‹ La dépopulation de la FranceChapitre 74 sur 158 · MESURES ACCESSOIRES · texte numérisé non relu

MESURES ACCESSOIRES

Toutes les faveurs dont FÉtat dispose devraient être de préférence réservées aux familles nombreuses.

En toute occasion, la loi, l’administration, les particuliers doivent témoigner du profond respect dû aux familles nombreuses. Ce serait le moyen de le faire entrer dans les moeurs. L’Etat devrait donner l’exemple, car il est le principal intéressé. Cependant il est remarquable qu’il est distancé, sous ce rapport, par un certain nombre de particuliers. Nous citerons quelques exemples des témoignages

DES REMÈDES A OPPOSER AU FLEAU

de respect et de protection qui devraient être accordés aux familles fécondes :

Il faudrait proclamer comme règle générale que les bourses, les secours de toute sorte, les bureaux de tabac et autres menues faveurs, devraient être réservés exclusivement, aux familles nombreuses, ou du moins le nombre des enfants devrait être un litre très important pour les obtenir. Très souvent c'est par ambition pour leur enfant que les familles sont malthusiennes ; c'est par ambition qu’elles ne le seraient pas. Actuellement, le nombre des enfants n’est considéré et encore pas toujours) que comme un indice de misère ; mais il n'est pas apprécié comme constituant un honneur et un titre à la protection de l’État pour la famille qui les élève. Il y a pis : il est admis dans un grand nombre d’établissements de l'État qu’on ne donne pas deux bourses à la même famille : ainsi une famille qui a un enfant unique peut faire supporter par l'État sa charge tout entière, tandis qu'une famille qui élève cinq enfants 11e peut espérer être déchargée que du cinquième de ce tardeau, quels que soient d’ailleurs les titres qu’elle peut avoir aux faveurs de l’État. J'ai d'ailleurs prouvé [Bull, de l'Ail, nat., I, p. 122, 233, 232, 233, II, 498) que la plupart des boursiers appartiennent à des familles restreintes.

Les notes signalétiquesdes employés de plusieurs grandes administrations publiques indiquent le nombre de leurs enfants. Celte mesure devrait être généralisée.

Il 11’est pas logique que les indemnités de logement, de résidence et de déplacement soient les mêmes pour les fonctionnaires célibataires ou sans enfants, et pour ceux qui ont la charge d'une nombreuse famille, c’est pourtant ce qui existe à présent ; les indemnités de résidence notamment sont très élevées pour certaines catégories de fonctionnaires. On devrait les répartir d’une façon plus équitable. 11 n’en résulterait aucune charge pour le frésor ; peut-être même y trouverait-il un avantage.

L’industrie privée — quoique la question n’ait pas pour elle l’intérêt majeur qu’elle devrait avoir pour l’État — - lui a donné l’exemple. Les Compagnies de chemins de fer distribuent dans les années de cherté des secours à leurs employés, et ces secours sont proportionnels aux charges de famille.

A mérite égal , un fonctionnaire élevant une nombreuse famille devrait être préféré au chef d’une famille restreinte1. Il pourrait en être ainsi, notamment pour les fonctions humbles qui ne nécessitent aucune capacité spéciale. L exemple de celte règle de conduite a été donné naguère par M. Poubelle, préfet de la Seine ; malheureusement il n’en a pas fait l’objet d’une règle écrite (voir p. 296.)

Différentes administrations publiques’ qui emploient des femmes suppriment leur maigre traitement pendant le congé qui leur est nécessaire lorsqu’elles deviennent mères. Cette règle injuste et que l'on estimera sans doute immorale, devrait être supprimée sans retard. Elle vient de 1 être par le ministère de l’Instruction publique, grâce à l’heureuse persévérance deM. L. Marin, député de Nancy (loi du 15 mars 1910). Ici encore l'exemple à suivre est donné par quelques industries parisiennes et notamment par 1 admirable Mutualité maternelle des industries de l’aiguille à Paris.

On devrait retuser toute espèce d’encouragement ou de subvention aux sociétés de secours mutuels qui refusent aux femmes en couches les soins médicaux cl les indemnités de maladie, sous prétexte quel accouchement normal n'est pas une maladie.

Il est manifeste que ces réformes de détail (et beaucoup d’autres du même genre que nous ne citons pas faute de place) ne peuvent avoir qu un effet direct assez limité

1. Cette règle était absolue chez les Romains, même pour les plus hautes fonctions : llle me in tribunatû liberorum jure præcessit iPlinius Fabalo , VII, 16).

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mais nous comptons sur leur effet moral et sur l’orientation qu’elles pourraient donner à l’opinion publique si justement alarmée de la diminution de la France.

Logement des familles nombreuses.

Combien d autres réformes de détail pourraient être entreprises !

Nous avons vu qu’il est à peu près impossible à une famille nombreuse de se loger convenablement, à moins qu'elle ne soit riche. Nous avons dit qu’on devrait (tout au moins d’ici à longtemps) n’accorder le bénéfice de la loi sur les logements à bon marché qu’aux sociétés qui prennent pour règle rigoureusement absolue de ne louer qu’à des familles ayant plus de trois enfants1. M. Chevsson de l’Institut) avait proposé, pour les stimuler, de leur faire faire une avance par l’Etat ou par la Banque à un intérêt réduit (à 2 p. 100 ou même à 1 p. 100); on fait bien des avances gratuites aux Caisses régionales de crédit agricole mutuel. Le logement des familles nombreuses importe plus encore, d’après M. Cheysson, que le crédit agricole. Cela même ne suffirait pas, étant donné la rareté et l’insuffisance de ces sociétés.

M. Hector Dépassé, député, a proposé (12 juillet 1900) de frapper d’une petite amende (25 francs à 50 francs) les propriétaires qui argueraient du nombre des enfants pour

1. On a prétendu que de telles maisons seraient des foyers de rougeole, de diphtérie et de scarlatine. Même s'il en était ainsi, je n'y verrais pas un argument. L’école aussi, et la crèche (lorsqu’elles sont mal tenues), et le jardin public (même lorsqu'il est bien tenu), peuvent être des foyers de maladies infantiles, sans que ce soit un motif pour les fermer: car les enfants ont le droit, le droit absolu, d’être instruits et nourris ; ils ont le droit de jouer et de courir; ils ont aussi le droit d'être logés et il est absurde de leur refuser ce dernier droit sous prétexte de veiller sur leur santé.

L’argument est d'autant plus nul qu’il ne repose jusqu’à présent sur rien du tout. Aucune épidémie sérieuse n’a été signalée dans les maisons louées à des familles dites nombreuses. Probablement le danger y est moindre que dans les maisons bourgeoises, parce que les petits malades sont dirigés sans retard sur l’hôpital.

refuser de louer; proposition certainement inefficace, car un congé ou un refus de louer n’a pas besoin d’être motivé.

Voici qui est plus pratique. On peut admettre qu'un fover normal comporte en moyenne trois enfants dont un de moins de quinze ans et que par conséquent une maison contenant vingt logements doit contenir au moins vingt personnes de moins de quinze ans. Lorsque le compte n’y sera pas, on sera en droit d’admettre que c’est par la mauvaise volonté du propriétaire, et on pourra l'obliger à un impôt supplémentaire par tête d’enfant manquant. Loin que les enfants soient refusés, il pourra se faire qu’ils soient recherchés !

De la protection à accorder à l'enfant

C’est un devoir pour la nation d’entourer l’enfant, et surtout l’enfant malheureux de toute sa protection et de toute sa tendresse. En lui réside l’avenir de la patrie ; une société intelligente doit donc ne reculer devant aucun sacrifice pour lui assurer des aliments et l’instruction. Sur ce dernier point, l’Etat aujourd’hui fait son devoir ; mais à quoi sert l’école, si l’écolier n’a pas à manger ! On lui a donné le nécessaire avant de songer à lui assurer l’indispensable.

Aux nouveau-nés que leurs parents ne peuvent nourrir, la Société a le devoir de fournir du lait propre à l’alimentation du jeune âge, c’est-à-dire du lait stérilisé. Le Conseil municipal de Paris entre dans cette voie ; on doit désirer que cet exemple soit suivi.

Quelle admirable institution que celle des Caisses des écoles ! Lorsqu’elles existent, les enfants trouvent à l’école le pain et la soupe sans lesquelles la fréquentation de l’école est impossible. La loi les déclare obligatoires pour toutes les communes, mais elles n’existent que dans 17.000 communes, et encore cette existence est fictive dans un très grand nombre de cas. On devrait multiplier les Caisses

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des écoles et les enrichir, quelles que soient les dépenses à faire pour un si noble but.

Cette réforme est, de toutes celles que nous proposons, la seule qui doive être onéreuse à l’État. Qui pourrait en méconnaître la nécessité ? De toutes parts, on entend parier de retraites aux vieillards ; leur sort nous touche moins que celui des enfants ; les vieillards ne sont pas une force pour un pays ; d’ailleurs ils ont eu soixante ans pour préparer la sécurité de leurs vieux jours, et s'ils n’y sont pas parvenus, ils doivent s’en prendre surtout à euxmêmes. Sans les enfants au contraire, la France n’existera plus demain ; de plus, ils sont moins que personne responsables de leur pauvreté. A eux donc doivent aller toutes nos ressources disponibles, à eux toute notre protection, tout notre amour ; pour eux tous nos sacrifices !

Toutes ces mesures peuvent se résumer d’un mot : la loi ne doit pas ruiner (par les lois de succession) la famille nombreuse quand elle est aisée ; elle ne doit pas la condamner à la faim quand elle est pauvre. Secourir la veuve, secourir l’enfant : avant tout, favoriser et honorer la famille suffisamment nombreuse.

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