A LA
Dépopulation de la France
Nombeuses sont les causes qui sont données à l'abaissement de la natalité française. Elles peuvent être ramenées à quelques groupes. Ces causes seront d'ordre physique ou physiologique, d'ordre juridique, les causes fiscales, ou encore les causes sociales.
Dans le premier groupe, il y a lieu de ranger toutes les causes qui arrêtent les naissances ou les suppriment ; la législation fiscale, les lois successorales, les émigrations rentrent dans les autres groupes.
Ainsi l’on est amené à étudier, au point de vue de la natalité française les crimes d'avortement, d'infanticide, le célibat volon- Laire, la tardivité des mariages, l'émigration dans les villes, la situation des salariés dans les agglomérations urbaines, les guerres, le service militaire, les théories malthusiennes et le néo-malthu-
sianisme. Puis les lois successorales, les lois fiscales, les douanes, les
octrois.
Nous avons vu que les mariages français sont aussi nombreux que ceux des autres nations. Il n'en nait cependant qu'un nombre bien moindre d'enfants. Notre nation, physiquement, vaut autant, sinon mieux que d'autres nations où la natalité est plus grande.
Pourquoi en est-il ainsi ? C'est que la volonté des Français est de ne pas avoir d'enfants! Il y a quelques années, une enquête a été faite par M. le docteur Jacques Bertillon. Cette enquête était
mn.
en latin. Il y a été répondu par ceux à qui elle s'adressait, les médecins, également en latin. L'enquêteur et ses correspondants se souvenaient des vers de Boileau. Il suffira d'y renvoyer le lecteur. Mais le résumé de cette enquête, l'opinion unanime des médecins, la réponse faite par tous, de quelque point de la France qu ils fussent, a été que cette réduction des naissances élait voulue, était le résultat d'un calcul, et d'un projet suivi avec persévérance.
[l faut observer cependant que cette cause d'abaissement de Ja natalité, ces pratiques pour empêcher les naissances, comme celles qui suppriment les naissances, peuvent être considérées, comme un effet, une résultante des causes énoncées plus loin.
On peut faire ici une remarque sur laquelle il n'y a pas lieu d'insister : c'est combien le Français oublie certaines considérations de dignité, du respect du mariage, et combien la mentalité des époux s’est abaissée.
Mais si malgré toutes les précautions, la nature a déjoué les calculs, d’autres pratiques, encore plus odieuses, arrêtent les naissances. Ce sont celles qui conduisent à l'avortement voulu, en dehors de toute nécessité médicale.
L'on se doute peu, combien cette pratique monstrueuse est fréquente en France, dans certains milieux. Bien entendu des données précises manquent, mais quand des médecins sunt consultés et qu'ils se départissent quelque peu du secret professionnel, on est stupéfait de voir que de nombreux époux descendent au crime avec une inconscience qui effraie. Certains osent consulter à cet effet leur médecin, ils s'étonnent, ils s'insurgent quand ilsne rencontrent pas de sa part toutes les facilités et la complaisance souhaitées. Il faut convenir que malheureusement, ils ont rencontré quelquefois des médecins complaisants.
Un procès, relativement récent, s'est déroulé dans le Midi de la France. nous montre que cette complaisance se rencontre souvent mème, chez des médecins que leur situation sociale, leur rang dans la cité, leurs ressources personnelles auraient dû préserver et arrêter dans cette voie. Le médecin auquel il est fait allusion ici. était maire de sa ville, conseiller de son département. A la suite de poursuites criminelles, ce médecin et ses complices ont été acquit Lés par le jury, qui sans doute a trouvé normal, naturel, ce que les accusés avaient fait.
C'est qu'en cette matière, il existe en France deux opinions qu'il faut rappeler : en ce qui concerne l'enfant simplement conçu et qui
n'a pas encore vu le jour. L'une d'elles est la suivante et nous l'avons tous entendu exposer : « L'enfant non encore né, n'est rien, absolument rien : il n'a aucun droit, il est une partie de sa mère, et la mère peut impunément disposer de cette partie d'elle-même, les lois civiles n'ont rien à voir, ajoute-t-on, dans la disposition qu'elle peut faire d'elle-même, Elle fera ce qui lui plaira.
.… «© Le droit à l'avortement m'apparaît, ose dire un littérateur, comme un des pleins droits individuels... »
Il est facile, ne serait-ce qu'avec un peu de bon sens et de bonne foi, de réfuter de pareilles théories. Si on laisse de côté la théorie Juridique, très ancienne de l’infans conceplus pro nalo habe!ur quomodo de bons ejus agilur, si on n'observe pas que cet axiôme reflète depuis plusieurs milliers d'années la conscience de l’homme civilisé, en cette matière, on peut demander comment est consulté celui que l’on supprime à jamais ? Et à quel moment peut-on dire qu'il cesse d'être une partie intégrante de la mère, partie que vous pourriez supprimer impunément, pour devenir un être humain, sujet actif et passif de droits ?
Le développement de la science médicale, les règles de plus en plus perfectionnées de l’asepsie, permettent de plus en plus de donner satisfaction aux pères et aux mères qui veulent faire disparaître l’enfant conçu.
Il ya en France plus d'avortements que de naissances.
Cette proportion effrayante a pu être écrite par un éminent professeur, le docteur Lacassagne; de Lyon.
Paris s’est fait une clientèle spéciale dans ce genre. Les mères et les filles viennent chercher à Paris ce qu'elles désirent.
En 1907 à Paris, il existait 1160 sages-femmes qui ont soigné environ 20.000 femmes en couches. Il y aurait à Paris, un minimum de 50.000 avortements contre 63.000 naissances. Ce chiffre de 50.000 a même paru à certains trop faible, et on a pu parler de 70.000 avortements annuels à Paris.
A Lyon, pour 9,000 naissances, on évalue les avortements à 10.000 par an.
… « Dans les maternités, dans les hôpitaux, dit le docteur Lacassagne, le quart des lits est occupé par des avortements. Aussi le total des maladies puerpérales va croissant. Il était en 1905 de 1959, et il passe à 4.142 en 1908. Dans les hôpitaux, il est entré en 1907 et en 1908 de 4.000 à 5.000 femmes ayant subi des manœuvres abortives. Ce sont les cas graves, qui seuls sont allés se faire soigner. Le: autres, traités à domicile doivent être cinq fois plus nombreux. »
Ainsi donc, on peut estimer de 450 à 500.000 le nombre des avortements voulus, en France, chaque année. Des femmes, même
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mariées, ne s’en cachent nullement. Elles en conviennent dans leur conversation avec leur médecin, comme d'une chose absolument normale, naturelle, un droit.
Elles sont d’ailleurs sollicitées par des annonces multiples que les journaux ne craignent pas d'insérer à leur 4° page. Il y a quelques années, le Parquet de la Seine s'est ému des insertions paraissant dans un certain nombre de journaux à fort tirage, et où des somnambules, des cartomanciennes exposaient leurs vertus el leur lucidité. La justice a vu, dans cette industrie une escroquerie permanente, et dans l'insertion de l'annonce une aide donnée à ce délit; mais il n'est venu à l'esprit de personne d'interdire la publicité de certaines sages-femmes.
Ainsi on remarque avec quelle habileté étonnante les insertions des sages-femmes sont libellées. Pour toute personne non prévenue, ne recherchant pas une complaisance coupable, l'insertion est d’une innocence parfaite. Si jamais des poursuites étaient exercées, la réponse des inculpées serait très facile à faire : on la prévoit d'avance.
Ou bien, la sage-femme parle de retards, de troubles, de malaises. Et ainsi elle paraît offrir à sa clientèle, les modes de traitement normal d'une maladie, le moyen de faire cesser ces malaises, des soins basés sur son expérience, alors qu'en réalité elle offrira son aide pour des manœuvres repréhensibles.
Ou bien encore, son annonce s’accompagnera de ces mots « célérité, discrétion », et l’on pourra soutenir que si elle soigne une maladie, la discrétion sera complète, qu'elle gardera le secret de la naissance d'un enfant survenu en dehors du mariage, que ses soins sont rapides. Mais sera-ce de cette discrétion qu'il s'agira ? la discrétion ne s'appliquera-t-elle pas aux manœuvres criminelles?
Ou bien encore, elle parlera dans cette annonce de stérilité? Et s’il lui est fait une question trop indiscrète, ne pourra-t-elle pas répondre qu'en parlant de stérilité, elle entend enseigner le moyen de ne pas rester stérile ?
On ressent l'opinion française en cette matière quand on examine le nombre des poursuites et des condamnations pour avortement. I semble que cette mentalité (c'est-à-dire que ce crime est pardon-
nable) ait déteint sur les magistrats. Peut-être devrait-on plutôt voir dans la rareté des poursuites et des condamnations la presque impossibilité des poursuites. Ce ne sera pas la femme, victime volontaire des manœuvres, qui formulera une plainte, elle est complice ; elle a obtenu ce qu'elle désirait. C’est encore moins l'auteur des manœuvres qui fera connaître ces manœuvres. Personne ne révélera, n'a besoin ou intérêt de révéler les faits, personne ne se croit lésé, ne se plaint, comme lorsqu'un crime atteint la fortune ou la vie d'un plaignant. Ce n'est que de temps à autre qu'un évènement, un décès entouré de circonstances spéciales obligera le magistrat à ouvrir une information. Il se trouvera ainsi poussé par l'opinion publique.
La mentalité apparaît encore dans le nombre restreint des condamnations qui suivent les poursuites, ou dans le nombre d'ordonnances de non lieu.
Dans une période de 50 années environ, sur 9.300 avortements connus, et pour lesquels l’action publique s'est mise en mouvement, il n'y en eut que 4.020 jugés et 8.288 restèrent impoursuivis.
Dans une autre période de 28 ans (de 1881 à 1909) il fut connu 14.731 avortements donnant lieu à information. Il n'y en eut que 715 qui arrivèrent à l'audience, subirent le jugement. I y en eut 14.000 environ qui restèrent totalement impoursuivis.
Ainsi, par an 500.000 enfants sont assassinés en France, avant d'avoir vu la lumière du jour, et quand leur mère, gisante sur son lit, des suites de son crime, se fait soigner, recueille par ses souffrances quelque sympathie, il serait bien plus juste de lui demander un compte sévère de la mort de son fils, comme dans un suicide
à deux, on demande à celui qui a survécu un compte sévère de la
mort de l’autre.
Il est pourtant de notoriété que l'avortement, même lorsqu'il a réussi, a des conséquences multiples. Cette opération laisse la femme malade pour toute sa vie.
Elle empêche très souvent toute nouvelle naissance.
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Le désir de n'avoir pas d'enfants a été satisfait chez certaines femmes, par une opération chirurgicale bien connue, Cette opération est devenue fréquente et de plus en plus fréquente à mesure que les découvertes de l’asepsie s'étendent.
Des femmes mariées y ont recours, alors que l'on pourrait supposer que seules des femmes non mariées ont pu y penser. Bien mieux, des jeunes filles l’ont demandée. La littérature a fait de cette opération, de l'élude de l'âme de la femme avant et après elle des sujets de roman. Des femmes ont été conduites dans les cliniques des docteurs complaisants, ainsi que l'ont démontré les débats d'un procès qui remonte à quelques années et qui a été suivi de condamnations qui n'ont pas encore paru assez sévères. On indique à la femme, dans ce cas, avec une sorte de consentement de tous, avec une entente à demi-mot, une conversation pleine de sous entendus, de réticences, qui ne prononce aucun mot irrémédiable, précis, une maladie quelconque, nécessitant une intervention opératoire. L'opération a lieu.
Cette situation de femme incomplète n'empêche pas plusieurs d'entre-elles de se marier, de trouver un mari ayant la même mentalité. Cette lare, cet amoindrissement est peut-être un avantage au contraire, pour les maris qui estiment sans doute que le but du mariage n’est pas d'avoir des fils.
À côté de la pratique occulte, qui empêche l'enfant de naître, se place le crime d'infanticide, beaucoup plus rare d'ailleurs. Ce sera l'infanticide par une violence momentanée, et dans ce cas, il faudra beaucoup pardonner à la mère.
Ce sont surtout les filles mères qui y ont recours. La fièvre où les met leur situation, le souvenir des promesses rompues, les reproches sanglants des parents, la dépression physique, tout cela trouble le cerveau de ces mères et les rendinconscientes. Bien rares sont les infanticides commis par des femmes mariées. Il en est cependant.
C’est au moment précis de la naissance que sont commis ces infanticides. Quand l'enfant est né, que la mère, mariée ou non a commencé à donner à ce pauvre être les premiers soins, elle ne s'en détache plus : loin d'elle est l'idée de le supprimer. Elle l'a tenu dans ses bras, contre sa poitrine, elle a senti la chaleur de son corps, elle l'a soigné, sauvé peut-être d'une maladie de l'enfance : elle s'y est attachée pour toujours, en vertu de ce phénomère mental que l'on s'attache d'avantage à ceux à qui on donne ses
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soins qu'à ceux qui vous en donnent. L'allaitement maternel en dehors de tous ses avantages, aussi bien pour la mère que pour l'enfant, qui sauve tant de jeunes êtres contre la mort, apprend aussi aux femmes à être mères, Un romancier l'a expliqué, prouvé, quand il met en scène une mère qui nourrit elle-même un de ses enfants après avoir confié les autres à des nourrices salariées.
* (Lu
Si, ainsi, l'enfant prêt à naître est supprimé, ou si, après sa naissance, il est assassiné, il existe d'autres situations qui font qu'il ne peut exister. Parmi elles, on peut citer le célibat de cerlaines professions, ou la tardilivité des mariages pour certaines catégories d'hommes ou de femmes.
Loin de moi, l'idée de critiquer quoi que ce soit, où même de porter un jugement sur un sujet et des choses qui n'ont aucun rapport avec cette étude. Mais il est indispensable de constater que, pour des motifs confessionnels, la France compte actuellement environ 89.837 prètres, religieux catholiques et religieuses, tous voués au célibat. Cette situation en France est fort ancienne. Et l'on peut se demander si, depuis qu'elle existe, c'est-à-dire, depuis que notre pays existe, ces célibataires par devoir n'auraient pas par leur descendance, selon une progression géométrique, comblé le vide que nous déplorons en France. A côté de nous, dans les pays où la population augmente et menace de nous submerger, le célibat forcé n'existe pas, ou est réduit dans de très faibles proportions.
L'Allemagne ne compte qu'untiers de catholiques el deux tiers environ de protestants. Pour elle, donc, les célibataires par motif confessionnel sont d’un tiers à notre égard. Et cela existe depuis le moyen-âge, depuis Luther et la Réforme. La Russie compte sur ses 136 millions d'habitants de religion orthodoxe, des moines el des moniales voués au célibat, mais les prêtres séculiers n'y sont pas astreints. L'Angleterre est pour la plus grande partie soumise à la religion Anglicane, où le célibat et la vie monastique sont inconnus. Les Etats-Unis renferment seulement 12.079.142 catholiques. Tout le surplus de la population, réprouve le célibat des ministres du culte. sm
Peut-être, doit-on ajouter à cela, une observation : si depuis bien longtemps une catégorie d'hommes et de femmes, pour un motif religieux, se sont voués au célibat, ces hommes et ces femmes ont néanmoins contribué à l'augmentation et à la conservation des enfants. Ils les ont soignés, instruits, élevés. Saint Vincent de Paul a plus contribué à la grandeur de la France, en recueillant, en
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soignant, en sauvant de la faim, de la maladie, de la mort des enlants abandonnés, qu'en élevant des enfants qui auraient été les siens.
Si le célibat des prêtres et des religieux en France, la vie sacerdotale ou ascétique qui envisage toujours une vie supérieure et des idées d'altruisme et de dévouement est une cause de diminution des naissances, l'Economiste est obligé néanmoins de considérer ces faits.
L'excès du nombre des religieux avait toujours été très grand au moyen-âge... « Dans le milieu du xvu* siècle, l'ordre des Franciscains, fondé en 1210 par Saint-François-d'Assise, possédait 7.000 maisons d'hommes et plus de 900 couvents de femmes. Ces maisors renfermaient 115.000 moines et 29.000 religieuses. »
En France, à la veille de 1789, les ordres les plus connus, sont les Bénédictins, les Chartreux, les Franciscains, les Cordeliers, les Dominicains, les Augustins, les Minimes, les Prémontrés, les Carmes, les Jésuites, les Trappistes, les Trinitaires, en laissant de côlé les ordres religieux militaires.
Parmi les ordres des femmes on peut citer les Carmélites, les Feuillantines, les Visitandines, les Ürsulines, les Filles du Calvaire.
Vers le commencement du xvinr siècle, à la fin du règne de Louis XIV, il existait déjà en France 250.000 ecclésiastiques tant hommes que femmes, tant réguliers que séculiers. Les couvents à eux seuls comptaient 90.000 hommes ou femmes.
Un écrivain royaliste indiquait qu'en 1789, il existait en France: 820 abbayes de femmes, el 255 abbayes d'hommes. |
Plus récemment, tout près de notre époque, en 1864, un recensement Indique que les communautés et congrégations en France, comprennent encore 17.773 hommes et 90.243 femmes, soit donc au total environ 108.000 personnes. Le nombre des ordres existants alors était de plus de 300. (Abbé MairraGrer, Miroir des ordres, Avignon 1865.
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À côté du célibat, volontaire ou obligatoire, nous remarquons en France que les mariages sont tardifs. Les mariages sont tardifs parce que le mari veut pouvoir offrir une situation à sa femme.
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Celle lardivité des mariages français vient de la tendance de plus en plus accentuée vers le moindre effort, tendance qui est digne de faire l’objet de l'étude d'un économiste. Au lieu de songer à créer une famille, forts seulement de leur jeunesse, de leur enthousiasme, de leur courage, ardents devant les difficultés entrevues, . les époux français et leurs parents veulent qu'au moment du mariage le nid soit déjà construit, confortable, certain.
Cest pour cela que chez nous, selon une expression connue : « la maison se marie au Champ, la dot à une autre dot, et où il ne vient à l’idée de personne, à moins de se signaler et d'être cité, de céder dans une union à d'autres considérations que celle de s'assurer dès le début un revenu certain plutôt que d'aborder la vie avec courage. Les fiancés que l’on représente calculant avec soin leurs ressources, leurs espérances, ce qu'ils escomptent de leurs parents, plutôt que d'avoir entre eux les conversations que l’on supposerait à deux jeunes êtres prêts à s'unir, ne sont pas une image chargée à plaisir, mais l'expression d’une douloureuse réalité.
Un exemple connu de la tardivité des mariages, imposée par l'opinion, par les réglementations administratives résulle des prescriptions qui ont existé pour le mariage des officiers.
Pendant plus d'un siècle, des prescriptions restrictives ont été imposées aux officiers et aux marins qui voulaient se marier. Un décret de Napoléon le" ne permettait ni aux officiers, ni aux marins, ni même aux sous-officiers et aux soldats de se marier sans diverses autorisations, et ces autorisatians élaient maintes fois refusées. Tout d'abord, s'il s'agissait d'un officier, la femme qu'il désirait épouser devait avoir un minimum de ressources. C'est ou un capital d'au moins 36.000 francs ou une rente perpétuelle, non viagère de 1.200 francs par an, représentative du revenu de ce capital. Et les prescriptions s'appliquaient à des hommes auxquels on est bien élonné maintenant qu'on les aient jamais 1mposées. Un exemple entre tous est à citer : un gendarme ne pouvait se marier que si la femme qu'il recherchail possédait une for- Lune de 5.000 francs au moins. ?
Toutes ces prescriptions ont été abolies il y a quelques années. Mais l'esprit qui les avait créées a lui-même subsisté. C'est l'esprit de caste, une sorte d'idée de respectabilité mal comprise, qui les maintient en fait, sinon en droit. Cet esprit de caste admettra qu'un officier se marie avec une femme possédant une certaine fortune, et passera l'éponge sur d'autres circonstances qui auraient mé-
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rité d’être examinées. C'est cet esprit spécial qui empêchera Île Conseil d'administration d'un régiment d'autoriser un soldat à se marier, lors même qu'un enfant serait sur le point de naitre, et même chose à noter, par cela même qu'un enfant hors mariage est sur le point de naître, parce que cela fait présumer aux enquêteurs que la mère n’est pas respectable.
Qu'importe l'enfant ? Est-ce qu'en France, on pense aux enfants ?
«.… À chaque départ de la classe, dans toute ville de garnison, c’est la rupture brutale de liaisons, qui souvent, s'il n'avait pas fallu demander l'autorisation au conseil du régiment, el pour la jeune fille, subir l’odieuse enquête de la gendarmerie, auraient pu se transformer en unions légitimes, et à cet âge, forcément productrices. Et parmi ces abandonnées, combien de filles-mères ou candidates à l'avortement, ou à la prostitution ?... (Henri Courow, Le Journal, 1 avril 1910).
L'officier marié, le soldat marié n'ont-ils pas chance au contraire d'être un meilleur officier, un meilleur soldat.
C'est un point d’ailleurs sur lequel on reviendra à plusieurs reprises dans cette étude et qui se résume à celui-ci : Le père d'une nombreuse famille, forcément, a une moralité, une élévation d'âme, une force de productivité économique bien supérieure à celui qui n'a qu'un nombre restreint d'enfants ou au célibataire.
Vauban disait: « J'ai vu 700 à 800 soldats mariés dans le seul régiment de la Ferté, qui servaient bien. (étaient ceux en qui les capitaines se fiaient le plus, et il en désertait rarement ; à l'égard de l'officier, je ne pense pas qu'il faille l'empêcher de se marier : les jeunes gens de qualité souvent manquént sur cela de conduite, comme sur bien d'autres choses, mais c’est l'affaire des familles et non de l'Etat, qui doit toujours souhaiter l'augmentation de ses sujets, el c'est pourquoi il faut laisser faire ceux qui sont d'âge a se pouvoir conduire... »
Sous l'Empire des prescriptions napoléoniennes, bien des officiers passèrent outre à l'obligation de jusüfier d'une dot apportée par leur femme. La fraude était connue, banale : un tiers, un ami, confiait une somme d'argent, des titres qui étaient présentés par la femme, immatriculés pendant quelque temps à son nom, puis restitués après le mariage. Ainsi cette union d’un homme dont les
sentiments d'honneur devaient être développés plus que partout ailleurs, cette union commençait par une fraude, un mensonge, des falsifications de pièces. Il faut ajouter que cette faute était presque excusable.
L'idée du moindre effort, le désir inlassable de diminuer le labeur a encore pour conséquence l'émigration dans les villes et l’'émigration dans les villes, restreint la natalité. A première vue, on peut croire que la population totale d’une nation ne sera en rien diminuée parce qu'une partie de cette populalion changera de place et habitera les agglomérations urbaines au lieu d’habiter les campagnes. Non, la population lotale n'est pas diminuée au moment où se produit ce changement, mais la natalité diminuera à la généralion suivante.
Il en sera ainsi forcément, inévitablement, et lors mème qu'il n'y aurait pas calcul de la part de ces nouveaux habitants des villes. Les nombreuses lois fiscales qui accablent la consommation, les oclrois sur les matières d'alimentation, l'exiguité des logements, l'insalubrité de ces habitations, tout tendra à cette restriction.
Ajoutons à celà, les autres dangers qui guettent le nouvel habitant de la ville. Ce sera très souvent d'abord la misère ; cet apport incessant de nouveaux bras à l’industrie urbaine n'est pas fait pour relever les salaires ; les grèves, puis les tentations résultant des cabarets, de l'alcool... « Ce Lueur des hommes à venir... » L'ouvrier des villes éprouve d'autres besoins que celui des campagnes ; il a pardessus tout le préjugé que l’alimentalion carnée et le vin sont les seuls réparateurs des forces physiques, alors que l'homme de la campagne arrive à se nourrir et à nourrir ses enfants de mille manières peu couteuses, qui ne peuvent exister dans les
. villes ; l'ouvrier des villes ne le peut pas ; et il doit avoir recours
aux institutions d'assistance privée ou publique.
M. Cauwès dit : «... En France, la population des villes de plus de 100.000 habitants s'est accrue de 83 à 90 ?/, de 1851 à 1876, et la rapidité des progrès a été en raison directe de l'importance des agglomérations. Sur les villes de plus de 30.000 et moins de 100.000 habitants, l'augmentation encore très forte, n'est cependant que de 35 à 40 °/;. Par contre, en considérant comme population rurale toute population agglomérée de moins de 2000 habitants, on voit que éelte population, qui formaient les 75 °/, de la population totale est descendue à 67 ?/, en 1876... »
Et il ajoute que... « par d'ingénieux calculs, M. Lona parvint à établir que de 1861 à 1866, période normale, où les émigrations
nie
intérieures n'ont pas été comme depuis, affectées par de graves crises nationales, 133.000 individus ont chaque année quitté les campagnes pour les villes... »
Si l'homme des champs quitte ses champs, sa demeure familiale, sa vie obscure, mais libre, saine et se laisse séduire par le miroitement des villes, d’autres catégories de Français sortent, aussi de leurs sphères, se laissent tenter parce qu'ils croient être mieux et cela au détriment de la natalité générale,
Telles, sont maintes femmes françaises, qui ont créé ce mal des temps actuels : le féminisme. Le féminisme est la tendance des femmes a vouloir égaler l'homme dans maintes circonstances et dans plusieurs professions. Quelle situation, la femme qui est employée, qui vit dans un bureau, entourée d'hommes qui sont employés comme elle, peut-elle avoir quand elle sera mariée et qu'elle attendra la naissance d'un enfant ? Plaisanteries peut-être de ceux qui l'entourent, des clients qui vont et viennent dans le bureau, dans tous les cas, des sourires, des remarques, une gène, une atmosphère pénible pour la femme. Et puis, le jour où la naissance de son enfant sera proche, son travail devra être interrompu pendant quelque temps. Le jour où son enfant sera né, ce travail devra encore, au moins pendant un mois, être suspendu. Son patron voudia-t-1l accepter cette interruption. Le pourra-t-il, même s'il le veut
La femme employée devra donc s'abstenir d'avoir des enfants pour ces nulle motifs. Pourrait-elle d'ailleurs les soigner chez elle? non, cela lui serait impossible. Elle se trouvera done à peu près dans la siluation des domestiques d'une maison bourgeoise, pour qui la grossesse de la cuisinière ou de la femme de chambre, et la naissance d'un enfant sera un malheur, qui pourra faire perdre au père ou à la mère de cet enfant, leur emploi.
L'on remarque que le féminisme s'étend de jour en jour, de plus en plus, les femmes ont accès à certaines professions. L'invasion de ces professions a commencé chez nous, lente, obscure, avec bien moins de bruit que chez nos voisins, mais plus certaine, avec plus de tenacité. Toutes les professions se ressentent de ce mouvement social, aussi bien les plus rudes, les plus compliquées, les plus délicates et les plus simples.
Nos filles actuellement ne se contentent plus de brevets d'études.
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Beaucoup d'entre elles sont bachelières ès-lettres ou ès-sciences, et elles apporteront ainsi dans leur ménage une mentalité toute nouvelle, qui n'est pas faite pour élever et soigner de jeunes enfants.
Dans certains pays, les femmes veulent même voter, elles l'ont obtenu en quelques endroits.
Les recensements nous démontrent la progression du nombre des femmes qui ont une profession ou un métier.
Voici les étapes de cette progression :
En 1866, il existe 4.642.000 femmes ayant une profession. 1896, il en existe 6.414.000.
Ainsi donc, chaque année, le contingent des femmes vivant de leur travail augmente de près de 150.000 unités, chaque année, par contre, le contingent des femmes destinées à être épouses ou mères, diminue d'autant.
Le nombre des femmes qui sont occupées aux champs s'élève à environ 3.300.000.
Peut-être cette occupation spéciale et très ancienne des femmes aux travaux de l’agriculture, n’a-t-elle pas pour la natalité française les inconvénients que l’on pourrait craindre, Les travaux des femmes à la campagne sont ceux des soins donnés à la laiterie, à la basse-cour, et ces travaux ne sont pas el n’ont jamais été incompatibles avec la maternité.
Il n'en est pas de même des 2? millions 1/2 (exactement 2.518.000) des femmes adonnées à l'industrie. Ce sont les ouvrières des usines, celles qui sont obligées de vivre tout le jour dans les ateliers, qui doivent fournir un labeur depuis la première heure jusqu'au soir, qui ne peuvent avoir d'enfants ou qui ne peuvent soigner ceux qui peuvent leur naître.
Il existe 780.000 femmes qui vivent du commerce. Ce sera, non pas des femmes dirigeant, comme patronnes une exploitation commerciale. Celles-là pourront avoir autant d'enfants qu'il leur plaira, bien qu'elles penseront peut être que la naissance d'un enfant est une cause de retard, un pas en arrière même dans la marche ardente vers la fortune.
Les 780.000 femmes vivant du commerce, seront employées de magasin, pour qui le mariage sera retardé, et qui une fois mariées, n'auront qu'un droit bien restreint d’avoir des enfants.
Viennent ensuite 293.000 femmes exerçant les professions dites libérales. Pour elles la liberté d'être mères est entière, aucune restriction à l'augmentation de leur famille ne résulte de leur profession elle-même. Mais les restrictions résulteront non seulement de la mentalité générale française, mais de l'ambiance, de certains empêchements moraux, impondérables, mais efficaces.
78.000 femmes sont domestiques. Pour elles et surtout pour les domestiques des maisons bourgeoises, il y a une impossibilité presque absolue d’avoir le droit aux enfants. L'art de ne pas en avoir, fait partie des connaissances qui leur sont nécessaires pour exercer leur métier. Avec nos mœurs, on voit comment serait accueillie la grossesse d'une cuisinière, d'une femme de chambre mariée. Quelles réflexions cette situation, pourtant si normale, aménerait-elle? quel mépris éprouverait la maîtresse de maison pour des gens qui oublient si facilement les devoirs de leur état. Les domestiques seraient purement et simplement congédiés.
Ceux d’entre ces domestiques qui voudront exercer le droit qu'a tout homme d'avoir des enfants devront faire en sorte que cette naissance survienne avant qu'ils n’entrent en service dans une famille. Puis l'enfant, qui sera presque toujours un enfant unique, sera confié à la campagne à des parents, à des amis, généralement aux parents de lun des époux. Et alors les domestiques se replaceront dans une autre famille.
Si ces époux ont l'audace de vouloir avoir plusieurs enfants, ils devront prendre leurs dispositions pour que les grossesses el naissances surviennent dans l'intervalle de deux places. Il faudra qu'ils fassent quelques économies pour vivre pendant ces intervalles, ou le mari seul travaillera.
Ainsi de 1866 à 1896 l'accroissement du nombre des femmes vivont de leur travail a été considérable.
Les 3.300.000 femmes employées actuellement aux champs, n'étaient en 1866 que 1.875.000
Les 2.518.000 employées dans l’industrie n'étaient que de1,304.000.
Les 780.000 femmes s’adonnant aux professions commerciales n'étaient que de 241.000.
Les 78.000 domestiques actuelles sont égales en nombre à celles d'alors. Ainsi, il y avait, il y a 30 ans, autant de Cuisinières, de femmes de chambre, de bonnes, que maintenant.
Les 295.000 femmes adonnées aux professions libérales n'étaient que de 164.000.
L'accroissement du nombre des femmes dans les divers ordres de l’activité humaine, s’est porté sur des professions bieñ inattendues et qui doivent nous faire penser que celles qui s'y adonnent doivent avoir bien peu de loisirs et de faculté pour être mères.
Il existerait en France, d'après le recensement de 1906, 14.374 sages-femmes. Ce rôle convient très bien aux femmes, et de tout temps 1l a été exercé par elles. Un seul regret doit cependant être exprimé. C'est auprès des sages-femmes, plus encore qu’auprès des médecins, que les femmes s'adresseront pour éviter des maternités, et c'est auprès d'elles qu'elles trouveront meilleur accueil, sinon meilleurs soins. Ilest des grandes villes où malheureusement bien des sages-femmes ont oublié que leur rôle est d'aider aux naissances el non de les empêcher.
Le nombre des femmes-médecins augmente également. Les doctoresses étaient 573. On comprend encore que certaines femmes s’adonnent à la médecine et se consacrent à une certaine catégorie de malades, tels que les femmes, les enfants.
Les infirmières étaient 34.741 : soigner les malades est le véritable rôle d'une femme, qui y déploiera naturellement plus de douceur, d'abnégation, de patience que des hommes. Son mérite sera plus grand encore, si elle obéit à un devoir de sa conscience, indépendamment de toute impulsion ou règle religieuse.
Notre civilisation a le bonheur de compter 24 avocates. La loi n’a pas encore permis d’avoir des femmes avoués, des femmes notaires, des femmes huissiers. Il serait cependant facile de retrouver quelques revendications dans ce sens.
En revanche, les études d'officiers ministériels, les bureaux d’hypothèques paraissent maintenant envahis dans certains pays, par des femmes cleres, des femmes expéditionnaires, des femmes dactylographes.
La véritable profession libérale féminine est sans contredit l'enseignement. Les femmes institutrices, privées ou publiques, les professeurs d'art s'élèvent à 106.000. Là encore, l'exercice d'une semblable profession peut-être un empêchement aux naissances : une institutrice, même mariée, ne saurait avoir d'enfants. Comment continuerait-elle a faire sa classe avant et après la naissance de cet enfant? Vous sentez bien qu’elle recueillerait les observations peut-être de ses supérieurs et certainement du maire de la petite commune où elle enseigne. Quant aux femmes qui donnent des leçons, qui vont de maison en maison donner des heures de musique, de dessin, quelle perturbation, quelles pertes de clientèle, la naissance d'un petit être leur causerait-elle ?
Les recensements, avec toute la brutalité de la statisque, nous
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révèlent 133 femmes professeurs d'escrime. II vaut mieux ne pas
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s'attarder à étudier leur cas.
A ces professions libérales, il faut ajouter 4.247 chanteuses de toute nature, 1.468 adonnées au théâtre, 631 à l’art chorégraphique. Toutes ces femmes ne sont pas celles qui auront le plus d'enfants, si elles en ont, pas plus d’ailleurs que les 146 femmes adonnées au journalisme et les 177 femmes modèles de peintres.
Il faut considérer comme un phénomène inexplicable les 217 ouvrières de forges ; on doit espérer que ces 217 femmes sont occupées à des travaux en rapport avec leur sexe ou à des travaux de surveillance ou de bureau. Il existerait aussi 50 femmes qui exercent la profession de maréchal-ferrant, 26 femmes fabricants de couteaux, 797 femmes sont occcupées à des travaux dans les tréfileries, 27 seraient serruriers en bâtiments, 20 charpentiers en fer, 183 ouvrières dans les chantiers de constructions de navires en fer, 28 ouvrières fondeuses en fer, 163 femmes sont maçons ou démolisseurs de maisons.
Ces cas spéciaux n’offrent d'intérêt que par leur singularité, s'ils ne révèlent pas la tendance de femmes à s'occuper de choses étrangères à leur sexe, plutot que de s'occuper de leurs enfants.
Là où la femme excellera en France et où elle fournit un fort contingent d'ouvrières, ce sera dans toutes les industries du vêtement ; aussi bien du vêtement d'homme que celui de femme. Il y a 840.000 femmes qui s'occupent de la confection, 106.000 de la lingerie, 73.000 de la chapellerie, 28.000 de fleurs artificielles. I faut ajouter à ces chiffres, les ouvrières qui, pour un salaire bien modique, travaillent dans leur intérieur, au lieu de travailler dans un atelier. Celles-ci peuvent malgré ce travail, remplir leur devoir d'épouses et de mères. En résumé, 1.380.000 femmes travaillent dans les étoffes.
Les industries suivantes sont des industries en grande partie féminines,
La broderie, la passementerie, la rubannerie, les lainages, les cotonnades, la dentelle, ainsi 510.000 femmes, dont 349.000 ouvrières d'atelier, sont employées dans l'industrie des tisssus. Il existe 130.000 ouvrières cartonnières et autant d'ouvrières des papeteries. Il en existe presque le même chiffre 128.000, qui s'adonnent à la gravure, à la lithographie, à la typographie. Ce contingent s'augmentera encore dans l'avenir : les machines à composer, où linotypes, par leur facilité d'emploi seront de plus en plus à la portée des femmes.
Les 3.300.000 femmes employées aux champs comprennent 155.895 fermières ou femmes de métayers, dirigeant une exploitaüon et 113 000 femmes adonnées aux travaux de jardinage. A côté d'elles existent 221.799 femmes qui ne sont qu'ouvrières agricoles.
La poussée des femmes vers des travaux autres que ceux de leur sexe est telle qu'il existe 227 femmes pratiquant l'élevage du cheval, et 223 l'élevage du bétail; 470 sont bergères, et 50, ouvrières dans les champignonnières. :
4.217 femmes travaillent aux durs travaux des mines. Il existe 12.869 ouvrières travaillant dans les usines de produits chimiques, 203 sont même fabricantes de produits chimiques. Il en existe 1.222 qui fabriquent des bougies, 43 manutentionnent du suif, 495 de la colle de poisson, 236 travaillent dans les ateliers de pyrotechnie, 198 dans les usines d’explosifs ; une dizaine dans les fabriques, non moins dangereuses et malsaines de carbure de calcium.
Nous avons tous vu, surtout sur les petites lignes de chemins de fer, dans les régions des villégiatures estivales des femmes chefs de gare.
Les manipulations les plus répugnantes n effraient pas certaines femmes, car la statistique nous révèle encore que 5 femmes s'occupent d'équarrissage, 58 abattent du bétail; il existe des femmes ouvrières vidangeurs ; que penser aussi des femmes cochères de voitures publiques ?
Les industries d'alimentation occupent 90.000 femmes. Ce sera les employées de boulangeries, de patisseries ou des ouvrières employées dans les moulins, dans les fabriques de sucre, les féculeries, les beurreries.
Si l'on envisage seulement les carrières publiques, nous trouvons que 155.098 femmes y occupent actuellement des emplois, cela nous est révélé par une revue spéciale, qui porte pour Utre : La femme dans les carrières publiques el privées.
Il existe 102 femmes au Ministère des Affaires Étrangères, 16 au Ministère de l'Agriculture, 166 au Ministère des Colonies, 140 au Ministère du Commerce, 15.072 dans le service des finances, 3.920 dans le service de la Guerre, 70.693 à l’Instruction publique, 147 aux Beaux-Arts, 243 au Ministère de l'Intérieur, 37.120 dans les administrations départementales el communales, 840 au Ministère de la Justice, 457 à celui de la Marine, 132 au Ministère du Travail et de la Prévoyance sociale, {52 à celui des Travaux Publics, 19.466 dans les services des Postes et Télégraphes, 6.356 dans les Chemins de fer de l'Etat.
EL cependant, selon le mot de Stendhal : le meilleur féminisme n'est pas dans l'exercice de ces professions... « La femme mettra toujours sa coquetterie, surtout son intelligence plus ouverte, à rester femme ».
La loi 43 Juillet 1907, relative à la libre disposition du salaire de la femme mariée, a consacré à celle-ci le droit d'exercer une industrie, une profession et de se créer un patrimoine, à côté de celui de son mari el de celui de la communauté et de disposer seule de ce patrimoine. Ainsi elle peut faire des acquisitions de valeurs mobilières où d'immeubles sans limitation d'importance. Elle peut gérer comme elle l’entend ces biens, elle n’a pas besoin d’autorisation maritale à cet effet.
Cette loi permet à la femme d'échapper à son rôle d'épouse et de mère, et de se créer des occupations spéciales, une vie spéciale à côté de son mari et de ses enfants.
Il n'existe pas en France de stérilité naturelle physiologique, plus grande que chez les autres nations. Il existe peut-être plus de causes de stérilité résultant de certaines conditions de notre situation sociale.
Il faut d'abord écarter délibérément des causes qui restreignent la natalité celles ci-après : le tabac, les guerres, les maladies vénériennes, mais il faut placer au rang des causes de dégénérescence, l'alcoolisme et la tuberculose.
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Le tabac ne peut être une cause de pauci-natalité, Il suffit de songer aux peuples les plus prolifiques, les Allemands, par exemple, grands consommateurs de tabac. pour voir que laconsommation du tabac ne peut être incriminée.
La France est l’un des grands pays d'Europe où il se consomme le moins de tabac par tête d'habitant. Seule l'Espagne en consommerait moins.
L'Espagnol consomme par an 550 grammes de tabac ;
Le Français en consomme 1.000 (en 1908 : 1.008 grammes) ;
Le Norvégien 1.135 ;
L'Autrichien 1.350 ; |
L’Allemand 1.485 ;
Le Belge 1.552 ;
Et le Hollandais 3.400.
Pareillement les guerres ne paraissent pas avoir les conséquences que l’on pourrait supposer sur la natalité française
Sans doute, il a été dirigé contre la République Française et contre l'Empire Français des coalitions nombreuses, mais pendant ces guerres les hommes seuls périssaient, Il restait les femmes, et de plus les hécatombes de soldats atteignaient aussi les étrangers avec lesquels les Français étaient en guerre.
Depuis 1815 la France a joui d'une paix presque complète. On ne peut appeler une guerre les expéditions d'Espagne de 182%, celle de Morée, ou l'expédition qui aboutit au siège d'Anvers. Celles qui ont élé nécessitées par la conquête de l'Algérie, les guerres de Crimée et d'Ilalie bien que meurtrières n'ont pu avoir une grande influence sur la natalité générale.
On sait comment l’armée était alors composée : de soldat à qui, pendant la durée de leur service, 1l n'était pas permis de se marier et d'officiers dont beaucoup étaient célibataires.
Sous le premier Empire, on est frappé du chiffre de l'armée que commandait Napoléon 1°. En 1812, quand à la tête de la Grande Armée, l'Empereur déclare la guerre à la Russie, il marche à la tête de 600.000 hommes. Mais dans cette armée les contingents étrangers, les troupes de ses royaumes vassaux, sont considérables. Ce sont les troupes de son royaume d'Italie, celles du royaume de Hollande, incorporé à l'Empire Français depuis 1810. Ce sont celles
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de la majeure partie de l'Allemagne, dont l'Empereur est le souverain, soit directement, soit comme protecteur de la Confédéra- Uon du Rhin. La Confédération du Rhin comprend 35 principautés et Royaumes, parmi lesquels, les royaumes importants par leur étendue et leur population : la Bavière, le Wurtemberg, la Saxe, la Westphalie, le Grand duché de Bade, celui de Francfort, tous vassaux de l'Empereur.
Tous les soldats de ces nationalités font campagne contre la Russie et périssent autant que périssent les Français.
La guerre de 1870 a trop peu duré pour avoir une influence sur la dépopulation de la France ; dans tous les cas, il faut remarquer que les pertes de nos adversaires ont été tout aussi importantes.
Des maladies toutes spéciales, qui à première vue empêcheraient lesnaissances,ne sont pasetne peuvent êtreune cause de dépopulation comme on pourrait le croire. Un savant syphiliographe, le docteur Fournier, dans un ouvrage connu, Mariage et Syphilis, Va démontré d’une façon péremptoire. La maladie est curable et relativement facilement guérissable. Très court est le délai pendant lequel à partir du début du mal, les naissances peuvent être arrêtées. La littérature s’est depuis emparée de ce sujet, M. Brieux dans sa pièce, L’Avarié, nous a fait voir l’état d'âme de chacun à l'égard de ce mal, les croyances erronées, les idées préconçues et il a essayé, comme la science l’avait fait avant lui, de nous convaincre que si cette maladie était grave, elle ne pourrait avoir sur notre descendance l'influenee que l’on pourrait croire.
Au surplus, c'est dans notre pays que la proportion des malades atteints de ce que les étrangers osent appeler « le mal français » est la moindre. M. Gonnard nous enseigne qu’à une époque, ancienne, il est vrai, de notre histoire (1867-1869) il y avait 329 soldats anglais, atteints de maladies vénériennes sur 1000 : il \ en avait, Loujours sur 1000, 100 Belges, 96 Français, 88 Prussiens et 168 Autrichiens.
L'armée anglaise était déjà à cette époque et est encore actuellement, particulièrement atteinte aux Indes
On est certain que la proportion ci-dessus a diminué en France d'après la statistique qui vient d'être rappelée. Et cela se comprend : à l'époque où elle a eu lieu, l'armée française était compo-
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sée de soldais faisant 7 ans de service, tous célibataires ; les officiers en grande partie élaient célibataires. Il n'en est plus de même aujourd'hui.
On a encore donné pour cause de la dépopulation française, l'alimentation qui est de plus en plus en plus une alimentation carnée, et les maladies rhumatismales, l'artério sclerose, qui peuvent en résulter. Cette indication est le résultat de l'erreur de ceux qui ne veulent pas chercher la véritable cause de la dépopulation : (la volonté réfléchie de n'avoir pas d'enfants), et qui altribue cette dépopulation à des causes physiologiques variées.
On peut supposer même qu'au contraire, une nourriture abondante, choisie, sera une cause de naissances nombreuses et fera que les enfants prospéreront. Des médecins ont étudié et recherché les causes qui pouvaient déterminer les sexes, parmi les enfants d'une famille. Et plusieurs sont arrivés à cette conclusion, qu'une forte nourriture était la cause d’une descendance nombreuse, et d’une descendance de préférence masculine.
Mais il existe une cause de dégénérescence physiologique qui de l'aveu de tous, amène la dépopulation, la diminution des naissances, ou les naissances d'enfants physiquement tarés.
C'est l'alcoolisme.
La consommation de l'alcool en France est loujours croissante. Le nombre des enfants des alcooliques est en général moins élevé que celui des enfants des tempérants. Beaucoup de ces enfants disparaissent en naissant ou dans les premières années de leur âge. Ceux qui survivent ne peuvent eux mêmes, à leur tour, avoir qu'une postérité restreinte ou inférieure.
Sans doute, on peut citer çà et là, les naissances nombreuses dans une famille où le père est alcoolique. Ce sera là encore une démonstration de l'influence de la volonté sur les naissances, parce qu'on peut penser que ces naissances d'enfants d'alcooliques sont dues à une absence de volonté, quand le père est sous l'empire de l'alcool. Une expression rend bien l’idée de ces naissances, on appelle ces enfants ainsi nés « les enfants du lundi ». Mais ces naissances seront bientôt suivies de décès.
Ainsi donc, il est certain que l'alcool cause la ruine physiologique, il conduit à la misère sociale et c'est en vain que par un pa-
radoxe de dilettante, on a essayé de le réhabiliter et d’en faire un aliment.
La misère physiologique, la destruction de la santé, les progrès du fléau ont été trop de fois et depuis trop longtemps signalés pour qu'il soit nécessaire de s’y étendre.
Les médecins ont remarqué que les alcooliques, ou les fils d'alcooliques, sans avoir précisément certaines maladies, dérivant de leur état lui-même, présentaient une réceptivité beaucoup plus grande pour ces maladies et particulièrement pour la phtisie pulmonaire. Chez les alcooliques, toutes les affections cancéreuses ont un caractère bien tranché de malignité. Chez eux tout traitement chirurgical est particulièrement hasardeux, chez eux la résistance est minime en face d’une épidémie de choléra, de petite vérole, de fièvre thyphoïde.
Qui de nous n'a vu, avec un grand serrement de cœur, le matin, dès la première heure du jour, les débits ouverts, flamboyants dans la nuit, et les ouvriers avant d'aller à leur travail affluer autour des comptoirs des marchands de vins ? Ce ne sont pas des aliments qu'ils absorbent, ce sont d'immondes mixtures alcooliques, du vin blanc, des eaux-de-vie de mauvaise qualité, qui agiront d'autant plus sur l'estomac que le buveur est à jeun. Toujours à jeun, l’ouvrier absorbera, ce qu'il appelle des apéritifs, des vermouths el des absinthes, des bitters, qui outre l'alcool qu'ils renferment, contiennent des essences nocives. Pendant ses repas, l'ouvrier préférera à toute boisson : le vin. Il ne se croira pas un buveur s'il en absorbe un litre à midi, un litre le soir, buvant ainsi, à raison de 10 centilitres par litre, au moins 20 centilitres d'alcool.
L'ouvrier cherchera le matin, dans la boisson qu'il absorbe à jeun, le coup de fouet qui le réveille, qui lui donne une ardeur momentanée, factice, pour reprendre son ouvrage. Il pourrait tout aussi bien, dans son intérieur, trouver ce qu'ilcherche, en s'abstenant d'alcool.
La loi du 43 février 1873 tend à réprimer l'ivresse publique et à réprimer les progrès de l'alcoolisme, mais elle est lettre morte. Son texte s'étale dans chaque débit de boisson de France, avec une parfaite inefficacité. Le privilège odieux des bouilleurs de cru