‹ La dépopulation de la FranceChapitre 64 sur 158 · SAGE-FEMME · texte numérisé non relu

SAGE-FEMME

Méth. infaillible. Rue....

1 ro cl . Cons. I à 6 h.

Corres. Stéril. Discr.

Remarquez ces mots : Stérilité , Discrétion , juxtaposés dans cette annonce. Ils ont deux sens distincts, l’un pour le public, l’autre pour le parquet.

Pour le public, cela veut dire « Nous sommes très discrètes ; grâce à cette vertu, vous pouvez sans crainte nous demander le moyen d’être stérile, nous vous l’enseignerons dans le plus grand secret. Le moyen est rationnel, la méthode infaillible! Le mot stérile est pris dans sa plus large acception. Donc, vous ne deviendrez pas enceinte, ou, si vous Fêtes, nous y mettrons ordre ».

Pour le parquet, si par hasard il s’en mêlait, ces

mêmes mots ont un sens tout opposé : « Nous enseignons le moyen cle ne pas être stérile. »

La police devrait recueillir ces adresses et surveiller les opérations de ces dames. Elle n’en fait rien, et s’en tient au deuxième sens du mot. Et pourtant ce n’est évidemment pas le vrai.

Un de mes frères, le Dr George Bertillon, dans une excellente élude sur V Avortement et sa répresssion (Congrès des médecins praticiens en 1910), a remarqué que .ces annonces sont faites par une cinquantaine de sages-femmes de Paris, toujours les mêmes. Vingt d’entre elles en font pour 3, 4 ou 5.000 francs par an, quelquefois davantage. L’un e d’elles pour 13 à 14.000 francs ‘. Ces chiffres sont à rapprocher de celui-ci : étant donné le nombre des sagesfemmes existant à Paris, le nombre d’accouchements qui leur sont confiés, et le prix ordinaire de ces accouchements, chacune d’elles ne gagnerait en moyenne que un millier de francs par an (1.200 francs au plus) si elles ne se rattrapaient pas par l’exercice illégal de la médecine (maladies des femmes, etc.) ; quelques autres par l’industrie criminelle dont nous parlons. Il est monstrueux qu’elles puissent même l’annoncer dans les journaux.

Ces annonces immondes ont été poursuivies et condamnées en 1908 par le tribunal de police correctionnel, puis par la Cour de la Seine.

Aussitôt, elles ont disparu des journaux : l’arrêt de la Cour vaut un coup de baguette magique. L’effet est prompt mais n’est pas très durable. Déjà les annonces scandaleuses reparaissent. M. George Bertillon en signale plusieurs en un même jour, celle-ci, par exemple « Troubles mensuels. Si inquiète, écrivez rue... n°... » Si M. le Préfet de police écrivait, et qu'il lui fût répondu, comme au D1' Del-

1 ■ « Le hasard, cette providence de ceux qui cherchent, » a livré à M. George Bertillon le livre de dépenses de cette dame. Le très pittoresque compte rendu qu'il en a fait est trop long pour être reproduit ici. C’est dommage. C'est un « document humain » de premier ordre.

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