DES MESURES EFFICACES
Le péril est extrême ! La France, sans le savoir, s’endort du sommeil de la mort. Telle est la vérité qu'il ne faut pas quitter des yeux lorsqu’on cherche les moyens de transformer les détestables moeurs familiales qui nous perdent. A chacun de ceux que nous proposons, on peut faire assurément des objections dont quelques-unes assez plausibles en apparence. Des objections, on en peut toujours faire, à tout, même aux choses les meilleures. Il n’en faut tenir aucun compte, à cause de l’immensité du danger.
Principe moral à inculquer dans la conscience des Français.
Contre le mal qui ronge la France, on pourrait, certes, réclamer des mesures énergiques, douloureuses au besoin ; celles que nous réclamons ne sont qu’équitables.
Elles respectent pleinement la liberté individuelle, et même elle l’augmentent. Elles ont pour but de faire savoir aux Français qui l’ignorent le tort que leur égoïsme malentendu fait à leur patrie ; elles visent surtout à modifier
DES REMÈDES A OPPOSER AU FLÉAU
les moeurs et à appeler sur les familles suffisamment nombreuses le respect profond et la protection qui leur sont dus. Enfin, elles se proposent de faire concorder l’intérêt général avec l’intérêt particulier; les lois actuelles ont précisément l'effet contraire.
Tout homme a le devoir de contribuer a la perpétuité DE SA PATRIE EXACTEMENT COMME IL A LE DEVOIR DE
la défendre. — Telle est la vérité morale cjue les français ont oubliée et qu'il s’agit de leur inculquer. De beaux discours seraient impuissants à remplir une tâche aussi énorme. Pour convaincre la masse des hommes, il faut des faits palpables qui les touchent personnellement et qui les atteignent tous.
Voila notre principe directeur. Nous en examinerons successivement les applications. Nous commençons par les applications fiscales, quoique, à notre avis, ce ne soient pas les plus importantes.
Application du principe précédent aux lois fiscales.
Le fait d’élever un enfant doit être considéré comme une forme de l’impôt. — En effet, payer un impôt, c est s’imposer un sacrifice pécuniaire au profit de la nation entière. C’est ce que fait le père qui élève un enfant.
Pour que cet impôt soit acquitté par une famille, il faut qu’elle élève trois enfants. — En effet, il en faut deux pour remplacer les parents et il en faut en oulie un troisième, car sur les trois, il y en aura en moyenne un qui ne se reproduira pas1. Donc la famille qui (volontairement
-1. Le raisonnement pouvait suffire à justifier cette phrase. En voici la démonstration numérique (d'après l’année 1906. la dernière dont les chiffres soient publiés avec détails; cette année est d ailleurs normale) :
Il est mort, en 1906, en France, 300.437 célibataires de tout âge.
Dans cette même année, il y a eu 306. 4S* mariages.
Donc, pour que la population se maintienne sans profit ni perte, il faut ciue ces 306.000 mariages produisent, en moyenne, deux naissances pour remplacer les deux parents (soit : 306.000 X 2 = 612.000
ou non, peu importe) n'élève 1 pas trois enfants, s’impose des sacrifices insuffisants pour l’avenir de la nation. Elle est libre de le faire, mais elle lui doit un dédommagement. Au contraire, celle qui élève plus de trois enfants s’impose un supplément de charges dont on doit la dédommager toutes les fois que l’occasion s’en présente, et elle se présente souvent.
Le principe du dégrèvement proportionnel au nombre des entants a été adopté, mais avec une inexplicable timidité, par plusieurs ministres des Finances2. L’Al-
naissances) et, en outre, 300.000 autres naissances pour remplacer les 300.000 décédés célibataires, soit, au total, 912.000 naissances.
Ce calcul n’est pas aussi rigoureux qu'il le paraît, parce que, quoique relatifs à une même année, les chiffres qu'il considère sont des résultantes des époques précédentes. Il résume pourtant bien la situation générale.
On remarquera que le nombre des célibataires décédés à tout âge est presque exactement égal à celui des mariages. Cela justifie notre formule. Pour que la population ne décroisse pas. il faut que chaque ménage ait au moins trois naissances, à savoir : deux pour remplacer les deux parents, et une troisième comme bouche-trou , parce que, sur les trois, il y en aura un qui ne se reproduira pas.
1. A notre avis, il convient de supprimer les entraves apportées actuellement à l'adoption. On doit tenir compte à une famille des enfants qu’elle élève, soit qu'elles les ait engendrés, soit qu'elle les ait adoptés.
2. M. Doumer, ministre des Finances, avait proposé quelques allégements de charges en faveur des familles nombreuses : son successeur, M. Georges Cochery, avec qui le bureau de Y Alliance nationale a eu 1 honneur d avoir deux entrevues, a été plus loin dans cette voie; son projet de loi du 4 juin 1896 nous donnait un premier rudiment de satisfaction; celui du 9 février 1897 est un peu plus favorable à notre thèse. L’exposé des motifs s'exprime ainsi : « Les résultats du dernier dénombrement nous ont confirmés dans l’opinion que tout projet de réformes des contributions directes devait comporter aujourd hui plus ([lie jamais de larges détaxes en faveur des familles nombreuses... La déduction des charges de famille organisée par l'article 15 constitue une mesure réclamée par tous. » Tous les successeurs de M. Cochery (et ils ont été nombreux) ont répété à peu près ses paroles , aucun n a entrepris sérieusement de leur donner une suite quelconque.
La France ne sera pas entrée la première dans cette voie. L’esprit île justice a inspiré de semblables réformes à des gouvernements qui n’ont pas à se préoccuper de la dépopulation. Des dégrèvements, c ailleurs très insuffisants, sont accordés, en raison du nombre des entants, en Prusse, en Saxe, dans la plupart des Etals secondaires de l AUemagne (Hambourg, Ilrôme, Lubeck. Anhalt, Saxe-Altenbourg, Saxe-Cobourg, Saxe-Gotha, Schwartzbourg-Rudolstadt, Sclnvartzbourg-Sondershausen, etc.), en Serbie, en Norvège, en Suède, dans plusieurs cantons suisses et enfin en Autriche.
DES REMÈDES A OPPOSER AU FLÉAU
liance nationale n’y a pas été étrangère. Mais il serait facile, il serait nécessaire, d’aller dans cette voie beaucoup plus loin :
Possibilité de dégrever complètement les familles de plus de trois enfants de tout impôt. — Pour y parvenir sans que le Trésor y perde rien, il sutïit de charger d’un cinquième seulement les familles moins prolifiques. En effet, l'état démographique de la France est tellement déplorable que les familles de plus de trois enfants ne forment que la sixième partie des familles françaises; c’est ce qui résulte du tableau suivant :
France. — Dénombrement de 1896.
Célibataires masculins de plus de
30 ans .