‹ La dépopulation de la FranceChapitre 17 sur 158 · hab · texte numérisé non relu

hab

Population des villes comptant

plus de 10U.000 habitants

Différence.

Allemagne . . . .

vers

vers

en

vers 1890.

vers 1900.

Autriche-Hongrie .

France .

Grande-Bretagne .

Sans doute d faudrait, pour une échelle rigoureuse, faire état de l’excédent des naissances sur les décès; il est nul ou négatif en France dans presque toutes les grandes villes, mais il est sensible dans les autres pays. Il n'en est pas moins certain que c est 1 immigration qui est partout la grande cause de l’accroissement des villes. Or, cet accroissement est beaucoup plus rapide en Allemagne et en Angleterre qu’en France.

Ce n est pas tout : d’après le recensement de 1900, cet accroissement en France est meme devenu à peu près nul; la population de plusieurs grandes villes a légèrement diminué. Si donc l'agriculture manque de bras en France beaucoup plus gravement qu’ailleurs, ce n’est pas à 1 émigration urbaine qu il faut s’en prendre, mais à la lamentable insuffisance de la natalité.

Elle a d’effroyables conséquences dans les campagnes. On y voit, notamment dans le Cotentin, des villages entièrement inhabités et ruinés. L'incendie, la guerre, la peste, l’inondation, les cyclones, les fléaux les plus redoutés n’auraient pas causé de plus horribles ravages ! Et cela est le fait du néo-malthusianisme obstinément pratiqué !

Le pis est que ce désastre lent n’a été nullement douloureux. C'est la mort par le chloroforme ! On n en souffre pas, et pourtant c’est la mort!

Conséquences pour l industrie de 1 insuffisance de la

natalité.

Les industries qui s’exercent dans de grands centres souffrent moins que l’agriculture de l’insuffisance de la main-d’œuvre à cause de l’immigration de la campagne vers les villes et à cause de l’afflux des étrangers qui ne vont guère dans les campagnes que lorsqu’on les y attire, tandis qu'ils arrivent spontanément dans les villes et surtout dans les grandes villes.

Et pourtant à combien d’industriels n’entend-on pas dire qu’ils sont forcés d’embaucher des ouvriers qu’ils connaissent comme mauvais, pour la raison qu’ils n en trouvent pas suffisamment. Ce discours nous était tenu tout récemment dans une compagnie minière de Saint-Etienne.

Mais l’insuffisance de la natalité nuit à l’industrie française moins par la rareté de la main-d œuvre (on y supplée en embauchant des étrangers) que par 1 insuffisance des débouchés.

De très larges débouchés sont en effet la condition essentielle d’un grand nombre de progrès industriels. Ces sortes de progrès, pour les industries qui ne peuvent pas exporter leurs produits, ne peuvent être réalisés que dans les pays très peuplés.

J en citerai seulement quelques exemples :

Les moyens de transport en commun, dont presque toute la dépense consiste en frais généraux, ne peuvent évidemment être à très bas prix que dans les pays à population nombreuse. G est pour ce motif que la France ne peut pas avoir un réseau de chemins de fer aussi serré que la Belgique, que l’Allemagne ou que l’Angleterre ; encore faut-il ajouter que les trains sont très rares sur toutes nos petites lignes et qu'elles sont peu rémunératrices; si la population venait à baisser, il faudrait les supprimer. La population française est donc médiocrement desservie au point de vue des transports et elle ne peut pas l’être mieux faute de clients, c’est-à-dire faute d habitants. Elle parait renoncer à construire de nouvelles lignes et elle fait bien. Elle ferait mieux de leur préparer des voyageurs!

De cette rarete relative des chemins de fer résultent des conséquences très nombreuses qu’il est sans doute inutile de rappeler ici. On a si souvent déjà énuméré les avantages directs et indirects du transport facile, rapide et économique des personnes et des choses ! A cause du peu de densité de sa population, la France ne jouit pas et ne peut pas jouir de cet immense bienfait à l’égal des pays voisins.

1 oui 1 industrie du livre, la nécessité d’une population nombreuse est encore plus évidente. Elle est manifeste pour le livre rare comme pour le livre populaire.

Parlons d’abord du livre populaire. Il est visible que dans des pays tels que le Danemark, ou les Pays-Bas ou la Grèce, aucun éditeur ne pourrait tenter ces belles opérations de librairie qui livrent au public, pourquelques sous, les chefs-d’œuvre de la littérature. Ces entreprises ne peuvent réussir que si elles sont assurées de trouver rapidement plusieurs centaines de milliers d’acheteurs.

Elles sont donc plus faciles en Angleterre ou en Allemagne qu’en France.

Quant au livre rare, la même nécessité est encore plus manifeste. Il est clair qu’une revue de Cryptogamie par exemple ne peut pas être publiée en suédois ni en hollandais ; et, en effet, lorsque le Suédois Fries publia le beau traité qui sert de fondement à cette science, c’est en latin qu’il l’a écrit; s’il l avait rédigé en suédois, il n’aurait pas eu vingt lecteurs peut-être !

Le livre et le transport, les deux facteurs les plus puissants des progrès économiques et intellectuels, sont donc entravés par le défaut de population. Et il en est de même de la plupart des éléments du bonheur !

Ainsi, en commençant cette deuxième partie, nous admettions, pour plus de clarté, que la consommation et que la production se proportionnent au nombre des consommateurs et des producteurs. Les convives du festin de la vie en sont aussi les cuisiniers, disions-nous, donc le nombre des rations se proportionne au nombre des convives. Eh bien, il faut ajouter que lorsque les convives sont nombreux, les rations, à bien des égards, sont plus grosses.

IMMIGRATION ET INVASION Nullité de 1 émigration française.

Voulez-vous voir un pays qui a des colons, mais n a pas de colonies ? Regardez l’Allemagne ! (aujourd’hui on dirait avec beaucoup plus de justesse : regardez 1 Italie). Voulez- vous voir un pays qui a des colonies, mais n a pas de colons ? Regardez la France.

Ce point est tellement évident que des statistiques sont

inutiles pour le démontrer. Aussi bien, en ce qui concerne la France, n’existent-elles guère. La statistique de l’émigration irançaise a cessé d’être publiée; elle était incomplète et peu intéressante.

L émigration était au contraire considérable en Allemagne où elle a beaucoup baissé (il y avait au moins 184.369 émigrants en 1881, et seulement 19.883 en 1909). Plus l’Allemagne a d hommes, plus il lui en faut.

L émigration italienne au contraire se développe étonnamment depuis une quinzaine d’années (428.235 émigrants en 1907. Il était même de 523.094 l’année précédente, mais il est tombé à 245.721 en 1908; il se relèvera).

L émigration enlève d’un pays ses éléments les meilleurs et aussi ses éléments les plus mauvais. Ses meilleurs : car elle lui enlève ses individus les plus entreprenants et les plus audacieux; ses plus mauvais: car les individus tarés, les condamnés, sont lorcés de s’expatrier; une quantité de malheureux qui n’ont pas réussi dans leur pays sont portés a croire que la lortune leur sourira davantage dans des pays nouveaux.

Les émigrés qui sortent de France n’appartiennent guère qu’à celte seconde catégorie (excepté au Mexique, dans l’Argentine, etc.) ; ils ne contribuent pas à la bonne réputation de notre pays au dehors. Un ambassadeur de b rance, recevant des savants français qui participaient à un Congrès international réuni à l’étranger, leur disait familièrement en ma présence : « Combien je suis heureux de voir enfin des compatriotes qui ne soient ni des mendiants, ni des déserteurs ! »

La France colonisée par les étrangers.

Non seulement la population française, faute de s’accroître, n’a pas la force de pénétration nécessaire pour se

répandre au dehors, et pour utiliser son beau domaine colonial, mais elle n'arrive même pas à défendre son territoire contre la poussée des populations voisines. Aussi le nombre des étrangers fixés en France augmente. Voici leur nombre à l'époque de chaque recensement :

Nombre d'étrangers recensés en France.

lT.

en

zn

*ii|

O O Sî o « c

Page 1