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travail, emporté par l'ardeur et la sincérité de nos idées, nous avons paru bien souvent avoir oublié soutenir une thèse d'hygiène sociale. Cet oubli n’est qu'apparent. Mettant de côté tout parti pris, qu'on veuille bien nous faire un fort crédit de patience, prèter à chacun de nos chapitres une bienveillante attention, et nous sommes convaincu qu'après avoir, dans de telles dispositions d'esprit, entièrement parcouru notre œuvre, on reconnaîtra que l’auteur n'a jamais perdu de vue le noble rôle social que sés études médicales l'appelaient à remplir. Nous ne pouvions, sans décapiter notre étude, nous confiner dans la recherche et la discussion des facteurs relevant de l'hygiène pure ; cet exclusivisme étroit est incompatible avec l'étude approfondie des phénomènes sociaux. Pour que ces problèmes puissent recevoir une solution, il est indispensable d'en envisager à la fois tous les facteurs, de les coordonner, de saisir l'importance considérable de leurs rapports entre eux; de là, l’absolue nécessité de nos incursions fréquentes dans les autres branches de la science, la biologie, la sociologie, l'économie politique, la philosophie...
En exerçant ainsi notre activité sur des sujets paraissant tout d'abord si fort étrangers à l’art médical, nous avons obéi à la parole de Maîtres estimés. Ces quelques lignes de M. Paul Strauss, sénateur, suffiraient à nous justifier: « La misère, l'alcoolisme, le surmenage, affaiblissent la résistance, préparent le terrain (à la maladie); les conditions de vie, de logement, de travail, créent des prédispositions,
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déterminentune réceptivité, elle aussi évitable. C'est dire qu'à proprement parler et sans mégalomanie, la compétence de l'hygiéniste s'étend au delà de son domaine propre, et qu'il a son mot à dire, un avis à formuler, sur les données économiques qui paraissent le plus éloignées de l’objet habituel de ses études (1). »
Nous ajouterons que nul plus que le médecin n’a le droit et le devoir de s'occuper du devenir de l'humanité.
« On peut espérer, disait M. le professeur Augagneur, maire de Lyon (2), en constituant une société meilleure, plus forte, plus douce, faire disparaitre presque entièrement les souffrances qui résultent de l'inégalité et de l'injustice sociales. Mais il restera toujours un lot de souffrances et de douleurs, résultant du conflit de l'organisme humain avec les forces naturelles ou les autres êtres; si bien que, si le rôle du sociologue peut un jour être terminé, n'avoir plus qu'une importance historique, le rôle du médecin sera éternel, parce que souffrir de la maladie est une des fatalités de la nature humaine. »
En présentant ce travail, nous n'avons certes pas la prétention de résoudre le problème de la dépopulation. Nous avons voulu seulement dire sous quel angle nous voyons la question, rechercher tous les facteurs positifs ou négatifs et étudier leur mode d’action.
(4) Pauz Srrauss : la Croisade sanitaire, 1902, p. 8. (2) Discours prononcé lors du 25° anniversaire de la Faculté de médecine de Lyon (1902).
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Certains nous reprocheront de ne fournir aucune solution immédiatement applicable à notre société actuelle; tant vaudrait reprocher à l'enfant de ne pas courir seul dès sa naissance. D’autres souriront de la solution espérée en s’écriant : Utopie! Nous leur répondrons avec Anatole France que « c’est l'utopie qui fait progresser les sociétés » et que «s’il n'y avait jamais eu d’utopistes nous en serions encore à la période des cavernes. » L’utopie d’aujourd’hui, devient la réalité de demain. D'autres enfin pourront se sentir blessés dans leurs convictions ou dans leur foi; nous le regretterons mais continuerons la route librement choisie, voulant être de ceux qui, « faisant peu de cas des profits mesquins, courent avec désintéressement à la conquête des ères prochaines où la Justice, la Liberté, l'Égalité et la Fraternité passant des mots dans les choses, se substitueront à la cruauté des mêlées sociales. »