‹ La Dépopulation de la FranceChapitre 23 sur 37 · NS · texte numérisé non relu

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libérales, domestiques) (1), et ce nombre est certainement plus considérable aujourd’hui.

Enfin, outre le grand nombre de complications menaçant particulièrement la femme ouvrière gravide, varices des membres inférieurs, œdème, thromboses, phlébites, ruptures veineuses, troubles digestifs, albuminurie, dyspnée, hypertrophie ou dilatation cardiaques, etc., beaucoup de professions amènent sinon la stérilité, du moins l'avortement ou la mortalité infantile.

Les ouvrières des manufactures de tabac sont sujettes aux avortements ; les enfants sont atteints de débilité congénitale ; leur mortalité est, pendant la première année, le double de la mortalité ordinaire, surtout s ils sont nourris au sein par leur mère, dont le lait est toxique (2). Il y avait en 1899, dans les manufactures françaises, 15.676 ouvrières aux tabacs et 1.431 aux allumettes.

Le D' Constantin Paul, cité par le P' Proust (Traité d'hygiène), a signalé de nombreux avortements chez les ouvrières maniant des composés plombiques : sur 70 grossesses survenues chez des saturnines, il ÿ eut 54 avortements, 7 mort-nés; les enfants vivants étaient débiles. Il signale le fait que l'influence du père n'est pas moins grande que celle de la mère: sur 141 grossesses par pères saturnins: 82 avortements, 4 nés avantterme, » mort-nés ; au bout de trois

(1) Bulletin de l'Office du Travail, novembre 1895, p. 667.

(2) Revue d'hygiène, 1880; D' DeLaunay, p. 217; D'° G. Decaiswe, p.128; Goyar», p. 225 ; D' Quinquann, P. 900 ; D: JAcquEMaART, p. 36 ; D' Érienne : Annales d'hygiène, 1897, p. 256.

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ans, 4 vivaient encore, dont 4 avaient dépassé l’âge de trois ans, époque à laquelle ils peuvent être regardés comme ayant échappé à cette cause de mort.

Le professeur Proust, M. Lizé, incriminent l'intoxication mercurielle du père ou de la mère, comme cause d’avortements, d’accouchements prématurés ou de mort-nés.

L'intoxication carbonique frappe d'anémie et expose à l'avortement les cuisinières, repasseuses, étameuses, teinturières.

Nous n’en finirions pas si nous voulions énumérer toutes les professions féminines influant défavorablement sur les organes génitaux et le produit de la conception.

Enfin, la prostitution, les maladies vénériennes, (syphilis, blennorhagie), les maladies utérines (métrites, etc.) sont de puissants facteurs de stérilité. Il suffit d’avoir suivi un service de gynécologie pour savoir combien ces dernières sont nombreuses.

Une cause de déchéance dans les fonctions de reproduction réside aussi dans le travail prématuré des jeunes filles et des jeunes garçons. Le nombre de ces malheureux enfants forcés au travail dès l'âge de treize ans, au moment même où le surmenage devrait leur être évité avec soin, est vraiment considérable ! En 1896 sur les quatre millions de femmes employées, les inspecteurs du travail en visitèrent 589.053 ; dans ce nombre, il y avait 78.801 filles de 13 à 16 ans ; 63.003 de 16 à 18 ans et 98.546 de 18 à

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21 ans. En même temps furent inspectés : 80.392 gar cons de 13 à 16 ans et 62.164 de 16 à 18 ans. Ces chiffres ne sont que trop éloquents et se passent de commentaires. Il est douloureux de constater que tous ces Jeunes organismes en formation sont jetés dans la lutte pour l'existence, au détriment de leur développement physique, alors que tant d'adultes pleins de vigueur ne trouvent pas à employer leurs bras !

Notre ami le D' Sachnine (1) a mis en évidence l'influence défavorable du travail prématuré sur le développement physique des ouvriers : « A côté de la faiblesse générale, se développent les diverses difformités du thorax et de la colonne vertébrale. Le nombre d’exemptions du service militaire par défaut de développement corporel est de 14, 3 à 18,9 p. 100 dans les arrondissements avec un faible développement de l'industrie et de 19,7 à 23,3 dans les arrondissements riches en fabriques et usines. »

Quels peuvent être les produits de ces êtres incomplètement développés, en admettant qu'ils puissent se reproduire | = Le D' Letourneur (2) a démontré par des chiffres l'influence de la profession de la mère sur le poids de l'enfant, et aussi celle plus considérable encore du repos avant l'accouchement. 11 donne les chiffres

suivants :

(4) D° Sacunixe : la Journée de huit heures, p. 188.

(2) Lerourneur : Th. Paris, 1897.

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Meres non reposées Mères reposées Profes. fatig. : Prof, non fatig, Prof. fatis. Prof. von fatis. Primipares . 2.0950%05 2.946582 3.198738 3.142505 Bipares. . . . 3.126 97 3.212 58 3.338 19 3.349 88 3 « 0 LA «“ / Tripares . . . 2.977 33 3.118 94 3.205 33 3 294 06

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L'auteur en conelut que l'enfant bénéficie non seulement de la profession non fatigante de la mère mais encore bien davantage du repos de celle-ci avant l'accouchement.

En se plaçant à un autre point de vue, le D' Maurel (1) dénonce, outre la restriction volontaire, la diminution de la capacité reproductrice, comme nouvelle cause de dépopulation; il démontre que cette infécondité va en augmentant ; que sa principale cause est due à l'hérédo-arthritisme, occasionné par l’exagération de l'alimentation carnée, et enfin que cet hérédo-arthritisme, tout en diminuant la fécondité, se traduit par la prédominance croissante des filles sur les garcons.

Or, dit le D' Maurel (2), « une preuve que l'infécondité doit entrer en ligne de compte dans la dépopulation de la France, c'est que la diminution de la natalité à toujours été accompagnée d’une diminution parallèle de notre masculinité, » et plus loin. « Si la restriction volontaire agissait seule, la masculinité serait restée la même; elle aurait augmenté plutôt

(1) Maurez : De la dépopulation de la France, Paris, 1896. (2) Maures : Bulletin. Soc. anthrop. de Lyon, ? mars 1904.

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parce que les familles ayant eu tout d’abord un garçon sen seraient tenues là, tandis que celles qui ont commencé par des filles seraient allées au moins jusqu'au second enfant pour tâcher d’avoir un garçon. »

Le D' Maurel incrimine donc la suralimentation azotée en'se basant sur l'augmentation considérable de consommation de la viande coïncidant avec la diminution de la natalité et de la masculinité. Tout en admettant cette cause d’infécondité due à l’arthritisme, nous ferons remarquer qu'elle ne peut exercer son action que dans les classes aisées, précisément chezcellesqui déjà pratiquent la restriction volontaire. Il est inutile d’insister longuement pour innocenter du péché de suralimentation carnée les classes prolétariennes qui n’ont le plus souvent qu’une insuffisante ration d'entretien. Baudrillart se charge de ce soin en commentant, lui aussi, la consommation croissante de la viande en France: « Ce serait d’ailleurs une erreur d'aller conclure de ces chiffres que les paysans français ont, comme en Picardie, la viande en suffisance. Une telle assertion serait contredite même pour les régions les plus favorisées. Une masse encore trop nombreuse n'en connaît l’usage que très rarement, et ceux qui en usent sont obligés de restreindre à l'excès cette consommation très coûteuse. Or, ce genre d'alimentation est nécessaire pour entretenir au degré où il le faudrait la vigueur de la race({). »

(4) Bauprizzanrt : les Populations agricoles de la France, 1893.

C'est sans doute pour protéger l'ouvrier français contre l'arthritisme et l'infécondité consécutive que nos députés, emboitant le pas à M. Méline, viennent d'élever à 30 franes les 100 kilogrammes les droits d'entrée sur les viandes de boucherie !

Nous avons vu le profond retentissement sur la fonetion de reproduction des mauvaises conditions physiques du travail de la femme ouvrière. Nous aurions encore beaucoup à dire au point de vue moral, mais nous sommes obligé, bien à regret, de rester, autant que possible, dans le domaine de l'hygiène.

La femme n'est donc pas faite pour le travail continu qu'exige d'elle la production intensive actuelle. La nature a établi chez elle la prépondérance du système génital, idée que Michelet a si bien traduite en disant : « La femme est une matrice servie par des organes. » Gravide, elle ne doit songer qu'à sa maternité et au développement normal de sa grossesse ; les soins du ménage et l'éducation des enfants déjà nés suffisent à lui procurer l'exercice nécessaire; non gravide, chaque mois lui cause une blessure, elle devient pour plusieurs jours une malade qui a droit à tous les soins. L'homme, {ous les hommes au travail, la femme et l'enfant à la maison, telle devrait être la loi d’une société bien ordonnée, véritablement soucieuse de l'avenir de l'espèce. Nous savons trop qu'en l'état actuel de la société, ce rêve est irréalisable !

Le développement de la machinerie industrielle a poussé l’ouvrière à l'usine ou à l'atelier; il faut

produire à bon marché pour soutenir la concurrence effrénée ; pour cela, la main-d'œuvre à bas prix est nécessaire ; le besoin de vivre pousse la femme à accepter une rétribution inférieure à cellede l'homme, pour une même somme de travail: elle devient inconsciemment la concurrente de l'homme, son mari, son père ou son frère, augmente l'offre des bras, fait baisser les salaires. Plus la machine se perfectionne, moins elle demande de force, plus la femme remplace l'homme et le chasse. Dès lors, elle nest plus femme, elle a perdu son sexe; ce n’est plus qu’une unité dans l’armée des producteurs. Elle ne peut plus être mère, elle n’en a plus le temps, le: travail industriel intensifet continu la condamne à la stérilité ; la grossesse et la maternité la mettraient en état d'infériorité dans la lutte pour l'existence, et il faut vivre!

L'homme, de son côté, insuffisamment rétribué, ne peut se charger de femme et d'enfants ; pour lui, femme et enfants sont des concurrents, si bien que la société capitaliste a fait de l'homme et de la femme des antagonistes ; celle-ci, devenue productrice de marchandises, a perdu son noble rôle de productrice d'hommes. Les nécessités de la production industrielle qui poussent le capital à opposer l’homme à la femme et à l’enfant engendrent le célibat et la stérilité : voilà des causes économiques de la dépopulation. Pour ne pas augmenter, sur le marché du travail, l'offre de bras nouveaux qui auraient pour conséquence une baisse de salaire, le prolétaire à tout intérêt à faire la «grève des ventres». La

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bourgeoisie capitaliste lui donne d’ailleurs l’exemple ; par la restriction volontaire, elle sait limiter la production de ses enfants pour permettre la concentration de la richesse.

Par un cercle vicieux inéluctable, cette surproduction, sans précédent dans l’histoire industrielle, augmente le chômage et la misère. Et l’on observe ce phénomène invraisemblable:: la misère du producteur augmentant avec la production, c'est-à-dire devenant pour lui d'autant plus intense qu il a entassé plus de richesses sur le marché : on s’apercoit alors de l'injuste répartition des richesses dans notre société capitaliste. Il en sera ainsi tant que durera cette anomalie : la production collective de la majorité des travailleurs aboutissant à “hhoDes privée de la minorité capitaliste.

Voilà, nous en sommes convaincu, la vraie facon d'envisager la diminution des naissances dans la classe prolétarienne. Et c’est une importante cause de dépopulation que produit ce /éminisme inférieur, la femme devenue ouvrière. Mais il faut aller au fond des choses ; le grand coupable en tout cela, le seul, c'est la tyrannie anonyme du capital qui force de plus en plus la femme à devenir productrice de marchandises.

C'est là la caractéristique de l’évolution du travail durant le xix° siècle. Michelet l’a traduite par cette phrase trop vraie, partie du cœur du grand historien :

L'ouvrière ! Mot impie, sordide, qu'aucune langue n'eut Jamais, qu'aucun temps n'aurait compris avant

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