‹ La Dépopulation de la FranceChapitre 32 sur 37 · PE" AR · texte numérisé non relu

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Enfin, avant d'en finir avec les chiffres, nous tenons à donner le tableau suivant sur la mortalité en Allemagne pour 1.000 nouveau-nés, durant la première année ; ces chiffres sont instructifs :

Protestants Catholiques Israélites Garcons. . . --. 20.5 2/,2.9 185.8 MC 00,2. ED 204.2 157.3

D’où peuvent provenir de telles différences ?

D'abord, nous l'avons déjà vu en étudiant la natalité, le repos de la mère avant l'accouchement influe d'ure facon considérable sur le poids de l’enfant et par conséquent sur sa santé. Un nouveau-né aura d'autant plus de chances d'échapper aux causes de léthalité que son développement aura été poussé jusqu’à la limite ultime de la gestation. Or, le travail de la mère, durant le dernier mois de la grossesse, hâte l'accouchement : l’enfant est incomplètement

développé.

Nous avons vu en outre l’action nocive exercée sur le produit de la conception par certaines professions de la mère et du père; nous n’y reviendrons pas.

Enfin, nous avons réclamé le repos pour la nouvelle accouchée pendant le mois suivant la délivrance. Nous avons prouvé que ce repos était aussi indispensable à la mère qu'à l'enfant. Et c'est là un strict minimum. Physiologiquement, c'est six semaines qu'il faudrait à la mère pour permettre l’involution complète de son utérus ; dans l'intervalle, élle est une malade qui nécessite des soins minutieux destinés à la garantir de l'infection puerpérale d’abord et ensuite des affections des organes génitaux qui la rendraient ultérieurement stérile. :

Ce repos de la mère, disons-nous, est nécessaire à l'enfant. En effet, la mortalité infantile est beaucoup plus élevée le premier mois que le second, le second que les mois suivants. En interdisant à la mère de reprendre son travail pendant les quatre ou six premières semaines, on lui accorde la possibilité de soigner et d'allaiter son nourrisson au moment même où il court le plus de risques.

Mais cette interdiction du travail, avant et après l'accouchement, réclame un corollaire : l'indemnité pécuniaire et les soins médicaux gratuits. En Allemagne et en Autriche, pendant cette période, les femmes sont considérées comme des malades justiciables des lois sur l'assurance obligatoire: elles ont droit aux secours en argent fournis par les caisses de maladie, eten outre à l'assistance graduite médicale et pharmaceutique. Nous avons vu qu'en France une loi analogue n’avait pu aboutir. Cependant nous devons rendre justice à M. de Lanessan, qui, pendant son passage au ministère de la marine rendit un

du

décret accordant des secours aux ouvrières de l'État : « Le ministre de la marine, jugeant qu'il était équitable de considérer les femmes en couches employées dans les ateliers comme auxiliaires à titre permanent comme absentes du travail pour une cause analogue à une maladie d'ordre commun, décide que la demisolde pourra être accordée pendant le dernier mois de la gestation et qu’elle sera toujours attribuée durant les vingt jours consécutifs à l'accouchement. En outre chaque ouvrière accouchée recevra une gratification de 50 francs (1). »

En attendaant la loi nécessaire, ce précédent devrait être étendu à toutes les femmes employées de l'État.

Cette interdiction du travail aux femmes gravides ou en couches remonte au droit juif. Les femmes sont dispensées de tout travail après l'accouchement, à condition de nourrir elles-mêmes leur enfant (2). Les soins maternels suffisent à nous expliquer la faible mortalité infantile dans les familles israélites en Allemagne. (Voir le tableau p. 92.) Il y a aussi une autre cause à invoquer, outre la forte cohésion de la famille juive, la tempérance des hommes.

La différence de mortalité, entre les enfants légitimes et les enfants dits naturels provient de plusieurs causes. D'abord, privation des soins nécessaires quand la mère reprend trop prématurément le travail, et cela est, hélas ! trop fréquent : c'est dans

(1) Bulletin de l'Office du Travail, 1900, p. 922. (2) Talmud, Ketouboch.

la classe pauvre que se recrute la fille-mère, Et aussi travail et surmenage pendant la grossesse qu'elle cherche à dissimuler le plus longtemps possible par l'emploi d'un corset serré au maximum, ruinant sa santé et empêchant le développement normal de l'enfant. Obligée de travailler jusqu’à la dernière minute, trop souvent chassée de l'atelier ou de l'usine dès que sa « faute » est visible, ridiculisée, repoussée parfois même de sa famille lorsqu'elle en a une, presque toujours abandonnée par l'amant, en proie aux privations, à la faim, alors qu’elle aurait le plus besoin de soins, comment cette malheureuse pourrait-elle mettre au jour un enfant capable de résister aux maladies qui vont l’assaillir ?

Mais ce n’est pas tout. Voici l'enfant naturel au monde ; que devient-il? Presque toujours il est livré à l'Assistance publique.

Or la mortalité des enfants assistés est encore plus considérable et s'élève à 30 p. 100 pendant la première année, en 1899. En outre, si nous consultons les statistiques du ministère de l’intérieur au sujet des enfants protégés, nous voyons que les enfants naturels ont une mortalité de 22 p. 100 supérieure à celle des enfants légitimes, pour le département de la Seine (1898). Pour expliquer leur mortalité plus grande, :il est impossible d'admettre que tous ces enfants illégitimes soient précisément tombés chez de mauvaises nourrices. Les conditions dans lesquelles ils sont élevés sont les mêmes qu'ils soient légitimes ou .illégitimes. Les causes de léthalité supérieure doivent donc provenir

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