‹ La dépopulation de la FranceChapitre 48 sur 158 · Natalité et civilisation, par Arsène Dumont, p · texte numérisé non relu

Natalité et civilisation, par Arsène Dumont, p

-• Je lai lu pour la première fois dans le Courrier deFranconie de Nuremberg (-7 avril 1908). Mais peut-être était-il emprunté à un autre journal.

« Les Français s’en tiennent absolument à leur système de deux enfants, quelles que soient les prédications qu’on leur adresse. A cela est lié le goût de l’épargne, car le système des deux enfants n'a d’autre fondement que le goût de l’épargne. Bien moins, infiniment moins, peut-on accuser les Français et Françaises d’être toujours bien vêtus et de fréquenter les bals et les fêtes ; ceux qui ont attribué quelque valeur à cette cause sont des malveillants, qui ne connaissent de Françaises que celles des boulevards.

« Aon, l’économie est la cause qui restreint la population française. L’économie, dans les écoles françaises, est depuis bien longtemps prêchée comme la première des vertus, et cette prédication a eu pour résultat qu’aucun peuple ne soutient la comparaison avec la France à cet égard. On s’étonne, à l'étranger, de la richesse de la France, mais cette richesse n’est autre que de l’argent épargné. Et, estce véritablement une nation riche, que celle qui cache des sous dans des coffres ou dans des bas ? M’est-elle pas plus riche si elle dispose de son argent, si elle s’en sert pour entreprendre quelque chose, si par un bon emploi elle le double ou le décuple? Sans doute, l’esprit d’entreprise ne va pas sans déceptions, mais au total, il permet démarcher de l’avant.

« Le Français est, de tous les peuples qui me sont connus, même l'Espagnol, celui qui a le moins d’esprit d’entreprise. Le millionnaire français, tout comme le paysan ou l’ouvrier français, n’a qu’un désir : épargner, et, avant tout, ne rien risquer.

« La France peut emprunter à 3 p. 100 tant qu’elle veut. On se plaint, en Allemagne, de la peine qu’on a à emprunter à 4 p. 100, mais est-il sur que ce soit mauvais signe ? lorsque les entreprises privées prospèrent, on peut facilement et sûrement placer son argent à un taux plus élevé, et on ne veut plus entendre parler du taux misérable qu’offrent les États. Excès d’argent peut passer peut-

être pour signe de santé, mais non de croissance. Si l’industrie française faisait les progrès de l’industrie allemande, les Français ne donneraient pas leur argent pour 3 p. 100.

« Le même esprit d’économie, le même défaut de confiance en soi et d’esprit d’entreprise, rive les Français au système des deux enfants. Le père de famille allemand se dit simplement : « Si j’ai donné à mes enfants une éducation, s’ils ont appris une profession, ils peuvent euxmêmes songer à eux, comme je l’ai fait moi-même », et il a confiance que ses enfants feront vaillamment leur chemin.

« Mais le Français a aussi peu de confiance en ses enfants qu’en lui-même, et il a en lui-même très peu de confiance.

« Confiance en soi et esprit d’entreprise se tiennent. Le Français n’entreprend et ne risque rien parce qu il n’a pas confiance en lui. Ce qu’il veut donner à ses enfants, ce n est pas seulement le moyen de faire leur chemin, mais un nid tout fait et une table toute servie...

« Pour changer cela, il faut changer le point de vue, qui, depuis des siècles est celui du peuple français. Il faut faire comprendre au Français, qu’épargner vaut moins que gagner, et qu’il est mieux d’augmenter son revenu que de restreindre ses dépenses. Tant que MM. Piot et Bertillon n’y seront pas parvenus, leurs efforts resteront stériles. »

Faut-il donc croire que l’on fait fausse route en recommandant a tous la prévoyance et l’économie ? En tout cas, n’a-t-on pas dépassé le but ?

La Commission de dépopulation l'a pensé car (die a voté la conclusion suivante qui a été formulée (15 décembre 1905) par M. de Foville :

« Quand les pouvoirs publics poussent à. l’excès les encouragements donnés à 1 esprit de prévoyance individuelle et familiale, ils risquent de contribuera la restriction de la natalité. »

Il vaudrait mieux recommander le travail et surtout les bonnes mœurs et l’esprit de famille sans lequel il n’y a pas de nation possible.

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