DROITS POLITIQUES DES FAMILLES NOMBREUSES
Vos législateurs actuels ne le comprennent pas : il leur est interdit de le comprendre. La veuve, l’enfant, la famille nombreuse ? Ce ne sont pas des électeurs que ces gens-là ! Donc, ils ne sont pratiquement dignes d’aucune attention1.
Parlez-moi du marchand de vin. Voilà le « grand élec-
1. « Vous n’êtes pas le nombre, donc vous n'avez aucun droit. » Ces paroles ont été adressées textuellement par un député influent au capitaine Maire, fondateur de la Ligue des pères de famille nombreuse.
Elles ont été prononcées, en termes moins concis mais presque aussi nets, et avec chiffres à l'appui, à la tribune du Sénat, le 17 janvier
leur ». C’est chez lui que quelques hâbleurs, célibataires pour la plupart, préparent les élections de leurs amis. Donc, ne nous occupons jamais de la dépopulation, c’est inutile ; moins encore de l’alcoolisme, c’est dangereux ! Laissons la France mourir de ces deux plaies.
Il y a en France 3 millions et demi de familles ayant trois enfants et plus. Elles contiennent au total 23 millions de personnes (7 millions de parents et leurs 16 millions d’enfants). Ainsi elles constituent la majorité de la nation, et en outre sa partie la plus intéressante ; celle sur laquelle repose son avenir,
Mais comme il y a 11 millions d’électeurs, et que ces familles de 3 enfants et plus ne disposent que de 3 millions et demi de voix, elles ne constituent même pas le tiers du corps électoral.
Comment s’étonner, dès lors, si le législateur néglige totalement leurs intérêts ?
Aussi M. de Foville a-t-il proposé à la Commission de dépopulation la conclusion suivante (qui n'a pas été discutée faute de temps) :
Les lois électorales pourraient et devraient faire une différence entre le citoyen qui représente tout un groupe, toute une famille, tout un avenir et celui qui, vivant seul, ne représente que lui-même.
Voici, à mon avis, comment ce principe général pourrait être appliqué.
On rentrerait dans la logique et dans la vérité en étendant le suffrage universel, c’est-à-dire en admettant le principe suivant :
Tout rire humain , quels que soient son sexe et son âge, a des droits et des devoirs envers la société. Même l’enfant qui vient de naître a le droit d’être nourri ; il a le droit d hériter et de recevoir, donc le droit d’administrer ses biens, le devoir de payer l’impôt et de se soumettre à toutes les lois qui régissent la propriété. Un peu plus lard.
DES REMÈDES A OPPOSER AU FLÉAU 305
il aura le droit et le devoir de s’instruire, le devoir de se soumettre aux lois sur le travail des enfants dans les manufactures, etc., etc. (.est par les soins de son luteur qu’il use de ces droits, qu’il se soumet à ces devoirs.
Or des droits et des devoirs civils impliquent des droits politiques. C’est un principe fondamental des sociétés modernes que les lois doivent être consenties par ceux qui y sont soumis, ou par leurs représentants. (Les lois engagent presque toujours l’avenir ; raison de plus pour qu’elles soient consenties parles représentants de ceux qui leur sont et seront soumis.)
Et comment seront exercés ces droits politiques que nous reconnaissons même aux enfants? Exactement comme le sont leurs droits civils : par la main de leur tuteur légal qui est presque toujours leur père. 11 votera donc pour chacun de ses enfants mineurs. Il votera aussi pour sa femme (à moins que l’on ne mette les deux sexes sur le pied de l’égalité ce qui nous paraît bien préférable; mais, dons ce dernier cas, la femme ne votera que pour les enfants dont elle sera tutrice; il en résulte qu’elle ne constituera que le tiers du corps électoral, ce qui est une très bonne proportion).
Et voilà que le grand électeur ne sera plus le marchand de vin, mais le père de famille! La famille normale, celle de 3 enfants au moins, sera représentée par 23 millions de voix de môme qu’elle est composée de 23 millions de personnes. Elle aura la majorité.
L’homme qui se sent charge d’âmes a des opinions plus raisonnées et plus pondérées que celui qui ne se sent aucune responsabilité. Le corps électoral sera donc considérablement amélioré par cette simple formule : tout être humain a des droits civils ; donc il a des droits politiques.
Le Parlement ainsi nommé sera peut-être composé des mêmes personnes qu’auparavant; mais il aura pris des engagements tout différents : pour ménager sa réélection, il veillera à l’intérêt des familles ; il combattra l’alcool
Bertillon.
(surtout si la femme est électrice) au lieu de lui donner des privilèges ; il organisera l’apprentissage, au lieu de le tuer; etc. Enfin, il protégera la veuve, l’enfant; il honorera et favorisera la famille, comme nous le lui demandons car il dépendra d’elle. Il s’occupera des intérêts vitaux du pays, qu’actuellement il lui est interdit d’aborder sous peine de non-réélection.