‹ La Dépopulation de la FranceChapitre 26 sur 37 · RAT EE · texte numérisé non relu

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à l'hypertrophie, sans précédent dans l'histoire, des centres industriels et des grandes villes produisant comme contre-partie l'émigration rurale.

L'industrie capitaliste et concentrée, secondée par l’organisation commerciale et la facilité toujours plus grande des moyens de transport, a fait naître ou favorisé les grandes agglomérations, particulièrement dans le voisinage des bassins houillers.

Lors du développement intensif du machinisme, tout au moins pendant la première partie du xIx° siècle, la rémunération du travail s’élevant, celuici devient plus productif qu'aux champs, le salaire tend à se fixer, et l'occupation pour l’ouvrier devient plus régulière et plus stable, diminuant d'autant les risques de chômage. En même temps, grâce à l’emploi, au perfectionnement et à la multiplication des machines agricoles, l’'ouvrier des champs trouvait de moins en moins à occuper ses bras et voyait de ce fait ‘croître pour lui les journées de chômage déjà nombreuses dues aux intempéries des saisons. Le travail agricole devenait de plus en plus irrégulier : un grand nombre de bras étaient nécessaires à certains moments, pendant un temps limité, aux semailles, à la moisson, aux vendanges, qui ne trouvaient plus d'emploi durant les intervalles. A l'incertitude grandissant avec les progrès de la machinerie agricole, vint se joindre une rémunération moindre de la journée de travail de l'ouvrier des champs, à la suite de la crise agricole qui sévit et persiste malgré le système protectionniste. De l'avis même de M. Méline, les droits frappant les produits

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étrangers ne profitent pas au producteur mais seulement au spéculateur.

Telles sont les causes économiques de la désertion des campagnes, et, comme le dit M. Dagan, la conclusion de la crise agricole, « c’est la disparition de la classe paysanne en tant que classe et la formation incessante d’un prolétariat rural refoulé vers les villes par nécessité, et du même coup s’agrégeant au prolétariat urbain.

« La population des sans-travail, produit social de l’évolution vertigineuse des formes mécaniques du travail, constitue l'élément dissolvant de la société marchande et prépare, à son insu, les éléments d’une société nouvelle.

« L’humanité de demain est peut-être celle dans laquelle l’homme n'aura plus besoin de travailler, c’est-à-dire celle où la forme compressive du travail aura disparu après les stades successifs de l’esclavage, du servage et du salariat (1).»

Le tableau suivant, dû à M. Turquan (2), rend compte des diminutions successives de la population rurale au profit des agglomérations urbaines :

Années Villes de plus de 2.000 habitants Campagnes

1846 8.646.000, soit 24,4 p.100 26.753.000, soit 95,6 p 100

(1) H. Dacan: Superstitions politiques et phénomènes sociaux, p. 146. (2) Réforme sociale, 1895. Nous ajoutons les chiffres depuis 1896.

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