux pour la France.
Ainsi avec des pays voisins, on a conclu des traités relatifs aux accidents de travail dont sont victimes les ouvriers. Par ces traités, par exemple, les Italiens travaillant en France ont droit aux mêmes indemnités que celles accordées aux ouvriers français. Mais 1l y a en France plus de 326.000 Italiens, et il n’y a en Italie que 7.000 Français, soit 47 fois plus. La charge que nous supportons sera donc 47 fois plus élevée que celle que supporteront nos voisins.
«… La convention a donc pour effet de faire sortir de France un certain nombre de pièces de 20 francs, pour remplacer chacune d'elles par la 47 partie de sa valeur, c'est-à-dire par 43 centimes... »
Pareil exemple est tiré d'un autre paysvoisin. Un traité a été conclu avec le Grand Duché de Luxembourg. Il existe en France plus de 21.000 Luxembourgeois, alors que 1900 Français, à peine, sont installés dans la Principauté. En suivant le raisonnement déjà établi pour les Italiens, les 20 francs que nous versons, nous sont reslitués sous forme de pièces de deux francs.
Lss Belges en France sont au nombre de 321.000. [n'y a que 56.000 Français en Belgique. Les 20 francs dépensés par la France lui sont rendus à concurrence de 3 francs.
«… L'article 41 de la loi sur les retraites ouvrières prévoit des traités analogues, en ce qui concerne les retraites. Comme il s’agit de sommes énormes, ces traités seront très onéreux ponr la France... »
C'est par le peu de densité de notre population que l'argent que nous économisons rapporte, en temps ordinaire peu de chose et rapportera de moins en moins. La moyenne du taux de l'argent en France est de 3 °/, à peine. La moyenne en Allemagne est d'au
moins 4 ?/,. C'est la conséquence de la loi économique de l'offre et de la demande ; nous offrons plus notre argent qu’il ne nous est demandé, tandis qu'en Allemagne il est demandé plus qu'il n'est offert.
Si chez nos voisins il est demandé plus qu'il n'est offert, ce n’est pas parce que la richesse fait défaut. Il est avéré que la richesse allemande égale si elle ne dépasse pas l’ensemble de la richesse française. C'est parce que la liquidité des ressources est moins grande en Allemagne, c'est parce que l'argent trouve plus d'emplois, c'est parce que la population est plus dense.
Quand vous parcourez l'Allemagne, vous avez tout de suite cette impression d’une activité industrielle poussée très loin. Dans les moindres localités, il existera plusieurs usines dont les hautes cheminées se profilent sous le ciel. C’est qu'en effet, il faut à une population de plus en plus dense des moyens d'existence, des emplois à l’activité de tous. Arrivé à l'âge d'homme, le jeune homme sur le point d'entreprendre une famille, entreprendra aussi la fondation d'une industrie pour faire vivre cette famille. Il ne lui viendra pas à l'esprit d’être rentier, fonctionnaire, et de limiter sa descendance et son effort. Et quant au surplus des produits de cette industrie, non consommé sur le sol national, il en inondera le monde, il concurrencera les produits des civilisations plus anciennes, il se fera patient, laborieux, à l'étranger; il n'omettra aucune occasion si minime qu'elle soit de réaliser une affaire, même à petit bénéfice.
Ainsi, notre grande épargne se fait tort à elle même et se retourne contre elle-même. Son accumulation lui retire une partie de sa valeur et l'épargne des vies humaines arrête son emploi.
La France possède un immense empire colonial, le plus beau après celui de l'Angleterre.
Cet empire colonial convient à tous, à toutes les aptitudes des enfants de la mère patrie, mais nous ne pouvons pas le peupler, nous n'y envoyons, dit-on, que des fonctionnaires.
A nos portes, l'Algérie, qui est française depuis 89 ans, ne. compte encore sur son sol admirable que 492.660 Français. En revanche. elle compte 136.000 Espagnols, 37.000 Italiens, 70.000 Israëlites. La Tunisie compte 49.970 Français, 109.143 Italiens, 00.383 Israëlites.
Ces immigrés étrangers, quelque soit lenr esprit, gardent toujours un souvenir de leur patrie d'origine. Ils conservent leur langue. Ils sont amenés tout naturellement à commercer avec leur ancienne
patrie, à en tirer tout ce dont ils ont besoin. Ils créent peu à peu sur notre sol, une nation qui n’est pas la nation française. Ils oublient facilement que la France a tout créé dans le nord de l'Afrique, d'où la civilisation avait disparu, et qu'ils profitent de toutes ces créations dues à la France. Le mot de séparation, l’idée séparatiste a été prononcée. Ils seront peut-être à l'avant-garde de l'envahisseur, à l’époque d'une guerre toujours à craindre. Ainsi, dans l'Afrique du Sud, un état indépendant, la République Sud- Africaine s'est trouvée envahie peu à peu par des colons anglais ; ces colons eurent la prétention d'obtenir la nationalité Sud-Africaine, en conservant leur nationalité d'origine. Il en résulta un état de troubles: le pays d'origine de cesétrangers intervint en leur faveur. La République et la nationalité Sud-Africaine ont disparu.
Avec sa population débordante au contraire, l'Allemagne colonise les autres pays. Transplanté au loin, l'Allemand peut, surtout au début, conserver ses mœurs, sa langue, former des communautés importantes qui ont leurs journaux ; un courant commercial avec la mère patrie sera ainsi établi : des quartiers entiers de Chicago sont peuplés d'Allemands. Des régions entières au Brésil forment des colonies allemandes.
L’émigration allemande a été très considérable. Elle a diminué et presque cessé, les gouvernants allemandsayant trouvé plus politique de conserver sur le sol de l'Allemagne ces forces si utiles, et comprenant que la richesse vient de la population