EXCÉDENT
moyen annuel
des naissances
sur les décès en
nombre absolu.
Allemagne (territoire
actuel) .
Autriche-Hongrie. .
France (sans Alsace-
Lorraine) .
Iles Britanniques. .
Italie (province de Rome
non comprise avant 1872).
En regard de ces chiffres, inscrivons ceux de la dernière année connue (1908) au moment où nous écrivons:
Population
Excédent des
en 1.0000
naissances sur
d'hab.
Mariages.
Naissances.
Décès.
les décès.
Allemagne ....
Autriche - Hongrie
(1 907) (sans
Bosnie) .
France .
Iles Britanniques .
Italie . . .
Tondis qu’en 1811-1850, l’Allemagne chaque année s’augmentait de 320.000 existences humaines, c’est, à
France
l ter.act )
Allemagne
( ter. a et)
Autriche
Hongrie
( ter.act )
Italie
( ter.act )
Fijï- Accroissement do la population d après les recensements pendant la seconde moitié du xix6 siècle.
décennale ^fè%nZurdeV1'figu^.SemeUl d° h P°pU,ali°n pcnd*"1 la P-iada
Commcncempnt d5 c.l'atIu.° .rac'ailrleP esJ proportionnelle à la population recensée au Vanis) 1 J *J0l'10de décennale considérée (1 million. = 2 millions d'habi-
tants(rndnimh^TnTC!a;lglf eSt P.ropo^eüe à l’accroissement pour 1.000 habirectangle Imbdanls, eu du ans). C'est le chiffre marqué au bas de chaque
absolu" d'habitants0 !w“’’/h»e d° C,‘a'|Ue- rcctan-le est Proportionnelle au nombre = 20 000 habUan[s) Cha'1UC PlyS 5 PSl accru en dis aa* (1 millin,. carré
notre époque, 880.000 hommes, soit plus du double, qui sortent chaque année de son sol. Et il en est de même, ou peu s’en faut, des autres pays dire la dernière colonne de droite des deux tableaux ci-dessus).
On entend dire assez souvent, quelquefois même par des économistes connus, que l’accroissement de la population va en se ralentissant dans les autres pays comme en France! Ceux qui parlent ainsi ne savent-ils donc pas lire ?
L’accroissement des autres pays n’a jamais été si fort qu'à notre époque. Cela est vrai pour l’accroissement absolu, et même pour l’accroissement relatif.
En France (l’année de la guerre mise à part) il est de plus en plus faible1.
On entend dire aussi que la France est un pays « plein », qui contient tous les habitants qu'elle peut nourrir, etc.
Or, il n’y a en Europe que la rocheuse péninsule Scandinave, les steppes russes et le plateau rocailleux des Castilles qui contiennent moins d'habitants par kilomètre carré. Et pourtant notre sol est le plus fertile du continent! L’Allemagne et l’Italie, moins bien douées par la nature, contiennent cependant moitié plus d’habitants ; les Iles Britanniques et la Belgique, trois fois plus !
Années
du
recens.
Surface
en
kil. carrés
Habitants
Accroiss.
annuel p. 1.000 il.
Habit.
par
kil. carré
Allemagne ....
Autriche .
Hongrie .
Russie d’Europe .
Pologne russe . .
Italie .
Espagne .
France .
Belgique .
Pays-Bas .
Iles Britanniques .
1. Le mal s'étend, mais moindre, au delà de nos frontières, sur les pays contigus de langue française. En Belgique, l'excès des nais-
Ces chiffres datent de dix ans. Le recensement qui sera dépouillé dans quelques mois accentuera encore les différences !
Fixons numériquement la grandeur du mal.
Si nous totalisons les excédents de population en 1891- 1900 des quatre grandes puissances étrangères de l'Europe occidentale, et que nous divisions la somme par leur population totale, nous trouvons que l’excès des naissances sur les décès est, en moyenne, de 11,7 pour 1.000 habitants et par an.
Tel est le taux d’accroissement qu’il faudrait à la France pour qu’elle conservât son rang dans la liste des nations.
Multiplions ce chiffre par notre population actuelle : le produit est 450.000.
Ainsi, pour que la France cesse de décroître par rapport aux autres pays, pour qu’elle soit dans l’avenir non pas ce qu’elle fut autrefois (la plus grande nation de tout l’Occident), mais ce qu’elle est en 1910, il lui manque 450.000 existences annuelles.
De l’accroissement des nations étrangères résulte que la France, qui était naguère la plus nombreuse des nations de l’Europe occidentale est, dès aujourd’hui, une nation de second ordre.
Sans remonter plus haut, elle avait en 1850 autant
sances sur les décès était de 10 p. 1.000 habitants et par an en 1 876-SO dans les provinces flamandes comme dans les wallonnes ; en 1896-1900. il s’est élevé à 14 en pays flamand et s'est abaissé à 8 en pays wallon.
En Suisse, le chiffre était de 1:2 dans l’ensemble des cantons allemands en 1901-05. 11 n’était que de 7 dans le canton de Vaud, de 9 pour celui de Neufchàfel, de 1 pour celui de Genève. 11 n'y a presque plus de Genevois à Genève! La « Rome protestante » est devenue en majorité catholique (62.400 protestants, d’origine vaudoise pour la plupart, et 67.162 catholiques)!
Quelle est donc la fatalité qui pèse sur les pays européens de langue française 1
d'habitants que le territoire allemand actuel. Elle en avait plus que le royaume britannique, plus que l’Autriche- Hongrie. Aujourd'hui ces nations la dépassent, et bientôt
I Italie la dépassera aussi. L’Allemagne, noire égale autrefois, possède environ 60 millions d’habitants1, et nous n’en avons que 39, dont un million d’étrangers.
Et cette inégalité non seulement s’accroît sans cesse, mais s'accroît de plus en plus vite puisque les nations étrangères qui ne croissaient autrefois qu’à raison de 7 ou 8 par an pour 1.000 habitants, s’accroissent aujourd’hui de
I I ou 12 (ou même 14 en Allemagne).
Au point de vue économique comme au point de vue militaire, le danger est formidable. Je le résumerai d’un mot : la France possède 73 habitants au kilomètre carré, l’Allemagne 120, et bientôt 140.
A un moment donné elle trouvera ridicule d’avoir à portée de sa main un pays superbe et inoccupé. Elle nous prouvera alors que la nature a horreur du vide 2.
Le présent ouvrage a pour but la solution des problèmes suivants :
1. L’évaluation officielle pour le milieu de 1910 est 64. 77a. 000 habitants pour l’Allemagne, 39.300.0u0 pour la France. Le recensement, aura lieu en décembre 1910 et trouvera sans doute un peu plus de 63 millions d’habitants en Allemagne.
2. On cite, pour peindre d’une phrase la situation effroyable où se trouve la France, un certain nombre de mots plus ou moins historiques que nous devons mentionner:
« La F’rance mange son troisième enfant! » disait le baron Dupin avec sa rudesse ordinaire. Le mot n’est que. trop juste aujourd’hui puisque le nombre des naissances est un peu inférieur à 3 par mariage. A l’époque du baron Dupin, il n’était exact que pour la bourgeoisie. Elle « mange •> actuellement son deuxième enfant (voir p. 138). Il y a longtemps qu’elle a mangé son troisième « jusqu’au talon ! ».
On attribue au Maréchal de Moltke cette parole : « La France perd chaque jour une bataille ». Il faut dire chaque jour et non pas chaque année. Chaque jour la France a 6.000 naissances de moins que l’Allemagne. C’est une bataille très sérieuse que celle où les pertes des deux belligérants se balancent par une différence de 6.000 vies humaines.
« La France se suicide », a dit le président Roosevelt avec une impeccable j ustesse.
Quelles sont et seront les conséquences de cet arrêt de développement spécial à la France ?
Quelles sont ses causes ?
Que faut-il faire pour y mettre bon ordre ?