‹ La dépopulation de la FranceChapitre 19 sur 158 · PROVINCE DE POSEN ROYAUME DE PRUSSE · texte numérisé non relu

PROVINCE DE POSEN ROYAUME DE PRUSSE

En 1 an sur 1.000 habitants.

Naissances .

Décès .

Excès des naissances.

Si la Pologne résiste à la Prusse, puissance formidable

pourtant, c’est parce que, si la population prussienne s’accroît à raison de 15 p. 1.000 (ce qui est déjà énorme), la population polonaise s’accroît à raison de 20 p. 1.000.

L’impossibilité de surmonter les effets de cette natalité élevée a paru tellement absolue au gouvernement prussien, qu’il en est venu à violer la parole royale, donnée aux Polonais en 1814, de respecter leurs propriétés : Cette promesse formelle, faite à la face de l’Europe, paraissait alors banale et peu compromettante. La moralité publique a évolué en Prusse, depuis cette époque ! On a violé, avec la même désinvolture, l’article 4 de la Constitution prussienne, qui garantit à tous les sujets prussiens l’égalité devant la loi. Le kronprinz est venu en personne assister à la séance où, en vertu de l’odieux droit du plus fort, banqueroute était faite aux engagements solennellement pris par ses aïeux. « Dure nécessité ! » disait son ministre de l’agriculture, M. d’Arnim, chez qui subsistaient quelques scrupules d’honneur!

Dans une autre partie du monde, nous vovons de même un peuple peu nombreux conserver sa nationalité à cause de sa natalité élevée. C’est le peuple franco-canadien. Pour 1.000 habitants on y compte 42 naissances au lieu de 20 en France) et 18 décès ; différence : 24. Donc, la population s’accroît de 24 têtes par 1.000 habitants en un an. Ainsi s’explique que, malgré une forte émigration aux Etats-Unis, la nationalité française au Canada se développe d’année en année.

Mais les Canadiens sont traités avec équité par le gouvernement anglais (du moins depuis 183!)). Ni leurs biens, m leurs personnes, ni leur langue ne sont persécutés ; ils vivent sur le pied de la plus parfaite égalité avec leurs voisins anglais. Ils ne sont pas ingrats, d’ailleurs, et, tout en conservant pour leur patrie d’origine une affection fidèle dont j ai été vivement touché lorsque je voyageais en

leur pays, ils sont devenus de loyaux et dévoués sujets du monarque britannique. Ainsi, en s'appliquant à être équitable, juste et honnête, la nation anglaise s’est trouvée être clairvoyante et habile.

La Prusse fait, en Pologne, justement le contraire de ce que l’Angleterre a fait au Canada.

11 est remarquable que deux poli tiques aussi opposées aient été suivies du même résultat : la persistance de la nationalité première, grâce à une très forte natalité. Seulement la manière douce a produit, au Canada, une population fidèle, et la manière brutale adonné à la Prusse une population exaspérée.

Tandis que la Pologne, tandis que le Canada, grâce à leur forte natalité, disputent assez victorieusement leur sol à leurs vainqueurs, la France, à cause de sa faible natalité, ne peut pas arriver à défendre son territoire contre 1 invasion pacifique de l étranger. Le contraste n est-il pas violent ? On attribue, sans doute avec raison, à une forte natalité, les invasions si fréquentes des pays du nord dans les pays du midi. Peut-être y a-t-il, dans cet ordre d idées, encore d’autres problèmes historiques à creuser (la Grèce, Carthage, etc.). L’absence presque totale de documents numériques1 les rend trop hasardeux pour que nous les tentions ici (voir pourtant p. 253).

Les poètes ne s’embarrassent pas pour si peu ; ils devinent volontiers ce qu ils ne voient pas. M. Zola a écrit les deux phrases suivantes qui expriment peut-être la vérité : « La fécondité victorieuse reste la force indiscutée, la puissance souveraine qui seule fait 1 avenir... Il ne s est pas fait dans l’Histoire un seul pas en avant, sans que ce soit le nombre qui ait poussé l’humanité dans sa marche ». (. Fécondité , VIe partie, livre Y).

1. Mon très savant ami, M. Marcel Dieulafoy (de l’Institut), publiera prochainement ceux qu'il a étudiés pour Sparte, d'après Xénophon et Thucidyde.

YI

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