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Dans son remarquable rapport à l’Académie de médecine, M. le professseur Porak (1) disait à ce sujet: « L'industrie nourricière est un mal, mais c'est un mal inévitable, Elle est entrée profondément dans nos mœurs. L'une des plus sérieuses accusa-: tions qu'on a portées contre elle‘ résulte de ce fait que les enfants des nourrices sur lieu offrent une dîme très élevée à la mortalité infantile. En vendant leur lait, en donnant leurs soins à l'enfant d’une autre femme, les nourrices sur lieu risquent la vie de leur propre enfant.
« L’objection est grave. L'opinion en a été saisie très. vivement, il y a déjà plusieurs années, par le D' Monot lorsqu'il révéla l’excessive mortalité des enfants des nourrices sur lieu, qu'il estimait à 30 p. 100, On en a conclu que le marché consenti par ces femmes était immoral et monstrueux. »
Dans un travail des plus consciencieux présenté aussi à l'Académie, MM. Balestre et Giletta de Saint-Joseph, médecins à Nice, ont donné la -classification ci-dessous de la mortalité des enfants de 0 à
L'an, pour 1.000 décès (2) :
Diarrhée "tu Reese Maladies des voies respiratoires. . 147,29 Maladies contagieuses . . . . . . 49,61 °66,80 Tuberculose 4 RE Eee Débilité congénitale . . . . . . .: 179,00 Causes diverses NE PNR RES 08 Causes inconnues .. . , . . . .. 35,84
(1) Porax: loc. cit.
(2) L'Obstétrique, Mortalité de la première enfance, janvier 1901.
D'après ces auteurs, les 606,30 décès provenant des quatre premières causes sont « théoriquement évitables et en fait fortement réductibles ».
Nous avons vu précédemment les causes de débilité congénitale : travail de la mère pendant la grossesse et Jusqu'à l'accouchement, professions exposant aux intoxications (saturnisme, etc.), nous pouvons y ajouter la syphilis, l'alcoolisme des parents ; nous savons qu il serait facile de les combattre et de réduire par suite considérablement la débilité congénitale.
Enfin, « quand ellese produit, on n’est pas désarmé encore. Tout récemment le professeur Budin a montré ce que l’on pouvait obtenir avec de la surveillance et des soinsintelligents; sous sa direction, à la elinique Tarnier, la mortalité des débiles a varié entre 13 et2p. 100.
« La débilité congénitale, en six ans, prise sur la population urbaine de la France (sur 7.298.687 habitants), a causé 52.332 décès. Si nous prenons les chiffres de M. Budin et les résultats qu'il a obtenus, on peut estimer approximativement que ce total de décès aurait pu être abaissé à 5.000 ou 6.000 environ.
« On a laissé près de 44.000 enfants aller peupler les cimetières (1). »
Étudiant les décès mis sous la rubrique « autres causes », ils ont trouvé que 160,87 p 1.000 décès de Où lanétaient dus aux convulsions, et ils concluent: « Or, des décès par débilité congénitale, M. Budin
(4) D' BazesrRe et Gizerra DE SaiNr-Josepn : loc, cit.
SE 106 Fr
en a évité les 9/10; si nous ajoutons ces 9/10, soit environ 160 p. 1.000 d’après nos proportions, aux 606 décès dus aux maladies évitables, cela fait 766 décès évitables sur 1.000, et ce n'est pas fini; les causes inconnues, les autres causes, convulsions, etc., nous donneraient encore un bénéfice, de sorte que l’on peut dire que les trois quarts au moins des enfants qui meurent, meurent par notre faute. »
« M. Dufour, à Fécamp, a dans son service une mortalité inférieure des deux tiers à la mortalité de la ville. Ce n'est donc pas une chimère que l’on poursuit » (1).
Or, il meurt en France 150.000 enfants annuellement ; sur ce chiffre 100.000 doivent et peuvent être sauvés.
« Une des plus grandes causes de mortalité infantile, dit le D" Variot, étant celle de l'allaitement défectueux, c'est tout un art d'allaitement que la Ligue contre la mortalité infantile veut enseigner aux jeunes mères. 40 p. 100 des enfants allaités au biberon, débiles, rachitiques, meurent de gastro entérite. Le sein est le seul procédé naturel qui doive être encouragé; on ne doit avoir recours à l’autre que lorsque la nécessité y oblige, et alors estil utile de stériliser le lait et de doser la nourriture.
« C'est en France où l'allaitement artificiel est le plus répandu que la mortalité est la plus élevée. Rendez donc l’enfant à la mère (2). »
Quelles sont donc les mesures à prendre, pour
(4) D' Bazesrre et Gizerra de Saint-Joseph : loc. cit. (2) D' Varior : discours à la Sorbonne, 30 novembre 1902.
sauver tant de précieuses existences ? Dans le cours de ce travail, nous en avons déjà indiqué un certain nombre ; nous résumons ci-dessous les desiderata.
Dans l'impossibilité économique d'interdire le travail des femmes et des jeunes filles, il faut se contenter actuellement des mesures suivantes :
1° Repos de la femme enceinte mariée ou non, un mois avant l'accouchement et six semaines après, avec indemnité pécuniaire, soins médicaux et pharmaceutiques gratuits ;
2° Allaitement au sein par la mère ; à son défaut, par une autre femme; sinon, autant que possible, allaitement mixte au sein et au lait stérilisé :
3° En cas d’impossibilité, emploi exclusif de lait stérilisé et à son défaut, seulement de lait bouilli ;
4° Interdiction absolue des biberons à tubes ;
5° Proscription absolue de toute nourriture autre que le lait stérilisé, avec fourniture gratuite pour les indigents, dans des dispensaires où chaque femme apportera deux fois par mois son enfant pour y être examiné et pesé ;
6° Installation de crèches-garderies où les enfants seront soignés en l'absence des parents au travail ;
7° Consultations médicales gratuites des nourris- SONS ;
8° Compléter la loi Roussel et exiger son application stricte :
9% Éducation de la jeune fille par des conférences populaires en vue des précautions à prendre pendant
la grossesse, lors de l'accouchement et après ; instructions sur l'alimentation du nouveau né et les soins à lui donner.
La plupart de ces mesures sont mises en pratique par des œuvres particulières et rendent déjà de grands services. Par les progres réalisés déjà, on peut prévoir une réduction considérable de la mortalité infantile lorsqu'elles seront généralisées par les soins de la collectivité, État ou communes.
Grâce aux secours accordés à la fille-mère et qui lui permettront de devenir la nourrice mercenaire de son propre enfant, on diminuera certainement le nombre trop considérable des pupilles de l’Assistance publique qui malgré les soins dont ils sont l’objet ont une mortalité telle que 68 pour 100 succombent avant l’âge de vingt ans, si bien que Michelet avait pu dire: « Les meilleurs hospices d'enfants trouvés sont les cimetières (1). »
Nous devons dire quelques mots de la morti-natalité et des avortements.
Nous constatons d’abord l'augmentation progressive du nombre des mort-nés.
De 1841 à 1845 mortinatalité . SDL PE NO0
De 1857 à 1862 — Te UE en = De 1885 à 1888 — SN IE SE MES in 1900. . . . (39.246 mort-nés). soit 4,78 — En 1901. . . . (40.746 — ). — 4,99 —
Comme l'indique le tableau suivant de la morti-
(4) Mrcnerer : la Femme, p. 97.
natalité en Europe, pour 1888, nous avons près du double de mort-nés que la Suède et le Danemark:
Hollande . . . 4,9 p. 1000
France rase 65 — (4,99 en 1901) Belciqué er"; 146 —
Danemark. . . 2,9 —
SRÉHOL IS A2 4,9 —
D'où provient cette augmentation de la mortinatalité.
Dans une communication à la Société d'anthropologie, M. Macquart présente des statistiques constatant cette augmentation et tire ces conclusions: « Notre force génératrice est en diminution ; je ne dis pas que les chiffres que je viens de citer en donnent la preuve,j'estime qu'ilsétablissenten faveur de cette hypothèse, une présomption grave (1). »
La diminution de Îa natalité en France n'a pas seulement pour cause, dit-il en substance, une restriction volontaire mais encore une diminution de la force génératrice; si l’on peut, en effet, désirer souvent limiter le nombre des conceptions, on ne cherche pas à avoir des mort-nés. « L’accroissement de la morti-natalité ne dépend pas d’un désir conscient et ne peut provenir que d’un affaiblissement des organes de la gestation. »
Dans la même séance, MM. Papillaut, Zaborowski, Paul Robin, expliquent l'augmentation des mort-nés par l'augmentation des avortements provoqués et des
(4) Société d'anthropologie (Paris), séance du 31 octobre 1901.
infanticides déguisés:; les manœuvres peuvent très bien ne pas produire immédiatement l'effet attendu, l'embryon ou le fœtus n être primitivement que lésés ou intoxiqués et leur mort ne survenir que plus ou moins tard, avant ou à la naissance.
M. Lunier (1)estime à 7.000 ou 8.000 le nombre des infanticides déguisés et des avortements préventifs qui grossissent le chiffre de la morti-natalité.
Le D' Malbec (2), résumant une conférence qu'il a faite à la Société médicale des bureaux de bienfaisance, tonne contre la dépopulation et en donne deux causes: injections vaginales et avortements. Il estime à 50.000 les avortements annuellement pratiqués à Paris.
« Si l'on persiste dans cette voie, dit le professeur Porak, les femmes qui prévoiront qu'elle ne pourront pas élever leurenfant se feront avorter. L/avortement criminel est une plaie odieuse de notre société actuelle. Il s'exerce avec une fréquence dont on se fait difficilement une idée. Nous avons dans nos services tous les jours la preuve de la fréquence de l'avortement criminel et de l'impuissance de la justice à le poursuivre. Si, par aventure, une malheureuse échoue devant les tribunaux, on trouve des circonstances tellement atténuantes à son crime, que le juge ne se décide pas à la punir. Pour être intransigeant sur cette question de l'allaitement au sein dans le but de diminuer la mortalité infantile, on n’aura
(4) Luxier : Note à l'Académie de médecine, 3 février 1885. (2) D'Mazsec : 7ribune médicale, 30 juillet 1902.
— Ni —
rien obtenu, les enfants mourront tout de même, mais ils mourront d'une autre facon(1). »
Citons encore M. Brouardel à propos de l'infanticide : « Ce ne sont guère que les filles honnêtes, dit-il, qui tuent leurs enfants ; elles ont réussi à cacher leur grossesse, elles sont restées muettes pendant les tortures de l'accouchement, parce qu’elles sont affolées à l'idée de la faute qui va être connue, que leur déshonneur sera public.
« Lorsqu'une fille a toute honte bue, elle ne tue pas son enfant ; elle l'envoie en nourrice, elle sait que le résultat est le même; au bout de quelques mois elle cesse de payer la nourrice, elle change de domicile et elle n'entend plus parler de son enfant (2). » ,
Quel réquisitoire pourrions-nous faire plus modéré et d'autant plus puissant contre la société qui pousse la mère à tuer son enfant? Affaiblissement de la puissance génératrice, avortements provoqués ou non, infanticides, tout est à la charge du milieu économique ; c'est lui, c'est le milieu qui est in/fanticide.
. Là encore on retrouve la cause première d'origine
économique; le remède est le même : transformation du milieu.
Mais en attendant il nous paraît possible de diminuer le nombre des avortements provoqués et des infanticides. On peut y arriver par les mesures suiventes :
(4) Professeur Porar : Rapport à l'Académie de médecine, 30 décem-
bre 1902.
(2) Prof. Brocanvez : l'Infanticue.
|° D'abord les secours pécuniaires, soins médicaux et pharmaceutiques gratuits, réclamés précédemment pour les femmes mariées ou non, pendant le dernier mois de la grossesse et les six semaines suivant l'accouchement.
23 Abolition de l'art. 340 du Code civil interdisant la recherche de la paternité : c’est une anomalie exclusive à la France et contraire à la Déclaration des droits de l'homme ; il faut proclamer les droits de l'enfant naturel et les devoirs du père. L’interdiction de la recherche de la paternité est un encouragement cynique à la débauche ; c'est elle qui pousse un grand nombre de malheureuses à l'avortement, l'infanticide, le suicide ou la prostitution; sa suppression s'impose et l’article 1382 aux termes duquel tout tait de l'homme qui cause un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer, sera applicable au dommage causé à la fille séduite. Ce qu'il faut à celle-ci, c'est une indemnité pécuniaire lui permettant d'élever son enfant, plutôt qu’à celui-ci un père malgré lui.
Ces mesures seraient favorables à un grand nombre d'enfants et de filles-mères ; en 1901 nous avons eu 782.581 naissances légitimes et 74.693 naissances illégitimes. On compte en France 1.500.000 enfants naturels dont 100.000 à peine reconnus par le père.
La lutte contre la tuberculose.
La tuberculose, maladie évitable et « la plus curable des maladies chroniques » suivant Grancher, occasionne annuellement en France de 150.000 à 200.000 décès (Bernheim); la moyenne, de 1889 à 1899, est exactement de 165.000. Dans ces chiffres ne sont pas comptés les nombreux cas de bronchite chronique manifestement justiciables du bacille de Koch.
Ainsi que le prouve le tableau suivant, c'est en France que le fléau exerce les plus grands ravages :
Hrance tir ap 108,000! décés APE EN RETIE e AR e 130.000 — OMAN PSN ARR: PRIS 000 Tab PES ME LT. 1 Co 000e2— Aneleterre ">. ©... 68.000 - Portugal, 3. PLU AE MIT OO0 ce Pélrique:s min as) 10.000. —
Voici le nombre de décès par tuberculose et autres
Pax SALVAT. 8
— MX —
maladies inflammatoires du poumon, par 10.000 habi-
tants : Décès par tuberculose et maladies Décès par phtisie Décès par maladies inflammatoires pulmonaire inflammatoires du poumon (1). seule (2). seules (2) Russie nier 81,9 "1399 42,1 Autriche 59 30/2 22,8 Hongrie. =". , 56,2 36,2 22,8 France rer 60.6 30,2 30,4 Suede tee: L 50,3 23,1 27,2 Allemagne . . 48,9 29,4 26,5 QUISSE NE TN EL,0 20,3 21,3 Irlande" 65,6 20,7 44.9 Danemark. . . 42,3 19,1 23,9 Tale TRE ER 66,6 18,7 47,9 Belgique. : . - 64,4 17,6 46,8 Norwese-" er 35 17.4 17,6 Écosse tire 49 17,9 3x,7 Angleterre. . . 45,1 13,6 SD
Ici, comme pour la mortalité générale, nous occu- | pons un rang indigne de notre climat relativement privilégié. Nous perdons par tuberculose 302 habitants sur 100.000, alors qu'il n’en meurt que 224 en Allemagne et 136 en Angleterre !
Enfin le tableau suivant donne les totaux et le pourcentage de la mortalité tuberculeuse, pour
(1) Chiffres du rapport de M. Amodru au nom de la Commission parlementaire d'hygiène publique, 4902.
(2) Chiffres du Congrès de la tuberculose, Berlin, mai 1899,
M de où he D CS Le LG
l’année 1901, dans les villes dont la population dépasse 250.000 habitants (1).
Déces par phtisie
Population Décès par phtisie pour 10.000 hab. Mario. U0:DIr: 600 10.688 42,5 Malle: . 250.000 965 38,6 DEFAEUES. =. . 389.741 1.485 38,1 Vienne "57". 1.691.996 6.043 35,7 5 Rio-Janeiro , . 793.000 2.743 31,6 6 Buda-Pest . . . 744.719 2.481 A à fi TARN ve 275,000 900 32,7 8 St-Pétersbourg. 1.248.683 3.943 31,5 9 Moscou . . . . 1.000.000 3.092 30,2 0 MAdrId. 527.027 1.282 24,3 ts Boston." . 573.559 1.346 23,4 SARERITE TE 7. 1.902.282 4.399 23,1 13 Philadelphie. . 1.293.697 2.946 22,7 14 New-York. . . 3.632.501 8.134 29,3 15 Baltimore . . . 525.000 1.138 21,6 16 Londres . … .: .. 4.599.107 7.734 17,0 17 Amsterdam .,. 530.104 795 14,9 18 Chieago > 1.758.025 2.454 13,9
Paris occupe donc le premier rang dans le classement par mortalité tuberculeuse : le Parisien a près de trois fois plus de risque de mourir phtisique que l'habitant de Londres !
L’intensité des ravages est variable suivant les régions de. la France, d'un département à l’autre, d'une ville à l’autre, et jusque suivant les quartiers d'une même ville. Le rapport de M. Amodru distingue trois foyers principaux : « Le premier part de Paris
(4) Statistique sanitaire et démographique de La Havane, année 1901.
et des départements circonvoisins et rayonne vers le nord-ouestjusqu'à la Seine-Inférieure et vers le nord-est jusqu'au département du Nord; le second foyer comprend tous les départements bretons avec la Mayenne; le troisième enfin a pour centre Lyon et s'étend depuis le Jura et l'Ain jusqu'au Gard, le long de la vallée du Rhône... L'influence de ces foyers sur la zone qui les entoure n'est pas douteuse. Elle diminue à mesure qu'on s'éloigne du foyer principal et que les communications deviennent moins faciles.
« Pour le département de la Seine, la mortalité par tuberculose est de 57,14 pour 10.000 habitants, c'est-à-dire supérieure d’un quart à la moyenne de la mortalité par tuberculose en France... (1) »
Les départements les moins frappés sont : l'Yonne, la Nièvre, le Puy-de-Dôme, la Haute-Loire, le Tarn, l'Aveyron, l'Aude, les Vosges, la Savoie, les Hautes et les Basses-Alpes, la Vienne, les Charentes, les Landes, le Lot-et-Garonne; moyenne 20,1 par 10.000 habitants.
En dernier lieu viennent la Haute-Saône et la Haute-Marne avec seulement 12,7.
Les villes sont d'autant plus atteintes qu’elles sont. plus peuplés. Se
DECES
par tuberculose et bronchite réunies
Villes de 50.000 habitants . . ©: . . . 49,9 Villes de 10 à 50.000 habitants . . …. 39,8 Villes de 5 à 10.000 habitants . . ….. 35,7 Villes de moins de 5.000 habitants. . 13918
(1) Rapport de M. Amopru, loc. cit.
A Lyon, le nombre annuel moyen des décès par tuberculose sur 10.000 vivants (de 189% à 1899), est 25,7 pour le deuxième arrondissement, quartier bourgeois, tandis qu'il s'élève jusqu’à 40,12 pour le troisième arrondissement, quartier ouvrier (1).
Enfin, à Paris, alors que les arrondissements riches, le 8°, le 9°, le 16°, ne comptent que pour une proportion de décès variant de 39,3 à 61,1 par 10.000 habitants, la proportion s'élève à 165,1 pour le 48°; à 202,7 pour le 11°; à 131,7 pour le 13°; à 196,2 pour le 19° et 149,3 pour Le 20° qui sont plus particulièrement des quartiers ouvriers.
A Genève, le D' D'Espine sur 1.000 déces de pauvres en compte 233 dus à la phtisie; sur 1.000 décès de personnes aisées, 68 phtisiques seulement.
Sur les 112.000 décès annuels par tuberculose, en Allemagne, Gebhardt en compte 80.000 appartenant aux classes ouvrières (2).
Raths, au même Congrès, confirme qu'à Francfort, Munich, Berlin, Hambourg, la mortalité tuberculeuse est beaucoup plus élevée chez les ouvriers que chez les riches,
À Vienne, en 1890, d’après le D' Philippovich la mortalité tuberculeuse est de 35 pour 10.000 dans les quartiers ouvriers et seulement 11,6 dans les quartiers aisés.
A Paris, Brouardel donne 10,8 pour 10.000 aux Champs Élysées: 104 pour Plaisance ; 202,7 pour le 11° arrondissement.
(4) D: Sacanie : la Journée de huit heures, p.220, 1900. (2) Geguarpr : Rapport au Congrès de Berlin, 1899.
On pourrait ainsi multiplier les exemples, mais ceux-là suffisent pour nous permettre d'affirmer qu'il y a deux tubereuloses : celle du riche qui guérit souvent; celle du pauvre qui ne guérit Jamais, en France du moins.
« La tuberculose, dit M. Strauss, est un mal de misère. C'est la pauvreté avec toutes ses conséquences habituelles, l'alimentation insuffisante, le logement insalubre ou encombré, l'excès de travail, la méconnaissance des règles d'hygiène et de propreté qui engendrent la tuberculose, sèment la scrofule, préparent le terrain dans lequel va lentement germer ou brutalement éclore le terrible bacille (1). »
Ainsi done, la tuberculose, qui chaque année en France seulement fait quatre fois plus de victimes que l’éruption de la Martinique, est presque exclusiment l'apanage des classes ouvrières. C’est encore un fléau dont la cause première est d'ordre économique ; cest avec des mesures d'ordre économique qu'il faut la combattre. Aux trois facteurs : habitations encombrées et insalubres, alimentation insuffisante, surmenage, il faut opposer le logement spacieux et aéré, l'alimentation normale, le repos. Les revendications des classes prolétariennes sont confirmées par les hygiénistes : huit heures de travail, minimum
salaires, tels sont les vrais et seuls remèdes à opposer à la tuberculose. Lorsque le microbe ne trouvera plus des organismes débilités par le sur-
(1) P. Srrauss : la Croisade sanitaire, 1902.
travail, l'air vicié et la misère, la tuberculose aura
vécu.
En attendant, de grandes améliorations sont permises ; 1] est possible de réduire considérablement le nombre des décès.
Nous n'avons pour cela qu’à prendre exemple sur nos voisins : l'Angleterre et l'Allemagne ont depuis longtemps devancé le pays de Pasteur dans la lutte contre les maladies contagieuses en général et le bacille de Koch en particulier.
En dix ans, l'Angleterre a réduit de 18 p. 10.000 habitants, sa mortalité par maladies contagieuses économisant ainsi 150.000 existences par an. Aussi, malgré l'abaissement progressif de sa natalité, sa population continue-t-elle à s'accroître alors que la nôtre est presque stationnaire, l'excédent des naissances sur les décès étant à la merci de la moindre épidémie de grippe.
La loi anglaise sur la protection de la santé publique a été promulguée en 1875 et complétée à plusieurs reprises. Des inspécteurs sanitaires étaient créés avec des pouvoirs très étendus ; ils exercèrent particulièrement leur activité contre les logements insalubres : amendes considérables d'abord, puis travaux exécutés d'office aux frais du propriétaire ont permis la transformation en quelque années de quartiers entiers à Londres. Voici quelques chiffres indiquant la progression rapide des dépenses exigées par ces trazaux d'assainissement : de 1850 à 1870, cn vingt ans, avant la loi, 260 millions de dépenses ; de 1871 à 1882, en dix ans, { milliard 598 millions. En
1897, le chiffre des dépenses occasionnées par la loi de 1875, depuis sa promulgation, c'est-à-dire depuis vingt et un ans était supérieur à quatre milliards de francs (À).
Mais aussi, quels résultats considérables obtenus ! Avant la loi, la mortalité générale était de 23 p. 1.000 habitants. De 1879 à 1883, elle tombe à 19, en 1898 à 17 ; le gain est de 6 existences par 1.000 habitants, soit plus de 150.000 par an pour toute l'Angleterre. La loi de 1875 donne chaque année à l'Angleterre la population d'une ville de l'importance de Toulouse.
Au point de vue spécial de la tuberculose, le chiffre des décès a diminué de moitié tandis qu'il augmente toujours en France. Sur 10.000 habitants, nous perdons 30 phtisiques alors qu'elle n'en perd que 13, plus de la moitié de moins que nous!
« Laissons de côté la question médicale, dit M. le professeur Courmont dans ses Questions d'hygiène, parlons argent. Les économistes estiment la vie humaine à 3 ou 4.000 francs. En vingt-cinq ans, l'Angleterre a de ce chef gagné plus de dix milliards. Les quatre milliards de dépenses ont donc donné un bénéfice net de six milliards de francs, au minimum.
« Si cette loi était appliquée à Paris nous verrions probablement des monômes de propriétaires ou de femmes de propriétaires envahir la place de la Concorde pour protester au cri bien connu de « Vive la liberté! » Triste liberté que celle qui tous les ans
(4) Chiffres donnés par le professeur Courmont.